Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BOLSWERT, Boëce VAN, DE ou A

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BOLSWERT, Boëce VAN, DE ou A



*BOLSWERT (Boëce VAN, DE ou A), BOLSWEERT ou BOLSWART, graveur à l’eau-forte, à la pointe et au burin, né vers 1580, en Hollande, et selon la plupart de ses biographes dans la petite ville de Bolswert, en Frise. Mort à Anvers à la fin de l’année 1633. La date mortuaire conste de la comptabilité de la gilde anversoise de Saint-Luc et d’un acte passé devant l’échevinage, le 31 janvier 1634. Les héritiers de Boëce, son frère Schelte et leurs deux sœurs, y disposèrent des deniers de la succession, pour créer une rente hypothéquée sur une maison sise au rempart des Lombards, à Anvers. L’acte scabinal les nomme tous les quatre « enfants de défunt Adam van Bolsweert, » ce qui explique les signatures de Boëce Adams Bolswert, — Schelte Adams Bolswert et par abréviation : Boëce ou Schelte A. Bolswert, c’est-à-dire Adamssone (fils d’Adam), inscrites sous quelques-unes de leurs gravures. Ces désignations, qui ont déroulé maint biographe, étaient fort en usage autrefois. Quant aux signatures de Boëce et Schelte à Bolswert, elles proviennent des formules latines Boëtius ou Scheltus à Bolswert invenit, fecit, incidit, sculpsit, excudit. La dénomination patronymique de Bolswert fut d’abord originaire, sans doute, mais aucun document n’a fourni jusqu’ici la preuve que les deux frères, ni même leur père, soient nés dans la susdite ville de Frise. C’est à Amsterdam, du reste, et vers 1610, que ces artistes se sont révélés. L’une des premières planches gravées en Hollande par Boëce de Bolswert : Les désordres de la guerre, d’après David Vinckenbooms, in-folio oblong, est de 1610. Il y exécuta aussi, d’après Abraham Bloemaert, un Recueil d’animaux, composé de quatorze pièces, in-4°, daté de 1611; une suite de quatre paysages, au millésime de 1613; une collection de vingt paysages, avec un titre frontispice, signé Boetius Adams Bolswert, fecit et excudit, 1616, in-fol. obl. Puis des estampes, parmi lesquelles on remarque : La Mort et le Temps en guerre avec les hommes, — Adam et Ève au paradis terrestre, compositions de D. Vinckenbooms et gravures estimées, de format grand in-folio en travers, devenues rares, la seconde surtout, sig. B. Adams Bolswert sculpsit. A la même époque fut éditée à Amsterdam, avec octroi exclusif dans les Provinces-Unies, une œuvre où le talent du graveur s’est montré avec distinction : le portrait de Guillaume-Louis de Nassau, d’après Michel Van Mierevelt. Deux autres beaux portraits, publiés aussi avec privilége : Frédéric V, comte palatin du Rhin, et la princesse Élisabeth, son épouse, d’après le même peintre, datent de son séjour à Amsterdam en 1615-1616. Au sujet de ces trois productions, le biographe hollandais Chrétien Kramm cite des annotations de documents contemporains, où le graveur est nommé tantôt Boëtius Bolswert, tantôt Boëtius Bolswaert.

Frère aîné de Schelte de Bolswert, il quitta avec lui la Néerlande, et ils vinrent dans les Pays-Bas espagnols, à Anvers, à Bruxelles, pour y étudier l’art flamand, s’y livrer à la pratique de leur profession, ainsi qu’à la publication et à la vente de leurs œuvres. Ils se fixèrent dans la métropole commerciale, où Boëce, secondé par son frère, fonda un fructueux négoce d’estampes, qu’ils alimentèrent par les nombreuses planches qui ont illustré l’école de gravure de leur patrie adoptive. Boëce de Bolswert figurait déjà comme éditeur, en Hollande, longtemps auparavant. Sur l’Entrée de Jésus-Christ à Jérusalem, estampe gravée par Schelte de Bolswert, d’après D. Vinckenbooms, se lit : B. A. Bolswert excudit, 1612. Deux autres productions de Schelte : La Vierge des douleurs, d’après Abrah. Bloemaert, et Saint Etienne lapidé par les Juifs, d’après Gilles Conincxloo, portent également B.-A. Bolswert excudit. Boëce et Schelte arrivèrent à Anvers en 1618 ou 1619. La matricule de la Gilde de Saint-Luc, le Liggere, présentant aujourd’hui une lacune de 1616 à 1629, l’on n’a pas la date précise de leur entrée dans la corporation anversoise, où ils prirent tous deux la maîtrise artistique; mais dans un compte du doyen Jean van Meurs, pour l’exercice de septembre 1620 à septembre 1621, figure Boëce de Bolswert, graveur sur cuivre (Boetius Bolsuart, plaetsnyder), comme ayant payé à la Gilde le taux le plus élevé des cotisations de maîtrise; le même taux qu’avait soldé en 1619-1620 Luc Vorstermans, graveur en taille-douce et marchand d’objets d’art (plaetsnyder ende kunstcoopman). En janvier 1620, Boëce de Bolswert devint membre de la sodalité des célibataires âgés; en septembre suivant il fut élu conseiller, et en septembre 1622 assistant du préfet de la confrérie.

On ne sait de qui les Bolswert apprirent les éléments de leur art; Boëce cultiva primitivement le burin pur, et sa manière avait beaucoup d’analogie avec le style libre et assuré de Corneille Bloemaert. Prenant cette similitude de travail pour une imitation ou même pour une initiation magistrale, plusieurs auteurs ont supposé qu’il s’était formé à l’école de ce graveur. La supposition est inadmissible : Corneille Bloemaert, né en 1603, n’a pu exercer ni direction personnelle, ni influence sur la première manière de Boëce de Bolswert. Et lorsque celui-ci se mit à reproduire les compositions de Rubens, il la modifia presque entièrement, en donnant à son burin plus de fini et de couleur. En 1619, s’imprima sa première publication anversoise : Sylva anachoretica Ægypti et Palestinæ, figuris æneis et brevibus vitarum elogiis expressa; Abraham Blommaert inventore, Boetio a Bolswert sculptore, in-4°. Dès l’année qui suivit son affranchissement professionnel à Anvers, ce qui impliquait l’obtention de la bourgeoisie, ses autres travaux y prirent date par deux ouvrages mystiques : Vitæ, passionis et mortis Jesu-Christi mysteria piis meditationibus, et aspirationibus exposita per Joannem Bourghesium, Malbodiensem, 1622, in-8° orné de soixante-seize planches, et le Chemin de la vie éternelle, représenté en trente-cinq gravures symboliques. Il parut une traduction flamande de la Vie de Jésus-Christ en 1623, à Anvers, et une seconde édit. latine à Cologne, en 1624. L’impression de 1622 est très-recherchée. Ensuite: Pia desideria... vulgarit Boëtius à Bolswert', 1628, quarante-huit planches; Schola cordis..... id. 1629, cinquante-six planches, in-8°. — Ses estampes d’après Rubens sont justement estimées; la plupart ne le cèdent point aux productions de son frère Schelte. Dans ces planches il a abandonné son style primitif, pour mieux rendre la vigueur et le coloris du maître. La Résurrection de Lazare, du Musée de Turin, et la Cène, qui décore la cathédrale de Malines, ces deux tableaux admirables de P.-P. Rubens, sont des reproductions capitales, regardées comme les chefs-d’œuvre du graveur. Il coopéra avec son frère et d’autres habiles burinistes aux planches de l’Académie de l’espée, de Gérard Thibault d’Anvers, 1628 : il exécuta deux grands sujets pour ce colossal recueil. Le catalogue de ses productions, dressé par Ch. Le Blanc, compte trois cent vingt et un numéros, pièces de toutes dimensions. Il traita avec un égal succès les divers genres auxquels il s’adonna. Il a aussi dessiné deux compositions importantes, qui furent gravées par Schelte de Bolswert : L’homme entre son ange gardien et le démon, planche de deux cent soixante-quinze millimètres de hauteur, sur deux cent cinq millimètres de largeur, signée B.-A. Bolswert invenit et excudit; le Combat du Gras et du Maigre, caricature, hauteur deux cent soixante-dix-huit millimètres, largeur quatre cent trois millimètres; signature: B.-A. Bolswert, invenit. Rare.

Le biographe néerlandais Chrétien Kramm rapporte que Boëce de Bolswert mania la plume en même temps que le burin. Il composa, durant son séjour dans les Pays-Bas espagnols, un opuscule de tendance spiritualiste : Duyfkens ende Willemynkens pelgrimagie tot haeren beminden binnen Jerusalem, haerlieder teghenspoet, belet ende eynden beschreven ende met sinspelende beelden uytghegheven door Boetius A. Bolswert. Antwerpen, 1628. L’approbation du censeur de livres J.-B. Stratius est datée de Bruxelles le 1er mars 1627; la dédicace: « A toutes les honorables, morales et vertueuses demoiselles, » signée par l’auteur, est du 1er mai de la même année. Ce petit livre, aux naïves images, au texte plus naïf encore, est aujourd’hui rare, en l’une des premières éditions, bien qu’il ait été longtemps admis dans les ménages catholiques des Pays-Bas. Il fut réimprimé en 1631. 1638 et 1641. Il en a été fait une traduction en langue française, à Liége, en 1725, avec les gravures et le frontispice, sous le titre de : Voyage de deux sœurs, Colombelle et Volontairette, vers leur bien-aimé en la cité de Jérusalem, et une réimpression intitulée Pèlerinage de deux sœurs, etc., in-12, sans date. Comme beaucoup d’artistes de leur époque, Boëce et Schelte de Bolswert se rendirent souvent à Bruxelles, où le siége gouvernemental et la cour les attiraient, et où ils séjournèrent parfois assez longtemps. D’après les millésimes de l’Académie de l’espée et de Duyfkens ende Willimynkens Pelgrimagie, ils habitèrent la ville de Bruxelles en 1627 et 1628.

Edm. De Busscher.

Huber et Rost, Manuel des curieux et amateurs de l’art. — Charles Le Blanc, Manuel de l’amateur d’estampes. — Brulliot, Dictionnaire des monogrammes, etc. — Joubert, Manuel d’estampes. — Immerseel et C. Kramm, Levens der hollandsche en vlaamsche schilders, graveurs, etc. — De Theux, Bibliographie liégeoise.