Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BERNON

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BERNON, poëte, musicien, philosophe, théologien, vécut à la fin du xe siècle et au commencement du xie. Il mourut le 7 janvier 1045. Aucun biographe n’est parvenu à fixer d’une manière certaine la nationalité de Bernon ; les uns le font naître en France, les autres lui donnent l’Allemagne pour patrie. Enfin d’après une troisième ver- sion, en vertu de laquelle nous lui donnons place ici, il serait originaire de l’ancien Luxembourg. Ce qui reste établi, au milieu de ces incertitudes et de ces doutes, c’est que Bernon fut moine de l’abbaye de Prume, au diocèse de Trèves, où il se trouvait en l’an 1000. L’erreur dans laquelle ont versé quelques écrivains, provient en grande partie de ce qu’ils ont confondu notre personnage avec un autre du même nom, qui l’a précédé de cent ans et qui fut abbé de Cluny. C’est par suite de cette confusion que le père Bernard Pez et Casimir Oudin disent qu’il fut d’abord moine de Saint-Gall en Suisse, et ensuite élu en 1014 abbé de Richenau. Vossius se trompe pareillement en faisant de notre Bernon un disciple d’Hincmar, ce qui pourrait s’appliquer à celui qui fut abbé de Cluny. D’après les auteurs de l’Histoire littéraire de la France, Bernon, qui fait l’objet de cette notice, fut d’abord moine de l’abbaye de Fleuri sur la Loire ; il y fit ses études sous Abbon ou sous Constantin et peut-être sous l’un et l’autre ; il s’y trouvait encore en 999, puisqu’on le voit comme député de ce monastère à l’assemblée d’Orléans, an sujet du différend survenu en décembre de cette année, touchant la durée de l’avent qui précède la fête de Noël. De là il passa à Prume et s’y fit la réputation d’un des hommes les plus saints et les plus savants de son siècle. Le roi Henri le Pieux, qui faisait le plus grand cas de Bernon, voulant lui donner des marques de sa haute estime, en trouva bientôt l’occasion ; Immon, abbé de Richenau (Augiæ divitis), près de Constance, s’étant rendu odieux à ses moines par son excessive sévérité, on résolut, en 1008, de le déposer. Henri fit élire Bernon à sa place. C’est de là que quelques écrivains du moyen âge l’ont nommé Augiensis, du nom de son monastère. Dès qu’il eut la direction de l’abbaye, le nouvel abbé y rappela les frères dispersés, en augmenta bientôt le nombre, restaura les édifices, rétablit la bibliothèque, revendiqua les biens aliénés et réussit, par ses sages exhortations soutenues par son exemple, à y faire revivre l’esprit de saint Benoît. Aussi fut-il compté au nombre des plus illustres abbés. Il paraît avoir été homme de grande considération, car en 1013, il accompagna Henri le Pieux dans son voyage d’Italie, et se trouva l’année suivante, au mois de février, à Rome, à la cérémonie de son couronnement comme empereur.

Il mourut dans la quarantième année de son administration et fut enterré dans l’église de son abbaye.

Il composa : 1° De quibusdam rebus ad Missæ officinum pertinentibus, avec d’autres écrivains de divinis officiis. Coloniæ, Melch. Hitterpius, 1568, in-fol. Paris., 1610, in-fol. p. 661. Venet., 1572, in-8°. Dans les différentes bibliothèques des Pères. Paris., 1575, t. IV., col. 572. Ibid. 1598, t. VI, col. 709. Ibid. 1610, t. X, p. 697, col. 1618, t. XI, p. 51. Paris., 1624, t. X, p.697. Ludg., 1677, t. XVIII, p. 56. On trouve dans ce traité de Bernon des observations et des recherches beaucoup plus curieuses que dans les auteurs qui l’ont précédé et que dans ceux qui l’ont suivi jusqu’au xvie siècle. — 2° Vita S. Udalrici Augustani episcopi ; dans Surius (Vitæ sanctorum), sur le 4 juillet. — 3° Vita S. Meginardi episcopi et martyris. — 4° Libellus tonarius. Cet opuscule, qui est un écrit sur la musique relatif à la règle des tons, est conservé en manuscrit à la Bibliothèque de Saint-Paul, à Leipsick. Il est précédé d’une préface très-développée, qui contient l’exposé de la forme des tons, de leur nombre, de leur caractère distinctif et des intervalles qui y sont contenus. — 5° De varia Psalmorum atque cantuum modulatione, ouvrage renfermant des recherches philologiques très-curieuses. — 6° De consona tonorum divesitate. L’auteur y donne des intructions sur l’usage des chants d’espèces différentes dans l’office divin ; ce traité paraît avoir servi de modèle à un autre que le pèie Jacques Hommey a donné au public, sous le nom de saint Bernard et ce titre : Tractatus de tonis. — 7° De instrumentis musicalibus ; ouvrage signalé par Trithème. — 8° De mensura monochordis. — 9° Antiphonarium. Les numéros 8 et 9 se trouvent pareillement en manuscrit à la Bibliothèque de Saint-Paul, à Leipsick. — 10° De quatuor temporum jejuniis, per sua sabbata observandis ; dialogue qu’il adressa à Aribon archevêque de Mayence. Il fit encore une autre épître au même, intitulée : De quatuor adventus dominicis. Ces deux écrits sont reproduits dans le Thesaurus anecdotorum de B. Pez. — 11° Un recueil de lettres dont on trouve l’analyse dans le 7e volume, p. 576, de l’Histoire littéraire de la France.

Aug. Vander Meersch.

Oudin, Comment, de scriptoribus ecclesiasticis. t. II, p. 398. — Vossius, Hist. lat., 44, p. 367 et t. III. ch. v, p. 764. — Bernard Pez, Thesaurus anecdotorum nov., t. I, part. III. — Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 576.