Bulletin de la société géologique de France/1re série/Tome II/Séance du 16 juillet 1832

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Bulletin de la société géologique de France1re série - 2 - 1831-1832 (p. 436-452).


Séance du 16 juillet 1832.


Présidence de M. de Bonnard.

Après la lecture et l’adoption du procès-verbal de la dernière séance, le président proclame membres de la société :

M. J.-C. Beltrami, membre de plusieurs sociétés savantes, présenté par MM. Brongniart et Delafosse.

Fausto de Elhuyar, directeur des mines d’Espagne, présenté par MM. de Beaumont et Dufrénoy.

M. Verina, inspecteur des mines d’Espagne, présenté par MM. Dufrénoy et de Beaumont.

La société reçoit les ouvrages suivans :

Revue encyclopédique, publiée par M. Carnot. Mai et juin 1832. In-8° de 347 pages. Paris.

Mémoires pour servir aux éloges biographiques des savans de la Belgique, par M. Charles Morren. In-4° de 19 p., avec deux portraits, dont l’un détaché pour la collection de la société. Gand, 1832.

3° Le N° de septembre 1831 du Bulletin des sciences naturelles.

4° Le N° 19 (juillet 1832) du Mémorial encyclopédique et progressif des connaissances humaines sous la direction de M. Bailly de Merlieux.

5° Le N° 110 (juin 1832) du Bulletin de la société de géographie de Paris.

6° Les N° 51 et 52 de l’Européen.

7° La 23e livraison des coquilles fossiles des environs de Paris, par M. Deshayes.

8° De la part de M. Buckland, on the Vitality of the Toads enclosed in stone and wood. In-8°.

9° De la part de M. Michelin, le portrait gravé de M. B.-G. Sage, né à Paris le 7 mai 1740.

De la part de M. Constant Prévost :

Observations sur Stonesfield. Paris, 1825, in-8°.

Note sur un nouvel exemple de la réunion de coquilles marines et de coquilles fluviatiles fossiles dans les mêmes couches. Paris, 1821, in-4°, 12 pages (6 exemplaires).

Essai sur la constitution physique et géognostique du bassin à l’ouverture duquel est située la ville de Vienne en Autriche. Extr. du Journ. de phys., nov., 1820, in-4°, 33 p. 1 pl.

Rapport fait à l’Académie royale des sciences sur le voyage à l’île Julia en 1831 et 1832, par M. C. Prévost.

Mémoires pour servir à l’histoire naturelle, et principalement à l’oryctographie de l’Italie et des pays adjacens, par M. Albert Fortis. Paris, 1802, 2 vol. in-8° de 300 à 400 pages, avec pl.

Rapport fait à l’Académie royale des sciences, par M. Brongniart (décembre 1820) sur le Mémoire précédent. In-4°, 7 pages (6 exemplaires).

Atlas géologique de Smith. Contenant 4 grandes cartes géologiques de Norfolk, Kent, Wiltshire et Sussex. Londres, 1819 à 1821.

M. Michelin remet aussi à la Société, au nom de M. A. Passy, préfet du département de l’Eure, l’annuaire de ce département pour 1832.

Ce volume contient, entre autres choses, une notice archéologique et historique par M. Aug. Le Prévost, membre de la Société de géologie, et une notice géologique sur le même département, par M. Passy, aussi membre de la Société.

Le secrétaire donne ensuite lecture de la correspondance.

M. de Montlosier adresse une lettre à la Société, dans laquelle, après avoir exprimé l’opinion que la Société géologique doit s’occuper principalement des hautes questions de la science, il dit :

« Il faut prendre garde, dans ce recueil important, d’enregistrer des inutilités, il faut prendre garde aussi de donner trop d’attention à des travaux tenant à des goûts particuliers. Ce ne sont pas là des jalons pour la route que nous avons à suivre ; je suis charme de savoir l’identité du pyroxène et de l’amphibole, je l’ai toujours soupçonnée. Pourtant, en point de géologie, je déclare que ce fait ne me présente aucune importances Faisons-y attention ; nous voulons aller à la science, de quelle manière certains détails nous y conduiront-ils ? Vous voulez encourager, prenez-garde de détourner.

« Il n’en est pas de même d’un fait aussi important que celui de la formation de grands lacs, par des apports de matières d’alluvion ; ces convois énormes, comment se sont-ils produits ? d’où est venu le volume de fluide qui les a produits ? à quelle époque de la vie du globe appartiennent ces évènements ? Je sais, moi, que ce volume de fluide est un précipité qui, des sommités de l’atmosphère, est tombé verticalement sur la masse solide du globe. Je le le sais, parcs j’ai suivi des deux côtés des Alpes, du Jura, des Vosges et des montagnes d’Auvergne, la traînée de ce précipité, et que je l’ai vu ayant emporté, sur chacun des revers de ces montagnes, les substances diverses spéciales qui leur appartenaient. En possession de ce fait, il ne s’agit pas de l’abandonner ; il Faut le poursuivie dans toutes ses circonstances. Si nous examinions la profondeur des lacs, celui de Genève est reconnu pour avoir de 8 à 900 pieds ; le lac de Constance parait être beaucoup plus profond ; le lac Majeur, le lac Como, sont estimés par les pécheurs d’une plus grande profondeur encore. Pourtant, si cela est ainsi, il se trouvera que le fond de ces lacs est de niveau, ou même inférieur, à la surface actuelle de la mer ; il s’en suivrait que, depuis l’époque de quatre ou cinq mille ans, à laquelle ces apports appartiennent, la hauteur de la surface de la mer et la masse de ses eaux se sont considérablement augmentées. Cependant, est-ce sur ce point seul que ces apports de matières d’alluvion se sont formés ? On les trouve partout. Elles ont élevé la masse solide du globe comme la masse du fluide. On se donne la peine de suivre des courant de lave depuis leur foyer jusqu’à leur dernier terme, mais je n’ai pas vu qu’aucun de nos grands géologues ait suivi en détail la distribution diverse de ces apports, dont quelques uns ont cependant composé des contrées entières. La Sologne, par exemple, n’est construite que de la partie septentrionale de la grande gibbosité de l’Auvergne dans une ligne que peut représenter le cours du Cher ; tout le territoire de Fontainebleau, y compris ses montagnes, est composé d’un grand apport provenant de l’est.

« Négliger de tels faits, ou passer légèrement sur leur caractère, est un procédé qui éloigne de la science. Voici ce qui peut en éloigner encore davantage ; c’est l’admission de faits qui présentent une grande importance, mais qui, selon moi, ne sont pas encore établis. Je mets dans ce nombre ce que j’aperçois dans plusieurs parties de vos Bulletins, relativement à des formations de montagnes par soulèvemens ; on ne fait nulle façon de signaler de cette manière le Caucase, les Pyrénées, les Alpes, le Jura, les Vosges. Dans mes nombreux voyages, j’ai eu occasion d’examiner cette supposition ; je ne l’ai pas trouvée fondée, non pas que je regarde comme impossible toute espèce de soulèvement ; il a lieu d’une manière régulière sur les eaux de l’Océan ; il se décèle quelquefois dans ce qu’on appelle tremblement de terre. En tout, je soupçonne que la partie solide du globe n’est qu’une carapace sous laquelle la vie de la terre qui s’y est réfugiée se défend de l’action continue, foudroyante, du soleil. Une formation de montagne par soulèvement ne me paraît donc pas impossible ; seulement ce qui est possible ne doit pas être légèrement supposé ; si quelque chose se prêtait à cette idée, ce serait certainement le Mont-d’or, le Cantal et le Mésin.

« Nulle part on ne pourrait trouver des indices plus remarquables ; et pourtant, en recherchant attentivement la pose et les circonstances de ces montagnes, j’ai dû repousser toute supposition de leur formation par soulèvement ; en général, si on veut y regarder de près, il semblerait qu’il n’y a pas de montagnes proprement dites ; ce sont toujours de simples déchiremens qui, pour la hauteur et la composition, se rattachent à un continent élevé qui les précède. D’après l’observation de M. le général Pfiffer, rapportée par M. de Saussure, toutes les montagnes des Alpes, y compris le Jura, représentent, dans leur ensemble, un continent plein à pente douce ; on n’a pour cela qu’à combler de grandes déchirures ou vallées qui les découpent, les Vosges abruptes du côté du Rhin, le Jura abrupte du côté de la vallée de Genève, les montagnes de la Saxe abruptes du côté de l’Elbe, le Rhoen abrupte du côté de Fulde ; toutes ces montagnes à pente douce sur leur revers opposé ne m’ont présenté aucune apparence de soulèvement. De l’immense vallée des Pays-Bas, si vous voulez pénétrer en France du côté de Namur et au-dessus, vous trouvez de temps en temps des espèces de promontoires isolés qui semblent figurer comme des montagnes. Il en est ainsi de ce qu’on appelle montagnes de Fontainebleau ; en les abordant du côté de Paris, vous pourrez croire que ce sont réellement des montagnes ; poursuivez jusqu’à Nemours, vous trouverez la suite de ces mêmes montagnes ; mais cette fois au même niveau que tout le grand continent qui s’étend d’une manière indéfinie jusqu’au delà de Bois-le-Roi… »

M. Desnoyers communique à la Société une lettre qu’il a reçue de M. Charles Desmoulins, de Bordeaux, dans laquelle ce géologue lui donne des détails qu’il lui avait demandés au nom de la société, sur les terrains tertiaires de cette partie de la France. Cette lettre, adressée à MM. Desnoyers et Deshayes, peut servir de réponse à la lettre que M. Boué a écrite de Bordeaux le 13 avril, sur le même sujet, et est insérée dans le deuxième volume du Bulletin, page 375. Nous en extrayons les passages suivans :

« Le mélange des fossiles bordelais et des fossiles parisiens est très évident dans les collections ; mais il est fortement modifié sur le terrain, et c’est la l’important. Il y a des espèces, il est vrai, qu’on retrouve à tous les étages du terrain tertiaire ; mais il y a des nuances de composition zoologique tellement tranchées entre ces étages, que, malgré ces traits de ressemblance générale et d’identité fondamentale, on peut et on doit établir des distinctions très nettes entre eux.

« Le mot mélange, que vous employez dans votre lettre, est, précisé et expliqué par M. Deshayes, qui me demande en propres termes s’il y a alternance, intercalation des calcaires de Blaye et de Pauillac avec nos falunières. Non, monsieur, il n’y a rien de semblable, à ma connaissance, et je crois pouvoir assurer qu’on n’en trouvera pas d’exemple.

« J’ai bien montré à M. Boué des échantillons de falun légèrement durci, dont la partie inférieure passe à un véritable calcaire grossier qui ne présente plus que des moules et des empreintes. Je lui ai bien dit que je ne voyais pas de séparation bien tranchée, sous le rapport minéralogique et zoologique, entre nos faluns et le calcaire de Laroque et des collines de la droite de la Garonne, lesquelles sont pour moi le calcaire moellon de M. Marcel de Serres, et pas autre chose qu’un falun plus ou moins modifié, plus ou moins durci ou cristallisé, plus ou moins riche en fossiles. Mais il ne s’agît nullement ici des calcaires de Blaye et de Pauillac, qui sont extrêmement différens sous tous les rapports.

« Je n’ai point étudié la molasse ; M. Jouannet seul a pu le faire. Voici ce que je trouve, de haut en bas, dans les parties dont j’ai fait, par le moyen des fossiles surtout, une étude approfondie.

« 1° Nos faluns sablonneux de la gauche de la Garonne passent, dans leur partie inférieure, à l’état de calcaire grossier de mauvaise qualité. C’est le dépôt le plus récent, et il l’est plus que les faluns bleus et violacés de Dax.

« Selon M. Élie de Beaumont, nos faluns se divisent en deux sortes. Les plus communs (Léognan, Saucats, Mérignac, Gradignan) sont pour lui le calcaire moellon. Les plus rares, qui se trouvent à Bordeaux même (Terrenègre), sont pour lui du calcaire grossier parisien, parce qu’il y a de crassatella tumida. Il m’est impossible de voir la chose ainsi. Je vois bien une nuance entre ces deux faluns, mais pas assurément une différence aussi grande.

« 2° Le calcaire grossier de Laroque et de la rive droite de la Garonne, lequel contient des fossiles de Paris en moindre nombre d’espèces, des fossiles plus nombreux de nos faluns ordinaires, et par dessus tout des fossiles semblables à ceux des faluns bleus du Dax (Turbo Parkinsoni, Ampullaria maxima, etc.) Pour moi, c’est le calcaire moellon de M. Marcel de Serres, et il se lie à nos faluns ordinaires, auquel il est pourtant constamment inférieur.

« Pour M. Élie de Beaumont, c’est encore le calcaire grossier parisien.

« 3° Le calcaire de la citadelle de Blaye ; c’est le seul point où je l’aie trouvé. C’est une pâte de miliolites, mêlées de clypeaster stelliferus de Lamarck (galerites stellifera, nob. ined.).

« 4° Le calcaire des derrières de Blaye, qui passe sous la Gironde et ressort à Pauillac, Saint-Estèphe, et jusque dans tout le Bas-Médoc. Voilà, comme le dit avec une parfaite raison M. Deshayes, voila le vrai calcaire grossier parisien.

« Clavagella coronata, Cerithium giganteum, Miliolites coranguinum, Vulsella deperdita, Terrebellum convolutum, Cardita avicularia, Lam., Calyptrœa trochiformis, et ses subdivisions Pileopsis cornucopiœ, Clypeaster depressiusculus, Desmarest, ined. (Fibularia depressiuscula, nob. ined.)

« La plupart de ces fossiles y sont par milliards, et nous ne connaissons rien au-dessous de ce calcaire. À quelques lieues plus bas, en Saintonge, la craie se montre. Il faudrait des développemens dans lesquels je ne puis entrer en ce moment, pour montrer, par le détail des faits et par les listes de fossiles de chaque étage, les rapports et les différences qui existent entre eux ; mais en voila assez, je pense, pour vous montrer deux états principaux (moellon et parisien) divisés chacun en deux subdivisions, toujours parfaitement distincts entre eux malgré les espèces communes qu’ils renferment, et n’alternant jamais l’un avec l’autre.

« En somme, M. Boué n’a pas pu étudier assez long-temps nos terrains et nos collections pour embrasser les détails qui peuvent seuls servir de base à des conclusions générales.

« Ces conclusions, M. Deshayes les a atteintes, parfaitement vraies, au moyen de l’étude approfondie d’un des deux élémens de détermination (les fossiles).

« Telle est du moins mon opinion. Au reste, je le répète, toutes ses différences, ces étages, ne sont que de simples nuances, et je crois leurs résultats très variables selon les localités. En somme, il y a une identité fondamentale très évidente dans toute la formation zoologique de la période tertiaire. L’étude que j’ai faite des fossiles me donne la conviction, quoi qu’on en puisse dire, qu’il n’existe pas une seule espèce de fossiles qui soit commune au terrain tertiaire et au terrain secondaire, tandis qu’il existe des espèces (Pectunculus cor et pulvinatus, etc.) qui sont communes à tous les étages tertiaires et à l’état vivant. Sur ce point, il ne suffit pas des ressemblances que les géologues trouvent entre certaines espèces secondaires et tertiaires. Les conchyliologistes seuls peuvent prononcer sur une identité d’espèces, et cela encore avec de nombreux échantillons, des comparaisons attentives, et après une étude consciencieuse, sévère et toute spéciale. »

M. Desnoyers a joint à la lettre de M. Desmoulins la note suivante :

« La lettre de M. Ch. Desmoulins, relative aux différens âges des calcaires tertiaires de la Gironde, confirme pleinement les distinctions établies par M. Deshayes à l’aide des fossiles, et celles auxquelles j’étais arrivé pour les faluns de la Loire identiques zoologiquement et chronologiquement avec ceux de Bordeaux.

« M. Desmoulins distingue dans la Gironde deux étages principaux, moellon et parisien, qui ne se confondent point. les mêmes rapports existent dans la Loire, où le contact du terrain tertiaire des Faluns montre évidemment un gisement transgressif sur le calcaire d’eau douce de la dernière formation parisienne (Sainte-Maure en Touraine, Blois, et plusieurs points de la Sologne).

« La même discordance s’observe dans le petit bassin du Cotentin, où les tufs marins de Carentan et le falun de Rouville, avec fossiles analogues à ceux de la Loire, ne se confondent point avec la grande masse de coquilles, analogues a celles du calcaire grossier, et contenues soit dans des faluns incohérents, soit dans le calcaire à milliolites, d’Orglandes, de Néhou, etc.

« Les environs de Rennes nous offrent une discordance analogue ; le calcaire grossier parisien représenté dans cette localité par le calcaire de Pentpéan, avec orbitolites, milliolites, et plusieurs espèces toutes parisiennes, présente des alternances de calcaire d’eau douce ; tandis que dans le vallon voisin, à un niveau plus bas que la surface des anciens travaux de la mine, les tufs marins, correspondans au calcaire de Douai, sont adossés au terrain tertiaire plus ancien de Pontpéan, sans se confondre avec lui, et ne contiennent plus que les fossiles (coquilles, polypiers, os de lamantins, etc.) qui se retrouvent si abondamment au nord de Rennes et jusqu’à Dinan, lesquels sont analogues à ceux de Touraine, quoique avec un bien plus petit nombre d’espèces.

« Dans la Loire-Inférieure, le bassin des Cléons, et la plupart des dépôts coquilliers à l’est, au nord-est et au sud-est de Nantes, sont la continuation de la formation récente de Touraine et d’Anjou, mais à un niveau bien inférieur ; tandis qu’au nord-ouest et au sud-ouest de la ville, vers Pont-Château, les calcaires à chaux de Cambon, de Bergon, etc, sont, la plupart, comme ceux de Pontpéan, des couches alternatives de calcaire à milliolites de calcaire d’eau douce, semblables aux bancs mélangés de Sergy et de presque toute la partie supérieure du calcaire grossier des environs de Paris. Ces deux sortes de dépôts de la Loire-Inférieure ne m’ont pas semblé se confondre davantage que ceux de Rennes et du Cotentin : les faluns récens sont presque toujours au pied des calcaires tertiaires plus anciens. Les calcaires marins de la Loire-Inférieure, et surtout celui de Pontpéan, plus anciens que les faluns, ressemblent beaucoup à celui de Pauillac. »

Après la lecture de la lettre de M. Desmoulins, M. Dufrénoy observe que les caractères géologiques ou de superposition confirment la séparation que M. Deshayes a admise dans les terrains tertiaires de Bordeaux d’après l’étude des fossiles. En effet, la suite de collines qui bordent la rive droite de la Gironde, depuis Marmande jusqu’à Blaye, présente plusieurs coupes dans lesquelles le calcaire parisien est séparé des faluns ou molasses coquilliers par une formation très épaisse de calcaire d’eau douce, le même qui recouvre presque tout le département de Lot-et Garonne : depuis long-temps M. Dufrénoy avait reconnu ce fait important qui lève tous les doutes que l’on avait sur les terrains tertiaires du Bordelais. Il annonce qu’il a parcouru de nouveau, cette année, cette partie de la France, dans le but de compléter les données qu’il avait recueillies plus anciennement, et qu’il se propose de rédiger un travail sur ce sujet.

M. Élie de Beaumont annonce qu’il partage l’opinion que M. Dufrénoy vient d’émettre sur le terrain tertiaire des environs de Bordeaux ; mais il annonce que c’est à tort que M. Desmoulins le cite dans sa lettre, parce qu’il a puisé ses idées auprès de M. Dufrénoy, avec lequel il a fait un voyage dans le sud de la France en 1831.

M. Boubée présente à la Société deux grandes espèces de nummulites qu’il nomme et qu’il caractérise de la manière suivante :

« 1° Nummulites mille-caput, dont la spire est dichotomie et se bifide à plusieurs reprises, de telle sorte que l’on voit dans l’intérieur de la coquille le nombre des spires augmenter successivement jusqu’à neuf ou dix, lesquelles s’enroulent toutes ensemble dans le même plan, comme si plusieurs animaux avaient simultanément concouru à former la même coquille.

En outre, cette coquille est striée extérieurement ; mais les stries sont parallèles, et ne couvrent de chaque côté de la coquille que la moitié de sa surface, la moitié striée d’une face correspondant à la moitié non striée de l’autre. Cette espèce est la plus grande connue ; dans un échantillon déposé au Muséum, son diamètre dépasse 50 millimètres ; épaisseur, 5 millimètres. »

« La nummulite à mille têtes se trouve à Baskérus (Landes) dans un calcaire grossier, avec trois autres nummulites nouvelles que M. Boubée a brièvement décrites dans le Bulletin de nouveaux gisemens de France (1er livr.), sous les noms de N. lenticulairis, N. crassa et N. plano-spira.

« 2° Nummulites papyracea. M. Boubée nomme ainsi une espèce. qui semble voisine de la précédente ; elle est beaucoup plus mince. Son tissu est si compacte, qu’on n’y distingue aucune trace de tours de spire, ni de cloisons, mais seulement la séparation médiane des deux parties. Elle est sensiblement sonore, sans qu’elle soit cependant siliceuse (diamètre, 40 millimètres ; épaisseur, 2 millimètres).

« Cette espèce se trouve aux environs de Boulogne (Haute-Garonne), dans un terrain que l’on avait toujours regardé comme tertiaire, mais que M. Boubée annonce être du groupe crétacé. On y trouve avec elle des rétépores, des griffées, le pecten quinque-costatus, et une espèce nouvelle, très jolie, que M. Boubée met sous les yeux de la Société, et qui parait se rapporter au genre sigaret. »

M. Élie de Beaumont ajoute quelques nouveaux développemens à la note relative aux lignites du nord de la France, qu’il avait lue dans la séance précédente.

Afin de faciliter les moyens de comparer les positions des localités qu’il a mentionnées, il a présenté à la Société une esquisse de la forme de la nappe d’eau, sous laquelle se sont déposés les terrains tertiaires inférieurs du Nord de la France et de l’Angleterre, esquisse qu’il avait déjà eu occasion de produire dans le cours de géologie de l’École des Mines, en mars 1831.

Cette esquisse a été dessinée d’après l’ensemble des matériaux existans, que l’auteur a complétés et liés entre eux, autant qu’il lui a été possible, d’après ses propres observations et d’après les conjectures qui lui ont paru les plus vraisemblables.

Il a adopté pour dresser cette ébauche de carte marine, d’une partie de l’Europe, la projection stéréographique sur l’horizon du Mont-Blanc, projection qui lui a paru une des plus propres à mettre en lumière les rapports de formes et de position des différentes masses minérales, dont le sol de l’Europe se compose, et qui possède en même temps des propriétés géométriques, qui pourront être d’un grand secours dans la solution des problèmes relatifs aux directions. Afin de se faciliter les moyens de dresser des cartes analogues pour toutes les périodes géologiques, M. Élie de Beaumont a fait graver le canevas de la partie centrale de la projection dont il s’agit, sur une échelle qui suppose à la mappemonde entière un diamètre de 2,546 mètres ; les méridiens et les parallèles y sont tracés de degré en degré ; les lignes de division des feuilles de la carte de Cassini y sont construites avec soin, et une grande partie des positions géographiques données par la Connaissance des Temps y sont également marquées.

M. Élie de Beaumont a mis ensuite sous les yeux de la Société géologique un nautile trouvé dans les carrières de calcaire grossier, exploité entre Vigny et Longuesse (Seine-et-Oise). Les cloisons de ce nautile sont très contournées, caractère qui, d’après M. de Roissy, est propre aux nautiles, des terrains récens, et qui rappelle le nautile des environs de Bordeaux et de Dax. La craie vient au jour dans la vallée de Vigny, et ce relèvement s’aligne avec ceux de Beaumont-sur-Oise, et de la côte de Marigny près Compiègne, dans une direction à peu près parallèle à la chaîne principale des Alpes, et dont le prolongement va traverser la région volcanique des bords du Rhin.

M. Constant Prévost offre à la Société, pour ses collections, une série de roches et de fossiles des formations à lignites du Soissonnais.

Il rappelle que, dans la séance du 4 juin dernier, il a cru devoir reproduire l’opinion par lui émise depuis long-temps avec M. Desnoyers, que la plupart des dépôts argileux et à lignites exploités pour l’amendement des terres, depuis Epernay jusqu’aux environs de Soissons et de Laon, sous le nom de cendres pyriteuses, ne doivent pas être confondus avec l’argile plastique inférieure au calcaire grossier. À cette occasion, M. Élie de Beaumont, ayant annoncé avoir de fortes raisons pour être d’un avis contraire, et pour continuer à croire que les lignites du Soissonnais doivent être regardés comme inférieurs au calcaire grossier ; M. Constant Prévost a, dans la séance du 18 juin, développé les motifs sur lesquels se fondent les doutes qu’il a précédemment exprimés ; prenant pour exemple les terrains d’Alum-Bay et d’Headen-Hill, dans l’île de Wight, qui offrent divers étages de dépôts argileux et à lignites, il a fait voir, par la comparaison des espèces et par le mélange de coquilles marines et fluviatiles, que les formations à lignites du Soissonnais et d’Epernay ont les plus grands rapports avec celles d’Headen-Hill, dont position au-dessus du London-Clay qui représente le calcaire grossier n’est pas contestable.

D’un autre côté, pour soutenir son opinion, M. Élie de Beaumont, dans la séance du 2 juillet, a lu de nouvelles observations sur les lignites du Soissonnais, qu’il ne regarde plus comme inférieurs au calcaire grossier, mais comme subordonnés à la partie inférieure de cette formation.

M. Constant Prévost annonce n’avoir rien à ajouter aux développemens qu’il a donnés précédemment dans la séance du 18. Mais il fait remarquer : 1° qu’il a toujours distingué dans le Soissonnais, comme aux environs de Paris et dans l’île de Wight, le système argileux contenant des lignites, et très rarement des coquilles (Noyer, La Fère, Gisors, Dreux, Vanes, Gentilly, Alum-Bay) qui constitue la formation d’argile plastique de MM. Cuvier et Brongniart, de plusieurs systèmes argileux et également à lignites, mais contenant un mélange presque constant de coquilles marines et fluviatiles qui lui paraissent subordonnés au calcaire grossier et même au gypse (Vaux-Buin, Osly, Epernay, Varangeville, Bagneux, Vaugirard, Montmorency, Belleville, Headen-Hill).

Et c’est à ces derniers systèmes que, selon lui, appartiennent la plupart des lignites exploités dans les vallées du Soissonnais.

2° Que les observations de M. Élie de Beaumont ne s’appliquent probablement qu’au premier système, puisque ce géologue n’a pas rencontré dans les localités qu’il a visitées, les fossiles que M. C. Prévost met sous les yeux de la Société.

3° Qu’enfin, M. Élie de Beaumont ne regardant plus les dépôts à lignites dont il est question comme une formation d’eau douce indépendante et inférieure au calcaire grossier, mais comme étant subordonnés à la partie inférieure de celui ci, il voit avec plaisir que la première opinion de M. de Beaumont, ainsi modifiée, se rapproche de celle qu’il a depuis long-temps fait connaître ; savoir : que ces dépôts à lignites sont dus à des cours d’eau fluviatile qui, agissant pendant que se formaient le calcaire grossière le gypse et le calcaire siliceux, et peut-être longtemps encore après, ont été intercalés à plusieurs étages dans ces formations, ce qui conduit à rejeter de plus en plus toute idée de changemens successifs dans la nature des eaux, pour expliquer les alternances de dépôts marins et d’eau douce dont les terrains des environs de Paris offrent tant d’exemples.

M. Dufrénoy fait ensuite à la Société le rapport suivant sur une question adressée par M. de La Brosse, maire de Ciron, relative à la nature de certaines marnes.

Le département de l’Indre, composé, sur une grande partie de sa surface, de formations jurassiques, et de craie, présente de nombreux plateaux couverts de sables et de fragmens de silex qui constituent un terrain tertiaire semblable à celui de la Normandie et du Maine, dont M. Desnoyers vous a entretenus dans une de vos précédentes séances. Le sol de ces terrains tertiaires est en général peu fertile, le seigle est le seul grain qui y prospère. Ces terrains ne sont recouverts que de bruyères et de taillis de mauvaise venue. On y voit de distance en distance des fermes isolées, et, sauf celles appartenant à des propriétaires assez riches pour faire venir à grands frais de la marne, prise à une assez grande distance, ces exploitations sont toujours très languissantes.

Depuis quelques années, l’agriculture de ce pays a reçu des améliorations sensibles, par la découverte de plusieurs marnières, et les propriétaires font sans cesse des recherches pour en découvrir de nouvelles ; le peu de connaissances de la plupart d’entre eux en minéralogie et en chimie ne leur permettent pas de reconnaître, soit par l’aspect de la pierre, soit par des essais docimastiques, si les matières qu’ils trouvent sont de véritables marnes. Ils sont obligés de faire des épreuves agricoles, qui demandent toujours beaucoup de temps et entraînent dans des dépenses assez grandes ; souvent même ces expériences ne sont pas aussi concluantes qu’on devrait le croire, parce que les sols sur lesquels ils opèrent sont de natures différentes. Il résulte de ces différentes circonstances, que les personnes qui font ces expériences ne sont pas toujours d’accord sur la nature des matières qu’ils essaient comme marnes.

M. de La Brosse, maire de Ciron, désirant avoir des notions plus exactes sur la nature des marnes, a adressé une lettre à M. le président de l’Académie de l’Industrie, pour lui demander quels étaient les moyens de les reconnaître. Il a joint à sa lettre différens échantillons de marnes, employées avec avantage dans le pays où sont situées ses propriétés, et deux suites d’échantillons de substances présumées être de la marne, provenant des recherches faites en deux points éloignés l’un de l’autre d’une lieue environ. Il ajoute à sa lettre quelques détails sur ces nouvelles marnières, et il dit que les agriculteurs qui les ont essayées ont été d’avis très différens sur leur nature et sur leur emploi.

M. le président de la Société de l’Industrie a renvoyé à la Société de géologie la lettre de M. de La Brosse, ainsi que les échantillons qui y étaient joints, en la priant de vouloir bien faire examiner ces échantillons par un de ses membres. M. Héricart de Thury et moi, nous avons été chargés de cet examen, malheureusement peu concluant, parce qu’il ne suffit pas de connaître la nature de la pierre pour savoir si elle pourra être employée avec avantage dans l’agriculture.

Tout le monde sait que l’on entend par marnes un calcaire en général, mélangé d’une certaine quantité d’argile, qui jouit de la propriété de s’effleurir à l’air, et de tomber en poussière dans un temps plus ou moins long. Cette dernière propriété est indispensable. C’est elle qui permet de faire un mélange intime de la matière calcaire avec la terre végétale, et de composer par conséquent un sol factice auquel on donne les élémens qui lui manquent. Il est impossible de constater cette propriété par des essais en petit ; il faudrait, pour y parvenir, faire des expériences suivies sur des quantités assez considérables.

La seule chose que la chimie puisse nous indiquer, c’est la composition des substances supposées marnes.

Pour pouvoir émettre une opinion plus positive sur les substances envoyées par M. de La Brosse, nous avons prié M. le Play, ingénieur des mines, attaché au laboratoire de l’École des Mina, d’avoir la complaisance de faire l’analyse, non seulement de ces substances, mais même des marnes envoyées par M. de La Brosse comme réputées de bonne qualité, et employées avec succès dans le pays.

M. le Play a analysé sept variétés de marnes éprouvées dans le pays ; elles sont pour la plupart très riches en carbonate de chaux ; voici les résultats de ces analyses :

Marne pulvérulente blanche ; portant dans la lettre de M., de La Brosse l’indication, située sur la ligne du courant.

Carbonate de chaux 0,84
Argile 0,16

Marne blanche pulvérulente, et petits morceaux de marne terreuse compacte, désignée sous le nom de marne de l’entonnoir.

Carbonate de chaux 0,97
Argile 0,03

Marne blanche pulvérulente sans indication particulière.

Elle perd au feu par la calcination 0,43

C’est donc un carbonate de chaux pur avec un pour cent d’argile.

Marne compacte blanche, cassure terreuse ; elle est désignée sous le nom de marne en pierre éprouvée.

Elle perd au feu par la calcination 0,438

C’est donc un carbonate de chaux absolument pur.

Marne grisâtre en petits morceaux avec parties rougeâtre : Elle fait avec les acides une très légère effervescence ; elle laisse dissoudre du fer dans un acide faible.

Argile et fer hydraté 0,91
Carbonate de chaux 0,11

Elle a abandonné à un acide faible 0,03 d’hydrate de fer.

Marne grise, douce au toucher et faisant pâte avec l’eau. Même indication que le n° 1. Cette dernière substance ne contient pas la moindre trace de carbonate de chaux.

Marnes noires terreuses. Elles ne font pas effervescence ; cependant elles sont regardées dans le pays comme d’une excellente qualité. Cette circonstance mérite, d’attirer l’attention des agriculteurs, puisqu’elle prouverait que les argiles sont dans quelques cas d’un usage très utile.

essais des substances supposées marnes.


Première marnière n° 1, 2, 3, 4, 5 et 6, de l’envoi de M. de La Brosse.

Ce sont des argiles grises et blanches, en général peu colorées par l’hydrate de fer ; les variétés blanches se délitent aisément dans l’eau en dégageant des bulles de gaz. Les acides concentrés leur enlèvent une assez grande quantité d’alumine ; la description de chacune des six variétés de cette marnière est donnée dans la lettre de M. de La Brosse. Aucune d’elles ne fait effervescence avec les acides.


Échantillon provenant de la deuxième marnière.

Outre les substances supposées marnes, on a joint sous le n° 7 un échantillon de la terre formant le sol. Elle a été prise à 400 mètres de la marnière ; cette terre ne donne aucune trace d’effervescence avec les acides ; elle est donc de même nature que les échantillons envoyés comme marnes.

Les échantillons de la deuxième marnière sont de deux sortes, les uns désignés par M. de La Brosse sous le nom de marnes en terres, et les autres de marnes en pierres.

Les échantillons de cette marnière n’ont, comme ceux de la première, donné aucune trace de carbonate de chaux, non plus que le sol des environs ; la variété dite de pierre paraît au premier coup d’œil être une marne terreuse ; ce n’est autre chose qu’une argile assez douce au toucher, et qui fait légèrement pâte avec l’eau.

Nous terminerons cette note par quelques réflexions sur les engrais. On reconnaît assez généralement que les marnes calcaires s’emploient dans les terres franches et fortes, auxquelles elles donnent de la légèreté, tandis que les marnes argileuses conviennent aux terres légères et sablonneuses. Ainsi l’analyse des échantillons des deux nouvelles marnières ne prouve pas du tout qu’elles ne puissent être d’un emploi utile dans les terres qui les environnent. Les échantillons de ces terres ont prouvé, il est vrai, qu’elles étaient assez argileuses, et qu’elles ne manquaient pas de consistance lorsqu’elles étaient humides ; mais il est absolument impossible de juger de la qualité du sol d’une contrée, par l’examen de quelques grammes de poussière, sur lesquels on a dû opérer.

Quoique les bons effets des marnes argileuses soient bien constatés dans certains cas, il est certain que les marnes calcaires sont d’un emploi fréquent et beaucoup plus général. Elles réagissent d’une manière toute particulière sur les fumiers qu’on emploie conjointement avec elles. Elles déterminent par la présence de la chaux la transformation des engrais animaux et végétaux en acide ulmique, qui paraît être un des excitans principaux de la végétation. L’acide carbonique, devenu libre, est lui-même un autre excitant très énergique. Les marnes argileuses, au contraire, ne peuvent en aucun cas exercer un genre d’action analogue.

Si des expériences nombreuses ont constaté que la marne grise argileuse, dont nous avons parlé sous le n° 6, est employée avec avantage pour l’amélioration du sol, il résulterait de l’examen qui a été fait des produits des deux marnières nouvelles, que ceux-ci pourraient être utiles dans les mêmes circonstances. Mais, dans tous les cas, ces marnes argileuses ne peuvent en aucune manière remplacer les marnes proprement dites, c’est-à-dire la variété blanche en pierre ou pulvérulente qui fait effervescence avec les acides.

C’est peut-être ce qui explique les opinions diverses au sujet de l’emploi de ces marnes, emploi qui vraisemblablement aura été fait dans du circonstances différentes.

M. de La Brosse demande un procédé sur pour reconnaître les marnes et les pierres qui conviennent à chaque espèce de sol. La solution de ce problème est en effet de la plus haute importance peur la contrée ; mais cette solution ne pourrait être évidemment trouvée que sur les lieux mêmes, après une étude approfondie des circonstances locales.

Cependant, comme l’analyse des marnes éprouvées montre que, dans les environs de Leblanc, les marnes calcaires sont de beaucoup les plus répandues, et que leur emploi est plus général, on doit surtout recommander les recherches de celles qui, étant pulvérisées, font une très vive effervescence avec le vinaigre fort, ou mieux avec l’acide nitrique ; les meilleures seront les variétés blanches, qui, tout en ayant une consistance terreuse qui leur permette de se déliter facilement, ne laissent qu’un faible résidu quand on les met en digestion avec de l’acide en excès c’est-a-dire, ajouté jusqu’à ce qu’il ne se produise plus d’effervescence.


fin du tome deuxième.