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Bibliothèque historique et militaire/Expéditions d’Alexandre/Préface

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La Cyropédie
Texte établi par Jean-Baptiste Sauvan, François Charles LiskenneAnselin (1p. 773-774).

PRÉFACE D’ARRIEN.


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J’écris les guerres d’Alexandre sur les Mémoires de Ptolémée et d’Aristobule : unanime, leur témoignage me présente le caractère de la vérité ; opposé, je le discute, et n’admets que les faits dignes de foi, dignes de l’histoire. D’autres ont rapporté d’autres gestes du fils de Philippe ; car nul n’occupa des écrivains plus nombreux et plus divisés.

Ptolémée et Aristobule m’ont paru mériter le plus de créance ; Aristobule ne quitta point le prince durant cette expédition ; Ptolémée fut son compagnon d’armes ; et roi, il se fut plus avili qu’un autre par le mensonge ; tous deux enfin n’écrivirent qu’après la mort du conquérant, affranchis de cette contrainte et de cet intérêt qui auraient pu leur faire trahir la vérité.

Quelques auteurs ont rassemblé des traits qui méritent d’être cités, et que je n’ai pas jugé incroyables pour n’appartenir qu’au seul Alexandre ; je les ai recueillis.

La surprise de voir un nouvel historien succéder à tant d’autres, cessera peut-être en comparant leurs écrits au sien.



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Arrien, surnommé le nouveau Xénophon, était né à Nicomédie, capitale d’une province très florissante de l’Asie mineure. Arrien fut disciple d’Épictète, et, au sortir de son école, embrassa la carrière des armes. Il y jeta tant d’éclat, qu’Athènes et plusieurs autres villes le mirent au nombre de leurs concitoyens. Rome elle même voulut lui décerner cet honneur insigne, et le nomma gouverneur de la Cappadoce, menacée par les Scythes, connus sous le nom d’Alains.

En ce temps-là, c’était sous Hadrien, dans le second siècle de notre ère, les Romains dont le courage avait tant dégénéré, résistaient difficilement aux peuples qui combattaient avec une cavalerie nombreuse. Arrien déploya de si grands talens dans ses fonctions difficiles, qu’il vint à bout de dompter les Scythes, et de mettre les provinces romaines à l’abri de leurs incursions. De retour à Rome, il fut comblé de la faveur du prince, et parvint, peu de temps après, au consulat.

Arrien fut un écrivain très fécond. Un fragment d’une disposition de marche et d’un ordre de bataille, qui nous restent de son histoire de la guerre contre les Alains, nous rendent témoignage du grand sens de cet auteur, et de sa haute capacité comme militaire.

Nous n’en devons être que plus sensible à la perte de ses ouvrages qui nous auraient appris des particularités curieuses sur les mœurs et les usages des Alains ; sur les Parthes, auxquels il avait consacré dix-sept livres ; et sur les Bithyniens ses compatriotes. Il faisait remonter cette dernière histoire aux temps fabuleux, et finissait au règne de Nicomède, qui légua par testament ses états au peuple romain. On doit vivement regretter aussi ses dix livres sur les successeurs d’Alexandre, époque obscurcie par la multiplicité des événemens, et les vicissitudes dont elle est remplie.

Dans son ouvrage sur les expéditions de ce prince, Arrien laisse bien loin derrière lui le roman absurde et ridicule de Quinte-Curce. Il mérite d’ailleurs des éloges pour avoir remonté aux écrivains contemporains. En prenant pour base de son travail les Mémoires de Ptolémée et d’Aristobule, lieutenans d’Alexandre, il semble donner la préférence à Ptolémée qui, devenu roi à son tour, n’aurait sûrement pas voulu déshonorer sa couronne par un mensonge. Arrien consulta aussi le Journal d’Alexandre, publié par Eumènes, son secrétaire ; l’Itinéraire, décrit par Diognète et Bæton, géomètres employés à la suite de l’armée ; enfin, la description des provinces composant l’empire d’Alexandre, rédigée par son ordre.

La sagacité et le discernement d’Arrien ont été d’autant plus appréciés que l’on s’est mieux éclairé en Europe sur l’état de l’Inde, dans ses rapports historiques et géographiques. Philosophe, général d’armée, excellent écrivain, judicieux critique, il doit être considéré, dit un moderne, comme le premier historien d’Alexandre, et le seul sur le témoignage duquel on puisse compter.



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