Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais/1909/1 - Cloches Notre-Dame-des-Marais

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais10 (p. 5-25).

Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais - 349 - Fioriture d'ornementation de la table des matières.jpg

LES CLOCHES
de
NOTRE-DAME DES MARAIS DE VILLEFRANCHE


Commencée pour le moins dans la première partie du xiii, l’église N.-D. des Marais ne fut achevée qu’au xvi. Son plan primitif ne comportait qu’une nef de peu d’étendue. Elle n’était qu’une chapelle ou qu’une église secondaire ; la principale était l’église de la Madeleine, située hors des murs de la ville, sur l’emplacement du Promenoir actuel. Celle-ci portait le titre d’église paroissiale. Mais bientôt les rôles furent renversés Notre-Dame supplanta la Madeleine qui, abandonnée ou à peu près au xv, n’était plus qu’une ruine au xvi.

Par deux fois, au xv et au xvi, des agrandissements portèrent sur sa largeur et sa longueur. Elle eut trois nefs, en même temps que des chapelles se construisaient en dehors des bas côtés. Enfin, de 1498 à 1518 s’élevaient le portail et la grande tour du clocher surmontée d’une flèche octogonale décorée d’or et d’azur. La flèche détruite par un incendie en 1568 ne fut réédifiée qu’en 1862. Le portail, mutilé pendant la Révolution, dépouillé des statues qui l’ornaient, enterré par l’exhaussement de la chaussée a conservé, malgré tout, sa grandeur et sa beauté.

Jusqu’à l’achèvement du grand clocher, les cloches se trouvaient dans le vieux clocher qui existe encore au-dessus du chœur. Supportée par quatre robustes piliers carrés, sa tour quadrangulaire émerge des toitures de la nef et de l’abside. Elle comporte trois étages de fenêtres dont le supérieur est seul visible de l’extérieur. Deux fenêtres géminées s’ouvrent sur chacune de ses quatre faces. Elles sont encadrées par des faisceaux de trois colonnettes se terminant par trois arcs concentriques en tiers point. Elles sont très nettement du commencement du xiiie siècle.

Aux quatre angles se voient de longues colonnes engagées, couronnées en guise de chapiteaux par quatre têtes grimaçantes dont deux sont encornées. La corniche de couronnement est très simple et sans caractère. Le toit plat à quatre pans est terminé par une girouette et un coq en zinc. À l’intérieur se voient encore les mortaises ménagées pour supporter les pièces de bois du beffroi.

On accède au vieux clocher par un escalier étroit et tortueux logé dans une tourelle carrée adossée à la face est de la tour.

Le mercredi avant la Toussaint de l’année 1398, messire Jehan de Mons, licencié en lois, curé de Villefranche, assisté de Jehan de Valsonne et de Péronnet Richet, clercs consuls, conféraient à Johannet Masuer et à Pierre son fils, la charge de luminiers de l’église de Villefranche, en même temps qu’ils établissaient un règlement à l’usage des possesseurs de cet emploi. Ces derniers, entre autres obligations concernant plus spécialement l’entretien de l’église et de son mobilier, étaient tenus « totes festes dobles acostumées, de soner deux tens, ayder à sonner la grosse cloche, et, les sandos de caresme jusqu’à la Saint Jehan, soner mydi à ladite grosse cloche. — Item, doit venir à soner les clars totesfois que li temps est mal disposés ». Les luminiers enfin, étaient détenteurs de la clef du clocher et un sonneur leur était adjoint dans leur service.

Il semble qu’il y ait eu dès l’origine plusieurs cloches au clocher, malgré que les documents et les inventaires passent sous silence leur nombre, ne s’occupant que de la grosse cloche. Celle-ci fut réparée vers 1420, ainsi que le constate Jean Mathe dit Valichon dans son rendement de compte aux échevins, du 4 février 12,3, pour les cinq années précédentes : « payé à Périon le serrailleur et maistre maréchal pour repareiller la grosse cloche de ladite ville et le bateau d’icelle, 80 livres tournois ».

En 1439, nouvelles réparations, mais cette fois aux quatre cloches.

L’année suivante, 1440, les consuls Jean Chalendat, Philibert Sotison, Jacqueminde Montceaux et Antoine Peyret firent transporter « au clochier de la ville pour y rendre pendans les deux cloches de l’esglise de la Magdeleyne », par Sandrin Rabaud, chappuys, et ce pour le prix de deux florins.

Un compte de Bergier, pleige de Gramelle, fermier de l’impôt du huitième du vin pour l’année 1413, nous apprend qu’une des cloches était dénommée cloche d’Auvergne. Bergier paya à Estienne Chatillon pour « certaines dépenses par lui faites pour la façon de la cloche d’Auvergne 2 francs et demi ».

En 1448, il ne reste plus au clocher que « cinq campanes, troys méannes et deux pitites, de quoy l’une des deux pitites est rompue. »

Les cloches ne servaient pas seulement au service religieux, mais encore à la vie municipale en convoquant aux assemblées les échevins, les notables, et les confréries des différents corps de métier. Elles servaient enfin à détourner les orages. Cette dernière destination semble avoir fortement préoccupé les échevins d’alors, à ce point, qu’en 1482, ils font un traité spécial avec trois habitants de Villefranche, Pierre Neyrand, Philibert Cartelieret Jacques Acary, « pour sonner et tirer les cloches de leur esglise, continuellement, tant de jour que de nuyt et à toutes heures nécessaires, pour obvier ès tempestes qui continuellement peuvent survenir ». À cet effet, les trois veilleurs devaient s’entendre pour que, aussi bien la nuit que le jour, l’un deux fût toujours présent et de garde au clocher. Leurs gages étaient de douze livres tournois par an.

Il y avait encore au petit clocher, une horloge sur l’emplacement de laquelle il ne subsiste aucun renseignement. La tâche de « régir et de conduyre le reloge » de la ville fut donnée en 1439 à Jean Alachevez, clerc de l’église de Villefranche, pour un an et aux gages de 4 livres tournois, monnaie courante.

Guillaume Geneveys « sarrerier » lui succéda en 1441 avec les mêmes appointements. Celui-ci ne devait pas seulement « régir et gouverner le reloge de la ville, bien et convenablement, comme il appartient encore » mais faire, suigner, mettre et appareiller tous
Dessin de M. J.-B. Morel
Église de Villefranche — Le vieux clocher
ferrements, cordailles et autres choses nécessaires et appartenantes ».

Mais dès l’année 1445, les habitants de Villefranche agrandissent leur église paroissiale devenue trop petite par suite de l’extension de la ville et de l’accroissement de la population. À la fin du xve siècle, en 1499, aidés par les subsides de Pierre II de Bourbon, ils élèvent le portail en même temps qu’ils commencent la construction de la grande tour qui servira dans la suite de clocher. Pour ce faire, le 15 février 1499. Pierre de Bourbon, par ses lettres patentes datées de Moulins, fit don à la communauté des habitants d’une somme de 200 l. t. Elle servit à payer acquisition, au prix de 300 l. de la maison Corsin appartenant à Claude Pancalier, apothicaire, puis celle d’Antoine Mazuyer touchant l’église ainsi qu’une place de banc « là où les habitants voulaient faire le clocher ».

On se mit à l’œuvre et, en janvier 1513, la tour était suffisamment avancée pour que l’on songeât à la munir d’une horloge à sonnerie et à cadran. Ce furent les confrères de Saint-Sébastien qui firent ce cadeau à la ville[1]. Ils s’assemblèrent le 21 janvier 1513 et donnèrent à « Petit-Jean du Biez, sareurier et relogeux de cette ville de Villefranche, le prix fait à faire ung mouvement d’un horloge pour boucter en la grant tour du portail de l’esglise de Villefranche, devers le vent ».

Le mouvement devait être assez puissant pour faire frapper un jacquemart sur une cloche de la pesanteur de 50 à 60 quintaux. Il devait en outre être muni des organes nécessaires pour sonner les demies et « devant » les heures sur deux petites cloches de grandeur et de grosseur convenables. Les demies devaient être annoncées par trois coups frappés sur chaque cloche et les heures par cinq coups frappés aussi sur chaque cloche. Pour les sonneries ont devait utiliser la cloche de l’horloge actuelle et en choisir une seconde ou plus grande ou plus petite pour satisfaire l’accord. Les confrères insistaient enfin pour que le jacquemart fut placé aussi haut que possible et le cadran au milieu de la tour ou à l’endroit le plus commode et ils s’engageaient à payer pour toute cette installation la somme de 100 livres tournois.

Du Biez eut de grands déboires dans la confection de l’horloge ; son devis fut outrageusement dépassé. Il implora les confrères de St-Sébastien qui lui firent un don de 20 livres et la ville dut en fin de compte lui allouer 100 nouvelles livres pour récompenser la perte qu’il disait avoir faite « au mouvement du grand orloge ». Du Biez en donna quittance à Claude Coste échevin le 22 octobre 1520, en présence de François Haudry et de Claude Bonnevay de Villefranche, témoins.

On mit quinze ans environ à édifier la grande tour du clocher. Puis l’on s’employa à la couronner superbement par cette aiguille qui à son achèvement fut déclarée une merveille. Le 12 février 1514, Pierre Gayand reçoit pour mission, des échevins, d’aller en Bourgogne acheter du bois pour couvrir « la grande tour de l’église pour le beffroy et horloge entrepris à faire ». Louise de Savoie, François Ier, la princesse Anne font remise des laods qui leur sont dûs sur les maisons et boutiques expropriées en vue de l’agrandissement de l’église ; les habitants s’imposent de 1055 l. 3 s. 4 d. qui furent perçus en 1517 par Claude Comte « leveur de l’impôt du couvert du clocher neuf ». Enfin les étrangers eux-mêmes apportent leur offrande. Le prieur d’Arnas, de Balsac, souscrit pour 30 livres ; Pierre de Briandas seigneur de Theyzé promet deux noveines de froment, etc.

L’entreprise de la charpente fut donnée à Jehan de Sales de Lyon qui reçut pour son salaire 460 1. t. Le bois lui avait été fourni par l’échevinage ; Pierre Gayand l’avait acheté en Bourgogne pour le prix de 350 1. t. ; son transport à pied d’œuvre et les frais accessoires coûtèrent 256 1., 12 s., 5 d. Au total la charpente coûta 1066 1. 12 s. 5 d.

Guillaume Augeroni de Moulins exécuta la couverture moyennant le prix fait de 100 l. t, mais les échevins fournirent les matériaux, 30 milliers d’ardoises à 4 l. 10 s. le mille pris à Digoin, environ 50 milliers de plomb de diverses provenances, 50 l. d étain.

Vérand Cilet fut chargé de la peinture de l’aiguille. Il y employa douze cens d’or et 27 livres d’azur.

Enfin la croix fut faite et placée par Petit Jehan du Biez, maréchal, pour le prix de 10 l. t.

En 1517 les échevins donnèrent « à tâche à Anthoine Place, de Saint Estienne de Furent, à faire le beffroy du clochier neuf, faire les joux neufs des cloches, y mectre et pouser et icelles faire branler ».

Il ne parait pas qu’Anthoine Place ait exécuté seul ce travail, car, le 15 juin 1519. Claude Fiot rend compte aux échevins qu’il a payé à « maistre Jehan Carrier, mareschalde Saint Estienne de Florant pour la fasson de cieux mit cent cinquante six livres de fer, tant pour la fermature de la grosse cloche nommée Marie et la fermature et batal de la cloche neuve nommée Barbe, que aussi pour la fermature et batal de Sainneterre et Auvergne, lesquelz fermature et batalz et autres fermatures nessesayre ou clochier ou fer de viij cl. t. pour livre de fer, [lui furent] baillé à prix fait par les eschevins qui lors estoyent, que monte la somme de soixante douze livres t. ».

Quand les cloches furent installées, l’échevinage élabora un règlement.

Le marguillier qui « servait le clochier » avait pour mission de sonner « ès bonnes festes solennelles et autres acostumées, vespres, matines, les messes, processions ordinaires et extraordinaires et les sermons acostumés et extraordinaires, tant en caresme que autre temps, aussi pour le temps. Il engressera les cloches et joux, actachera les bastiaulx et fera ce que y sera besoing ». Il recevait pour ses gages, de chaque contribuable à la taille du roi, douze deniers tournois payables par moitié, le 3 mai à la fête de la Croix et, en septembre à l’autre fête de la Croix. Les indigents en étaient exemptés.

Il avait pour casuel les sonneries des morts avec recommandation expresse de suivre les tarifs « sans y abuser ».

Mais cette aiguille sur laquelle les chroniqueurs du temps ne tarissent pas d’éloges, cette flèche, urbis honor patriæque decus, ces cloches qui avaient coûté au peuple de Villefranche de si grosses sommes n’eurent qu’une existence bien courte, moins d’un demi-siècle. Le 23 avril 1566 elles furent complètement détruites par un incendie, accidentel dirent les uns, criminel accusèrent le plus grand nombre. Quoiqu’il en soit, une existence humaine expia ce malheur.

Pendant 300 ans la tour du clocher resta veuve de sa flèche. On eut bien le projet de rétablir le tout dans son état primitif, mais l’argent manquait et on dut se contenter de procéder aux réparations urgentes. On se mit à l’œuvre pour consolider le sommet de la tour, la couvrir de ce toit plat à quatre pans qui subsista jusqu’au milieu du xixe siècle, faire refondre les cloches et installer un nouveau beffroi.

C’est le dimanche 22 février 1568 que les échevins proposèrent aux notables assemblés la réfection du beffroi. Elle devenait urgente, d’autant que deux nouvelles cloches venaient déjà d’être fondues à la grenette de la ville par un maitre fondeur de cloches de Chaumont en Bassigny du nom de Gauthier Mognet ou Monnet. L’assemblée est d’avis de mander Pierre de la Plasse, fils d’Antoine, le constructeur du premier beffroi. Celui-ci, après avoir vu et visité l’état du clocher estime à 40 arbres de chêne la quantité de bois nécessaire pour le beffroi, « depuis la première voûte du clocher jusqu’audit beffroy ». Il est alors convenu que Pierre de la Plasse ira dans la forêt d’Alix choisir des bois convenables et que l’on écrira à Madame de Marzé pour la supplier de les vendre à la ville. Un échevin se rendrait en Bourgogne au cas où l’on ne trouverait pas le nécessaire à Alix. Enfin Pierre de la Plasse promit de faire un beffroi pour quatre grosses cloches et deux petites, l’escalier pour y accéder, les jougs, un couvert en sapin « pour tenir couvert ledit beffroy, attendant que on puisse faire couvert et pinacle du clochier quant il plaira à Dieu », le tout pour la somme à forfait de 300 livres et une chambre à trois lits pendant qu’il travaillera. Son ouvrage devait être terminé à Pâques prochaines.

Il en alla sans doute ainsi pour Pierre de la Plasse, mais le fondeur éprouva quelques difficultés dont le manque d’argent fut la principale cause. Déjà le 22 février 1568 il avait prévenu les échevins que deux cloches étaient fondues et que le moule de la troisième était fait et « prest à mettre en besoigne », que la fournaise qui avait déjà servi à la refonte des deux premières était également prête, et qu’on veuille bien lui fournir du métal. Les échevins répondirent que leur intention était bien de faire cette troisième cloche et qu’ils allaient chercher et acheter le métal nécessaire. Le 28 mars, nouvelle insistance de Monnet pour obtenir 40 quintaux de métal dont il a le plus pressant besoin pour livrer une cloche de 35 quintaux. L’assemblée délibère et décide de vendre aux enchères le plomb provenant du clocher détruit et que l’incendie avait rendu inutilisable parce qu’il était en gros lingots et pierreux. Le résultat ne fut pas tel qu’on l’espérait, les enchères ne furent pas poussées et on le vendit à Lyon à vil prix, si bien qu’au mois de février suivant, 1569, le fondeur réclamait encore l’exécution de l’engagement des échevins.

Mais une nouvelle municipalité avait succédé à l’ancienne. Elle accorda à Gauthier Monnet 8 charrées de gros bois et 12 bennes de charbon. La cloche fut enfin fondue.

La difficulté fut de s’acquitter. On fit face à la dette par un impôt de 1200 livres autorisé par M. de Birague. Mais la municipalité nouvelle accusa l’ancienne de malversations, un procès s’engagea dont on ignore le résultat.

En attendant la fonte de la troisième cloche les deux premières furent bénites le dimanche 12 octobre 1568 à 2 heures après midi par Me Claude Charreton, vicaire. La grosse cloche fut baptisée Marie par Marie, fille de noble, honneste et saige Me Jehan Gaspard, lieutenant général et juge au pays de Beaujolais, qui fut marraine. Les parrains furent Ponthus Mondard, Philippe Fabri, bourgeois et Me Antoine Poussin… dudit Villefranche. La seconde cloche reçut nom de Barbe. Elle lut bénite par M. François Alesple ; sa marraine fut Catherine Guillaud, femme de Pierre Guippet.

Philibert Blanchin fut nommé marguillier le 7 novembre 1568, aux gages et salaires acoutumés mais « comme de présent, observèrent les échevins, il n’y a que deux petites cloches, a été accordé qu’il n’aura d’autres gages que le salaire des mortuaires et quand le clocher sera remonté avec les cloches il sera pourvu à ses gages ».

Les travaux exécutés à la hâte par Pierre de la Plasse furent bientôt jugés insuffisants. Les cloches n’avaient été suspendues qu’à l’aide de cordes, qui pourrirent rapidement. Si bien qu’au mois de décembre 1570 on les soutint en dessous par des travons pour empêcher que dans leur chute elles « ne rompent les voûtes du clocher, ne se brisent par pièces et par adventure ne tuent plusieurs personnes ». On décida en même temps de faire couvrir le clocher à plateforme et quatre pans.

Le 24 juin 1571, Jehan Béchet, charpentier s’offre de refaire en entier le beffroi, trois jougs pour les trois cloches et trois roues, les chambres de l’horloge et du marguillier avec trois paires de degrés avec leurs accoudoirs, pour le prix de 920 livres. On décide d’accepter cette proposition et de demander au roi la permission d’imposer 600 livres sur les habitants pour ce travail.

À l’assemblée du 10 février 1572. un membre dit « que depuis an mil cinq cens soixante six que le clochier et beffroy furent bruslés, horloge estant audit clocher fut aussi bruslée et consumée, et que despuis, pour la nécessité et affaires qui sont survenues en ladite ville, ils n’ont heu moien de le faire redresser, et que aujourdhuy puisque a pieu à Dieu nous donner la paix et qu’il se présente un maistre orlogier qui offre en faire ung tout neuf et le rendre frappant et sonnant sur l’une des cloches ou timbre qui sera dressé audit clochier, qui demande pour le faire trois cens livres et la vieille ferramente de celluy que fust bruslé », il plaise à l’assemblée de donner son avis. À l’unanimité celle-ci décide que l’horloge sera donnée à prix fait et que l’on fera le nécessaire pour obtenir des lettres patentes pour imposer les habitants de la somme indiquée.

Toutes ces améliorations exécutées, les cloches ferrées, l’horloge construite (les heures du cadran étaient en gothique), Jean Alix de la paroisse de Liergues, sur la recommandation de M. Pierre Dubécy, curé de Villefranche, est nommé marguillier pour 6 ans, aux conditions suivantes « Il sera tenu de sonner les processions qui se feront aux bonnes festes aux grosses cloches et aux rogations et aultres jours que seront nécessaires commander et ordonner tant par ledit curé que les eschevins de ladite ville ; aussi sonner les sermons au temps de caresme et aultres jours qu’il plaira audit curé, et advenant indisposition du temps, sera tenu de sonner les grosses cloches, et pour ce faire, aura les gens nécessaires, à peyne où il défaudroit de 10 1. d’amende ». Son salaire est ainsi réglé « Pour le temps, recepvra des habitans de la ville ung solz pour chacun feu comme est accostumé. Et quand il sonnera pour les mortuaires la grosse cloche avec toutes les autres, 4 l. 10 s. Pour la seconde cloche avec lés autres 3 l. 5 s. La troisième et les autres 45 s.», sans pouvoir exiger des habitants autre chose que le vin, « s’ilz le luy veullent bailler de grace ».

Enfin, condition importante dictée par la leçon de l’incendie de 1566, « il ne devra mener ni souffrir mener aulcung estrangier audit clocher à peyne de punition où il adviendrait inconvénient » et il habitera la tour réservée aux marguilliers, située auprès de la maison de feu M. Claude Charveyron. Cette convention fut signée le 12 juin 1581.

À noter le mois suivant la réfection, par Claude Peyronyn, futallier du lieu de Poncins en Savoie, du battant de la plus grosse cloche. L’ancien brisé pesait 206 livres, le nouveau était prévu du poids de 300 livres environ, ce qui laisse à supposer que la cloche à laquelle il était destiné était d’assez grande dimension.

Alix ne remplit pas longtemps son emploi puisque de nouvelles conventions sont faites l’année suivante, 1582, avec Jehan Bergier nouveau marguillier. La taxe des mortuaires est ainsi modifiée Pour sonner toutes les cloches 4 livres ; pour sonner la seconde avec toutes autres, 40 sols ; toutes les petites avec le coup des deux grandes vingt sous ; et pour sonner la grosse avec la troisième et la petite, un écu. La taxe de la sonnerie pour le temps est toujours de un sou pour chaque habitant de la ville. Enfin ses gages pour gouverner l’horloge sont les vingt livres accoutumées.

Le 17 août 1589, le sieur Bourbon se plaint à rassemblée des notables que le marguillier ne remplit pas correctement son office. La plupart du temps il ne sonne pas les cloches, ni aux bonnes fêtes, ni pour indisposition du temps. Sans doute ses honoraires n’étaient pas suffisants, car on lui alloue onze écus d’or pour les sonneries ordinaires, 4 écus pour les bonnes fêtes, et 6 écus 40 sols pour gouverner l’horloge.

Malgré cette augmentation, en octobre 1592, le sieur de Raconnaz se plaint encore que François Alhoste dit Longin, marguillier nommé en 1590, ne fait pas son devoir. Il est immédiatement remplacé par Jehan Aimery, maçon, aux mêmes gages.

Celui-ci en 1599, le 24 janvier, fait constater aux échevins l’état déplorable dans lequel est le clocher. Le pilier de pierre du côté du matin qui soutient la voûte et le couvert du clocher menace ruine, de sorte que le toit, le beffroi et les cloches sont sur le point de tomber. Des réparations immédiates furent ordonnées qui s’élevèrent à la somme de 19 écus 20 sols.

François Aimery succéda à son père, décédé le 7 novembre 1604, aux gages de 60 livres par an.

En 1605, une quatrième cloche venait d’être achetée à Lyon par Barthélémy Johannard. Une fois placée au clocher on s’aperçut qu’elle était fêlée. Elle fut fondue à nouveau par Simon François, maitre fondeur de cloches à Thizy, à l’accord des trois autres.

Pour subvenir à l’entretien et aux réparations du clocher, les échevins décidèrent le 15 juillet 1607 d’imposer une taxe supplémentaire sur les carillons, au profit de la luminaire. « Quand les trois grosses cloches sonneront à bransle et les aultres tocquées, vingt sols quand la seconde cloche avec les trois autres sonneront aussi en bransle et la grosse tocquée, 15 sols ; et quand la troisième et quatriesme sonneront à bransle, les autres tocquées, 5 sols. »

Au commencement de l’année 1608 la grosse cloche se brisa. Les échevins mandèrent Jean Poyet et Dominique Perret, fondeurs de cloches, qui s’engagèrent à la refondre de la même taille moyennant six vingt livres et un millier de métal. Il fut un moment question de briser la quatrième pour en employer le métal, mais l’assemblée s’y opposa, « attendu que ladite quatrième cloche se trouve bien et deuement faite, bien concordante avec les autres, qu’elle cousta beaucoup de faire et qu’il serait dommage de la rompre ». Le même accident se renouvela bientôt.

Une somme de 300 l. fut payée le 27 juin 1681 à Étienne Besson, Claude Vallemont et Mathieu Grammond, maîtres fondeurs de Lorraine, pour des réparations par eux faites à une grosse cloche cassée et fourniture de cordages et autres matériaux.

En 1699 au mois de juin, un grand danger menaça l’église, le clocher s’entrouvrit sur ses quatre faces. On ordonna au maître sonneur « de ne plus sonner en bransle ni autrement pour les baptêmes, et de ne sonner que quatre glas pour les enterrements, à peine de destitution. Cet ordre est signé : Martiny, d. m., Mignot de Bussy, Bessie de Montauzan.

Une série de réparations furent exécutées au clocher, au beffroi, à l’horloge, en 1708 et 1709, et le sonneur vit élever ses gages à 70 puis à 80 livres.

Lorsque en 1689 Camille de Neuville, archevêque de Lyon, donna l’ordre aux religieux de Joug-Dieu d’abandonner leur monastère qui menaçait ruine et de célébrer leurs offices dans l’église de Villefranche, les cloches de leur chapelle furent transportées à Villefranche dans la maison curiale. C’est là qu’après la mort de M. Simonard, curé doyen, le maire et les échevins les découvrirent le 8 octobre 1709. Ne les trouvant pas en sûreté, ils les firent transférer à l’hôtel commun pour y rester « jusqu’à ce qu’autrement soit ordonné «. Il est probable, bien que la date ne soit pas très certaine qu’elles ont pris place au clocher de Notre-Dame vers 1721. À ce moment des améliorations furent apportées à la sonnerie de l’horloge. Philippe Hoste, maître horloger de Villefranche, modifia le système de telle façon que l’horloge put marcher 24 heures sans être remontée et que le mouvement ne subit pas d’arrêt pendant qu’on le remontait. Ln tout cas au milieu du xviiie siècle les cloches de Joug-Dieu étaient au clocher, car Trolieur de la Vaupierre qui écrivait en 1756 constate que la sonnerie est très belle, que le clocher est garni de quatre grosses cloches, et qu’on y a entreposé celles de l’abbaye de Joug-Dieu qui sont fort petites et d’un son extraordinairement perçant.

La même année 1721, en même temps que des réparations étaient exécutées à l’horloge, on réparait les jougs, les coussinets, les roues des cloches. Les sieurs d’Albingues reçoivent 450 livres pour ces travaux, plus 300 livres pour la refonte et le placement de la quatrième cloche, appelée cloche du chapitre, faits par eux cette année.

Celle-ci se brisa encore une fois en 1768. Elle fut refondue par Étienne Ducray, fondeur à Lyon. Elle pesait avant la refonte 2260 livres et 2285 livres après. Sa réfection coûta 455 livres.

Messieurs les maire et échevins ayant invité M. Botu de la Barmondière, seigneur de la Fontaine et autres lieux, pour être parrain de ladite cloche en lui laissant le choix de la marraine, celui-ci ayant accepté avec empressement l’honneur que le corps municipal lui faisait a prié la dame Deschamps, épouse de M. Lemau, secrétaire du Roy, maison, couronne de France, sa tante pour sa commère.

Le jour de la bénédiction de ladite cloche ayant été fixé au 27 juin 1769, mondit seigneur de la Barmondière et madite dame Lemau se transportèrent sur les dix heures du matin dans église paroissiale accompagnés de tous les officiers municipaux et de plusieurs messieurs et dames soit de la ville soit des environs, invités à cette cérémonie. Ce cortège était escorté des mandeurs et sergents de ville. La bénédiction de ladite cloche fut faite par tout le corps du chapitre, M. Besson doyen, officiant. Pendant toute cette cérémonie qui dura une heure et demie, on ne discontinua à toucher de l’orgue et à tirer des boîtes au devant de ladite église[2].

Il ne reste plus à noter qu’un règlement (sans date) pour la sonnerie des cloches élaboré au xviiie siècle, la nomination de quelques marguilliers pour arriver à la période révolutionnaire.

Le 13 nivôse an II (2 janvier 1794), J.-B. Faquin, commissaire du Comité de salut-public, en vertu du pouvoir dont il est nanti, réquisitionne les cloches, fers, cuivres, plombs appartenant à la commune. La municipalité obtempérant à la loi du 20 août 1793. déclare qu’il existe dans le clocher de la ci-devant paroisse trois cloches, deux autres ayant déjà été descendues et le prix employé à se procurer deux canons de 4, et arrête que deux des trois cloches seront incessamment descendues et conduites avec leurs ferrures à la maison des ci-devant Cordeliers.

Après le rétablissement du culte on songea à repeupler le clocher désert. Mais cette fois ce ne fut plus la municipalité qui intervint, mais bien le conseil de fabrique. Le procès-verbal de la cérémonie de la bénédiction des trois nouvelles cloches est cependant couché sur le registre des délibérations du conseil municipal et authentiqué par la signature du maire d’alors, M. Jean-Gabriel Désarbres.

Bénédiction des trois cloches pour le service de l’église de cette ville

Cejourd’hui 31 janvier 1821, ont été bénites trois cloches fondues à Lyon pour le compte et aux frais de la fabrique par le sieur Chevalier et destinées au service de église et à la majesté du culte. Les parrains et marraines ont été pour la première M. Claude Genevey curé de cette ville et Mme Antoinette Saint Martin, Vve Humbert.

Pour la seconde : M. Jean-Gabriel Desarbres négociant et maire et Mme Élisabeth Dubost épouse de M. Pierre-Jean Humblot, négociant, adjoint de cette ville, laquelle étant absente, a été représentée par Mme Marie-Anne Truchet épouse de M. Humblot Louis négociant et président du Tribunal de commerce de cette ville.

Pour la troisième : M. Philibert-Mathieu-Charles-Robert-Marie Janson président du Tribunal de ire instance et Mme Jeanne Alicollier épouse de M. Jean-Louis-Claude Désarbres négociant.

La garde nationale est venue prendre les parrains et marraines réunis chez Mme Vve Humbert, et les a escortés à l’église où elle a maintenu l’ordre pendant la cérémonie de la bénédiction faite par M. le curé Genevey, à laquelle assistèrent plusieurs curés des environs, un grand concours de personnes notables de la ville, etc.

Les inscriptions placées sur les cloches sont ainsi qu’elles suivent :

Première. — À la gloire de Dieu, j’ai été bénite en décembre 1820, au nom de la Très-Sainte Vierge Notre Dame des Alarais ; j’ai eu pour parrain M. Claude Genevey curé de Villefranche et pour marraine dame Antoinette Saint Martin Vve Humbert de cette ville.

Louez le seigneur sur des cimbales harmonieuses, Psaume 150.

Seconde. — À la gloire de Dieu, j’ai été bénite en décembre 1820, au nom de Sainte Anne ; j’ai eu pour parrain M. Jean-Gabriel Desarbres maire de Villefranche et membre du Conseil général du département, et pour marraine dame Élisabeth Dubost épouse de M. Pierre Humblot adjoint de la mairie de cette ville. Que les cimbales retentissent au jour de nos solennités. Psaume 80.

Troisième. — À la gloire de Dieu, j’ai été bénite en décembre 1820 au nom de Sainte Magdeleine ; j’ai eu pour parrain M. Philibert-Mathieu-Charles Janson, président du Tribunal de ire instance de Villefranche et pour marraine dame Jeanne Micollier, épouse de M. Jean-Louis-Claude Desarbres. Que la louange du Seigneur, retentisse dans l’assemblée des saints. Psaume 149 Il sera remarqué que ces inscriptions portent une date autre que celle du présent procès-verbal. La cause de cette différence est qu’à une première opération de fonte au mois de décembre précédent, la matière s’échappant par une ouverture accidentelle du fourneau on ne put faire qu’une cloche qui est la seconde, et qu’il a fallu, après les réparations exigées, recommencer la fonte pour couler les deux autres dont les moules n’avaient pas souffert et portaient les inscriptions telles qu’ils les ont représentées sur les cloches. Cet accident a causé un retard d’un mois.

De tout quoi, nous, maire soussigné, avons dressé le présent procès-verbal les dits jour, mois et an.

Le maire de Villefranche, J.-G. Desarbres[3].

Lorsque Notre-Dame des Marais fut classée au nombre des monuments historiques, de grandes réparations y furent exécutées, aussi bien pour faire disparaître les traces des dégradations commises pendant la Révolution, que pour consolider les piliers supportant le petit clocher à la croisée du chœur et du transept.

La restauration fut dirigée par l’architecte diocésain Tony Desjardins, qui la compléta par l’édification sur la grande tour du portail d’une flèche élancée, surmontée d’une croix érigée à 80 mètres du sol.

Sur une des poutres transversales de la base de la charpente se lisent ces noms gravés E. Desjardins, arch., X. M. Neaud, maître charpentier, P. Bernardin en a été le gâcheur, 1862.

Jusqu’en 1906 étaient suspendues au clocher les trois cloches de 1820, une cloche provenant du couvent des Cordeliers et deux petites cloches sur lesquelles frappent les marteaux des quarts de l’horloge.

Ces dernières portent les armoiries de Villefranche et la date de 1608.

La cloche des Cordeliers porte l’inscription suivante :

L’an 1672. À la gloire de Dieu et de St-François. Cette cloche a esté faicte par les soings de F. Estienne Deschamps, docteur de Paris et gardien de ce couvent de Villefranche. Laurens Bottu escuyer Sr de la Barmondière, conseiller secrétaire du Roy et procureur de sa Majesté au bailliage de Beaujollois parrain et dame Marie du Rozier, femme de F. Mignot escuyer Sr de Bussy et de la Martizière conseiller du Roy en ses conseils lieut. gneal civil et criminel du baillage de Beaujollois marraine. Laudate Dnum omnes gentes. Fondeurs Michel Colly, Joseph…

Sur le battant se lit 1704 — MCD.

En 1906, la fabrique fit refondre la grosse cloche dont M. le curé Genevey avait été parrain. Depuis longtemps elle était fêlée. Elle a été remplacée quelques mois après par une autre du poids de 2500 kilogrammes sortant des ateliers de M. Burdin aîné, fondeur, rue de Condé à Lyon, arrière petit-fils de Chevalier qui fondit les cloches de 1820. Elle donne le si bémol.

Elle porte l’inscription suivante :

À la gloire de Dieu et de N.-D. des Marais. — Fondue en 1820 par Chevalier, fondeur, Lyon. Parrain M. Claude Genevey, curé de Villefr., marraine dame Antoinette Saint Martin veuve Humbert. — Refondue en 1906. — Parrain M. Claude Roche-Alix, dernier président du Conseil de fabrique, marraine Madame Benoît Mulsant, née Jeanne Allégatière.

Dr A. Besançon.

Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais - 25 - Fioriture.jpg

  1. La confrérie de St-Sébastien composée des marchands drapiers, merciers et autres vendant en détail était une des plus riches de la ville ; par ordre de préséance elle était la seconde, la première étant la confrérie de Ste-Anne, puis venaient celles de St-Crépin, de St-Jacques et St-Philippe, St-Éloi, St-Honoré. St-Joseph, St-Simon. St-Vincent.
  2. Archives de Villefranche, B B ii.
  3. Arch. de Villefranche, D3 2, f° 200.