Biographie universelle ancienne et moderne/2e éd., 1843/TRIGAUT (Nicolas)

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Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843
Tome 42 page 153

TRIGAUT (Nicolas)


TRIGAUT (Nicolas), en latin Trigautius, missionnaire, naquit à Douai, en 1577. À l’age de dix-sept ans, il embrassa la règle de St-Ignace, et après avoir professé les humanités à Gand, il se disposa, par l’étude des sciences et des langues orientales, à la carrière des missions. Il se rendit, en 1606, À Lisbonne, et en attendant le départ du bâtiment qui devait le transporter aux Indes, il traça le portrait du parfait missionnaire dans la vie du P. Gasp. Barzis, l’un des compagnons de St-François Xavier. S’étant embarqué le 5 février 1607, il arriva le 10 octobre suivant à Goa. La délicatesse de sa santé, que la mer avait encore affaiblie, l’obligea de s’arrèter dans cette ville. Il n’en partit qu’en 1610 pour Macao, d’où il aborda enfin à la Chine. Chaque jour les missionnaires faisaient de nouveaux progrès dans ce vaste empire. Le désir d’étendre de plus en plus leurs pieuses conquêtes les avait conduits dans les provinces les plus éloignées, où ils comptaient de nombreux prosélytes : aussi devenait-il indispensable d’augmenter le nombre de ces ouvriers évangéliques. Le P. Trigaut fut choisi pour revenir en Europe y rendre compte de l’état et des besoins des missions de la Chine. Arrivé dans l’Inde, il jugea convenable de poursuivre son voyage par terre, et, chargé d’un sac de cuir qui renfermait ses provisions, il traversa, non sans courir de grands dangers, la Perse, l’Arabie Déserte et une partie de l’Egypte. Un bâtiment marchand le transports du Caire à Otrante, d’où il se rendit à Rome. Ses supérieurs le présentèrent au pape Paul V, qui l’accueillit avec intérêt et accepta la dédicace de l’ Histoire de l’établissement des missions chrétiennes à la Chine, qu’il avait rédigée sur les mémoires du P. Ricci. Le succès mérité qu’obtint cet ouvrage, le premier dans lequel on ait trouvé des notions exactes sur la Chine, contribua sans doute à lui faire atteindre le but de son voyage. Il repartit de Lisbonne en 1618, avec quarante-quatre missionnaires, qui tous avaient demandé, comme une faveur, la permission de le suivre. Plusieurs moururent dans la traversée : il tomba malade lui-même à Goa, et sa vie fut longtemps en danger ; mais enfin il se rétablit, et s’étant embarqué le 20 mai 1620, au bout de deux mois d’une navigation périlleuse, il atteignit Macao, d’où il rentra dans la Chine, sept ans après en être sorti. Chargé de l’administration spirituelle de trois vastes provinces, il se livra sans relâche aux fonctions de son ministère, et cependant il sut trouver le loisir de s’instruire dans l’histoire et la littérature des Chinois. Epuisé de fatigues, il y succomba le 14 novembre 1628, à Nankin, dans un âge qui semblait lui promettre encore de longs travaux. Outre la Vie du P. Barzis, Anvers, 1610, in-8° ; Cologne, 1611, in-12, on a de lui : l° Epistola de sua in Indiam navigatione, insérée dans l’ouvrage de Pierre Jarric : Histoire des choses les plus mémorables advenues dans les Indes, t. 3. Cette lettre, écrite en français, datée de Goa, le 24 décembre 1607, est une relation du premier voyage du P. Trigaut dans les Indes ; elle avait été imprimée, Paris et Lyon, 1605, in-12. 2° De christiane expeditione apud Sinos suscepta ab societate Jesu, ex Matthœi Riccii commentariis libri 5, Augsbourg, 1615, in-4° ; Lyon, 1616. même format ; avec des additions, Cologne, 1617, in-8° (1)[1] ; traduit en français par le sieur Riquebourg-Trigaut, Lille. 1617, in-4°, et sous le titre de Voyage du PP. jésuites en Chine, Paris, 1617. in-8 ; en espagnol par Ed. Fernandez, 1621, in-4°. Cet ouvrage est à la fois l’histoire de l’établissement des jésuites à la Chine et, comme on l’a dit, une excellente biographie du P. Ricci (voy. GOES et RICCI. Le premier livre contient une description abrégée de la Chine, des mœurs et des usages des habitants, ainsi que leurs arts. Dans le chapitre 4 (De artibus apud Sinas mechanicis), il parle de l’imprimerie tabellaire qui se pratiquait à la Chine depuis des siècles ; mais il n’en détermine pas les commencements d’une manière aussi précise qu’ils l’ont été depuis (voy. Tai-tsou). 3° Annuae litterae regno Sinarum, annor. 1610. 1611, Augsbourg, 1615, in-8° ; 4° Rei christiana apud Japonios commmtarius ex Litteris annuis soc. Jesu, annor. 1609 et seqq., ibid., lbid., in-8° ; 5° De christiania apud Japonios triumphis, sive de gravissima ibidem persecutione contra fîdem Christi, exorta anno 1612, libri 5. Munich, 1623. in-4°. fig. de Sadeler (voy. Rader). Cet ouvrage a été traduit en français par le P. Pierre Morin, sous ce titre : Histoire des martyrs du Japon, depuis l’an 1612 jusqu’en 1620. Paris, 1624. in-4°. Enfin on a de ce laborieux missionnaire un Vocabulaire chinois en trois volumes ; — un traité du Comput ecclésiastique pour faciliter aux nouveaux chrétiens le moyen de connaître les jours où tombent les fêtes et les jeûnes de l’Église romaine ; — une Paraphrase latine des cinq King ; — le premier volume des Annales de la Chine, etc, Voyez la Bibl. societ. du P. Southwel, p. 627.

W—s.


  1. (1) L’abbé Prévost, dans son Abrégé des voyages, en cite une édition de Rome, 1678.