Berry/1

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Michel Lévy frères, libraires éditeurs (p. 143-177).

I

MŒURS ET COUTUMES


On m’a fait l’honneur ou plutôt l’amitié de me dire quelquefois (car l’amitié seule peut trouver de pareilles comparaisons) que j’avais été le Walter Scott du Berry. Plût à Dieu que je fusse le Walter Scott de n’importe quelle localité ! Je consentirais à être celui de Quimper-Corentin, pourvu que je pusse mériter la moitié du parallèle. — Mais ce n’est pas la faute du Berry, s’il n’a pas trouvé son Walter Scott. Toute province, explorée avec soin ou révélée à l’observation par une longue habitude, offre certainement d’amples sujets au chroniqueur, au peintre, au romancier, à l’archéologue. Il n’est point de paysage si humble, de bourgade si ignorée, de population si tranquille, que l’artiste n’y découvre ce qui échappe au regard du passant indifférent ou désœuvré.

Le Berry n’est pas doué d’une nature éclatante. Ni le paysage ni l’habitant ne sautent aux yeux par le côté pittoresque, par le caractère tranché. C’est la patrie du calme et du sang-froid. Hommes et plantes, tout y est tranquille, patient, lent à mûrir. N’y allez chercher ni grands effets ni grandes passions. Vous n’y trouverez de drames ni dans les choses ni dans les êtres. Il n’y a là ni grands rochers, ni bruyantes cascades, ni sombres forêts, ni cavernes mystérieuses… des brigands encore moins ! Mais des travailleurs paisibles, des pastoures rêveuses, de grandes prairies désertes où rien n’interrompt, ni le jour ni la nuit, le chant monotone des insectes ; des villes dont les mœurs sont stationnaires, des routes où, après le coucher du soleil, vous ne rencontrez pas une âme, des pâturages où les animaux passent au grand air la moitié de l’année, une langue correcte qui n’a d’inusité que son ancienneté, enfin tout un ensemble sérieux, triste ou riant, selon la nature du terrain, mais jamais disposé pour les grandes émotions ou les vives impressions extérieures. Peu de goût, et plutôt, en beaucoup d’endroits, une grande répugnance pour le progrès. La prudence est partout le caractère distinctif du paysan. En Berry, la prudence va jusqu’à la méfiance.

Le Berry offre, dans ces deux départements, des contrastes assez tranchés, sans sortir cependant du caractère général. Il y a là, comme dans toutes les étendues de pays un peu considérables, des landes, des terres fertiles, des endroits boisés, des espaces découverts et nus : partant, des différences dans les types d’habitants, dans leurs goûts, dans leurs usages. Je ne me laisserai pas entraîner à une description complète, je n’y serais pas compétent, et je sortirais des bornes de mon sujet, qui est de faire ressortir une sorte de type général, lequel résume, je crois, assez bien le caractère de l’ensemble.

Ce résumé de la couleur essentielle du Berry, je le prends sous ma main, dans le coin que j’habite et dont je ne sors presque plus, dans l’ensemble de vallons et de plaines que j’appelle la vallée Noire, et qui forme géographiquement, en effet, une grande vallée de la surface de quarante lieues carrées environ.

Cette vallée, presque toute fertile et touchant à la Marche et au Bourbonnais vers le midi, est le point le plus reculé de la province et le plus central de la France. Ses tendances stationnaires, l’antiquité de ses habitudes et la conservation de son vieux langage s’expliquent précisément par cette situation. Les routes y sont une invention toute moderne ; il n’y a pas plus de vingt ans que les transports et les voyages s’y font avec facilité, et on ne peut pas dire encore qu’ils s’y fassent avec promptitude. Rien n’attire l’étranger chez nous ; le voisin y vient à peine ; aucune ligne de grande communication ne traverse nos hameaux et nos villes, et ne les met en rapport avec des gens d’un peu loin. Un pays ainsi placé se suffit longtemps à lui-même quand il est productif et salubre. Le petit bourgeois s’imagine que sa petite ville est la plus belle de l’univers, le paysan estime que nulle part sous le ciel ne mûrit un champ aussi bien cultivé que le sien. De là l’immobilité de toutes choses. Les vieilles superstitions, les préjugés obstinés, l’absence d’industrie, l’arcan antique, le travail lent et dispendieux des grands bœufs, le manque de bien-être dont on ne s’aperçoit pas, parce qu’on ne le connaît pas, une certaine fierté à la fois grandiose et stupide, un grand fonds d’égoïsme, et de là aussi certaines vertus et certaine poésie qui sont effacées ailleurs ou remplacées par autre chose.

Le travail de la terre absorbe partout le paysan. Il est soutenu, lent et pénible. Dans notre vallée Noire, on laboure encore à sillons étroits et profonds avec des bœufs superbes et une charrue sans roues, la même dont on se servait du temps des Romains. On moissonne encore le blé à la faucille, travail écrasant pour l’homme et dispendieux pour le fermier. Les prairies naturelles sont magnifiques, mais insuffisantes pour la nourriture des bestiaux, et, par conséquent, pour l’engrais de la terre. Impossible de faire comprendre au cultivateur berrichon qu’un moindre espace de terrain emblédé (comme il dit pour emblavé) rapporterait le triple et le quadruple s’il était abondamment fumé, et que le reste de cette terre amaigrie et épuisée fût consacré à des prairies artificielles. « Mettre du trèfle et de la luzerne là où le blé peut pousser ! vous répond-il ; ah ! ce serait trop dommage ! » Il croit que Dieu lui a donné cette bonne terre pour n’y semer jamais que du froment, c’est pour lui le grain sacré ; et y laisser pousser autre chose serait une profanation dont le ciel le punirait en frappant son champ de stérilité.

Le paysan de la vallée Noire est généralement trapu et ramassé jusqu’à l’âge de vingt ans. Il grandit tard et n’est complètement développé qu’après l’âge où la conscription s’empare de lui. Il se marie jeune, et est réputé vieux pour le mariage, très-vieux à trente ans. Il est grand et maigre quand il a atteint toute sa force, et reste maigre, droit et fort jusque dans un âge très-avancé. Il n’est pas rare de voir travailler un homme de quatre-vingts ans, et à soixante ans un ouvrier est plus fort et plus soutenu à la peine qu’un jeune homme. Ils ont peu d’infirmités, et ne craignent que le passage du chaud au froid. C’est ce qu’ils appellent la sang-glaçure. Aussi redoutent-ils la transpiration, et nul n’a droit de dire à un ouvrier d’aller plus vite qu’il ne veut. Pourvu qu’il ne s’arrête pas, il a le droit d’aller lentement. Personne ne peut exiger qu’il s’échauffe. « Voudriez-vous donc me faire échauffer ? » dirait-il. S’il s’échauffait, il en pourrait mourir.

Il a raison. Nous autres coutumiers d’oisiveté physique, nous avons un grand besoin de mouvement accidentel, et la transpiration sauverait l’homme des villes, dont le sang se glace dans le travail sédentaire. Le paysan, habitué à braver l’ardeur du soleil, est affaibli, surmené, brisé, dès qu’il transpire. C’est un état exceptionnel auquel il faut se garder de l’exposer. Il en résulte presque toujours pour lui fluxion de poitrine ou rhumatisme aigu, et cette dernière maladie est chez lui d’une obstination incroyable. Elle résiste à presque tous les remèdes qui agissent sur nous.

Le paysan de chez nous, ayant des habitations assez saines en général, vivant en bon air, travaillant avec calme et ne manquant presque jamais de son vin aigrelet et léger qu’il boit sans eau, serait dans les meilleures conditions hygiéniques s’il mangeait tous les jours un peu de viande. Mais lui qui fournit de bœufs gras les marchés de Poissy, il ne mange de la viande que les jours de fête. Beaucoup n’en mangent jamais. Sa maigre soupe au beurre, son pain d’orge trop lourd, ses légumes farineux, sont une nourriture insuffisante, et ses maladies viennent toutes d’épuisement. Après la fauchaille et la moisson, s’il prend les fièvres, il en a pour des mois entiers. Et alors, pour celui qui n’a que ses bras, vient à grands pas la misère.

Les femmes ne connaissent guère le travail. Les enfants en sont mieux soignés ; mais le ménage est aux abois quand le chef de la famille est au lit ou pâle et tremblotant sur le seuil de sa cabane. Jusqu’au mariage, les filles sont pastoures ou servantes dans les métairies et dans les villes. Dès qu’elles ont une famille, elles ne quittent plus la maison, elles font la soupe, filent, tricotent ou rapiècent. Tout cela se fait si lentement et si mollement qu’il y a bien du temps perdu, et qu’on regrette l’absence d’une industrie qui les occuperait et les enrichirait un peu, sans les arracher à leurs occupations domestiques.

Jusqu’au mariage, elles sont assez pimpantes et coquettes ; même les plus pauvres savent prendre un certain air les jours de fête. Elles sont néanmoins douces et modestes, et, là où le bourgeois n’a point passé, les mœurs sont pures et patriarcales. Mais le bourgeois, le vieux bourgeois surtout, est l’ennemi de ces vertus rustiques. C’est triste à dire, mais le propriétaire, celui qu’on appelle encore le maître, séduit à peu de frais et impose le déshonneur aux familles par l’intérêt et par la crainte.

Le mariage est la seule grande fête de la vie d’une paysanne. Il y a encore ce généreux amour-propre qui consiste à faire manger la subsistance d’une année dans les trois jours de la noce. Cependant les cérémonies étranges de cette solennité tendent à se perdre. J’ai vu finir celle des livrées, qui se faisait la veille du mariage et qui avait une couleur bien particulière. Je l’ai racontée quelque part, ainsi que celle du chou, qui se fait le lendemain de la noce ; mais, cette dernière étant encore en vigueur, je crois devoir y revenir ici.

Ce jour-là, les noceux quittent la maison avec les mariés et la musique ; on s’en va en cortége arracher dans quelque jardin le plus beau chou qu’on puisse trouver. Cette opération dure au moins une heure. Les anciens se forment en conseil autour des légumes soumis à la discussion qui précède le choix définitif : ils se font passer, de nez à nez, une immense paire de lunettes grotesques, ils se tiennent de longs discours, ils dissertent, ils consultent, ils se disent à l’oreille des paroles mystérieuses, ils se prennent le menton ou se grattent la tête comme pour méditer ; enfin ils jouent une sorte de comédie à laquelle doit se prêter quiconque a de l’esprit et de l’usage parmi les graves parents et invités de la noce. Enfin le choix est fait. On dresse des cordes qu’on attache au pied du chou dans tous les sens. Un prétendu géomètre ou nécromant (c’est tout un dans les idées de l’assistance) apporte une manière de compas, une règle, un niveau, et dessine je ne sais quels plans cabalistiques autour de la plante consacrée. Les fusils et les pistolets donnent le signal. La vielle grince, la musette braille ; chacun tire la corde de son côté, et enfin, après bien des hésitations et des efforts simulés, le chou est extrait de la terre et planté dans une grande corbeille avec des fleurs, des rubans, des banderoles et des fruits. Le tout est mis sur une civière que quatre hommes des plus vigoureux soulèvent et vont emporter au domicile conjugal.

Mais alors apparaît tout à coup un couple effrayant, bizarre, qu’accompagnent les cris et les huées des chiens effrayés et des enfants moqueurs. Ce sont deux garçons dont l’un est habillé en femme. C’est le jardinier et la jardinière. Le mari est le plus sale des deux. C’est le vice qui est censé l’avoir avili ; la femme n’est que malheureuse et dégradée par les désordres de son époux. Ils se disent préposés à la garde et à la culture du chou sacré.

« Le mari porte diverses qualifications qui toutes ont un sens. On l’appelle indifféremment le pailloux, parce qu’il est parfois coiffé d’une perruque de paille et qu’il se rembourre le corps de bosses de paille, sous sa blouse ; le peilloux, parce qu’il est couvert de peilles (guenilles, en vieux français ; Rabelais dit peilleroux et coqueteux quand il parle des mendiants) ; enfin le païen, ce qui est plus significatif encore.

» Il arrive le visage barbouillé de suie et de lie de vin, quelquefois couronné de pampres comme un Silène antique, ou affublé d’un masque grotesque. Une tasse ébréchée ou un vieux sabot pendu à sa ceinture lui sert à demander l’aumône du vin. Personne ne la lui refuse, et il feint de boire immodérément, puis il répand le vin par terre, en signe de libation, à chaque pas.

» Il tombe, il se roule dans la boue, il affecte d’être en proie à l’ivresse la plus honteuse. Sa pauvre femme court après lui, le ramasse, appelle au secours, arrache les cheveux de chanvre qui sortent en mèches hérissées de sa cornette immonde, pleure sur l’abjection de son mari, et lui fait des reproches pathétiques.

» Tel est le rôle de la jardinière, et ses lamentations durent pendant toute la comédie. Car c’est une véritable comédie libre, improvisée, jouée en plein air, sur les chemins, à travers champs, alimentée par tous les incidents fortuits de la promenade, et à laquelle tout le monde prend part, gens de la noce et du dehors, hôtes des maisons et passants des chemins, durant une grande partie de la journée. Le thème est invariable, mais on brode à l’infini sur ce thème, et c’est là qu’il faut voir l’instinct mimique, la faconde de sang-froid, l’esprit de repartie et même l’éloquence naturelle de nos paysans.

» Le rôle de la jardinière est ordinairement confié à un homme mince, imberbe et à teint frais, qui sait donner une grande vérité à son personnage et jouer le désespoir burlesque avec assez de naturel pour qu’on en soit égayé et attristé en même temps, comme d’un fait réel.

» Après que le malheur de la femme est constaté par ses plaintes, les jeunes gens de la noce l’engagent à laisser là son ivrogne de mari et à se divertir avec eux. Ils lui offrent le bras et l’entraînent. Peu à peu elle s’abandonne, s’égaye, se met à courir tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre, prenant des allures dévergondées. Ceci est une moralité. L’inconduite du mari provoque celle de la femme.

» Le païen se réveille alors de son ivresse. Il cherche des yeux sa compagne, s’arme d’une corde et d’un bâton et court après elle. On le fait courir, on se cache, on passe la païenne de l’un à l’autre, on essaye de distraire et de tromper le jaloux. Enfin, il rejoint son infidèle et veut la battre ; mais tout le monde s’interpose. Ne la battez pas, ne battez jamais votre femme ! est la formule qui se répète à satiété dans ces scènes.

» Il y a dans tout cela un enseignement naïf, grossier même, qui sent fort son moyen âge, mais qui fait toujours impression sur les assistants. Le païen effraye et dégoûte les jeunes filles qu’il poursuit et feint de vouloir embrasser ; c’est de la comédie de mœurs à l’état le plus élémentaire, mais aussi le plus frappant.

» Mais pourquoi ce personnage repoussant doit-il, le premier, porter la main sur le chou dès qu’il est replanté dans la corbeille ? Ce chou sacré est l’emblème de la fécondité matrimoniale ; mais cet ivrogne, ce vicieux, ce païen, quel est-il ? Sans doute il y a là un mystère antérieur au christianisme, la tradition de quelque bacchanale antique. Peut-être ce jardinier n’est-il pas moins que le dieu des jardins en personne, à qui l’antiquité rendait un culte sérieux sous des formes obscènes. En passant par le christianisme primitif, cette représentation est devenue une sorte de mystère, sotie ou moralité, comme on en jouait dans toutes les fêtes[1]. »

Quoi qu’il en soit, le chou est porté au logis des mariés et planté de la main du païen sur le plus haut du toit. On l’arrose de vin, et on le laisse là jusqu’à ce que l’orage l’emporte ; mais il y reste quelquefois assez longtemps pour qu’en le voyant verdir ou se sécher, on puisse tirer des inductions sur la fécondité ou la stérilité promise à la famille.

Après le chou, on danse et on mange encore jusqu’à la nuit.

La danse est uniformément l’antique bourrée, à quatre, à six ou à huit. C’est un mouvement doux chez les femmes, accentué chez les hommes, très-monotone, toujours en avant et en arrière, entrecoupé d’une sorte de chassé croisé. C’est quasi impossible à danser, si l’on n’est pas né ou transplanté depuis longtemps en Berry. La difficulté, dont on ne se rend pas compte d’abord, vient du sans-gêne des ménétriers, qui vous volent, quand il leur plaît, une demi-mesure ; alors, il faut reprendre le pas en l’air pour rattraper la mesure. Les paysans le font instinctivement et sans jamais se dérouter.

La cornemuse à petit ou à grand bourdon est un instrument barbare, et cependant fort intéressant. Privé de demi-tons accidentels, n’ayant juste que la gamme majeure, il serait un obstacle invincible entre les mains d’un musicien. Mais le musicien naturel, le cornemuseux du Berry (formé presque toujours en Bourbonnais) sait tirer de cette impuissance de son instrument un parti inconcevable. Il joue tout ce qu’il entend ; majeur ou mineur, rien ne l’embarrasse. Il en résulte des aberrations musicales qui font souvent saigner les oreilles, mais qui parfois aussi frappent de respect et d’admiration par l’habileté, l’originalité, la beauté des modulations ou des interprétations. On est tenté alors de se demander si cette violation hardie des règles n’est pas seulement la violation heureuse de nos habitudes, et si la musique, comme la langue, n’est pas quelque chose à côté et même en dehors de tout ce que nous avons inventé et consacré.

Après la danse, le mariage, la fête, voici la dernière solennité : la mort, la sépulture. Dans un large chemin pierreux, bordé de têtaux sinistres dénudés par l’hiver, par une journée de gelée claire et froide, vous rencontrez quelquefois un char rustique traîné par quatre jeunes taureaux nouvellement liés au joug. C’est le corbillard du paysan. Ses fils conduisent l’attelage, l’aiguillon relevé, le chapeau à la main. De chaque côté viennent les femmes, couvertes, en signe de deuil, de leurs grandes mantes gros bleu, avec le capuchon sur la tête. Elles portent des cierges. Au prochain carrefour, on s’arrêtera pour déposer, au pied de la grande croix de bois qui marque ces rencontres de quatre voies, une petite croix grossièrement taillée dans un copeau. À chaque carrefour, même cérémonie. Cet emblème déposé et planté autour de l’emblème du salut est l’hommage rendu par le mort qui fait sa dernière course à travers la campagne pour gagner son dernier gîte. C’est par là qu’il se recommande aux prières des passants. Il n’est pas de croix de carrefour qui ne soit entourée de ces petites croix des funérailles. Elles y restent jusqu’à ce qu’elles tombent en poussière ou que les troupeaux, moins respectueux que les enfants qui jouent autour sans y toucher, les aient dispersées et brisées sous leurs pieds. Quand le cortége d’enterrement arrive là, on rallume les cierges, on s’agenouille, on psalmodie une prière, on jette de l’eau bénite sur le cercueil, et on se remet en route dans un profond silence. Nulle part je n’ai vu l’appareil de la mort plus grand, plus austère et plus religieux dans son humide simplicité.

Lorsque le christianisme s’introduisit dans les campagnes de la vieille France, il n’y put vaincre le paganisme qu’en donnant droit de cité dans son culte à diverses cérémonies antiques pour lesquelles les paysans avaient un attachement invincible. Tels furent les honneurs rendus aux images et aux statuettes des saints placées dans certains carrefours, ou sous la voûte de certaines fontaines lustrales, ou lavoirs publics. Nous voyons, aux premiers temps du christianisme, des Pères de l’Église s’élever avec éloquence contre la coutume idolâtrique d’orner de fleurs et d’offrandes les statues des dieux. Plus spiritualistes que ne l’est notre époque, ils veulent qu’on adore le vrai Dieu en esprit et en vérité. Ils proscrivent les témoignages extérieurs ; ils voudraient détruire radicalement le matérialisme de l’ancien monde.

Mais avec le peuple attaché au passé il faut toujours transiger. Il est plus facile de changer le nom d’une croyance que de la détruire. On apporte une foi nouvelle, mais il faut se servir des anciens temples, et consacrer de nouveau les vieux autels. C’est ainsi qu’en beaucoup d’endroits les pierres druidiques ont traversé la domination romaine et la domination franque, le polythéisme et le christianisme primitif, sans cesser d’être des objets de vénération, et le siége d’un culte particulier assez mystérieux, qui cache ses tendances cabalistiques sous les apparences de la religion officielle.

Ce qu’on eût le plus difficilement extirpé de l’âme du paysan, c’est certainement le culte du dieu Terme. Sans métaphore et sans épigramme, le culte de la borne est invinciblement lié aux éternelles préoccupations de l’homme dont la vie se renferme dans d’étroites limites matérielles. Son champ, son pré, sa terre, voilà son monde. C’est par là qu’il se sent affranchi de l’antique servage. C’est sur ce coin du sol qu’il se croit maître, parce qu’il s’y sent libre relativement, et ne relève que de lui-même. Cette pierre qui marque le sillon où commence pour le voisin son empire, c’est un symbole bien plus qu’une barrière, c’est presque un dieu, c’est un objet sacré.

Dans nos campagnes du centre, où les vieux us régnent peut-être plus qu’ailleurs, le respect de la propriété ne va pas tout seul, et les paysans ont recours, les uns contre les autres, à la religion du passé, beaucoup plus qu’au principe de l’équité publique. On ne se gêne pas beaucoup pour reculer tous les ans d’un sillon la limite de son champ sur celui du voisin inattentif. Mais ce qu’on déplace ainsi, c’est une pierre quelconque, que l’on met en évidence, et qu’au besoin on pourra dire soulevée là par le hasard. Un jour où le propriétaire lésé s’aperçoit qu’on a gagné dix sillons sur sa terre ; il s’inquiète, il se plaint, il invoque le souvenir de ses autres jouxtans (on appelle encore la borne du nom latin de jus droit) ; les enfants s’en servent même dans leurs jeux pour désigner le but conventionnel). Alors, quand le réclamant a assemblé les arbitres, on signale la fraude et on cherche la borne véritable, l’ancien terme qu’à moins d’un sacrilége en lui-même beaucoup plus redoutable que la fraude, le délinquant n’a pu se permettre d’enlever. Il est bien rare qu’on ne le retrouve pas. C’est une plus grosse pierre que toutes les autres, enfoncée à une assez grande profondeur pour que le socle de la charrue n’ait pu la soulever. Cette pierre brute, c’est le dieu antique. Pour l’arracher de sa base, il eût fallu deux choses : une audace de scepticisme dont la mauvaise foi elle-même ne se sent pas souvent capable, et un travail particulier qui eût rendu la trahison évidente ; il eût fallu venir la nuit, avec d’autres instruments que la charrue, choisir le temps où la terre est en jachère, et où le blé arraché et foulé, le sillon interrompu, ne peuvent pas laisser de traces révélatrices. Enfin, c’est parfois un rude ouvrage : la pierre est lourde, il faut la transporter et la transplanter plus loin, au risque de ne pouvoir en venir à bout tout seul. Il faut un ou plusieurs complices. On ne s’expose guère à cela pour un ou plusieurs sillons de plus.

Quand l’expertise est faite, quand chacun, ayant donné sa voix, déclare que là doit être le jus primitif, on creuse un peu, et on retrouve le dieu disparu sous l’exhaussement progressif du sol. Le faux dieu est brisé, et la limite est de nouveau signalée et consacrée. Le fraudeur en est quitte pour dire qu’il s’était trompé, qu’une grosse pierre emportée peu à peu par le travail du labourage a causé sa méprise, et qu’il regrette de n’avoir pas été averti plus tôt. Cela laisse bien quelques doutes, mais il n’a pas touché au vrai jus, il n’est pas déshonoré.

En général, le jus sort de terre de quelques centimètres, et, le dimanche des Rameaux, il reçoit l’hommage du buis bénit, comme celui des Romains recevait un collier ou une couronne de feuillage.

Les eaux lustrales, d’origine hébraïque, païenne, indoue, universelle probablement, reçoivent aussi chaque année des honneurs et de nouvelles consécrations religieuses. Elles guérissent diverses sortes de maux, et principalement les plaies, paralysies et autres estropiaisons. Les infirmes y plongent leurs membres malades au moment de la bénédiction du prêtre ; les fiévreux boivent volontiers au même courant. La foi purifie tout.

Cette tolérance du clergé rustique pour les anciennes superstitions païennes ne devrait pas être trop encouragée par le haut clergé. Elle est contraire à l’esprit du véritable christianisme, et beaucoup d’excellents prêtres, très-orthodoxes, souffrent de voir leurs paroissiens matérialiser à ce point l’effet des bénédictions de l’Église. J’en causais, il y a quelques années, avec un curé méridional qui ne se plaisait pas autant que moi à retrouver et à ressaisir dans les coutumes religieuses de notre époque les traces mal effacées des religions antiques. « Quand j’entrai dans ma première cure, me disait-il, je vis le sacristain tirer d’un bahut de petits monstres fort indécents, en bois grossièrement équarri, qu’il prétendait me faire bénir. C’était l’ouvrage d’un charron de la paroisse, qui les avait fabriqués à l’instar d’anciens prétendus bons saints réputés souverains pour toute sorte de maux physiques. Ces modèles avaient été certainement des figures de démons du moyen âge, qui eux-mêmes n’étaient que le souvenir traditionnel des dieux obscènes du paganisme. Mon prédécesseur avait eu le courage de les jeter dans le feu de sa cuisine ; mais, depuis ce moment, une maladie endémique avait décimé la commune, et, sans nul doute, selon mes ouailles crédules, la destruction des idoles était la cause du fléau ; aussi le charron s’était-il fait fort d’en tailler de tout pareils qui seraient aussi bons quand on les aurait bénits et promenés à la suite du saint sacrement. Je me refusai absolument à commettre cette profanation, et, prenant les nouveaux saints, je fis comme mon prédécesseur, je les brûlai ; mais je faillis payer cette hardiesse de ma vie : mes paroissiens s’ameutèrent contre moi, et je fus obligé de transiger. Je fis venir de nouveaux saints, des figures quelconques, un peu moins laides et beaucoup plus honnêtes, que je dus bénir et permettre d’honorer sous les noms des anciens protecteurs de la paroisse ; je vis bientôt que le culte des paysans est complétement idolâtrique, et que leur hommage ne s’adresse pas plus à l’Être spirituel dont les figures personnifient le souvenir, que leur croyance n’a pour objet les célestes bienheureux. C’est à la figure même, c’est à la pierre ou au bois façonné qu’ils croient, c’est l’idole qu’ils saluent et qu’ils prient. Mes nouveaux saints n’eurent jamais de crédit sur mon troupeau. Ils n’étaient pas bons, ils ne guérissaient pas. Je ne pus jamais faire comprendre qu’aucune image n’est douée de vertu miraculeuse dans le sens matériel que la superstition y attache. Le conseil de fabrique me savait très-mauvais gré de ne pas spéculer sur la crédulité populaire. »

Ce curé n’est pas le seul à qui j’aie vu déplorer le matérialisme de la religion du paysan. Plusieurs défendent d’employer le buis bénit au coin des champs comme préservatif de la grêle, et de faire des pèlerinages pour la guérison des bêtes ; mais on ne les écoute guère, on les trompe même. On extorque leurs bénédictions comme douées d’un charme magique, en leur signalant un but qui n’est pas le véritable. On mêle volontiers des objets bénits aux maléfices, où, sous des noms mystérieux, des divinités étrangères au christianisme sont invoquées tout bas. Le sorcier des campagnes a, dans l’esprit, un singulier mélange de crainte de Dieu et de soumission au diable, dont nous parlerons peut-être dans l’occasion.

Disons, en passant, que le remégeux et la remégeuse sont parfois des êtres fort extraordinaires, soit par la puissance magnétique dont les investit la foi de leur clientèle, soit par la connaissance de certains remèdes fort simples que le paysan accepte d’eux, et qu’il ne croirait pas efficaces venant d’un médecin véritable. La science toute nue ne persuade pas ces esprits avides de merveilles ; ils méprisent ce qui est acquis par l’étude et l’expérience ; il leur faut du fantastique, des paroles incompréhensibles, de la mise en scène. Certaine vieille sibylle, prononçant ses formules d’un air inspiré, frappe l’imagination du malade, et, pour peu qu’elle explique avec bonheur une médication rationnelle, elle obtient des parents et des amis qui le soignent ce que le médecin n’obtient presque jamais : que ses prescriptions soient observées.

Sans doute, la surveillance de l’État fait bien de proscrire et de poursuivre l’exercice de la médecine illégale, car, dans un nombre infini de cas, les remégeux administrent de véritables poisons. Quelques-uns cependant opèrent des cures trop nombreuses et trop certaines pour qu’il ne soit pas à désirer de voir l’État leur accorder quelque attention. La tradition, le hasard de certaines aptitudes naturelles, peuvent les rendre possesseurs de découvertes qui échappent à la science, et qui meurent avec eux. Les empêcher d’exercer n’est que sagesse et justice, mais éprouver la vertu de leurs prétendus secrets et les leur acheter, s’il y a lieu, ce ne serait pas là une recherche oiseuse ni une largesse inutile.

En dehors de la superstition, le paysan a partout des coutumes locales dont l’origine est fort difficile à retrouver. Le nombre en est si grand, que nous ne saurions les classer avec ordre ; nous en prendrons quelques-unes au hasard.

Une des plus curieuses est la cérémonie des livrées de noces, qui varie en France selon les provinces, et qui a été supprimée en Berry depuis une dizaine d’années, à la suite d’accidents graves. Dans un endroit précédent, nous avons raconté la cérémonie toute païenne du chou, qui est encore en vigueur dans notre vallée Noire : c’est la consécration du lendemain des noces. Celle des livrées était la consécration de la veille ; elle est fort longue et compliquée, c’est tout un drame poétique et naïf qui se jouait autour et au sein de la demeure de l’épousée.

C’est le soir, à l’heure du souper de la famille. Mais il n’y a point de souper préparé, ce soir-là, chez la fiancée. Les tables sont rangées contre le mur, la nappe est cachée, le foyer est vide et glacé, quelque temps qu’il fasse. On a fermé avec un soin extrême et barricadé d’une manière formidable à l’intérieur toutes les huisseries, portes, fenêtres, lucarne de grenier, soupirail de cave, quand, par hasard, la maison a une cave. Personne n’entrera sans la volonté de la fiancée, ou sans une lutte sérieuse, un véritable siége ; ces parents, ses amis, ses voisins, tout son parti est autour d’elle ; on attend la prière ou l’assaut du fiancé.

Le jeune marié, — on ne dit jamais autrement, quel que sent son âge, et, en fait, c’est, chez nous, presque toujours un garçonnet à qui le poil follet voltige encore au menton, — vient là avec son monde, ses amis, parents et voisins, son parti en un mot. Près de lui, ce porteur de thyrse fleuri et enrubané, c’est un expert porte-broche, car, sous ces feuillages, il y a une oie embrochée qui fait tout l’objet de la cérémonie ; autour de lui sont les porteurs de présents et les chanteurs fins, c’est-à-dire habiles et savants, qui vont avoir maille à partir avec ceux de la mariée.

Le marié s’annonce par une décharge de coups de feu ; puis, après qu’on a bien cherché, mais inutilement, un moyen de s’introduire dans la place par surprise, on frappe. — Qui va là ? — Ce sont de pauvres pèlerins bien fatigués ou des chasseurs égarés qui demandent place au foyer de la maison. — On leur répond que le foyer est éteint, et qu’il n’y a pas place pour eux à table ; on les injure, on les traite de malfaiteurs et de mauvaises gens, sans feu ni lieu ; on parlemente longtemps ; le dialogue, toujours pittoresque, est parfois rempli d’esprit et même de poésie ; enfin on leur conseille de chanter pour se désennuyer, ou pour se réchauffer si c’est une nuit d’hiver, mais à condition qu’on chantera quelque chose d’inconnu à la compagnie qui, du dedans, les écoute.

Alors, une lutte lyrique commence entre les chanteurs du marié et ceux de la mariée, car elle aussi a ses chanteux fins, et, de plus, ses chanteuses expertes, matrones à la voix chevrotante, à qui l’on n’en impose point en donnant du vieux pour du neuf. Si l’on connaît, au dedans, la chanson du dehors, on l’interrompt dès le premier vers en chantant le second, et vite, il faut passer à une autre. Trois heures peuvent fort bien s’écouler, au vent et à la pluie, avant que le parti du marié ait pu achever un seul couplet, tant est riche le répertoire des chansons berrichonnes, tant la mémoire des beaux chanteurs est ornée ; chaque réplique victorieuse du dedans est accompagnée de grands éclats de rire d’un côté, de malédictions de l’autre. Enfin l’un des partis est vaincu, et l’on passe à la chanson des noces :

         Ouvrez la porte, ouvrez,
         Mariée, ma mignonne !
    J’ons de beaux rubans à vous présenter.
    Hélas ! ma mie, laissez-nous entrer.

À quoi les femmes répondent en fausset :

         Mon père est en chagrin,
         Ma mère en grand’ tristesse ;
    Moi, je suis une fille de trop grand prix
    Pour ouvrir ma porte à ces heures-ci.

Si les paroles sont naïves et la versification par trop libre, en revanche l’air est magnifique dans sa solennité simple et large. Il faut chanter dehors autant de couplets, et nommer chaque fois autant d’objets différents, au troisième vers, qu’il y a de cadeaux de noces.

Ces cadeaux du marié sont ce qu’on appelle les livrées. Il faut annoncer jusqu’au cent d’épingles obligé qui fait partie de cette modeste corbeille de mariage à quoi la mariée incorruptible fait répondre invariablement que son père est en chagrin, sa mère en grande tristesse, et qu’elle n’ouvre point sa porte à pareille heure.

Enfin arrive le couplet final, où il est dit : J’ons un beau mari à vous présenter, et la porte s’ouvre ; mais c’est le signal d’une mêlée étrange : le marié doit prendre possession du foyer domestique ; il doit planter la broche et allumer le feu ; le parti de la mariée s’y oppose, et ne cédera qu’à la force ; les femmes se réfugient avec les vieillards sur les bancs et sur les tables ; les enfants, effrayés, se cachent dessous, les chiens hurlent, les fusils partent, c’est un combat sans colère, sans coups ni blessures volontaires, mais où le point d’honneur est pris assez au sérieux pour que chacun y déploie toute sa vigueur et toute sa volonté, si bien qu’à force de se pousser, de s’étreindre, de se tordre la broche entre les mains, j’ai vu peu de noces où il n’y eût quelqu’un d’écloppé, au moment où le marié réussissait à allumer une poignée de paille dans la cheminée, où l’oie, déchiquetée dans le combat, prenait enfin possession de l’âtre.

Un jour, la scène fut ensanglantée par un accident sérieux. Un des conviés fut littéralement embroché dans la bataille. Dès lors, la cérémonie tomba en désuétude ; on fut d’accord sur tous les points de la supprimer, et nous avons vu la dernière il y a dix ans. On eût pu se borner à supprimer la bataille ; mais, la conquête du foyer étant le but symbolique de l’affaire, on jugea que le reste n’aurait plus de sens. Je regrette pourtant les chansons à la porte, et la belle mélodie de : Ouvrez la porte, ouvrez ! qui, n’ayant plus d’emploi, se perdra.

Après la broche plantée, venait pour le marié une dernière épreuve : on asseyait trois jeunes filles avec la mariée sur un banc, on les couvrait d’un drap, et, sans les toucher autrement qu’avec une petite baguette, le marié devait, du premier coup d’œil, deviner et désigner sa femme ; lorsqu’il se trompait, il était condamné à ne pas danser avec elle de toute la soirée ; car, ensuite, venaient le bal, le souper, et des chansons jusqu’au jour. Une noce comportait trois jours et trois nuits de joie et bombance, sans désemparer d’une heure.

La gerbaude est une cérémonie agricole que l’auteur de cet article a mise sur la scène très-fidèlement ; mais ce que le théâtre ne saurait reproduire, c’est la majesté du cadre, c’est la montagne de gerbes qui arrive solennellement, traînée par trois paires de bœufs énormes, tout ornée de fleurs, de fruits et de beaux enfants perchés au sommet des dernières gerbes. C’est parfois un tableau qui se compose comme pour l’œil des artistes. Tout cela est si beau par soi-même : les grands ruminants à l’œil fier et calme, la moisson ruisselante, les fleurs souriant sur les épis, et, plus que tout cela, les enfants blonds comme les gerbes, comme les bœufs, comme la terre couverte de son chaume, car tout est coloré harmonieusement dans ces chaudes journées où le ciel lui-même est tout d’or et d’ambre à l’approche du soir.

Avant le départ du charroi de gerbaude, on entend planer d’horizon en horizon une grande clameur dont le voyageur s’étonne. Il regarde, il voit des bandes de moissonneurs et de glaneuses s’élancer, les bras levés vers le ciel et rugissant de triomphe, vers le chargeur qui lève vers le ciel aussi la dernière gerbe avant de la placer sur le faîte du char. Il semble que cette population de travailleurs se rue sur lui pour lui arracher la gerbe ; on croit qu’on va assister à une bataille furieuse, inique, de tous contre un seul ; mais loin de là ! c’est une acclamation de joie et d’amitié ; c’est une bénédiction enthousiaste et fraternelle.

Pauvres paysans, vous avez du beau et du bon quand même !

  1. La Mare au diable.