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Biographie nationale de Belgique/Tome 12/LEUSSAUCH, Jacques DE

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LEUSSAUCH (Jacques DE), humaniste, poète et annaliste, naquit à Marchiennes, près de Douai, dans les dernières années du XVe siècle. Suivant la coutume de son temps, il latinisa son nom sous la forme de Jacobus Lessabæus ; les biographes en ont fait Lessabé, sous lequel il est connu. Il était fils de Jean de Leussauch et d’Ysabeau du Trescault, pour lesquels il fonda, le 22 octobre 1535, deux obits en l’église paroissiale de Marchiennes. Notre écrivain est cité par plusieurs auteurs comme originaire du Hainaut ; il semble lui-même indiquer ce pays comme sa patrie ; d’autre part, dans la dédicace de son livre à Roland Bouchier, il nous apprend que le Hainaut ne fut pas son berceau, mais qu’il y a passé ses premières années et qu’il y a reçu l’instruction. On trouve dans le travail qu’il a publié une explication très simple de cette contradiction apparente ; le village de Marchiennes, situé à deux lieues de Douai, est divisé par l’Escaut en deux parties ; le territoire au delà de l’Escaut dépendait du comté de Hainaut ; en deçà, il appartenait, avec Lille et Douai, à la Flandre. Les écrivains qui se sont occupés de lui ne nous ont conservé aucun détail sur sa vie. Nous venons de voir, d’après ce que lui-même a écrit, qu’il fut élevé dans le Hainaut, peut-être à Mons. Il entra ensuite dans les ordres sacrés, et se concilia l’amitié et la protection de dom Jacques Coene, abbé de Marchiennes ; il se lia aussi avec le carme Roland Bouchier. En 1530, la charge d’écolâtre ou de maître de la grande école de Mons étant devenue vacante, par suite du décès de maître Jean Ghobelet, Jacques de Leussauch sollicita cette importante fonction. Il eut pour compétiteur maître Jean Baldricus, prêtre, né à Soignies. La nomination devait se faire de commun accord par les échevins de Mons et par le chapitre de Saint-Germain, mais les échevins appuyaient le second candidat, tandis que de Leussauch avait obtenu les suffrages des chanoines. Ce dernier finit par être nommé le 25 juin 1530, comme le plus « ydosne », les échevins ayant reconnu qu’il était « homme arresté et propice ». Il remplit jusqu’à la fin de l’année 1536 la charge de maître de la grande école de Mons, qui était alors un établissement d’instruction moyenne divisé en trois classes et très florissant. Ce fut pendant ces années de professorat qu’il put constater combien l’idiome en usage parmi les habitants du Hainaut était plus incorrect que celui de ses voisins de France ; il signale le défaut qu’ils avaient de faire sentir l’8 d’une manière sensible. La direction de la grande école appartenait, comme nous l’avons dit, au magistrat de Mons et au chapitre de Saint-Germain ; cette situation provoqua entre ces deux autorités de fréquentes discussions ; un conflit était à peine apaisé par un arrangement qu’une nouvelle contestation surgissait. Ce fut, semble-t-il, à cause d’une querelle entre les deux pouvoirs, que Jacques de Leussauch, prêtre au caractère pacifique, notifia, le 27 octobre 1536, aux échevins sa résolution de renoncer à la direction de la grande école. Sa démission fut acceptée. De Leussauch passa les dernières années de sa vie à Tournai, où il mourut le 1er juillet 1557. De son temps, il avait joui d’une certaine réputation. Le bénédictin dom de Beauchamps voit en lui un personnage très remarquable par son érudition et la pureté de sa vie. Un poète contemporain, Lucas Bruière ou Bruierius, l’a célébré dans ses vers comme un écrivain aussi distingué dans l’histoire que dans la littérature et la poésie.

Il ne nous reste de lui qu’un opuscule, fort rare, intitulé : Hannoniæ urbium et nominatiorum locorum ac cœnobiorum, adjectis aliquot limitaneis, ex annalibus anacephalæosis. Penias declamatiuncula. Carminum tumultuaria farrago. Anvers, Michel Hillenius, 1534 ; in-8o, 36 ff. non paginés. Il comprend un résumé historique et géographique du comté de Hainaut et un certain nombre de poésies assez médiocres. La description topographique du Hainaut a de la valeur ; elle a été rééditée, en 1844, par le baron de Reiffenberg et traduite, en 1885, par G. Decamps et A. Wins, pour la Société des bibliophiles belges de Mons. De Leussauch a fait paraître son opuscule en 1534, alors qu’il était à la tête de la grande école de Mons. Il se pourrait donc qu’il ait été destiné à faciliter à ses élèves l’étude de l’histoire et de la géographie du Hainaut. La concision de son travail vient encore étayer cette hypothèse, ainsi que sa rareté, qualité commune à tous les manuels classiques du XVIe siècle.

Ernest Matthieu.

Paquot, Mémoires, t. I, p. 195. — De Reiffenberg, Monuments pour servir à l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, t. I. — Brassart, Jacques de Leussauch dit Lessabæus, dans Souvenirs de la Flandre wallonne, t. XX, p. 76-79. — G. Descamps et A. Wins, Description abrégée des villes, des localités les plus renommées et des monastères du Hainaut et de quelques contrées voisines, par Jacques Lessabée ou De Leussauch (1534), traduction du latin avec introduction et notes. Mons, Dequesne-Masquillier, 1885 ; in-4o. — Archives communales de Mons. — E. Matthieu, Histoire de l’enseignement à Mons (en cours de publication).