Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BERLAYMONT, Gilles DE (seigneur de Chin)

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BERLAYMONT (Gilles DE), seigneur de Chin, naquit à la fin du xie siècle et mourut en 1137. Il était chambellan hérédiaire du Hainaut et l’un des conseillers de Baudouin IV, dit le Bâtisseur. Les renseignements que nous possédons sur sa vie, se trouvent dans un poëme en vers, de Gauthier de Tournai, publié par M. de Reiffenberg (Monuments pour servir à l’histoire des provinces de Hainaut, Namur et Luxembourg, t. VII). C’est une de ces épopées ou chansons des gestes des xii et xiiie siècles, à la fois œuvres historiques et romanesques, dans lesquelles la fiction se mêle à la réalité, mais sans la faire disparaître ni même, parfois, sans la défigurer. Ce poëme constitue une paraphrase de la vie de notre héros ; il y est représenté comme le plus loyal, le plus intrépide, le plus accompli chevalier de son temps.

Gilles de Chin, poussé par le goût des aventures, alla guerroyer en Palestine, mais ne fit point partie d’une croisade ; il semble qu’il partit avec Gillion de Trazegnies, séjourna à Saint-Jean-d’Acre, à Jérusalem, à Jéricho, à Antioche et se signala par sa valeur et son intrépidité. De retour dans son pays natal, il épousa Ide de Chièvre et prit une part active aux guerres que le comte de Hainaut eut à soutenir contre ses voisins.

Gilles de Chin mourut à Roucourt, en Ostrevant, à la date que nous avons indiquée, et bien que ce fait ne puisse être contesté, il y a une grande divergence entre les chroniqueurs, les historiens modernes et l’interprétation des épithaphes, sur la manière dont il mourut. Il nous paraît assez indifférent aujourd’hui de savoir s’il succomba à la fièvre ou s’il fut tué d’un coup de lance.

Gilles de Chin a acquis une grande notorité par la légende de son combat contre un dragon qui ravageait les environs de Wasmes, au xiie siècle. Ce combat, dont nos naïfs aïeux n’ont jamais douté, était attesté, selon eux, par une tête de crocodile, placée aujourd’hui à la bibliothèque publique de Mons et sur laquelle se voit encore, en effet, la trace d’un coup de lance. Ajoutez à ce témoin muet les épithaphes composées par les religieux de l’abbaye de Saint-Ghislain, désireux d’attirer les fidèles chez eux, les processions de Wasmes et de Mons, et vous aurez tout ce qu’il faut pour déterminer une conviction générale. Mais, de nos jours, cette légende a été examinée à fond. Delmotte, le premier (Recherches historiques sur Gilles de Chin et le dragon, Mons, Leroux, 1825) a démontré que ce combat n’était qu’un symbole du dessèchement, par Gilles de Chin, des marais de Wasmes, rendus par lui à l’agriculture et donnés à l’abbaye de Saint-Ghislain. Cette opinion est extrêmement plausible et nous n’hésitons pas à l’admettre. Ce sujet a été aussi traité et épuisé par M. de Reiffenberg dans l’introduction du poëme cité plus haut, lequel fut mis en prose au xve siècle par Chastellain et publié à Mons, en 1837, par M. R. Chalon, sous le titre de la Chronique du bon chevalier messire Gilles de Chin.

J. Delecourt.