Biographie nationale de Belgique/Tome 1/BALTHAZAR, Pierre

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BALTHAZAR (Pierre), ou BALTEN, BALTHAZARUS ou BALTENIUS, peintre, graveur à l’eau-forte et au burin, florissait à Anvers durant la seconde moitié du xviesiècle. Peu connu de la plupart des écrivains artistiques, les dictionnaires et les manuels consacrés aux graveurs n’en font point mention. Le biographe Chrétien Kramm, Levens en werken der hollandsche en vlaamsche schilders, graveurs, etc., et ensuite Adolphe Siret, Dictionnaire des peintres de toutes les écoles, citent quelques-unes de ses œuvres gravées. C’est Pierre Balthazar qui exécuta les premiers portraits des Ducs de Brabant, des Princes de Hollande et des Comtes de Flandre. Il a édité plusieurs collections de ces portraits, dessinés et burinés par lui, d’abord avec un texte latin, puis avec une traduction en langue française.

Le recueil qu’il publia des Ducs de Brabant est au millésime de 1575. Les portraits en pied, gravés à l’eau-forte et au burin, parurent en noir et enluminés. La Bibliothèque royale à Bruxelles possède un exemplaire en couleur. Le titre-frontispice porte l’inscription dédicatoire au milieu d’un écusson, accosté de deux porte-pennons aux armoiries de Brabant et de Flandre : Clariss. et ampliss. Dom. Johanni Scheyve LL. doctori eq. aur. Brabantiæ, etc. has ad vivum expressas illust. Brabantiæ Ducum imagines Petrus Balthazarus gratitudine ergo dedicabat. 1575. Cum privilegio, In-folio. — De Philippe le Bon à Philippe II, onze ducs de Brabant sont en costume d’apparat de l’ordre de la Toison d’or.

La galerie ayant pour titre : Principes Hollandiæ et Zelandiæ ; Domini Frisiæ, etc., est sortie des presses plantiniennes, à Anvers, en 1578. Elle fut mise en vente par Philippe Galle, dessinateur et graveur, qui, à cette époque, avait établi un commerce considérable d’estampes dans cette ville. Il y en eut une édition française : Les Vies et Alliances des comtes de Hollande et Zélande, seigneurs de Frise. A Anvers, de l’imprimerie de Christ. Plantin, pour Ph. Galle, 1586. Sans préface ni introduction ; le frontispice représente la personnification de la Néerlande, sous la forme d’une jeune femme en ajustement du xvie siècle. C’est le frontispice de l’édition latine, à en juger par l’inscription : Ph. Galle excudit cum privilegio regis, 1578. Il y a trente-six planches, et les portraits finissent à Philippe II.

D’après un fragment de manuscrit du xvie siècle, conservé au dépôt des archives communales de Gand, manuscrit offrant des indices de papier et de type qui constatent son origine et son âge, l’editio princeps des comtes de Flandre était au millésime de 1584 et le titre ainsi conçu : Genealogiæ et origines Saltuariorum et Comitum Flandriæ, addita brevi vitæ cujusgue enarratione Cornelius Martinus, Zelandus, ex verissimis chronographis et annalium scriptoribus collegit, Petrus Baltenius ex antiquissimis tabulis imagines ad vivum expressit. Idem edidit Antverpiæ MDXXCIIII. La traduction française de l’ouvrage est intitulée : Les Genealogies et anciennes descentes des Forestiers et Comtes de Flandre, avec brieves descriptions de leurs vies et gestes, le tout recueilly des plus veritables, approvees et anciennes croniques et annales qui se trouvent, par Corneille Martin, Zelandoys, et ornees de portraicts, figures et guises de leurs temps, ainsi qu’elles ont este trouvees es plus anciens tableaux, par Pierre Balthazar, et par lui-même mises en lumière. En Anvers, chez Pierre Balthazar, et à la fin du texte : en Anvers, imprimé par André Bax, et exposé en vente par Pierre Balthazar, peintre. Le volume renferme deux frontispices, les armoiries ou insignes de l’archiduc Mathias, ornant la dédicace, les armes et la carte de la Flandre, puis cinquante-deux portraits en pied de comtes et comtesses de Flandre, en quarante planches in-folio. Cette édition contient un extrait du privilége de publication exclusive, accordé, dès le 28 août 1578, à Pierre Balthazar, citoyen d’Anvers, ou à ses hoirs, soit avec le texte latin, soit traduit en une autre langue, pour un terme sexennal, à partir de la mise en vente. Une dédicace latine, adressée à l’archiduc d’Autriche, à la date des calendes de février 1580, est signée : T. C. devotissimus Petrus Balthazar. Cette dédicace est suivie d’un poëme élogieux pour l’auteur et l’œuvre, par Jean Vander Noot, patricien d’Anvers ; en voici le début, qui nous fournit d’intéressantes notions biographiques :

Comme a faict cest autheur (Pierre Baltens scavant,
Un des meilleurs esprits de nostre heureux Brabant)
Non seulement gentil en l’art de la peinture,
Mais bon rhétoricien et prompt en l’escriture :
Comme il demonstre a nous et a tous estrangers
Par cest œuvre, en parlant des premiers Forestiers
Et des Comtes après de Flandres la fertile :
Œuvre vraiment gentil, très propice et utile….

En 1598 vint une nouvelle publication française, éditée, cette fois, par J.-B. Vrients, et imprimée par Jacques Mesens, à Anvers. Pour ces trois éditions des Forestiers et Comtes de Flandre, les mêmes planches ont été employées. Elles sont bien dessinées, d’une agréable taille de burin, que le travail de l’eau-forte a facilitée. Les meilleurs portraits sont ceux de Charles le Bon, de Philippe le Hardi, de Charles-Quint et de Philippe II. Ce dernier portrait diffère dans son agencement du Philippe II des Principes hollandiæ. Plusieurs planches sont historiées. — Dans la préface latine de l’édition d’André Bax l’auteur (P. Balthazar) dit qu’il a voulu, comme les anciens, perpétuer la mémoire des princes illustres ; mais, qu’au lieu de les représenter en statues d’or, de marbre ou de bronze, il a adopté le mode plus utile des images gravées sur cuivre, et chaque personnage dans le costume de son époque.

L’édition de 1598 contient le renouvellement du privilége de publication, accordé le 16 avril de cette année, de par Philippe II, à J.-Β. Vrients. La série des planches a été augmentée des portraits d’Albert et d’Isabelle, gravés par Jean Collaert, d’après Otto Venins, et au bas du titre-frontispice a été substituée l’adresse de l’éditeur J.-B. Vrients à celle du graveur Pierre Balthazar, alors probablement décédé.

En 1608 et 1612 se publièrent encore deux éditions françaises des Forestiers et Comtes de Flandre, imprimées à Anvers, par Robert Bruneau, pour le nouvel éditeur, qui ne craignit pas, dans la dédicace, adressée, en 1608, aux archiducs, de s’attribuer l’idée première et la paternité du recueil. « … Comme j’avoy, dit-il, par assistance de M. Pierre Baltens, faict recueillir les images tirées au vif, ornées de leurs habitz de ces temps, les ay faict tailler en rame, accompagnes d’une briefve genealogie, et j’ay prins lhardiesse de les offrir tres humblement a voz Altesses. D’Anvers, le 12 d’aoust 1608. — Joan-Bapt. Vrients. » Déclaration mensongère, puisqu’il finissait à peine son apprentissage, en 1575[1], quand Pierre Balthazar publiait déjà ses Ducs de Brabant et gravait ses Princes de Hollande et ses Comtes de Flandre ; c’est une altération du texte de la dédicace de 1580, au préjudice de la réputation de P. Balthazar. Au revers des portraits d’Albert et d’Isabelle est imprimée une approbation ecclésiastique, du 15 août 1608, et sur la page suivante un privilége, de par les archiducs, donné à Bruxelles, le 1er juin 1601, à J.-B. Vrients. Le poème de Jean Vander Noot est supprimé : naturellement, le poëte y chante les louanges de « l’auteur, Pierre Baltens, scavant, » et non de l’usurpateur posthume de l’un de ses titres artistiques. — L’édition au millésime de 1612 n’était que le fonds restant de celle de 1608, acquis par les successeurs de Christophe Plantin, gravures et texte imprimé. Il n’y a de modifié que le titre et l’adresse : « A Anvers, se vendent en la boutique Plantinienne, MDCXII, » avec l’adjonction des armoiries, assez médiocrement gravées, d’Albert et d’Isabelle, format in-folio. — Toutes les éditions des Forestiers et Comtes de Flandre ont donc été publiées avec les gravures primitives. Le biographe Chr. Kramm s’est trompé en disant que les portraits de 1608 ont été dessinés et publiés par Corneille Martin : cet écrivain n’en a été ni dessinateur, ni graveur, ni éditeur.

Immerseel, dans son dictionnaire biographique de 1842 : De Levens en Werken der hollandsche en vlaamsche schilders, graveurs, etc., ne cite point le peintre-graveur Pierre Balthazar ; il donne, d’après Charles van Mander, une notice sur le peintre paysagiste et de scènes champêtres Pierre Balten, qu’il fait naître à Anvers en 1540, et mourir en 1611. Cet artiste peignait à la détrempe et à l’huile, et était rhétoricien. Il relate son entrée dans la corporation anversoise, mais en omettant l’année de son admission à la franchise professionnelle. Or, Pierre Balthazar, le peintre-graveur, et Pierre Balten, le peintre paysagiste, ne sont qu’un seul et même artiste, comme M. Ad. Siret l’avait déjà supposé. Les notions biographiques d’Immerseel et de Jean Vander Noot, la désignation latine de Petrus Baltenius au manuscrit des archives de Gand, de Pierre Balten dans la dédicace de 1608, et l’appellation de Pierre Balthazar ou Balten, employée indifféremment par Paquot dans ses Mémoires littéraires (article de Corneille Martin), attestent cette identité, complètement corroborée par les inscriptions des Liggeren ou rôles de la gilde de Saint-Luc, d’Anvers. En 1524 fut enregistré Balten Janssone Costere, beeldesnydere, — Balthazar fils de Jean de Coster, sculpteur ; en 1540 : Pierken (Balten) Custodis (de Costere, latinisé), scilder, — Pierre, fils de Balthazar de Coster, peintre ; en 1569 : Peeter Baltens, alias Custodis, deken, — Pierre, fils de Balthazar, alias de Coster, doyen[2]. Aucun autre artiste du nom de Balten ne se trouve annoté dans le livre de la corporation, ce qui aurait eu lieu, s’il y avait eu un peintre et un graveur, ou deux peintres distincts. J. Vander Straelen, dans son Jaerboek der vermaerde en kunstryke Sint-Lucas Gilde van Antwerpen, reproduit un ancien tableau des dignitaires de la confrérie artistique et rhétoricienne : à l’année 1569 est cité le doyen Pierre Baltens, et, en note, il reçoit la qualification de peintre et marchand d’estampes.

Le nom primitif et réel de l’artiste est donc : en flamand, Pieter de Costere Baltenssone, et en français, Pierre de Coster, fils de Balthazar. L’abréviation Baltens, pour Baltenssone, de généalogique qu’elle était, est devenue patronymique. Les biographes l’ont adoptée sans se douter de sa provenance et de sa signification. Charles van Mander, le premier qui ait écrit la vie de P. Balten, a causé l’erreur des biographes qui l’ont consulté. En fixant à la date de 1579 l’admission dans la gilde de Saint-Luc, il a jeté de l’incertitude sur l’identité de ce peintre avec l’artiste inscrit en 1540 et doyen en 1569. De son côté, Immerseel, en portant la naissance de P. Balten à 1540, tout en empruntant à Van Mander l’historiette du tableau de la Prédication de saint Jean, où l’empereur Rodolphe II (on ne sait pour quel motif) fit remplacer le prédicateur par un éléphant, ce qui changeait les auditeurs en spectateurs, a embrouillé un peu plus encore la chronologie biographique.

Ainsi, Pierre Balthazar ou Balten fut un excellent dessinateur, assez habile graveur et un paysagiste de talent. Dans ses tableaux, traités à la manière de P. Breughel le Vieux, les petites figures de ses fêtes villageoises sont bien groupées, spirituelles et d’une touche agréable. Poëte et chansonnier, il était un des membres acteurs de la chambre de rhétorique la Violette, section littéraire et dramatique de la gilde anversoise de Saint-Luc. Lorsqu’il obtint la maîtrise picturale, l’artiste, fils de confrère, pouvait avoir de 20 à 25 ans. Selon Van Mander, il est mort à Anvers, on ne sait en quelle année. Nous croyons que ce fut vers 1598 et non, comme on l’a dit, en 1611.

Edm. De Busscher.


  1. La matricule de la gilde de Saint-Luc mentionne en 1567 : Jean-Baptiste (Vrints), apprenti du graveur Bern. Vande Putte ; en 1575 : Jean-Baptiste Vrints, affranchi, marchand d’objets d’art. Il est qualifié graveur et imprimeur d’images dans les comptes des doyens Ph. Galle et Frans Franck, 1585-1589.
  2. Dans les comptes de l’église de Notre-Dame d’Anvers est annoté le payement de la peinture des portes des grandes orgues, par Pierre Custodis, le 4 juin 1558. Cet instrument provenait du facteur d’orgues Mre Gilles Brebos. — Le 26 mai 1559, Pierre Custodis, peintre, intervint dans un acte passé par-devant le notaire De Hertog, à Anvers, comme momboir de Claire de Craene, son épouse. — Chev. L de Burbure.