50%.png

Biographie universelle ancienne et moderne/1re éd., 1811/Thibouville (Henri Lambert d’Erbigny, marquis de)

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche

◄  Thibaut
Index alphabétique — T
Thiebault  ►
Index par tome


THIBOUVILLE (Henri Lambert d’Erbigny, marquis de), homme de beaucoup d’esprit, mais littérateur médiocre, naquit à Paris en décembre 1710. Il suivit d’abord la carrière des armes, et devint, jeune encore, mestre de camp (colonel) des dragons de la reine. D’après le passage suivant du journal historique de Collé, Thibouville n’aurait pas eu la bravoure qui distingua toujours la noblesse française. « Quand la guerre se déclara, il alla pour joindre son régiment qui servait en Italie ; la peur le saisit à Lyon, et il ne put se déterminer à poursuivre sa route. On nomma à son régiment, et il revint déshonoré à Paris avec soixante-dix mille livres de rentes. Tout méprisé qu’il était, il fut reçu partout, etc. » Il y a probablement de l’exagération dans ce récit. Collé n’est pas plus favorable aux mœurs du colonel qu’a son mérite militaire. Il l’accuse d’un vice honteux qui effectivement lui a été reproché par d’autres, (Voy. surtout ce que dit Marmontel dans le troisième livre de ses Mémoires), et auquel, malgré son attachement pour Thibouville, Voltaire a fait allusion, en accolant le nom du marquis à celui du duc de Villars, dans un vers des premières éditions d’un poème trop fameux[1]. Quoi qu’il en soit, Thibouville se maria, et comme tous les grands seigneurs d’une époque très-peu exemplaire, il eut des maîtresses, entre autres une jeune et jolie actrice, nommée Mélanie de Laballe qui débuta à la Comédie française, en 1746, dans le rôle d’Agnès de l’École des Femmes, et mourut de la petite vérole, le 16 novembre 1748, âgée de 16 ans. A l’occasion de cette liaison, qui ne put être longue, on répandit dans le public une épigramme fort licencieuse, rapportée à la page 418 du onzième tome des 0Euvres de Voltaire, édit. de Beuchot. Le goût de Thibouville pour le théâtre, et son talent pour la déclamation l’avaient mis de bonne heure en relation avec l’auteur de Zaïre. Pendant quarante ans, ces deux hommes, entre lesquels il y avait pourtant une si grande différence de génie, furent liés intimement[2]. Plus de cinquante lettres de Voltaire sont adressées à Thibouville et, dans maint autre endroit de sa vaste correspondance, le grand homme parle du marquis presque toujours sur le ton d’une vive affection. Une fois où deux seulement il se plaint de lui et le tance, mais avec une douce colère, sur ce qu’il avait fait des changements à ses pièces, notamment à Sophonisbe et aux Lois de Minos. Il paraît qu’il reconnut plus tard, au moins quant à la dernière, que les changements provenaient du fait de Marin (V. Marin, t. XXVII, page 158), ou de l’imprimeur Valade. Comme le comte d’Argental, le marquis de Thibouville fut constamment l’intermédiaire de Voltaire auprès des acteurs qui jouaient ses pièces. Il se chargeait, en un mot, de tout ce qui était relatif à leur représentation et même à leur publication. Nous n’en dirons pas davantage, tout le monde pouvant consulter les lettres du patriarche de Ferney. Thibouville lui survécut six ans, et ne mourut que le 16 juin 1784, à Paris, suivant les uns, et à Rouen suivant d’autres. Voici la liste de ses productions qui toutes ont paru sous le voile de l’anonyme : Iº Thélamire, tragédie en 5 actes, représentée le 6 juillet 1739, Paris, Le Breton (ou Prault, fils), 1739, in-8º et La Haye, Benj. Gibert, 1740, pet. in-12, édition où l’on a rétabli sur le manuscrit de l’auteur les vers supprimés dans celle de Paris. « Le plan de cette pièce, toute d’invention, quoiqu’un peu compliqué, offre de l’intérêt. La versification en est facile, mais faible[3]. » Elle n’eut que quatre représentations. Le chevalier de Mouhy assure qu’elle est de Mlle Denise Lebrun : nous croyons qu’il se trompe. II. L’École de l’amitié, roman, Amsterdam, 1757, 2 vol. in-12. Collé prétend « qu’on n’a point lu ce roman et qu’il ne valait pas la peine de l’être. » Voltaire écrivait cependant à l’auteur, le 8 mai 1757 : « Votre roman, mon cher Catilina, fait les délices des Délices. » III. Le Danger des passions, ou Anecdotes syriennes[4] et égyptiennes, Paris, 1758, 2 vol. in-12. « Mme Denis est malade, mon cher ami, écrivait encore Voltaire à Thibouville, je lui lis d’une voix cassée vos histoires amoureuses d’Égypte et de Syrie. Vous faites nos plaisirs dans notre retraite. » IV. Réponse d’Abélard à Héloïse (héroïde.) Paris, 1758, in-12. V. Namir, tragédie en 5 actes, représentée le 12 novembre 1759, non imprimée. Suivant Grimm qui traite cette pièce d’inisipide, la représentation n’en fut point achevée. Le Kain, qui remplissait le rôle principal, fut obligé, au milieu du quatrième acte, de s’avancer vers le parterre et de dire : « Messieurs, si vous le trouvez bon, nous aurons l’honneur de vous donner la petite pièce. » Le parterre ne se fit point presser. Fréron remarqua toutefois, dans l’Année littéraire, qu’il avait vu de plus mauvaises pièces accueillies avec plus d’indulgence. VI. Qui ne risque rien n’a rien, Paris, Vente, 1772, in-8º. VII. Plus heureux que sage. Ibid., id., id. Ces deux pièces qu’on peut appeler des Proverbes sont en vers et ont chacune trois actes.B—l—u.


  1. Dans une lettre à Thibouville, où Voltaire se plaint d’interpolations faites à son poëme, on voit qu’il veut indirectement désavouer ce vers ; mais on connait la valeur de ces désaveux obligés du malin vieillard.
  2. En 1767, Voltaire disait de Thibouville : « Il est mon ami depuis 30 ans. » (Lettre du 19 septembre au duc de Richelieu).
  3. Voy. Mémoires biog. et littér. sur le dép. de la Seine-Inférieure, par M. Guilbert. II, 393 et 394, où se trouvent cités quelques vers de Thélamire.
  4. Et non sérieuses, comme on le lit dans les dictionnaires de Chaudon, Feller et autres.



◄  Thibaut
Thiebault  ►