Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ABEL, Saint

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  - Tome 1 Tome 2  ►



ABEL (Saint), archevêque de Reims, abbé de Lobbes, décédé vers 750, était originaire de l’Écosse ou peut-être de l’Angleterre, et florissait au milieu du viiie siècle.

On ignore les circonstances qui le déterminèrent à quitter son pays natal et dans quelle province il passa ses premières années. Peut-être était-il un de ces évêques missionnaires qui venaient encore alors, quoique en moindre nombre, évangéliser les peuples du nord des Gaules et de la Germanie. Cette conjecture parâit assez vraisemblable lorsqu’on considère ses relations avec saint Boniface, apôtre de la Germanie, le lieu où il se retira et le genre de vie qu’il embrassa quand il dut quitter son siège de Reims.

Après la mort de saint Rigobert, il avait été choisi, au concile de Soissons, en 743 ou 744, pour lui succéder dans le gouvernement d’une église bouleversée par l’indiscipline de plusieurs membres du clergé et par les violences des leudes.

Abel jouissait d’une si grande considération parmi ses collègues de l’épiscopat, que, dans ce même concile de Soissons, présidé par saint Boniface de Mayence, on lui conféra une juridiction extraordinaire sur une partie du nord de la Gaule, avec pouvoir de juger les causes entre les évêques, leur clergé et leurs diocésains ; de rétablir la discipline dans les monastères d’hommes et de femmes ; de faire restituer à ces établissements, ainsi qu’aux églises, les biens alienés, et d’empêcher les abbés d’aller en personne à le guerre[1]. En 745, il assista aussi à un concile qu’on nomme vulgairement le Troisième Concile germanique, mais qui a été le sixième synode présidé par saint Boniface[2].

D’après des documents incontestables, on voit que le pape Zacharie, sur la demande de Carloman et de Pepin, son frère, et à la persuation de saint Boniface, se disposa à envoyer le pallium au vénérable archevêque de Reims, ainsi qu’à Grimon de Rouen et à Humbert de Sens. Mais déjà sans doute à cette époque, Abel avait été forcé de quitter son église, puisqu’il ne put recevoir cet insigne, digne récompense de son zèle apostolique. Une lettre du pape Adrien Ier, que ce pontife adressa à Tilpin, le successeur d’Abel, et dans laquelle il se plaint des injustices et des dilapidations auxquelles se livraient envers les églises des seigneurs violents et cupides, fait mention de cette expulsion[3].

Les usurpateurs des biens de l’église de Reims avaient opposé à Abel un certain Milon, qui s’empara du siège archiépiscopal et qui força le pasteur légitime à chercher un refuge dans l’abbaye de Lobbes. Abel y avait probablement demeuré antérieurement. Comme les saints évêques-abbés Ursmar et Ermin, il fut chargé, à la demande unanime des religieux, de la direction de ce monastère. Comme eux aussi il s’appliqua à évangéliser les peuples des contrées voisines.

Après avoir édifié ces religieux par l’éclat de ses vertus et procuré un très-grand bien aux âmes, il mourut paisiblement, le 5 août. Son souvenir s’est toujours précieusement conservé à l’abbaye de Lobbes. Son corps, qui y avait été inhumé auprès de ceux de saint Ursmer et de saint Ermin, fut transporté, en 1409, avec les corps des autres saints de Lobbes, à Binche, pour les soustraire aux ravages de la guerre. Depuis cette époque, on célèbre sa fête dans cette ville le 5 du mois d’août.

Au rapport des historiens, saint Abel était un homme doué de toutes les vertus, très-versé dans les saintes Écritures et dans d’autres sciences sacrées, un pasteur plein de sollicitude et d’activité, dont la sainteté est reconnue par une foule de témoignages. Son nom se trouve dans plusieurs anciens martyrologes. La dissertation du bollandiste Pinius sur sa vie a été reproduite par Ghesquiere, dans les Acta SS. Belgii, t. VI, p. 353.

P. F. X. de Ram.


  1. Hartzheim, Concilia Germaniæ t. I, p. 58.
  2. Voyez, dans Hartzheim, ouvr. cit., t. I, p. 72, Synodus in provincia Francorum, loco incerto sexta sub S. Bonifacio præside. On croit qu’Abel assista aussi au concile de Lestines, en 743.
  3. Voyez Gallai Christ. nov., t. IX, p. 28.