Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BOGAERTS, Félix-Guillaume-Marie

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BOGAERTS, Félix-Guillaume-Marie



BOGAERTS (Félix-Guillaume-Marie), historien, romancier et poëte, né à Bruxelles, le 2 juillet 1805, mort à Anvers, le 16 mars 1851. Orphelin dès le bas âge, il fut élevé par un oncle, le notaire Pinson. Le jeune Bogaerts, doué de beaucoup d’intelligence et d’une aptitude prononcée pour l’enseignement, fit d’excellentes études françaises et latines. Il obtint, en 1828, avec grande distinction, le grade de candidat en philosphie et lettres à l’Université de Gand, et fut nommé quelque temps après professeur au collége de Menin. En 1834, il passa à la chaire d’histoire et de géographie de l’Athénée d’Anvers, qu’il occupa pendant dix-sept ans. Toujours avide d’étendre le cercle de ses études et de ses connaissances, il consacrait les loisirs de ses vacances scolaires à des voyages instructifs : en 1835, il visita l’Angleterre et l’Écosse, avec le peintre Nicaise de Keyser, son ami le plus intime; en 1836 ce fut Paris, que les touristes choisirent pour but de leur excursion littéraire et artistique. En 1840, il parcourut la Suisse, et en 1844, la Hollande. L’Académie d’archéologie de Belgique ayant été fondée en 1842, à Anvers, Félix Bogaerts en fut le premier secrétaire perpétuel, et le 8 janvier 1847, il fut élu membre de l’Académie royale de Belgique, dans la section scientifique et littéraire de la classe des Beaux-Arts. Dès lors il s’était placé au rang des écrivains belges les plus distingues.

Depuis le jour où il occupa la chaire professorale à l’Athénée d’Anvers, jusqu’au moment où il se maria, en 1849, avec demoiselle Louise Le Mair, il vécut en vrai philosophe, en insoucieux célibataire. Il ne trouvait de jouissance que dans la culture des lettres et des arts, s’isolant du monde, mais sans misanthropie, car il éprouvait le besoin d’aimer, d’être aimé, et sut se créer de sincères amitiés. Son physique s’harmonisait avec ses qualités morales : il avait la physionomie ouverte, le regard d’une extrême douceur, un accueil franc et sympathique. Tel était son abord, telles étaient ses relations et sa correspondance. Son mariage, de si courte durée, lui apporta le bonheur du foyer domestique, l’affection conjugale et les joies de la paternité.

La carrière littéraire de Félix Bogaerts commença en 1833, par sa collaboration, avec Edw. Marshall, à la Bibliothèque des antiquités de la Belgique, dont il parut deux volumes in-8°. En 1834, il fit représenter au théâtre de Bruxelles, un drame en trois actes : Ferdinand Alvarez de Tolède; la pièce fut livrée à la publicité; elle n’eut guère de succès scénique. L’auteur ne l’a pas reproduite dans ses Œuvres complètes. Il imprima, en 1837, à Bruxelles, ses Pensées et Maximes, éditées ensuite à Anvers en langue flamande. En 1839, il écrivit dans le Musée des Familles, dirigé par Henri Berthoud, une nouvelle qui fut traduite en flamand, en allemand et en anglais : Les morts sortent quelquefois de leurs tombeaux, puis, Mère et Martyre, épisode de l’histoire du christianisme primitif à Rome, peinture pleine de poésie et de couleur locale; c’est une de ses meilleures conceptions. En 1839 et 1840, parurent deux éditions de luxe de son roman historique, El Maestro del Campo (Gand, en 1567), ouvrage orné de gravures sur bois, d’après les dessins de N. de Keyser. Traduit en flamand, en italien et même en anglais, à New-York, la réputation du romancier belge, que vint consolider son Lord Strafford, traduit aussi en flamand, en anglais, en allemand et illustré par le même peintre, se répandit partout. Ce dernier roman fait époque dans la carrière littéraire de l’auteur (1843); la vogue des œuvres de Walter Scott, de Fenimore Cooper et le succès du Maestro del Campo l’avaient stimulé, son ' Lord Strafford, cette épopée des prémices de la révolution qui dressa l’échafaud de Charles Ier, est en quelque sorte l’introduction du Woodstock de Walter Scott, et ne déparerait pas l’œuvre du génie romantique de l’Angleterre. Plusieurs productions esthétiques et archéologiques sortirent de la plume féconde de Félix Bogaerts. La Biographie de Mathieu van Brée, l’un des régénérateurs de l’école flamande moderne, opuscule lu en séance de la Société d’Émulation de Liége, le 19 juillet 1842, et l’Esquisse d’une histoire des arts en Belgique, de 1640 à 1804, révélèrent chez lui le sentiment et l’étude artistiques. Ici doit se placer son mémoire intitulé : De la destination des pyramides d’Égypte, composé en 1845, bien qu’il n’ait été imprimé qu’en 1849 (Œuvres complètes). Cette dissertation combattait l’opinion émise sur ces monuments gigantesques de l’antiquité par le duc Fialin de Persigny dans son livre : De la destination et de l’utilité permanente des pyramides d’Égypte et de Nubie, contre les irruptions sablonneuses du désert. Bogaerts ne traita la question qu’au point de vue archéologique.

Jusque-là, il avait écrit exclusivement en langue française; par une particularité assez touchante, qui nous a été signalée par Henri Berthoud, dans le journal parisien Le Pays, il fut amené à publier, en 1845, son premier ouvrage rédigé en langue flamande : « Félix Bogaerts, dit S.-H.Berthout, exerçait la charité d’une manière charmante et ingénieuse. Quoiqu’il ne fût guère riche, il avait adopté un vieillard qui, tous les jeudis, venait déjeuner avec le poêle. Non-seulement le vieillard trouvait chez son bienfaiteur un bon repas, des vêtements de rechange, un accueil filial, mais encore une petite somme qui lui permettait de se donner quelque aisance pendant le reste de la semaine. Le vieillard, espèce de poëte à sa manière, savait une foule de choses des temps passés, avec le récit desquelles il payait à Bogaerts son hospitalité. Bien des fois, dans mes voyages en Belgique, j’ai été admis à ces déjeuners du jeudi. Comme ce vieillard ne parlait que le flamand, je vois encore Bogaerts prêter une oreille complaisante aux propos un peu longuets de son hôte. Sa bonne figure s’épanouissait aux passages plaisants, et souvent un rire franc, et qu’un enfant eût envié, l’empêchait de me traduire aussitôt les facéties qui provoquaient si fort sa gaieté. Ce fut ainsi que se trouva écrite la plus grande partie du Bon vieux temps en Belgique. » De goede oude tyd in Belgie, tel est, en effet, le titre de cette esquisse des coutumes et des mœurs de nos pères au XVIIIe siècle. Les épisodes y sont racontés avec une bonhomie et une simplicité de langage intraduisibles dans un autre idiome. Il donna ensuite De antwerpsche Sancho Pança, assemblage de sept cents axiomes, proverbes, dictons et comparaisons en usage dans nos contrées flamandes; ce recueil eut deux éditions, dans les almanachs anversois de 1849 et 1850. Signorken, de gek der violieren, est l’histoire du bouffon de l’ancienne chambre de rhétorique d’Anvers, le facétieux vannier de 1542. Le Goede oude tyd, Sancho Pança et Signorken, rangèrent Bogaerts parmi les littérateurs flamands les plus populaires.

Il publia quelques charmantes pièces de poésie française et un volume entier d’épigrammes,bien inférieures en mérite.

Restent à citer d’autres productions encore : 1° La Bataille de Nieuport, historique de la mémorable journée des Dunes (2 juillet 1600), où Maurice de Nassau vainquit Albert d’Autriche, et description du tableau de N. de Keyser. — 2° L’éloge nécrologique de Louise-Marie, reine des Belges. — 3° L’Histoire civile et religieuse de la Colombe, œuvre d’érudition, brodée sur un sujet futile, en apparence. — 4° L’Histoire du culte des saints en Belgique. — 5° L’Iconographie chrétienne de la Belgique, et enfin : 6° Les oiseaux de la Belgique, travail ornithologique resté inédit. — Il a inséré dans des publications périodiques les biographies des peintres Quentin Metsys, Philippe Wouwermans, Pierre van Regemorter, Wynand Nuyen; la description de la province d’Anvers, dans la Belgique monumentale, et une grande quantité d’articles littéraires et archéologiques dans la presse belge.

Félix Bogaerts cultiva en amateur les arts plastiques : il était dessinateur, s’essaya au modelage sculptural et grava sur cuivre, à l’eau-forte et au burin, un portrait de Quentin Metsys. Membre de nombreuses institutions savantes, il fut décoré par le roi de Hollande de la croix de l’ordre de la Couronne de Chêne. Décédé à l’âge de quarante-cinq ans et huit mois, il laissa après lui une mémoire sans tache et emporta dans la tombe les regrets universels. Dans la plupart des institutions académiques auxquelles il était affilié, on lui consacra des notices nécrologiques ; sa biographie fut imprimée dans plusieurs publications belges et étrangères.

Un monument funéraire a été élevé à Félix Bogaerts dans la chapelle de la Vierge, en l’église de Saint-Jacques, à Anvers. C’est un cénotaphe eu marbre noir, orné du portrait du défunt, peint en médaillon, par N. de Keyser. La partie sculpturale a été exécutée par P.-J. De Cuyper. Sur une tablette en marbre blanc est inscrite l’épitaphe : D. O. M. et piæ memoriæ Felicis-Guilielmi Bogaerts, Bruxellensis, qui propter egregios animi virtutes omnibus carus, eruditione et scriptis patriæ decori fuit, amici PP. Obiit Antverpiæ anno Domini mdcccli die xvi martii. Vixit annos xlv menses viii. R. I. P.

Edm. De Busscher.

Annales de la Société des Beaux-Arts et de Littérature de Gand. — Annuaire de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique.