Biographie nationale de Belgique/Tome 3/BROUCHOVEN, Jean-Baptiste DE

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BROUCHOVEN, Jean-Baptiste DE



BROUCHOVEN (Jean-Baptiste DE), négociateur, fils de Gérard, seigneur gagiste de Bergeyck, Westerhoven et Rythoven, et de Catherine Maes, naquit probablement à Lierre vers 1621. Par la mort de son père (7 février 1638), il succéda à ses seigneuries, dont celle de Bergeyck, située dans le Brabant septentrional, était la principale. Celle-ci ne pouvant plus recevoir des titres nouveaux du roi d’Espagne depuis la paix de Munster, Philippe IV accorda, le 1er juin 1665, des patentes à De Brouchoven moyennant promesse d’ériger en baronnie, sous le nom de Bergeyck, une terre située sous sa domination. Après avoir été nommé (1655) conseiller et commis des domaines et finances du roi dans les Pays-Bas, De Brouchoven obtint le titre de conseiller de courte robe au Conseil d’État établi à Madrid pour les affaires des Pays-Bas et de Bourgogne (1663). La première mission diplomatique que le gouvernement lui confia fut celle de la Haye, au mois d’août 1667. Cette mission purement confidentielle le mit en rapport avec le grand pensionnaire de Hollande, auprès duquel il employa toute son influence afin d’engager les Provinces-Unies à fournir aux Pays-Bas espagnols des secours contre la France, ou du moins à s’interposer entre ce pays et l’Espagne dans le but de terminer la guerre. L’année suivants il retourna encore à la Haye chargé d’une mission semblable. De son côté, le pape Clément IX travailla à amener la paix entre les parties belligérantes. Enfin les conférences d’Aix-la-Chapelle couronnèrent les efforts que le nonce fit à cet effet auprès de Louis XIV et de ses ministres. Le marquis de Castel Rodrigo, gouverneur des Pays-Bas espagnols, fut chargé de conduire les négociations au nom de son souverain. Ce choix ne fut guère heureux. Informé de la manière dont le marquis avait agi pendant les négociations des préliminaires de la paix, Louis XIV ne pouvait voir de bon œil une pareille nomination. Les envoyés hollandais et anglais qui avaient été chargés d’intervenir aux négociations, le comprirent si bien, que le chevalier Temple insista auprès de Castel Rodrigo pour qu’il se fit remplacer au congrès d’Aix-la-Chapelle. De Brouchoven, dont les Hollandais avaient pu apprécier les talents pendant ses missions à la Haye, semblait être l’homme de la circonstance. Il partir le 25 février 1667 pour Aix-la-Chapelle, où il reçut les pleins pouvoirs que le gouverneur général lui délégua, le 14 mars seulement. Colbert, le plénipotentiaire du roi de France, signa d’abord seul les deux exemplaires du traité, sous prétexte que le baron de Bergeyck n’était qu’un simple subdélégué du plénipotentiaire espagnol. Enfin, après quelques tergiversations, toutes les difficultés furent levées, et De Bergeyck signa définitivement l’acte, le 2 mai 1668. A peine de retour dans son pays, il fut chargé avec Laurent Hovynes, conseiller et maître aux requêtes du conseil privé, et avec Jean De Paepe, conseiller et avocat fiscal de Brabant, de représenter les intérêts de l’Espagne aux conférences de Lille. Ces réunions, qui étaient destinées à la mise à exécution du traité d’Aix-la-Chapelle, ne furent terminées qu’en 1607. Pendant l’année 1674, De Brouchoven reçut une nouvelle mission diplomatique en Allemagne. Elle avait pour but d’intéresser les électeurs et les princes de l’empire à l’état précaire dans lequel se trouvait l’Espagne. Il y obtint quelque succès; mais en dépit de la résistance des armées des alliés, les progrès de Louis XIV n’en furent pas moins inquiétants. L’Espagne fut obligée d’implorer le secours de l’Angleterre et d’asservir cette puissance à ses intérêts. De Brouchoven reçut, en janvier 1675, une mission spéciale auprès du cabinet de Londres et y remplaça provisoirement don Pedro Ronquillo, ambassadeur d’Espagne en Angleterre. Il devait surtout déjouer les intrigues diplomatiques qui tendaient à engager les Hollandais à faire la paix avec la France, sans la participation des alliés. De Brouchoven retourna encore à Londres dans le même but en 1677 et y remplaça aussi provisoirement l’ambassadeur d’Espagne. Sa mission étant terminée le 3 août de la même année, le marquis de Bourgomaine reprit sa place. Pendant l’intervalle de ces deux missions auprès de la cour de Londres, De Brouchoven se rendit en Espagne, par ordre du duc de Villa-Hermosa, gouverneur général des Pays-Bays. Parti le 7 février 1676, il fut de retour seulement en octobre de la même année. Représenter au gouvernement espagnol la triste situation des Pays-Bas, l’engager à leur fournir des secours prompts et efficaces, tel était le but de son voyage. Les lettres qu’il écrivit à ce sujet au gouverneur général dénotent, comme celles qu’il avait adressées antérieurement aux ambassadeurs espagnols à la Haye, un esprit observateur, pénétrant et particulièrement versé dans l’art de dépister les intrigues de cour. Quant à sa mission à Madrid, elle n’eut aucun résultat. A chaque entretien qu’il avait avec le roi, la reine-mère et les ministres, il recevait force protestations de l’intérêt qu’ils portaient aux Pays-Bas. Les promesses de secours ne firent pas défaut; mais soit impuissance, soit mauvais vouloir, l’Espagne ne fit rien, et les Pays-Bas catholiques durent seuls supporter tous les effets de la politique envahissante de Louis XIV. Les services que De Brouchoven avait rendus à son pays furent récompensés par un éclatant témoignage que lui donna le roi d’Espagne. Après avoir été nommé chevalier de l’ordre de Saint-Jacques, il reçut le titre de comte de Bergeyck, par lettres datées du 9 décembre 1676, Enfin il mourut à Toulouse, le 13 novembre 1631, à l’âge de soixante ans. Son corps fut enterré dans l’église de Saint-Étienne en cette ville, et son cœur fut déposé à l’église de Saint-Gommaire à Lierre, où ses parents avaient été inhumés. Il avait épousé en premières noces Hélène Forment, veuve de P.-P. Rubens, décédée en 1673, et en secondes noces, par contrat du 10 avril 1674, Marie-Françoise d’Ennetières, veuve de Henri de Crevnendael, chevalier.

Ch. Piot.

De Vegiano, Nobiliaire des Pays-Bas. — Comptes de la recette générale des finances aux Pays-Bas, de 1667, 1668, 1670. — Archives de la Secrétairerie d’État espagnole à Bruxelles. — Aitzema, Historie of verhael van staeten en oorloghe. — Négociations relatives à la succession d’Espagne. — Van Loon, Histoire métallique des Pays-Bas. — Du Mont, Histoire des traités. — Comptes rendus des séances de la commission d’histoire. — Butkens, Trophées de Brabant. — De la Chenaye Desbois, Dictionnaire de noblesse.