Bladé - Contes populaires de la Gascogne, t. 3, 1886.djvu/Le Loup pendu

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II

le loup pendu



Un jour, un homme traversait un bois. Il trouva un loup pendu par le pied au haut d’un chêne.

— « Homme, dit le Loup, tire-moi d’ici pour l’amour de Dieu. J’étais monté, sur ce chêne, pour y prendre un nid de pie. En descendant, j’ai pris mon pied dans une branche fendue. Je suis perdu, si tu n’as pitié de moi.

— Je te tirerais de là avec plaisir, Loup, répondit l’homme ; mais j’ai peur que tu ne me manges, quand tu seras dépendu.

— Homme, je te jure de ne faire aucun mal, ni à toi, ni aux tiens, ni à tes bêtes. »

L’homme dépendit donc le Loup. Mais à peine celui-ci fut-il à terre, qu’il commença à le regarder de travers.

— « Homme, je suis affamé. J’ai grande envie de te manger.

— Loup, tu sais ce que tu m’as juré.

— Je le sais. Mais, à présent, je suis dépendu. Je ne veux pas mourir de faim.

— On a bien raison de dire, Loup : « De bien faire, le mal arrive. » Si tu veux, nous allons consulter, sur notre cas, cette chienne qui vient vers nous.

— Je veux bien, homme.

— Chienne, dit l’homme, le Loup était pendu par le pied au haut d’un chêne. Il y serait mort, si je ne l’avais dépendu. À présent, pour ma peine, il veut me manger. Cela est-il juste ?

— Homme, répondit la chienne, je ne suis pas en état de vous juger. J’ai bien servi mon maître jusqu’à présent. Mais, quand il m’a vue vieille, il m’a jetée dehors, pour n’avoir plus à me nourrir, et m’a chassée dans le bois. On a bien raison de dire : « De bien faire, le mal arrive. »

— Alors, Loup, dit l’homme, nous allons consulter, sur notre cas, cette vieille jument.

— Je veux bien, homme.

— Jument, dit l’homme, le Loup était pendu par le pied au haut d’un chêne. Il y serait mort, si je ne l’avais dépendu. Maintenant, pour ma peine, il veut me manger. Cela est-il juste ?

— Homme, répondit la jument, je ne suis pas en état de vous juger. J’ai bien servi mon maître jusqu’à présent. Mais, quand il m’a vue vieille, il m’a jetée dehors, pour n’avoir plus à me nourrir, et m’a chassée dans le bois. On a bien raison de dire : « De bien faire, le mal arrive. »

— Alors, Loup, dit l’homme, nous allons consulter le Renard, sur notre cas.

— Je veux bien, homme.

— Renard, dit l’homme, le Loup était pendu par le pied au haut d’un chêne. Il y serait mort, si je ne l’avais dépendu. Maintenant, pour ma peine, il veut me manger. Cela est-il juste ?

— Homme, dit le Renard, je ne suis pas en état de vous juger avant d’avoir vu l’endroit. »

Ils partirent tous trois, et arrivèrent au pied du chêne.

— « Comment étais-tu pendu, Loup, demanda le Renard ? »

Le Loup monta sur le chêne, et se remit comme il était, avant d’être dépendu par l’homme.

— « J’étais ainsi pendu, Renard.

— Eh bien, Loup, demeure-le. »

Le Renard et l’homme s’en allèrent. Quand il fallut se séparer, l’homme remercia le Renard, et lui promit de lui porter, pour ses peines, le lendemain matin, une paire de poules grasses.

En effet, le lendemain matin, l’homme arriva portant un sac.

— « Voici les poules, Renard. »

Aussitôt, il ouvrit le sac, d’où sortirent deux chiens, qui étranglèrent le pauvre Renard. On a bien raison de dire : « De bien faire, le mal arrive[1]. »

  1. Dicté par Pauline Lacaze, de Panassac (Gers).