Biographie nationale de Belgique/Tome 3/BUCH, Henri-Michel

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BUCH (Henri-Michel), BUCHE, BUSCH ou BUSCHE, surnommé le BON HENRI, fondateur des frères cordonniers, né à Arlon en 1608, mort à Paris, le 9 juin 1666. Fils de pauvres ouvriers d’Arlon, il apprit le métier de cordonnier, et, suivant l’usage des compagnons, alla travailler de ville en ville. Il parcourut ainsi l’Allemagne rhénane et l’est de la France, puis vint s’établir à Paris à peine âgé de vingt ans. Doué d’une nature bienveillante et dévoué à ses camarades les compagnons cordonniers, il chercha toutes les occasions de pouvoir les obliger, soit par ses conseils, soit par ses encouragements; quoique pauvre comme eux, il trouva le moyen de leur venir en aide, s’imposant à cet effet la plus stricte économie et les plus dures privations. Ses bontés et la douceur de ses mœurs lui méritèrent le surnom de Bon Henri, sous lequel il est généralement connu. Il sut profiter de la confiance et de l’affection qu’il inspirait, pour inculquer à ses camarades des idées de travail, d’économie, d’ordre et de piété. Ensuite il chercha bien longtemps le moyen d’associer un certain nombre d’ouvriers laborieux, de bonne conduite, et disposés comme lui à employer le surplus de leurs ressources au soulagement des pauvres : il y avait déjà vingt-cinq ans qu’il habitait Paris, lorsqu’il put enfin réaliser ce projet le 2 février 1645. Les statuts de l’association cotonnière, qu’il formula, furent approuvés et confirmés par François de Gondi, archevêque de Paris. M. de Mesme, président à mortier au Parlement de Paris, se déclara protecteur de l’association; le Bon Henri en fut élu directeur, à la majorité des voix, par les sociétaires. Cette Société avait revêtu, sans aucun doute, le caractère religieux du XVIIe siècle, mais elle n’en resta pas moins une œuvre remarquable, due uniquement à la persévérance, aux efforts et à l’influence de Buch. Les résultats qu’il obtint surpassèrent même toutes ses prévisions; aussi le vertueux fondateur se décidat-il à constituer sur le même modèle, une association de frères tailleurs, projet effectué en 1647. Ce n’est pas ici le lieu de faire connaître les règlements de ces diverses sociétés. Il suffira de dire que les sociétaires mangeaient à la même table, disaient la prière en commun, se couchaient à neuf heures du soir, se levaient à cinq heures du matin, assistaient aux offices les dimanches et jours de fêtes et portaient le même costume. Chacun contribuait dans une proportion égale aux dépenses de loyer, d’entretien et de nourriture. Ils étaient libres de quitter l’établissement; si un sociétaire se retirait soit pour se marier, soit pour retourner dans son pays, le directeur faisait son compte en lui remettant ce qui lui revenait, déduction faite de sa part dans les frais. Un compte de l’état de la Société était rendu tous les trois mois par le directeur, et tous les ans, il y avait une réunion générale. On comprendra que ces associations attirèrent bientôt l’attention publique. Un gentilhomme normand, le baron de Renty, possesseur d’une fortune considérable, conçut l’idée la plus avantageuse du Bon Henri. Il se lia avec lui et, après l’avoir apprécie, il résolut de s’associer à son œuvre intéressante. Cette résolution fit beaucoup de bruit. Le baron de Renty, officier supérieur très-capable, n’avait que trente et un ans et une carrière brillante s’ouvrait devant lui, lorsqu’il renonça à tous ces avantages et envoya sa démission au roi. Une pareille détermination fit rire quelques-uns, d’autres traitèrent le baron de fou, ce qui ne l’empêcha pas de consacrer, jusqu’à sa mort, tous ses moments à l’organisation des sociétés ouvrières. Ces associations, qui avaient un but éminemment philanthropique, se répandirent bientôt à Soissons, à Metz, à Toul, à Nancy, dans plusieurs villes rhénanes, dans presque tout le Languedoc, en Espagne, en Italie, à Rome même. Elles se sont maintenues avec des modifications, jusqu’à la révolution française de 1789. — Henri Buch s’exprimait avec facilité; mais il n’a rien écrit. Quelques notes et des lettres précieuses de lui se trouvaient dans les papiers du baron de Renty; on ignore ce qu’elles sont devenues.

Aug. Vander Meersch.

Neyen, Biographie Luxembourgeoise. — Nouvelle biographie universelle publiée par Didot. — Biographie universelle, par Michaud. — De Feller, Dictionnaire historique. — Le P. Levacher, l’Artisan chrétien, ou la vie du bon Henri. — Le P. Helyot, Histoire des ordres religieux, t. VIII, p. 175. — Le P. De Saint-Jure, Vie du baron de Renty. — Godescard, Vies des Pères, des Martyrs et des principaux Saints, t. X, p. 311. — Courtin, Encyclopédie moderne, t. IV, p. 206.