Biographie nationale de Belgique/Tome 1/AVESNES, Baudouin D’

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AVESNES (Baudouin D’), sire de Beaumont, vivait à la fin du xiiie siècle. On connaît la tragique histoire de Bouchard d’Avesnes (qui suit) qui, bien que chanoine et sous-diacre, n’avait pas craint, cachant cette qualité, d’épouser la fille de Baudouin IX, comte de Flandre et de Hainaut. C’est du second des fils nés de cette union, du sire de Beaumont, nommé Baudouin comme son aïeul, qu’il sera parlé dans cette notice. Bien que déclarés illégitimes par leur mère Marguerite, les d’Avesnes avaient été reconnus aptes à lui succéder par l’empereur Frédéric II, par Louis IX, et même par le pape Innocent IV. Baudouin dut à ces arbitres souverains l’apanage et le titre de sire de Beaumont (1246). Il ne tarda pas, du reste, à se réconcilier avec la Dame noire : car déjà, en 1258, on le voit chargé par elle d’aller défendre le château de Namur contre Louis de Luxembourg ; c’est lui encore qui, en 1263, opère à main armée la réunion du comté de Namur à la Flandre. Il assiste enfin aux funérailles de sa mère en 1279. Cet honnête seigneur dont un de ses contemporains dit : « Il fut ungs des plus saiges chevaliers de sens naturel qui fust en son temps, bien que moult petit et menu », ne paraît pas avoir nourri une éternelle rancune contre ces frères ennemis, portant le nom odieux de Dampierre ; car, en 1287, il céda au comte Gui, les villes de Dunkerque et de Warneton, qui lui avaient été dévolues, moyennant une pension viagère pour lui et pour sa femme, fille de Thomas de Coucy, seigneur de Vervins. Son épitaphe, conservée dans l’église des Cordeliers, à Valenciennes, nous apprend qu’il mourut en 1289. Ce qui doit empêcher son nom de périr, c’est une chronique au titre de laquelle il figure, sans qu’on puisse cependant, à raison tant de sa qualité de chevalier que de certains passages qu’il n’aurait pu écrire, lui en attribuer la paternité. C’est probablement par son ordre sinon par lui-même que fut composée cette vaste compilation, laquelle remonte jusqu’à la création du monde. On en trouve un manuscrit du temps à Paris. Il en existe de nombreux abrégés tant en latin qu’en français. Voici le titre du manuscrit de Bruxelles, analysé par M. de Reiffenberg : Che sont cronikes extraits et abrégiés des livres monseigneur Bauduin de Avesnes, fil jadis le contesse Margheritte de Flandres et de Hainau, qui fut moult saiges hons, et en assembla de pluisieurs livres, et ce sont li capitle dont chils livres parolle. Ce livre renferme, outre la partie qu’on peut attribuer à Baudouin, laquelle ne peut guère dépasser 1280, une suite qui s’étend jusqu’à la mort du roi d’Angleterre Richard VI (1399). Les nombreuses généalogies que renferme la chronique ont été extraites, vers la fin du xiiie ou le commencement du xive siècle, par Enguerrand de Coucy, allié de notre Baudouin, sous le titre de : Lignage de Coucy et de Dreux. Un abrégé généalogique plus étendu et en latin a été publié à Anvers en 1693 (in-fol de 57 pp.), par le baron Le Roy, sous ce titre : Chronicon Balduini Aveniensis, Toparchæ Bellimontis, sive Historia genealogica comitum Hannoniæ aliorumque principum, et les savants ont pensé que l’original avait été écrit en latin. M. de Reiffenberg croit, au contraire, que Baudouin, homme d’épée, n’a pu se servir de l’idiome des clercs, et qu’il aura employé celui des gens du monde. Quel que soit l’auteur de la chronique et qu’elle ait été écrite pour Baudouin d’Avesnes, ou pour son aïeul Baudouin de Constantinople, elle n’en est pas moins un monument précieux au double point de vue de la langue et de l’histoire, et son intérêt philologique semble la preuve la plus forte que puissent faire valoir ceux aux yeux desquels l’œuvre aurait été primitivement conçue en français.

F. Hennebert

Bulletins de la Commission royale d’Histoire.Histoire littéraire de France, l. XXI.