Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BOULIT, Albéric

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BOULIT (Albéric) ou BOUILLI, abbé de Loos, écrivain ecclésiastique, né à Condé (ancien Hainaut), le 2 mai 1631, mort le 10 juin 1704. Ayant fait des études en vue d’embrasser l’état religieux, il entra dans l’ordre de Citeaux et fit sa profession dans l’ancienne et riche abbaye de Loos, près de Lille, où il ne tarda pas à être chargé du cours de théologie. Albéric Boulit avait une excellente mémoire, le goût du travail et une aptitude particulière pour les sciences; ces qualités réunies le firent bientôt distinguer dans ses fonctions professorales. Promu au grade de sous-prieur, il se fit craindre dans le chapitre par son excessive sévérité. Louis XIV, qui l’appréciait hautement, le nomma, peu de temps après la conquête du Hainaut, trente-sixième abbé de Loos (le 3 septembre 1684); il fut installé le 26 novembre suivant. Une fois revêtu de la mître, son caractère se modifia totalement et sa sévérité fit place à la mansuétude; il se plaisait à se mettre au niveau de ses religieux, mangeait avec eux au réfectoire commun, ne voulant pas, quoique abbé, être servi en particulier comme l’ordonnaient ses prédécesseurs. Il voulait faire régner l’égalité la plus absolue; mais pour sa communauté, il ambitionnait la suprématie; aussi la transforma-t-il totalement. Bientôt les parois des murailles se couvrirent de marbre, le sanctuaire se revêtit de boiseries dorées, l’autel de magnifiques pièces d’argenterie; les murs de peintures, enfin la magnificence qu’il déploya fut digne d’un palais. — Albéric était, avons-nous dit, homme d’étude; il lisait et méditait les œuvres de saint Thomas, à la doctrine duquel il resta fort attaché. Il avait aussi beaucoup étudié Suarez et puisé largement dans ses grands traités. Il nous a laissé plusieurs ouvrages : 1° Un abrégé du droit théologique, sous le titre de Compendium theologiæ regularis. Quelques écrivains du siècle dernier ayant voulu attaquer cet ouvrage, Dom Ignace de Lafosse, neveu du défunt abbé et son successeur, en prit la défense dans deux savants opuscules écrits en forme de lettres. — 2° Un commentaire sur la règle de saint Benoît. Ces deux ouvrages sont cités par les auteurs de la Gallia Christiana, mais il faut y ajouter un troisième, qui existe en manuscrit dans la bibliothèque publique de Lille, sous le numéro 112, intitulé de Statu religioso, in-4°. On prétend que notre Bénédictin parlait mieux le latin qu’il ne l’écrivait; il paraît qu’il se servait admirablement du latin familier; aussi, avec ses jeunes religieux, ne conversait-il jamais qu’en cette langue. Il mourut dans de grands sentiments de piété, à l’âge de soixante-quatorze ans, après vingt années d’un gouvernement doux et pacifique.

Aug. Vander Meersch.

Archives du nord de la France, nouvelle série, t. VI. p. 333.