Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BEAUNEVEU, André

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BEAUNEVEU (André) ou BEAUNEPVEU, sculpteur, à Valenciennes, ancien Hainaut, florissait en 1364-1390. Les dates de sa naissance et de son décès sont ignorées, et l’on a peu de détails biographiques sur cet artiste « maistre ouvrier de thombes. » Les notions authentiques fournies par les anciens documents prouvent que son talent tout spécial de sculpteur de sarcophages, était fort apprécié de son temps. Sa réputation avait eu du retentissement, puisque le comte de Flandre, Louis de Male, le choisit, en 1374, pour exécuter le mausolée qu’il avait résolu de se faire ériger dans la chapelle de Sainte-Catherine, à Courtrai. Cet oratoire comtal, où il avait, par un testament de cette époque, élu sa sépulture, fut construit à l’extrémité de l’abside méridionale de la collégiale de Notre-Dame, et existe encore aujourd’hui. Il fut successivement décoré de portraits en pied, de grandeur naturelle, des comtes et comtesses de Flandre, successeurs de Louis de Male, jusques et y compris Charles II, roi d’Espagne, peints dans des compartiments de style gothique qui conservent de curieux vestiges de ces portraitures. La charte de fondation, datée de Gand, le pénultième jour de mai 1374, contient la mention de l’élection de sépulture et de la dédicace de la chapelle à sainte Catherine, en mémoire du jour patronal de la naissance de Louis de Male. Le dessin de la tombe fut fait par Jean van Hasselt, peintre en titre du comte et de son successeur, Philippe le Hardi, pour lequel il peignit le tableau d’autel de l’église des Cordeliers, à Gand, en 1385, et effectua des peintures décoratives dans sa résidence de la cour du prince, en la même ville. Le monument funéraire, en marbre et albâtre, devait être surmonté de la statue de Louis de Male et orné de statuettes latérales en cuivre doré ; il ne parvint jamais à sa destination : on croit que l’artiste mourut avant l’achèvement de son œuvre. Les pièces de comptabilité qui en mentionnent les payements, s’arrêtent à la fin de 1374. Des lacunes s’étendent de novembre de cette année à mars 1379, et dans les comptes subséquents, il n’est plus parlé de ce mausolée. Louis de Male mourut à l’abbaye de Saint-Bertin, en janvier 1384, et ses obsèques eurent lieu dans l’église de Saint-Pierre, à Lille, où un magnifique tombeau lui fut érigé par Philippe le Bon, en 1455.

M. Alex. Pinchart, se basant sur un inventaire des objets mobiliers du château de Lille, dressé en 1388, pense qu’il y avait là des pièces et des statues du sarcophage primitif de Louis de Male ; il présume aussi que le sculpteur les y avait travaillées, et laissé le monument inachevé.

André Beauneveu vivait encore en 1390 ; il dirigeait alors les artistes sculpteurs et peintres qui embellissaient le château du duc de Berry, oncle du roi Charles V, à Mehun-sur-Yèvre. Ce château, situé à quelques lieues de Bourges, était la plus somptueuse habitation princière qu’il y eût en France. Le duc dépensa à l’édifier et à le décorer plus de trois cent mille francs, monnaie de l’époque. Le chroniqueur Jean Froissart rapporte qu’en octobre 1390, le duc de Berry y séjourna quelque temps et qu’il y « devisoit au maistre de ses ouvriers de taille et de peinture, maistre Andrieu Beaunepveu, à faire de nouvelles images et peintures ; car en telles choses avoit-il grandement sa fantaisie de toujours ouvrer de taille et de peinture ; et il étoit bien adressé, car dessus ce maistre Andrieu n’avoit pour lois meilleur ni le pareil en nulles terres, ni de qui tant de bons ouvrages fussent demeurés en France ou en Hainaut, dont il étoit de nation, et au royaume d’Engleterre. » Pour être ainsi élevé au-dessus des maîtres contemporains, par l’historien Jean Froissart, l’artiste sculpteur devait posséder un remarquable talent. En 1364, dit le baron Kervyn de Lettenbove, dans son Étude littéraire sur le xive siècle, André Beauneveu fut charge par Charles V de faire des tombes et, « comme peintre, il orna de plusieurs histoires un psautier très-richement enluminé du duc de Berry. » Peut-être cette œuvre de peinture fut - elle seulement exécutée sous sa direction. — Le comte de La Borde (Études sur les arts aux temps des ducs de Bourgogne) cite un Pierre Beauneveu, qui travailla en 1388-1390 avec Claux Sluter, le sculpteur de tombeaux à la Chartreuse, de Dijon.

Edm. De Busscher.

Messager des Sciences historiques de Belgique. — Alex Pinchart, Archives des Arts, 1860, t. XXVIII, pp. 346-350 ; 1863, t. XXXI, pp. 31-34. — Manuscrit : Documenta capituli Cortracensis, t. IV, pp. 415-421. (Biblioth. Goethals-Vercruysse.) Chroniques de Froissart, livre IV, chap. XIV, ed. Buchon.