Bouquets et prières/Plus de Chants

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PLUS DE CHANTS.


À Madame Simonis (Elisa de Knyff).



Enfant d’un nid loin du soleil éclos,
Tombée un jour du faîte des collines,
Ouvrant à Dieu mes ailes orphelines,
Poussée aux vents sur la terre ou les flots,
Mon cœur chantait, mais avec des sanglots.

Frères quittés, doux frères, au revoir !
En parcourant nos chemins sans barrière,
Tous attirés vers la même lumière,

Pour remonter au céleste pouvoir,
Allons tremper nos ailes dans l’espoir !

Pour louer Dieu, dès que je pus chanter,
Que m’importait ma frêle voix de femme ?
Tout le concert se tenait dans mon âme ;
Que l’on passât sans daigner m’écouter,
Je louais Dieu ! qui pouvait m’arrêter ?

Le front vibrant d’étranges et doux sons,
Toute ravie et jeune en solitude,
Trouvant le monde assez beau sans l’étude,
Je souriais, rebelle à ses leçons,
Le cœur gonflé d’inédites chansons !

J’étais l’oiseau dans les branches caché,
S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute
Que le faneur fatigué qui l’écoute,
Dont le sommeil à l’ombre est empêché,
S’en va plus loin tout morose et fâché.


Convive sobre et suspendue aux fleurs,
J’ai pris longtemps mon sort pour une fête ;
Mais l’ouragan a sifflé sur ma tête,
Les grands échos m’ont crié leurs douleurs :
Et je les chante affaiblis de mes pleurs.

La solitude est encor de mon goût ;
Je crois toujours à l’Auteur de mon être :
Mes beaux enfans me l’ont tant fait connaître !
Je monte à lui, je le cherche partout ;
Mais de chansons, plus une, oh ! plus du tout !