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Biographie universelle ancienne et moderne/2e éd., 1843/YVES (Saint)

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Texte établi par Michaud, A. Thoisnier Desplaces (Tome 45p. 301-304).

YVES (Saint), évêque de Chartres, naquit dans le Beauvoisis, de parents nobles, et reçut ses premières leçons à l’abbaye du Bec, sous le fameux Lanfranc. Il avait déjà acquis une grande considération en 1078, puisque, à cette époque, ce fut par ses avis que Guy, évêque de Beauvais, fit bâtir, dans un faubourg de cette ville, un monastère destiné à former une communauté de chanoines qui, par la régularité de leur conduite, rappelassent toute la discipline de la primitive église. Le jeune Yves avait observé que la plupart des chanoines s’étaient beaucoup relâchés dans leurs mœurs ; et, lorsqu’il eut réussi à communiquer ses projets à son évêque, il se décida à embrasser la vie religieuse, et fut lui-même un des fondateurs et des premiers modèles de cette abbaye de Saint-Quentin de Beauvais, si célèbre par la sévérité de la discipline et la régularité des mœurs. Il lui donna la plus grande partie de son patrimoine, pour augmenter sa dotation, et il y enseigna les sciences humaines et sacrées ; enfin pendant quatorze ans il gouverna cette maison avec tant de succès, que l’on venait de tous côtés lui demander des conseils et des disciples pour fonder de nouveaux chapitres, ou pour réformer les anciens (1)[1]. C’est de là qu’il fut tiré, en 1091, pour être élevé sur le siège épiscopal de Chartres. Le clergé et les fidèles l’avaient unanimement élu : le pape avait consenti à son élévation, et le roi Philippe lui avait donné le bâton pastoral eu signe d’investiture. Cependant l’archevêque de Sens ayant refusé de le sacrer, Yves se rendit à Rome, avec les députés de Chartres, et le pape Urbain II le sacra évêque. L’archevêque, irrité y assembla un concile à Etampes ; Yves, accusé d’avoir offensé le roi en s’adressant au pape, et d’avoir violé les droits de l’Église gallicane, fut déposé, et son prédécesseur rétabli. Urbain II annula la procédure, confirma Yves dans la possession de son siège, et interdit l’usage du pallium à l’archevêque. L’évêque de Chartres jouit ainsi paisiblement de la dignité épiscopale, et ses vertus autant que ses lumières l’eurent bientôt réconcilié avec ceux qui s’étaient laisse entraîner à des préventions contre lui. Mais de nouvelles tribulations l’attendaient : le roi Philippe, voulant répudier la reine Berthe, de laquelle il avait deux enfants, et épouser Bertrade, troisième femme du comte d’Anjou, demanda l’avis des évêques. Yves, invité à la conférence dans laquelle on devait délibérer sur une question si délicate, détourna courageusement le roi, et refusa d’aller à Paris, où les noces illégitimes devaient cire célébrées. Philippe, entraîné par sa passion, épousa Bertrade, fit mettre Yves en prison, et piller les terres de son église. Le pape, instruit de ce qui se passait, écrivit aux évêques de France. Yves, qui craignait que ces lettres n’occasionnassent des mouvements séditieux contre Philippe, empêcha qu’elles ne fussent publiées ; et la ville de Chartres se disposant à prendre les armes, pour délivrer son évêque, il s’y opposa, ne voulant point devoir sa délivrance à de pareils moyens. Le roi, afin de faire approuver son mariage, avait convoqué un concile à Reims, pour le 18 septembre 1094 ; Yves, sachant bien qu’il ne pourrait parler librement, refusa de s’y rendre. Cependant il assista, en 1095, au concile de Clermont, que le pape Urbain II présida, et se trouva encore, en 1104, à celui de Beaugency, qui fut présidé par un légat apostolique, chargé d’absoudre le roi Philippe. Il voulut ainsi mettre en usage tous les moyens de rappeler le monarque à ses devoirs. Voyant toutes ses peines inutiles, il regretta les jours de paix et de bonheur qu’il avait passés dans le cloître, et il pria le pape d’accepter sa démission. Le pontife s’y refusa en disant qu’à la vérité l’épiscopat n’était point nécessaire à Yves, mais qu’Yves était nécessaire à l’épiscopat et à toute l’Église, qui ne pouvait plus se passer de ses services. Cependant, après tant de peines et de tribulations, le saint prélat eut la consolation de voir son souverain réconcilié avec l’Église par l’absolution de son excommunication que lui donna Lambert, évêque d’Arras, délégué par le pape. Yves avait eu une grande part à cette réconciliation, et elle ajouta beaucoup à son crédit dans tout le royaume[2]. Philippe étant mort le 11 juillet 1108, Yves conseilla de sacrer au plus tôt son fils Louis, parce que l’on craignait quelques seigneurs, dont ce jeune prince avait réprimé les violences. L’autorité, l’expérience de l’évêque de Chartres firent impression ; on suivit son avis, et le sacre se fit à Orléans, par le ministère de l’archevêque de Sens, assisté de plusieurs évêques, parmi lesquels se trouvait saint Yves. La cérémonie n’était pas encore achevée, quand les députés de l’Église de Reims arrivèrent avec une protestation. Yves écrivit à ce sujet une lettre circulaire adressée à l’Église romaine et à celle de France ; il y faisait voir que le sacre du roi Louis ne pouvait être attaqué par aucun motif pris dans la raison, dans la coutume et dans la loi. A cette époque la question de l’investiture était vivement agitée ; Yves, tâchant de tenir un sage milieu, s’affligeait de voir l’autorité séculière empiéter sur les libertés de l’Église ; d’un autre côté, il blâmait les ecclésiastiques qui méprisaient l’autorité temporelle, et qui donnaient l’exemple de la désobéissance. Ce prélat mourut le 23 décembre 1115, après avoir occupé avec gloire le même siège pendant vingt-trois ans. Il fut enterré dans son monastère de Saint-Jean en Vallée, près de Chartres, qui était une espèce de colonie de celui de Saint-Quentin. Son corps y resta jusqu’au 16e siècle, époque à laquelle les Calvinistes le déterrèrent pour le brûler, et jetèrent ses cendres au vent. Cependant Godescard dit que l’on conserve à Chartres, dans une châsse, les reliques de saint Yves[3]. Quoique sincèrement attaché au siège apostolique, Yves n’oublia jamais ce qu’il devait à son roi ; et les tribulations n’ébranlèrent point sa fidélité. Le zèle qu’il déploya en faveur des mœurs et de la religion, contre le mariage illégitime de Philippe Ier, l’a fait accuser injustement d’un trop servile dévouement à la cour de Rome. Son courage, dans cette circonstance importante, toutes les persécutions qu’il subit, et auxquelles il s’était volontairement exposé, ne pouvaient avoir d’autre but, et n’eurent pas d’autres résultats que le triomphe de la religion et des bonnes mœurs[4]. On peut comparer le rôle que saint Yves remplit alors dans l’Église de France, par son zèle, sa fermeté et son savoir, au rôle que saint Bernard y joua un peu plus tard, et à celui que notre grand Bossuet a rempli naguère avec tant d’honneur. Au milieu de ces persécutions et de ces utiles travaux, saint Yves ne négligea rien de ce qui pouvait illustrer son épiscopat. Déjà, sous Fulbert, un de ses prédécesseurs, les écoles de Chartres avaient acquis une grande célébrité ; saint Yves mit tous ses soins à y ajouter encore. Il choisit pour les diriger les plus habiles professeurs, tels que les deux Bernard, Vulgrin, Hugues de Chartres, Samson de Mauvoison, qui fut depuis archevêque de Reims, et autres non moins célèbres. Son église cathédrale n’était pas encore terminée ; il ne se contenta pas de l’achever sur le plan tracé par ses prédécesseurs, il en augmenta beaucoup les embellissements. Il reçut de la munificence de Mathilde, reine d’Angleterre, des cloches, qui se firent entendre les premières, depuis l’incendie du 7 sept. 1020. C’est à cette occasion qu’il adressa à cette princesse sa belle épître 142. Il fit construire à ses frais le superbe jubé qui séparait la nef d’avec le chœur : ce jubé, dans lequel fut depuis élevé le trône où Henri IV, rayonnant de gloire, apparut au peuple chartrain lorsqu’il reçut l’onction sainte en 1594, fut détruit en 1763, pour faire place à de nouvelles décorations. C’est sous le même épiscopat, vers l’an 1080, que l’église de Chartres fut ornée du magnifique portique méridional qui fait encore aujourd’hui l’admiration des artistes et des antiquaires, et que l’on doit à la générosité de Jean Cormier, dit le Sourd, médecin du roi Henri Ier et l’un, des plus savants hommes qui aient pris naissance dans la ville de Chartres. Le pape Pie V permit aux chanoines réguliers de l’église de Latran de célébrer, le 20 mai, la fête de saint Yves, Sa vie, écrite par le P. Fronteau, génovéfain, parut à la tête de ses Œuvres, Paris, 1647. Elle a été réimprimée à Hambourg, 1720, et à Vérone, 1733. On remarque, dans la collection des Œuvres de saint Yves : 1° Le Décret ou Recueil de règles ecclésiastiques qui y tient la première place. Avant lui, Isidore de Séville et Burchard de Worms avaient fait une collection de canons et d’épîtres décrétales (Voy. BURCHARD) ; mais ils avaient oublié d’extraire les passages qui ont rapport à l’Eucharistie. Ce mystère ayant été vivement attaqué par Bérenger, dans le siècle ou vivait Yves, ce prélat ajouta à son Décret l’indication des lieux qui servent à établir la présence réelle. Son décret est divisé en dix-sept parties. Dans la seconde, il traite fort au long du sacrement de l’autel, de la sainte communion, de la célébration de la messe ; d’où il passe aux autres sacrements. Dans la cinquième partie, il établit la primauté de l’Église romaine et les droits des métropolitains et des évêques. Ce décret parut d’abord à Louvain, 1561, in-fol. On allait en donner une autre édition ; le P. Fronteau, qui l’arrêta, revit le texte sur d’excellents manuscrits des abbayes de Saint Victor et de Saint-Germain, d’après lesquels fut publiée, avec des notes savantes, l’édition indiquée ci-dessus ('voy. sur cette édition l’article SOUCHET. 2° La Pannormie (1)[5], qui est une collection de canons et de décrets divisée en huit parties, et qu’Yves semble avoir composée avant son grand Recueil, parut d’abord à Paris, en 1499, in-4°. ; et à Louvain, en 1557, in-8°. 3° Les Lettres d’Yves, au nombre de deux cent quatre-vingt-huit, imprimées d’abord à Paris, 1585, in-4°., et 1610, in-8°., forment le second tome des OEuvres publiées par le P. Fronteau. Duchesne a inséré, dans ses Historiens de France, celles qui, au nombre de cinquante-cinq, ont rapport à l’histoire de France (2)[6]. Les autres sont également précieuses, parce qu’elles servent à éclaircir notre histoire ecclésiastique. Quelques unes concernent le mariage de Philippe avec Bertrade. Elles sont adressées au roi lui-même et à tous les évêques que le prince avait invités à ses noces. Yves ayant été jeté en prison, ses diocésains voulaient se soulever et attaquer Hugues, vicomte de Chartres, qui avait fait l’arrestation par ordre du roi : le prélat les conjura de rester en paix, étant bien résolu de mourir en prison plutôt que d’être la cause de quelque trouble. Le pape Urbain II ayant fait aux évêques de France de vifs reproches, sur ce qu’ils abandonnaient ce généreux pontife, Yves, à qui le paquet fut adressé, le retint, craignant que son contenu n’occasionnât quelque soulèvement dans le royaume. Par la Lettre 28, il répond au roi Philippe, qui lui avait enjoint de venir le trouver ou à Chaumont ou à Pontoise, avec les troupes qui formaient le contingent de l’évêché de Chartres. Le saint évêque prie le prince de lui permettre de ne pas obéir : « Je ne pourrais, lui dit-il, me dispenser de vous parler de ce mariage que vous avez contracté avec Bertrade, que vous gardez, malgré la défense du pape ; je ne serais point en sûreté dans votre cour, où j’aurais pour ennemi un sexe qui ne sait point pardonner, même à ses amis. » La Lettre 189 est une circulaire relative au sacre de Louis-le-Gros. Yves y avance que l’on avait eu raison de sacrer roi celui à qui le royaume appartenait par droit d’hérédité, et qui depuis longtemps avait été unanimement élu par les évêques et par les grands du royaume ; qu’aucune loi ne fixait à Reims le sacre de nos rois ; que, sous la première race, les enfants de Clotaire Ier n’avaient reçu ni bénédiction ni couronne de l’archevêque de Reims ; que, sous la seconde dynastie, Louis, fils de Louis-le-Bègue, avait été couronné à l’abbaye de Ferrières ; qu’Eudes avait été sacré par Gauthier, archevêque de Sens Raoul à Soissons, et Louis d’Outre mer à Laon ; que, sous la troisième race, Robert avait été sacré à Orléans, et Hugues (1)[7], son fils, à Compiègne ; que, quand même l’église de Reims aurait eu, d’après un privilège particulier, le droit de sacrer nos princes, cela n’aurait pu avoir lieu dans les circonstances présentes, l’archevêque n’étant point intronisé, et un interdit ayant été jeté sur la ville ; qu’enfin le sacre de Louis ne pouvait se différer sans compromettre le bonheur du royaume et la paix de l’Église. La Lettre 202 contient un refus très dur à une demande assez bizarre de deux peaux d’hermines que lui avait adressées le roi Louis-le-Gros. « Il ne sied pas à la majesté royale, repondit le prélat, de demander aux évêques des ornements qui ne servent qu’à la vanité ; et il sied encore moins à un évêque de les donner à un roi. Je n’ai pu lire sans rougir la lettre par laquelle vous me les demandez ; et j’ai eu peine à croire que vous l’ayiez écrite. ...» Les usages du temps, et la situation du clergé de France à cette époque, peuvent seuls faire comprendre un tel langage de la part d’un évêque à son souverain. Les Lettres 233 à 238 contiennent, sur la grande question de l’investiture, des principes sages, éloignés de toute exagération. Yves ne cherchait point à excuser le pape Pascal II qui avait conféré le droit d’investiture à l’empereur Henri V ; mais, ajoutait-il. ce pontife ayant été forcé par la nécessité, il n’appartient qu’à Dieu de le juger. Du reste, il croyait que l’investiture, à laquelle prétendaient les autorités temporelles, était une usurpation sacrilège, mais qu’il fallait la tolérer quand il y avait à craindre de plus grands maux. Dans plusieurs autres lettres, Yves répond à des cas de conscience qui lui ont été proposés. Il jouissait d’une telle considération dans l’Église de France et au dehors, que les évêques et les ecclésiastiques le consultaient de toutes parts. Les réponses qu’il donnait prouvent sa sagesse et l’étendue de ses connaissances. 4° Vingt-quatre Sermons sur les principaux mystères de la foi, sur les grandes fêtes de l’Église, sur l’Oraison dominicale, sur le Symbole des apôtres et sur les autres objets de la religion. Ils avaient d’abord paru à Cologne, 1568 ; à Rome, 1591, in-fol., et dans la Bibl. Patr., Paris, 1647. 5° Micrologue ou observations sur les rites et offices ecclésiastiques, parut à Paris, en 1510, in-4°., et 1527, in-24 ; à Rome, 1590 ; à Anvers, 1565, in-8°., à Cologne, l558 ; dans la Bibl. Patr. ; enfin dans l’édition générale du P. Fronteau. On peut diviser le Micrologue en deux parties : la première concerne la célébration de la messe, et la seconde les différentes pratiques de l’Église romaine à l’époque où vivait saint Yves. Il ne se contente point d’y rapporter la liturgie et la lettre des cérémonies, pratiquées dans la célébration des offices divins ; il en donne encore des raisons mystiques, qui en général sont très-solides. Il avait puisé dans les livres liturgiques, écrits par saint Grégoire, par Amalaire et par d’autres anciens. Il cite à la vérité les fausses décrétales, soit dans le Micrologue, soit dans ses Lettres, soit dans son Décret, soit dans sa Pannormie ; mais il fonde surtout ses décisions sur l’Écriture sainte, sur les canons des conciles, sur les témoignages des Pères, et sur les lois civiles. Les questions de morale, de droit et de discipline, y sont toujours sagement résolues. Yves s’y montre aussi savant canoniste que profond théologien, mêlant dans ses décisions la douceur à la sévérité, et laissant à ceux qui le consultaient liberté entière de préférer leur sentiment au sien. Ayant écrit à Aldebert, évêque du Mans, une lettre qui pouvait offenser ce prélat, il lui en adressa depuis plusieurs autres qui sont pleines d’affection, d’estime et de respect, cherchant ainsi à effacer les premières impressions qu’il pouvait avoir produites. Quelques-unes de ses lettres sont adressées aux évêques d’Angleterre, et l’on voit qu’outre-mer on avait pour lui la même considération qu’en France. Dans ses écrits, Varillas cite souvent Yves de Chartres ; c’est ce qui a donne lieu au volume publié sous ce titre : Esprit d’Yves de Chartres, Paris, Anisson, 1701, in-12, devenu rare, et qui a été attribué à Lenobie, mais que Barbier a restitué à Varillas. Les citations de ce livre éclaircissenl beaucoup de faits importants. On peut encore consulter sur saint Yves : 1° l’article qui lui a été consacré par D. Cellier dans son Histoire des auteurs sacrés ; 2°. l' Histoire Littéraire de France par les bénédictins, tome 10, page 102, et tome 11, page 257 ; 3°. Les Bollandistes, tome 15, page 247 ; 4° et l' Histoire de St. Yves, par M. Jean Favé, Rennes, 1851, in-8°.

G—Y et H—N.


  1. (1) Cette maison de Saint-Quentin envoya diverses colonies, sur la demande des évêques, fonder de semblables établissements de la vie commune, et voilà pourquoi Yves est regardé comme un des plus illustres réformateurs de l’ordre canonique ; mais mérite-t-il le titre de restaurateur des chanoines réguliers de Saint-Augustin ? Vincent de Beauvais, Onuphre, saint Antonin et autres, le lui donnent ; Thomassin le lui refuse. Au lecteur curieux d’étudier ce point remarquable de la vie d’Yves, nous indiquons spécialement le chapitre quatorze du second tome de l’ Histoire des ordres monastiques d’Hélyot. Tous prétendent qu’Yves fut le premier abbé de Saint-Quentin ; il faut donc, ou qu’il ait pris l’habit ailleurs, ou que ce couvent ait été formé d’une association nouvelle, et alors on pourrait conclure que l’abbaye de Saint-Quentin était chef-lieu de congrégation. Néanmoins Godescard dit qu’Yves y prit d’abord l’habit, et n’en devint supérieur que quelque temps après. Pendant qu’il y demeurait il enseigna publiquement la théologie et expliqua l’Ecriture sainte ; de là lui est venu le titre de maître et de docteur. De cette école sortirent de savants sujets qui remplirent même des sièges épiscopaux. Il paraît que ce fut dès ce temps qu’Yves commença à publier divers écrits remarquables par l’érudition, et qui étendirent au loin sa réputation. B—D―E.
  2. Après la mort d’Urbain II, saint Yves adopta des principes de douceur et d’indulgence, qui semblent fort opposés à ceux qui l’avaient dirigé jusqu’alors ; mais ils ne furent sans doute que le résultat de grandes réflexions et de hautes considérations que lui inspira le désir de ramener la paix dans le royaume. Les lettres qu’il écrivit au pape, à cette époque, en sont la preuve, notamment celles qu’il adressa à Pascal II. Ce fut probablement par ces lettres que le pontife se décida à accorder aux évêques les autorisations nécessaires pour donner l’absolution à Philippe et à Bertrade. Alors Berthe, première femme de Philippe, n’existait plus. On découvrit que Foulques, comte d’Anjou, avait épousé Bertrade du vivant d’une première femme qu’il avait répudiée ; de là on voulut bien conclure que son mariage avec Bertrade était nul, et, pour terminer cette désastreuse affaire, ou admit le divorce entre lui et Bertrade. Par ce moyen tout fut concilié, et l’excommunication fut levée dans l’assemblée des évêques tenue à Paris le 30 novembre 1104. C’est ce qui doit paraître surprenant, après tous les scandales et tous les débats qui eurent lieu pendant les douze années qui virent les papes, le roi et les évêques de France se combattre mutuellement, les uns pour rompre une union illégitime, les autres pour la conserver malgré les peines ecclésiastiques qu’on leur infligeait. Mais ce qui est plus étonnant encore, c’est que Philippe et Bertrade se rendirent ensuite auprès du comte Foulques d’Anjou, et en furent reçus avec les plus grands honneurs. Philippe vécut peu d’années après la fin des troubles dont il avait été l’instrument ; et Bertrade, fatiguée de toutes les agitations et de toutes les tribulations qui avaient tourmenté son existence, se retira dans le couvent de Hautes-Bruyères, au diocèse de Chartres, où elle se fit religieuse, et où elle termina ses jours. H―N.
  3. Godescart est dans l’erreur. Tous les manuscrits attestent qu’il fut impossible de reconnaître les reliques ou ossements de saint Yves, lors des recherches que l’on en fit dans les décombres de ce monastère après le départ des huguenots. H—N.
  4. Philippe et Bertrade, non contents d’avoir privé saint Yves des revenus de son évèché, le réduisirent à un tel état de dénûment et de misère, qu’il ne lui resta pas même de pain. Peu satisfaits de cet abus de leur pouvoir, ils le firent emprisonner par le fameux Hugues du Puiset, vicomte de Chartres, qui, trop fidèle ministre de leur vengeance, osa emmener le saint évêque de Chartres dans son château de Puiset, on il le retint étroitement jusqu’en 1094, sans humanité et sans aucun égard pour sa haute dignité et ses éminentes vertus (voy. PUISET). Tous les faits et tous les détails qui concernent le divorce de Philippe ier avec Berthe, et le mariage avec Bertrade de Montfort, qui en fut la suite, sont du plus haut intérêt, et se trouvent développés avec le soin et l’étendue les plus désirables dans l’excellente dissertation de dom Brial, sous le titre d’Examen critique des historiens qui ont parlé du divorce de Philippe ier., lu à l’Institut le 5 juillet 1805, et inséré dans le tome XVI du Recueil des hist. des Gaules, 1814, in-fol., p 28 et suiv. H—N.
  5. (1) Baillet dit que Pannormia est un mot hybride. Il pense que l’auteur aurait miepx fait de mettre Pannomia, du moins le P. Possevin pense qu’il faut lire ainsi. Alors il viendrait évidemment de Παν et de Νομος, et ce qu’il contient justifie cette étymologie. Mais ne peut-on pas dire que le mot Pannormia est formé du mot grec Παν et du mot latin Norma ? Les exemples de ces sortes de compositions ne sont pas rares, et le sens est le même. B—D—E.
  6. (2) La cinquième qui est adressée à Adèle, comtesse de Chartres, femme puissante et impérieuse, avait longtemps présenté des incertitudes : saint Yves y reproche avec beaucoup de prudence et de modération à cette princesse la protection qu’elle accordait à Adalais sa cousine germaine, qui vivait en adultère avec Guillaume. Quel était ce comte Guillaume ? saint Yves ne le désigne pas, et les commentateurs de ses oeuvres n’avaient pu le découvrir ; mais D. Brial l’a entrepris dans ses Recherches historiques pour parvenir à l’intelligence de la cinquième lettre d’Yves de Chartres, insérées au tom. 3, pag. 56-71 de l’Hist. et Mém. de l’institut royal, classe d’hist. et littér. anc., et il ne doute pas que ce ne soit Guillaume de Breteuil. H-N.
  7. (1) Ce prince, couronné en 1017, à Compiègne, mourut avant le roi Robert, son père ; son frère Henri fut sacré à Reims. G―V.