Blason du Laid Tétin

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Clément Marot
1534


BLASON DU LAID TÉTIN



Version de 1547
Du laid Tetin.
Version modernisée

Tetin qui n’as rien que la peau,
Tetin flac, tetin de drappeau,
Grand’ Tetine, longue Tetaſſe,
Tetin, doy ie dire bezaſſe?
Tetin au grand villain bout noir
Comme celuy d’vn entonnoir,
Tetin qui brimballe à tous coups,
Sans eſtre eſbranslé, ne ſecous,
Bien ſe peult vanter qui te taſte,
D’auoir mis la main à la paſte:
Tetin grillé, Tetin pendant,
Tetin fleſtry, Tetin rendant
Villaine bourbe en lieu de laict,
Le Diable te feit bien ſi laid:
Tetin pour trippe reputé,
Tetin ce cuydé ie, emprunté,
Ou deſrobé en quelque ſorte,
De quelque vieille Cheure morte:
Tetin propre pour en Enfer
Nourrir l’Enfant de Lucifer:
Tetin boyau long d’vne gaule,
Tetaſſe à iecter ſur l’eſpaule,
Pour faire (tout bien compaßé)
Vn chapperon du temps paßé:
Quant on te voit, il vient à maints,
Une enuie dedans les mains,
De te prendre avec les grans doubles
Pour en donner cinq ou ſix couples
De ſouffletz sur le nez de celle,
Qui te cache ſoubz son eſſelle.

Va grand villain Tetin puant,
Tu fournirois bien en ſuant
De ciuette, & de perfuns
Pour faire cent mille defuncts.

Tetin de laydeur deſpiteuſe,
Tetin, dont Nature eſt honteuſe,
Tetin des villains les plus braue,
Tetin, dont le bout touſiours baue,
Tetin faict de poix, & de glus:
Bren ma plume, n’en parle plus,
Laiſſez le là, ventre ſainct George,
Vous me feriez rendre ma gorge.

Tétin qui n’as rien que la peau,
Tétin flac, tétin de drapeau,
Grand’ tétine, longue tétasse,
Tétin, dois-je dire besace ?
Tétin au grand vilain bout noir
Comme celui d’un entonnoir,
Tétin qui brimballe à tous coups,
Sans être ébranlé ne secous.
Bien se peut vanter qui te tâte
D’avoir mis la main à la pâte.
Tétin grillé, tétin pendant,
Tétin flétri, tétin rendant
Vilaine bourbe en lieu de lait,
Le Diable te fit bien si laid !
Tétin pour tripe réputé,
Tétin, selon moi, emprunté
Ou dérobé en quelque sorte
De quelque vieille chèvre morte.
Tétin propre pour en Enfer
Nourrir l’enfant de Lucifer ;
Tétin, boyau long d’une gaule,
Tétasse à jeter sur l’épaule
Pour faire – tout bien compassé –
Un capuchon du temps passé,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te prendre avec des gants doubles,
Pour en donner cinq ou six couples
De soufflets sur le nez de celle
Qui te cache sous son aisselle.

Va, grand vilain tétin puant,
Tu fournirais bien en suant
De civettes et de parfum
Pour faire cent mille défunts.

Tétin de laideur dépiteuse,
Tétin dont Nature est honteuse,
Tétin des vilains le plus brave,
Tétin dont le bout toujours bave,
Tétin fait de poix et de glu,
Merde, ma plume, n’en parlez plus !
Laissez-le là, ventre saint George,
Vous me feriez rendre ma gorge.