Biographie nationale de Belgique/Tome 1/AGURTO, Don Francisco-Antonio DE

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AGURTO, Don Francisco-Antonio DE



*AGURTO (Don Francisco-Antonio DE), marquis de Gastañaga, gouverneur et capitaine général des Pays-Bas. A la mort du marquis de Grana (voir ce nom), le 20 juin 1685, on ouvrit, au château royal de Marimont, où étaient réunis les principaux ministres et les chefs de l’armée, un paquet secret du roi qui y avait été apporté de la citadelle d’Anvers ; il renfermait des lettres patentes, en date du 26 septembre 1683, par lesquelles Charles II, prévoyant le cas où le marquis de Grana viendrait à manquer, commettait au gouvernement des Pays-Bas, par intérim, don Francisco-Antonio de Agurto, chevalier de l’ordre d’Alcantara, mestre de camp général de l’armée royale. Ce choix fut généralement accueilli avec faveur : Agurto avait pris part, pendant les quinze années précédentes, dans les grades successifs de lieutenant général de la cavalerie, de sergent général de bataille, de maître de l’artillerie et enfin de mestre de camp général, aux guerres dont les Pays-Bas avaient été le théâtre, et sa conduite lui avait acquis l’estime, non-seulement de sa nation, mais encore des Belges. C’était l’usage que la ville de Bruxelles fît aux gouverneurs généraux, lorsqu’ils entraient dans l’exercice de leur charge, un présent de vingt-cinq mille florins : le magistrat ayant convoqué les doyens des métiers pour leur proposer d’en gratifier don Francisco-Antonio de Agurto, il n’y eut, dans cette assemblée, où siégeaient près de trois cents personnes, pas une seule voix qui s’y montrât contraire ; trois des neuf nations, celles de Saint-Nicolas, de Saint-Laurent et de Saint-Christophe, voulurent même au don de la ville joindre chacune un don particulier, en témoignage de leur affection pour celui à qui la direction des affaires de l’État venait d’être confiée. Depuis deux ans, la ville d’Anvers faisait des difficultés pour accorder les subsides ; elle les vota peu après qu’Agurto eut pris les rênes du gouvernement ; les états de Namur lui donnèrent aussi une marque de déférence, en accordant une aide plus considérable qu’ils ne l’avaient fait dans aucune des années précédentes. Un acte de désintéressement d’Agurto ajouta à l’opinion avantageuse que le public avait conçue de lui : Informé, par des lettres d’Espagne, que le roi avait résolu de renvoyer aux Pays-Bas le duc de Villa-Hermosa (voir ce nom), qui les avait gouvernés de 1675 à 1680, il en avertit le magistrat de Bruxelles, l’engageant à réserver pour le duc les vingt-cinq mille florins qu’on lui destinait, afin que la ville n’eût pas à supporter deux fois cette dépense. Cependant Villa-Hermosa n’accepta point le poste auquel il était rappelé, et Charles II, le 30 décembre 1685, nomma, par provision, lieutenant gouverneur et capitaine général des Pays-Bas don Francisco-Antonio de Agurto, à qui il conféra en même temps le titre héréditaire de marquis de Gastañaga. Le même jour, il donna avis de cette nomination aux états des provinces. Dans leur réponse (24 janvier 1686), les états de Brabant assurèrent le roi qu’ils étaient prêts à rendre au nouveau gouverneur « tous les honneurs, respect, assistance et zèle que ce caractère requéroit, et à quoi leur propre affection les portoit, par les fortes espérances dans lesquelles ils étoient, de voir effectuer en ce gouverneur plusieurs grandes pensées qu’il avoit pour le bien de leur province. »

Le marquis de Gastañaga fit son entrée solennelle à Bruxelles le 2 février : le magistrat, qui était allé l’attendre à la porte de Laeken, lui présenta les clefs de la ville. Avant de se rendre au palais, où il devait établir sa résidence, il assista, à Sainte-Gudule, à un Te Deum auquel présida l’archevêque de Malines. Les premiers temps de son administration furent employés par lui à visiter les places du Brabant et de la Flandre, à en faire réparer et à en augmenter les fortifications ; il consacra aussi ses soins aux affaires de la justice et au régime intérieur du pays.

Par la convention de Ratisbonne (août 1684), une trêve de vingt ans avait été conclue entre l’Espagne et la France ; mais déjà, en 1688, l’irruption des Français dans le Palatinat faisait prévoir qu’elle serait bientôt rompue. Le 21 avril de l’année suivante arriva à Bruxelles un officier envoyé par le maréchal d’Humières au gouverneur général des Pays-Bas, pour le prévenir que le Roi Très-Chrétien avait déclaré la guerre à Sa Majesté Catholique, et qu’en conséquence, les hostilités commenceraient incessamment. Gastañaga prit aussitôt ses mesures de concert avec le prince de Waldeck, commandant en chef des troupes des Provinces-Unies. Au mois d’avril, il partit pour l’armée, après s’être rendu successivement au conseil d’État, au conseil privé et au conseil des finances, auxquels il recommanda les intérêts du roi et du pays pendant son absence de la capitale. A la suite de quelques escarmouches, les Français, sous les ordres du maréchal d’Humières, ayant, le 26 août, attaqué les troupes hollandaises qui étaient campées à Walcourt, dans la province de Namur, furent repoussés avec une perte de plus de deux mille hommes restés sur le champ de bataille. Quelques jours après, Gastañaga fit avancer l’armée royale vers la ligne que les ennemis avaient élevée, depuis le pont d’Espierres sur l’Escaut jusqu’à Menin sur la Lys, et s’en rendit maître presque sans opposition. La campagne de 1690 ne fut pas aussi heureuse : le 1er juillet, le maréchal de Luxembourg battit, à Fleurus, le prince de Waldeck, dont l’armée avait été renforcée de quelques escadrons de troupes d’Espagne commandées par le lieutenant général d’Huby. Au mois de février de l’année suivante, Gastañaga partit pour la Haye, où il assista, avec les électeurs de Bavière et de Brandebourg, le landgrave de Hesse-Cassel et plusieurs des chefs des armées alliées, à des conférences qui se tinrent en présence de Guillaume III, roi d’Angleterre, sur les mesures à prendre dans l’intérêt de la cause commune.

Il était depuis deux jours à peine de retour à Bruxelles, lorsqu’il reçut la nouvelle de l’investissement de Mons par une armée de cent mille Français que commandaient les marquis de Bouffiers et de Villars et dont Louis XIV en personne ne tarda pas à venir diriger les opérations. Le prince de Berghes, qui commandait dans cette ville, n’avait que six mille hommes, la plupart espagnols ; il capitula après quinze jours de tranchée ouverte (8 avril). La perte d’une place, réputée l’une des plus fortes de l’Europe, excita, aux Pays-Bas et en Espagne, de grandes clameurs contre Gastañaga. On l’accusa de n’avoir pas pris les dispositions qu’en exigeait la défense, tandis qu’il aurait assuré le roi de la Grande-Bretagne qu’elle ne courait aucun danger, et l’aurait abusé même sur le chiffre des troupes qui en formaient la garnison. Le mécontentement de Guillaume III contre lui fut extrême ; il éclata dans les lettres qu’il écrivit à Madrid. Depuis longtemps, Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière (voir ce nom), aspirait au gouvernement des Pays-Bas ; des démarches actives étaient faites par lui ou pour lui en Espagne pour l’obtenir : Charles II se décida à le lui conférer (décembre 1691). Le 26 mars 1692, Gastañaga remit les rênes du gouvernement à Maximilien-Emmanuel, arrivé ce jour-là même à Bruxelles. Charles II avait ordonné à l’électeur, aussitôt après qu’il aurait pris possession du poste auquel il venait de le nommer (8 janvier), d’envoyer le marquis prisonnier en Espagne. L’électeur ne put exécuter cet ordre à la lettre, Gastañaga ayant beaucoup de dettes, et ses créanciers n’étant pas disposés à le laisser partir sans qu’il les eût satisfaits. On vendit tout ce qu’il avait de meubles ; il fut ainsi en état de payer ce qu’il devait, et, le 10 avril, il quitta Bruxelles pour aller s’embarquer à Ostende : l’électeur eut la délicatesse de lui épargner l’humiliation qu’il aurait ressentie, si on lui avait fait traverser en prisonnier le pays où naguère tout le monde s’inclinait devant son autorité : il se contenta de sa parole. A son débarquement en Espagne, Gastañaga fut arrêté. Une junte, composée d’un conseiller d’État, d’un conseiller de Castille et d’un conseiller de guerre, fut chargée par le roi d’examiner la conduite qu’il avait tenue dans l’exercice du pouvoir dont il avait été revêtu aux Pays-Bas (juin 1692). Après une enquête de plus d’une année, la junte ne trouva pas qu’il y eût à frapper de blâme son administration, et un décret royal le déchargea de toute responsabilité à cet égard (octobre 1693). Il vint alors à la cour, où Charles II, la reine Marie-Anne de Neubourg et la reine mère lui firent un accueil distingué. En 1694, il fut appelé à la vice-royauté de Catalogne. Les Français, les années précédentes, s’étaient rendus maîtres d’une partie de cette principauté. Gastañaga réussit d’abord à arrêter leurs progrès, en s’enfermant avec ses troupes dans les places menacées et en chargeant de la défense extérieure de la province les paysans et les miquelets. Ceux-ci harcelaient les ennemis, interceptaient les convois, mettaient à mort les Français qui marchaient isolément, et attaquaient même les villes où il n’y avait que de faibles garnisons. Mais lorsqu’il voulut prendre l’offensive, il n’eut pas un égal succès, quoiqu’il eût reçu de nombreux renforts. Dans une affaire qui eut lieu, en 1696, sur les bords du Tordéra, il vit une partie de son armée prendre la fuite, et toute la cavalerie Wallone avec son chef, le comte de Tilly, taillée en pièces. Les plaintes des Catalans contre lui déterminèrent la cour à le remplacer par don Francisco de Velasco. Après l’avènement de Philippe V, Gastañaga fut nommé colonel du régiment des gardes à cheval du roi. Il mourut, au mois de novembre 1702, à Barcelone, où il était allé attendre ce monarque, à son retour de la campagne de Lombardie.

Gachard.