Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BEAUVAU, René-François DE

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BEAUVAU, René-François DE



*BEAUVAU (René-François DE), né en 1664, au château du Rivau, en Poitou, mort en 1739. Il appartenait à une branche cadette d’une vieille et illustre famille de l’Anjou. Le sang des Beauvau s’honorait de mélange avec celui des ancètres d’Henri IV. Ayant mérité, en 1694, son bonnet de Sorbonne, René de Beauvau fut pourvu d’un canonicat à Sarlat, en Périgord, et remplit auprès de son oncle, qui était évêque du lieu, les fonctions de grand-vicaire. Gratifié, en 1703, de l’abbaye de Bonneval, au diocèse de Rhodez, puis de celle de Saint-Victor en Caux, il ne tarda pas à inaugurer sa carrière de prélat en montant sur le siége de Bayonne. L’attachement qu’il sut inspirer à ses ouailles éclata, de la manière la moins équivoque et la plus flatteuse lorsque, en 1708, Louis XIV eut jeté les yeux sur lui pour succéder, dans l’évêché de Tournai, à Louis de Coëtlogon. Offrir au prélat de compenser de leurs deniers l’augmentation de revenu que lui promettait l’évêché alors le plus riche et le plus envié des Pays-Bas, pétitionner en même temps auprès du roi pour qu’il leur laissât leur pasteur, c’est ce que firent les Bayonnais avec l’unanimité et l’empressement le plus touchant. Mais le monarque ne revint pas sur sa décision. Ce n’était pas au hasard qu’il avait fait son choix, comme le prouvent ces paroles, qu’il adressa à M. de Beauvau, au passage de celui-ci à Versailles : « Je sais ce que Bayonne voulait faire pour vous ; mais vous êtes nésaire à Tournai. »

Les événements ne tardèrent pas à lui donner raison. Quelques mois après l’entrée de l’évêque, qui avait eu lieu vers la Pentecôte de 1708, la guerre de la succession d’Espagne amena à l’improviste devant Tournai l’armée des alliés, commandée par Eugène et Malborough (26 juin 1709). La ville était d’autant moins en état de résister que Villars, trompé jusqu’au dernier moment, en avait retiré le plus de blé, d’argent et d’hommes qu’il avait pu, sans la laisser complètement dégarnie. Placé entre les bourgeois et l’armée assiégée, dans une position fort délicate pour un Français et pour un prêtre, l’évêque dut déployer tout le sang-froid, l’abnégation, la libéralité que le roi avait sans doute attendus de lui. Sa vaisselle plate servit à fabriquer la fameuse monnaie obsidionale du gouverneur, M. de Surville ; son palais, son église, furent transformés en hôpitaux de blessés. Pour nourrir les pauvres et subvenir aux nécessités cruelles qui s’étalaient sous ses yeux, M. de Beauvau, digne émule de Fénelon, alla jusqu’à emprunter 800,000 florins. La ville n’en fut pas moins prise. Mais en vain les vainqueurs exigèrent-ils un Te Deum de l’évêque. Celui-ci refusa de le chanter, et, sous prétexte d’aller demander l’avis du roi sur sa conduite à venir, il prit le chemin de Versailles, sans être inquiété. En son absence, la guerre s’alluma au sujet de la nomination d’un doyen du chapitre, entre les chanoines de la cathédrale et LL. HH. puissances les états généraux, dans les mains desquels la souveraineté provisionnelle du Tournaisis était passée par la conquête. Pour mettre fin au débat, soutenu des deux parts avec une égale obstination, le pape Clément XI jugea bon d’ordonner, en 1711, à M. de Beauvau, de rentrer dans son diocèse. L’évêque vint jusqu’à Cambrai, où il s’arrêta pour négocier son retour. Ses offres de soumission ne reçurent que cette réponse ironique : « Qu’il se trouvait trop bien en France sous un souverain plus digne de lui, et qu’on lui conseillait d’y demeurer. » Enfin, la paix d’Utrecht ayant donné Tournai à l’empereur, M. de Beauvau résigna son évêché qui passa à Ernest, comte de Lowenstein. Il n’eut du reste à regretter aucun des sacrifices qu’il s’était imposés pour remplir ses devoirs envers son troupeau et envers son maître : Louis XIV lui fit rembourser, sur une simple note de sa main, les grosses sommes qu’il avait levées et dépensées durant le siége. De leur côté, les Tournaisiens rachetèrent, pour la lui rendre, la vaisselle détruite ou engagée à leur profit. L’évêché de Toulouse reçut le prélat dépossédé. En 1719, l’heureux protégé de la cour fut élevé à l’archevêché de Narbonne, ce qui lui donna droit à la présidence des états du Languedoc, qu’il exerça pendant vingt ans. En cette haute qualité, il encouragea les travaux des savants de sa province. Les Bénédictins de Saint-Maur, auteurs de l’Histoire générale de Languedoc (5 vol. in-f°, 1730) se louent, dans leur épitre dédicatoire aux états, de la protection d’un prélat « également respectable par sa naissance et par ses éminentes qualités. » Son appui fut aussi assuré à la Description géographique et à l’Histoire naturelle du Languedoc, par la société de Montpellier. Rien ne manqua donc à la gloire de M. de Beauvau, pas même l’ordre du Saint-Esprit, dont il était commandeur.

F. Hennebert.

Nouvelle Biographie générale, publiée par Didot, d’après Moréri. — Poutrain, Histoire de Tournai, t. II. — Lemaistre d’Anstaing, Cathédrale de Tournai, t. II. — Recueil (MS) de quelques particularités du siége de Tournai de l’année 1709.