Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ARNULPHE, Saint

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ARNULPHE ou ARNOUL (Saint), évêque de Soissons, décédé le 15 août 1087, était fils de Fulbert et de Menisende, seigneurs de Tydenghem, dans la Flandre occidentale. Pour se conformer aux désirs de sa famille et à la coutume des gentilshommes de cette époque, il prit d’abord le parti des armes et s’y distingua par sa bravoure, autant que par la régularité de sa conduite. Mais il ne se vit pas plutôt libre par la mort de son père, qu’il embrassa l’état religieux dans le monastère de Saint-Médard, à Soissons. Observant une règle austère, jaloux de conserver le recueillement en évitant toute parole inutile, il partageait son temps entre l’oraison et l’étude des sciences sacrées, sans en être moins humble et moins bienveillant pour ses frères. Aussi, l’abbé étant venu à mourir, Arnulphe fut, malgré lui, élu pour lui succéder et fit un bien infini au couvent par la sagesse de son administration. Il se hâta cependant, aussitôt qu’il le put, d’abdiquer la prélature pour regagner sa cellule solitaire, mais il n’y resta que peu de temps. Le diocèse de Soissons ayant perdu son premier pasteur, le pieux religieux fut appelé à le remplacer par le choix du clergé, confirmé par le concile de Meaux et par les ordres du légat apostolique. Mais un évêque intrus occupait ville épiscopale et Arnoul dut établir sa résidence dans un château du diocèse. Il y mettait tout en œuvre pour éteindre le schisme, quand le pape le chargea de remettre au comte de Flandre Robert le Frison, qui avait exercé des violences criminelles, des lettres qui blâmaient vivement sa conduite. Tout autre aurait décliné une mission aussi périlleuse, mais le prélat n’hésita point. Accompagné des dignitaires de l’Église de Térouanne, que le comte avait maltraités et proscrits, il remit à Robert les lettres pontificales, tandis que les prêtres exilés se jétaient à ses pieds. Le comte était en proie à une violente colère, mais la douce vertu de l’évêque l’emporta, et ceux qu’il avait appelés ses plus grands ennemis rentrèrent entièrement en grâce. Comme l’esprit de discorde, de haine et de vengeance régnait à cette époque dans les cantons de Bruges, de Ghistelles, de Fumes, de Thorhout et d’Oudenburg, le comte et ses nobles prièrent le saint évêque de parcourir ces pays aux mœurs barbares et de ramener à l’esprit du christianisme qu’ils professaient leurs malheureux habitants. Monté sur un âne et très-simplement vêtu, Arnoul accomplit heureusement cette mission et parvint à rétablir partout une réconciliation profonde et sincère, qui changea en peu de temps toute la face de la contrée. Pénétrés de reconnaissance pour l’humble apôtre de la paix, les habitants d’Oudenburg lui donnèrent une église que saint Ursmar avait bâtie dans leur bourgade, près de laquelle Arnoul fonda une abbaye de bénédictins qui devint une des plus considérables de la Flandre. Après avoir repris, pendant quelque temps, l’administration du diocèse de Soissons, dont les désordres le désolaient, le saint revint à Oudenburg et y mourut. On prépara la canonisation du bienheureux prélat dans le concile de Beauvais, en novembre 1120, et l’élévation de ses reliques eut lieu le 1er mai de l’année suivante.

J.-J. De Smet.