Bulletin de la société géologique de France/1re série/Tome IV/Séance du 27 janvier 1834

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Séance du 27 janvier 1834.


Présidence de M. Constant Prévost.

M. Virlet tient la plume comme secrétaire.

Après la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qni est adopté, M. le président proclame membres de la Société :

MM.

G. Troost, professeur à Nashville (dans le Tennessee États Unis d’Amérique) ; présenté par MM. Boué et Desnoyers ;

Van Rensselaer, président de l’institut d’Albany ; Prêsenté par MM. Boué et Clemson ;

Banon, pharmacien en chef de la marine de Toulon ; présenté par MM. de Roissy et Puzos.


dons faits à la société.

1° De la part de M. Constant Prévost : Voyage dans les Alpes, précédé d’un Essai sur l’histoire naturelle des environs de Genève ; par de Saussure. 2 vol. in-4°, de 5 à 600 pages, avec pl. Neufchâtel, 1779.

2° De la part de M. Delafosse : la seconde édition de son Précis élémentaire d’histoire naturelle, ouvrage adopté par le Conseil royal de l’instruction publique, pour les collèges et les écoles normales primaires. 2 vol. in-12. Paris, 1833.

3° De la part de M. William Nicol, son Mémoire intitulé : Observations on the structure of recens and fossil coniferae. In-8°, 24 pages, 3 pl. Édimbourg, 1834.

Bulletin de le Société industrielle de Mulhouse. N° 30.

Mémorial encyclopédique et progressif des connaissances humaines ; par M. Bailly de Merlieux. N° 27 ; janvier 1834.

L’Institut. N° 37.


ouvrages et objets présentés.

1° M. le docteur Hardie présente quelques roches et fossiles de l’île de Java.

2°. M. Boué présente les livraisons 11 et 12 de l’ouvrage de M. Zieten sur les pétrifications du Wurtemberg, et la 11 livraison de la Flore fossile de l’Angleterre ; par M. Lindley.


correspondances.

H. le docteur Nees d’Esenbeck, président de l’Académie Léopoldine-Caroline des Curieux de la Nature, écrit de Breslau (15 janvier 1834), que cette Société accepte avec plaisir l’échamge de ses Mémoires contre les différentes publications de notre Société, et annonce l’envoi de 4 volumes de ces Mémoires.

M. le professeur Troost, qui vient proclamé proclamé membre de la Société, écrit de Nashville (États-Unis), en date du 20 novembre 1833, qu’il a été chargé, par la Législature du Tennessée, de faire la description géologique de tous les comtés de l’État ; et annonce l’envoi prochain d’un premier Mémoire, en ce moment sous les yeux de la Législature, qui en ordonnera probablement l’impression. Il accompagnera ce Mémoire de nombreux échantillons de roches et de fossiles, et de quelques dessins pour suppléer à ceux qui sont trop rares pour être envoyés. Il annonce en outre que, dans la vue d’éveiller l’attention des étudians sur la nature physique de ce pays, particulièrement riche en fossiles, il a entrepris la traduction de l’ouvrage du professeur Goldfuss.


communications verbales et mémoires lus.

Il est donné lecture du Mémoire suivant, de M. le docteur Reichenbach (de Blansko), intitulé : Sur l’origine du Pétrole, et ses rapports avec les houilles et l’huile de térébenthine, dont M. Boué a bien voulu se charger de faire la traduction.

« L’origine du pétrole n’a pas encore jusqu’ici été bien éclaircie ; quoique cette substance ait été découverte dans presque toutes les contrées du globe, et qu’on l’ait si souvent observée depuis sa plus grande pureté comme le naphte, ou depuis ses variétés blanche, rouge, brune et noire, jusqu’à celle d’une poix minérale.

« Parmi les explications proposées par les naturalistes, celle qui a eu le plus de vogue est celle qui fait dériver le pétrole de la carbonisation ou combustion des couches houillères. Cette idée est néanmoins une simple hypothèse, et sans aucun fait certain à son appui, puisqu’on n’a jamais vu se reproduire du pétrole dans l’inflammation de mines de charbon, et qu’on n’a jamais pu former du pétrole par la carbonisation de la houille dans des vases ouverts ou fermés. J’ai fait quelques essais à cet égard, et on va voir jusqu’à quel point j’ai réussi à lever le voile qui couvre la production de cette substance.

« J’ai fait mettre dans une grande cornue de fer environ 50 kilog. de houille réduite en petits fragmens, et j’y ai versé beaucoup d’eau. La houille provenait d’Oslawan à 2 milles l’ouest de Brawa, où il y a un grand dépôt houiller ancien avec beaucoup de végétaux fossiles, tels que Calamites, Sphenopteris, Odontopteris, etc.

« Je commençai la distillation, et la poursuivis tant qu’il passait encore de l’eau, de manière à ne pas produire une carbonisation ; ce n’était que dans ce but, et pour éviter toute déception, que j’employais de l’eau. Dès qu’une partie de la matière distillée eut passé, j’aperçus sur l’eau une pellicule d’huile, et en ouvrant l’appareil on sentait une odeur forte et distincte de pétrole.

« Je fis répéter cette expérience huit fois, et réunissant les fluides obtenus, et séparant l’huile, je la rectifiai dans un verre, en n’ajoutant aucun ingrédient étranger ; j’obtins ainsi environ 150 gram. d’huile, ce qui fait presque une once par quintal autrichien de houille.

« Comme la quantité obtenue était fort petite, je fis remplir dans la mine un tonneau avec de la houille fraîchement détachée ; je la fis monter bien fermée, et apporter aussitôt chez moi pour la distiller immédiatement. Le produit huileux fut sensiblement plus grand ; mais il ne surpassa pas du double celui obtenu de la houille exposée en vente dans les magasins.

« L’huile obtenue présenta les propriétés suivantes : elle était complètement limpide et transparente avec une faible teinte jaune-verdâtre, qui, probablement, aurait disparu par une seconde rectification ; elle était tout-à-fait liquide, et avait exactement l’odeur d’un naphte assez pur. Son goût coïncidait avec celui du pétrole blanc ; sa pesanteur spécifique était à la température de 20° centigrades, égale à 0°,836 ; ainsi, elle concordait avec celle du pétrole d’Amiano, expérimenté par Saussure. À l’air libre, elle se volatilisait assez vite, et elle entrait en ébullition à 170° centigrades, presque au même point que le naphte de Perse, pour lequel Thompson donne 160° centigrades.

La lumière et l’air, et même les rayons solaires n’y apportaient pas de changemens visibles ; mais on pouvait l’allumer sans mèche ; elle brûlait alors sur toute sa surface avec rapidité, force et éclat, en donnant la même fumée épaisse que le pétrole.

En mettant l’huile et le pétrole du commerce, chacun séparément, sous une cloche avec de l’iode, les deux substances absorbaient les vapeurs d’iode répandues dans l’air, et devenaient brunes rouges. Au contraire, l’iode absorbait des vapeurs huileuses de l’air, et s’unissait avec elles. Les huiles se troublèrent après quelque temps, et se clarifièrent toutes les deux en même temps par le dépôt d’une petite quantité d’une combinaison foncée d’iode et d’huile.

« Du soufre pulvérisé fut dissous en assez grande quantité par l’huile aussi bien que par le pétrole à froid ; la chaleur augmenta la quantité dissoute, et par le refroidissement le soufre se cristallisa en abondance.

Le potassium mis dans l’huile produisit dans le premier moment un petit nombre de bulles, comme dans le pétrole purifié ; mais bientôt cela cessa tout-à-fait, et le métal pouvait y être conservé sans craindre l’oxidation. Par un plus long séjour, il s’y forma vers le fond des flocons, jaunes, rouges, bruns, semblables à ceux qui se produisent sous les mêmes circonstances dans le pétrole.

L’huile remuée avec une solution de potasse concentrée de 1,36, aucune dissolution n’eut lieu ; mais, après quelques instans de repos, il se forma sous l’huile nouvelle, comme sous le pétrole, beaucoup de taches jaunes rouges parfaitement semblables, qui paraissent une combinaison particulière surnageant au-dessus de la solution alcaline.

« L’acide hydrochlorique devient brunâtre par les deux huiles, si on les chauffe un peu ; mais reste limpide, et les huiles ne se colorent pas ; celles-ci remuées avec de l’acide sulfurique anglais de 1°,850, se séparent en deux parties, dont l’une paraît brune et l’autre limpide et sans couleur. Cette dernière portion a l’odeur ordinaire du pétrole, et brûle avec une fumée noire et forte.

« Mélangées avec de l’acide nitrique blanc de 1°350, les deux huiles se dissolvent à froid, tandis que l’acide devient un peu rougeâtre, s’éclaircit, et dépose lentement une petite partie brune.

« L’eau ne dissout aucune des deux huiles, mais acquiert de toutes deux la même odeur.

« L’alcohol les dissout dans toutes les proportions ; à 0°84, il montre pour toutes deux la même force de dissolution, savoir comme 9 : 1.

« L’éther dissout les deux huiles ; s’il contient de l’eau, elle est chassée par ces dernières.

« L’huile d’amande se mélange avec les huiles en question ; le camphre s’y dissout assez rapidement et tranquillement. La sandaraque s’y dissout lentement, à froid, le mastic se trouble à la surface avec les deux huiles ; à chaud, elles le dissolvent également avec un dépôt blanchâtre et trouble. Enfin, le caoutchouc s’enfle tout de suite avec toutes deux, sans qu’elles le dissolvent à froid.

« Comme aucune réaction ne montre la moindre différence entre les deux huiles, je crus inutile de poursuivre le parallèle plus loin, et je restai persuadé que l’huile découverte n’était pas une substance nouvelle, mais seulement du pétrole véritable.

« Une dernière confirmation pouvant être obtenue d’une analyse élémentaire, je ne manquerai pas de la faire ; néanmoins, le pétrole, comme espèce, se divise en une série de variétés depuis le naphte et les divers pétroles, jusqu’à la poix minérale ; et chacune de ces variétés n’étant pas simple, mais mélangée d’éléments divers en différentes proportions, une analyse élémentaire ne peut donner des résultats constans que lorsqu’on aura distingué entre eux les substances élémentaires elles-mêmes.

« L’analyse ne peut donc donner qu’un rapport approximatif, qui nous dira à quelle place la nouvelle huile est placée parmi les variétés de la classe des pétroles.

« Je tâchai d’étendre les mêmes observations à d’autres charbons de terre. Ainsi, je fis venir quelques quintaux de lignites du grès vert des environs, et les fis traiter de la même manière ; je n’en obtins aucune trace d’huile ; l’eau distillée n’en prit pas même l’odeur ; le lignite de cet âge en est donc dépourvu.

« Il découle de ces recherches, qu’il faut renoncer à l’idée émise que le pétrole est un produit de l’action de la chaleur sur des corps combustibles ; cette huile existe au contraire toute formée dans les houilles, et doit être admise comme une de leurs parties constituantes.

« On ne peut pas dire positivement si elle y est en combinaison chimique ; cela n’est pas du moins vraisemblable : comme elle s’échappe déjà en grande partie de la houille à l’air, je crois plutôt que le pétrole n’y est que mélangé ou disséminé en parties atténuées, de manière qu’il n’y serait retenu que par la force d’adhésion.

« Pour chasser tout-à-fait le pétrole de la houille, il faut échauffer cette dernière jusqu’au point d’ébullition, c’est-à-dire jusqu’à 167° centigrades, ce que je n’ai pas fait par prudence, et ce que je déconseillerai à toute personne qui voudrait contrôler mon travail, car dès que l’eau est passée, il devient presque impossible d’échauffer également la masse de houille, sans produire sur les parties extérieures des accumulations de chaleur qui s’élèvent plus haut, et donnent alors de suite les premiers produits de la distillation sèche, c’est-à-dire un résultat tout-à-fait faux. Ce qui passe avec les vapeurs aqueuses, n’est que le produit de la tension du pétrole à 100° centigrades ; mais on peut, avec ce mode de procéder, être sûr qu’on n’obtient que des produits aqueux et absolus, et non pas des produits de la distillation sèche. La houille restant dans la cornue n’a rien perdu de ses propriétés, si ce n’est que l’éclat de sa cassure est devenu mat.

« Si l’on veut aller plus loin, et rechercher comment s’est formé le pétrole, et pourquoi il prend son origine dans les houilles, je crois, dans ce cas, pouvoir proposer la réponse suivante. Dans tous mes travaux antérieurs sur le pétrole, je ne me fiai jamais à la pureté de cette substance telle qu’on la trouve dans le commerce, parce qu’elle me paraissait toujours avoir quelque odeur d’huile de térébenthine, et avoir été falsifiée au moyen de cette dernière. Ma défiance était augmentée par l’impossibilité de parvenir à faire brûler le pétrole sans fumée noire, particularité qui le distingue si éminemment de l’Eupion. Je ne fus donc pas peu étonné de retrouver la même odeur de térébenthine dans l’huile que j’avais moi-même obtenue de la houille et de la pureté de laquelle j’étais sûr. Cette odeur devenait surtout bien reconnaissable lorsque je frottais quelques gouttes de cette huile entre les mains. Cela me prouva que cette odeur de térébenthine appartenait jusqu’à un certain point au pétrole le plus pur, et qu’elle pouvait d’autant moins être confondue avec d’autres auteurs, que l’huile était plus pure. Mais en comparant les propriétés physiques et chimiques du pétrole naturel et artificiel avec celles, de l’huile de térébenthine, j’arrivai au parallèle suivant :

« Ces huiles se ressemblent complètement quant à leur limpidité, leur manque de coloration, l’espèce de teinte accidentelle jaune, leur liquidité ; leur odeur est dans le fond très analogue, et ne paraît un peu modifiée que par divers mélanges accidentels. De même que les huiles de térébenthine provenant de différens pins ont des odeurs un peu différentes, de même le pétrole de différentes sources offre des variations dans son odeur ; mais toutes ces odeurs participent plus ou moins de celle de l’huile de térébenthine, reconnue plus distincte par la friction entre les mains.

« Le pétrole artificiel, et l’huile de térébenthine rectifiée, ont presque le même goût ; celui de la dernière est un peu plus fort, quoique à peu près de la même espèce.

« La pesanteur spécifique de l’huile de térébenthine qui est indiquée dans les traités, varie entre 0,79 et 0,87, dont la moyenne 0,83, correspond exactement à celle du pétrole d’Amiano, et de la variété artificielle.

« Le degré d’ébullition s’élève pour de l’huile de térébenthine de 158° à 160° centigrades ; pour le naphte persique à 160°, d’après Thompson, et pour le pétrole artificiel à 167° centigrades, différence trop petite pour s’y arrêter, puisqu’il s’agit de substances mélangées. Pendant la distillation, le degré d’ébullition augmente graduellement dans les deux huiles en question, par suite d’une séparation partielle de leurs parties constituantes. Elles sont toutes également sujettes à se vaporiser à l’air, peu près au même degré, lorsqu’elles sont rectifiées.

« Elles produisent sur le papier des taches grasses différentes. Toutes ces huiles se distinguent en brûlant avec une forte fumée noire.

« Le soufre y est dissous sans aucune différence. Le pétrole offre aussi la particularité de séparer l’iode de l’eau d’iode ; propriété que M. Ed. Davy a reconnue à l’huile de térébenthine. Aucune de ces huiles ne se dissout dans l’eau, mais toutes lui communiquent leur odeur. Mêlées avec de l’acide sulfurique concentré, ces huiles se foncent, seulement la partie supérieure perd sa coloration par le repos.

« Le potassium produit au premier instant dans toutes ces huiles quelques bullosités ; puis la tranquillité se rétablit, et cette substance reste métallique, tandis que la matière brune jaune se forme.

« Ces dernières particularités se trouvent seulement dans un plus liant degré dans l’huile de térébenthine.

« Dans l’alcool, toutes ces huiles montrent le même degré de solubilité ; elles font enfler extraordinairement le caoutchouc ; mais ne le dissolvent pas la froid.

« Les trois huiles paraissent un composé, ou probablement un mélange des mêmes élémens constituans, qui se laissent même séparer jusqu’à un certain point par des distillations successives. C’est la source des variations dans les analyses données par MM. de Saussure, Thompson, Oppermann, etc. Dans toutes les anciennes analyses, l’acide carbonique manque, du moins comme une des substances élémentaires ; mais il y a aussi de l’huile de térébenthine privée d’acide carbonique comme le pétrole. Si MM. de Saussure et Oppermann diffèrent d’opinion sur ce point, c’est que tous deux ont probablement raison.

« Cette courte comparaison des rapports principaux suffit pour démontrer la ressemblance des deux huiles de pétrole et de térébenthine, et permet de soupçonner que, très probablement, elles sont identiques dans leurs principales parties élémentaires. En se souvenant, de plus, que la houille est remplie de restes de végétaux, et qu’on attribue même son origine aux débris d’une végétation primordiale détruite ; il devient probable que le pétrole dérive aussi de plantes qui donnent encore des huiles semblables.

« En un mot, le pétrole ne serait autre chose que l’huile de térébenthine des conifères du monde primitif, et dans cette production du pétrole les amas de feuilles peuvent avoir contribué comme le bois.

« Si nous avions ainsi le plaisir de retrouver après des milliers d’années une substance première de l’organisation primordiale perdue qui a existé lors du dépôt du terrain houiller ancien, nous pourrions la composer avec ce qui existe maintenant, et la classer à côté de quelques acides, ou substances qui ont échappé aux révolutions des périodes géologiques plus récentes, telles que la résine fossile du grès vert, etc.

« L’apparition du pétrole, dans un grand nombre de sources, ne dépendra donc plus de l’inflammation de matières combustibles, mais ne sera plus que le produit de la chaleur souterraine. Il est prouvé que les houilles n’ont pas besoin d’être placées fort au-dessous de la surface terrestre pour recevoir une chaleur qui atteint le point d’ébullition de l’eau ou du pétrole.

« Dans une telle position, l’huile de la houille éprouvera une distillation lente, et prendra çà et là, sous des circonstances favorables, peu à peu le chemin de la surface du sol, ou même s’accumulera tellement dans le sol qu’on pourra recueillir le pétrole dans des puits, comme en Perse, aux Indes, et ailleurs.

« Dans mon Mémoire sur l’Eupion (Jahrb. f. Chemie de Schweigger-Seidel, 1831, vol. II, cah. 2), j’ai montré la possibilité que peut-être cette substance existerait dans le pétrole, quoique je n’eusse pu réussir à établir une concordance entre ces deux corps ou entre leurs parties constituantes. Je passai sous silence une grande quantité d’essais faits à cet égard ; mais aujourd’hui, la cause qui avait dû me faire échouer, ressort nécessairement des explications données dans la recherche précédente. J’avais cru jusqu’ici, comme tout le monde, que le pétrole aussi bien que l’Eupion était un produit de la distillation sèche, tandis que ce n’est pas tout-à-fait le cas pour la première substance. Si l’Eupion est un produit de cette voie, le pétrole est un résultat de la vitalité végétale, et si ces deux produits montrent quelques ressemblances extérieures, ils sont très différens l’un de l’autre, tant par leur nature, que probablement aussi par leur composition. On pourrait plutôt rechercher le pétrole dans l’eupion, si le goudron duquel on a extrait l’eupion est un goudron de houille, car la houille perdra toujours d’abord son pétrole dans l’acte de sa carbonisation, et ensuite de l’eupion peut se mâler avec le goudron produit.

« Dans la rectification subséquente du goudron, l’eupion, le pétrole, et les autres parties volatiles, passeront les premières, et resteront mélangées. Comme ces deux substances résistent une grande partie des réagens, elles resteront toujours ensemble dans l’expérience, et il sera même difficile d’obtenir l’une sans l’autre. Les huiles éthérées fines obtenues du goudron par MM. Syme, Thompson, etc., dissolvent le caoutchouc, et sont nommées les dernières naphtes de la houille ; elles ne sont jamais simples, mais toujours une combinaison de pétrole et d’eupion ; je montrerai dans la suite qu’il y entre même d’autres corps.

« De plus, je puis encore tirer des observations précédentes, la conclusion géologique que les houilles ne sont pas un produit charbonneux à demi carbonisé par la chaleur, comme certaines personnes l’ont cru, et qu’elles n’ont même jamais été soumises à une température élevée, parce que sans cela leur pétrole se serait volatilisé avant toute autre chose.

« Enfin, tout ceci peut servir encore de preuve ultérieure mon idée contraire à celle de M. Dumas, que la naphtaline, produit d’une haute température, n’a guère pu préexister dans les houilles qui sont reconnues n’avoir pas éprouvé une forte chaleur.

« En résumé : 1° les houilles anciennes (Great coal formation) contiennent environ d’une huile éthérée qu’on peut distiller avec de l’eau, tandis que le charbon de terre du grès vert n’en renferme point ;

« 2° Par ses caractères physiques et chimiques, cette huile est identique avec le pétrole, qui préexistait donc dans les houilles, et qui ne peut pas être ainsi un produit de leur combustion ;

« 3° Les caractères physiques et chimiques du pétrole artificiel concordent tellement avec ceux de l’huile de térébenthine que le pétrole n’est probablement que l’huile de térébenthine des conifères du monde primitif ;

« 4° Les sources de pétrole paraissent être le résultat d’une distillation faible de grandes couches de houille au moyen de la chaleur souterraine universellement répandue ;

« 5° Tous les dépôts houillers n’ont jamais été exposés à une haute température ;

6° L’eupion et le pétrole sont deux substances différentes par leurs bases ; mais l’huile rectifiée du goudron de houille, dissolvant le caoutchouc, renferme en particulier un mélange de pétrole et d’eupion. »

Ce mémoire donne lieu à quelques observations.

« Suivant M. Fournet, les bitumes contenus dans les roches ne peuvent pas provenir, dans tous les cas, de la distillation des couches houillères, malgré l’analogie que M. Reichenbach peut avoir reconnue entre les produits de cette distillation et les pétroles. En effet, on retrouve, dit-il, ces produits huileux et bitumineux dans une multitude de roches qui, par leur position, sont tout-a-fait indépendantes et isolées des couches houillères. Ainsi, les pétroles du Puy de la Pège en Auvergne sortent d’un terrain d’eau douce sous lequel rien ne fait présumer l’existence de couches houillères ; mais en les admettant, même pour ce cas, où la superposition peut les masquer, il existe d’autres circonstances qui mettent ce fait en évidence.

« Ainsi, dans les Vosges, il existe de petits bassins ou vallées parmi lesquelles je citerai celle de Lembach, près de Wissembourg, qui sont encaissées en plein dans le grès vosgien superposé lui-même au terrain primitif, et dans lesquelles se trouve en stratification non concordante le grès bigarré auquel se lie intimement le muschelkalk ; ainsi donc, il ne saurait y avoir ici aucune couche houillère, et cependant le muschelkalk est tellement bitumineux, qu’il exhale une forte odeur quand on le pile, et qu’il laisse surnager une pellicule huileuse quand on le dissout dans l’acide muriatique. Cette matière organique est encore bien plus abondante dans le lias qui fait suite à ces terrains.

« On pourrait, il est vrai, supposer encore ici l’existence d’animaux ou de végétaux contemporains à ces calcaires, et qui auraient produit cette abondance de matière huileuse par leur décomposition, tout comme elle existe dans les houilles.

« Mais si on se reporte aux expériences de Knox, qui a soumis la distillation sèche des roches primitives, et en a encore tiré de pareils produits, on sera déjà porté à considérer ces matières comme étant de toutes les époques, et contemporaines à toutes les formations ; seulement, elles se sont déposées ou formées plus abondamment en certaines circonstances qu’en d’autres.

« D’ailleurs, j’ai reconnu que certains calcaires spathiques ou lamelleux, roses, inclus dans les filons métallifères de Pont-Gibaud, Bulletin de la société géologique de France - 1re série - IV - 1833-1834 figure page 0254.png ne devaient cette couleur qu’à une matière huileuse ou bitumineuse, dont l’existence était facile à constater, et ces filons n’ont jamais présenté la moindre trace de corps organisés contemporains.

» Une dernière preuve que la nature n’a pas besoin de recourir à la destruction des plantes ou des animaux pour produire des combinaisons analogues à celles du règne organique, si toutefois ces carbures d’hydrogène doivent y être rapportés uniquement à cause de leur aspect huileux, se déduit des sources minérales thermales qui sortent du granite ou des autres terrains primitifs. Elles viennent de grandes profondeurs, dont la température ne peut se concilier avec l’existence de corps organisés vivans, et charrient cependant au jour des quantités énormes de substances auxquelles les chimistes ont donné le nom de glaizines, ou même qu’ils n’ont pas encore dénommées à cause de la variabilité de leurs caractères. Ces dernières ont la plupart du temps une grande tendance à passer à l’état résinoïde ou huileux par leur altération. C’est même à un pareil produit que Berzélius a donné le nom de résine puante.

» Je n’ignore pas d’ailleurs qu’il y a souvent relation intime entre les pétroles et les couches de houille ou de lignite ; très souvent même le pétrole se trouve dans des endroits où des volcans en activité sont placés près de couches de houilles ; mais j’ai seulement voulu mettre en garde contre la généralisation du fait énoncé par M. Reichenbach, et faire voir que ces carbures d’hydrogène peuvent devoir leur origine à un nombre de causes d’autant plus grand que ces combinaisons sont mal définies. »

M. Bertrand Geslin donne lecture d’un Mémoire de M. Pareto, intitulé : Observations sur le département des Basses-Alpes. (Voy. pl. II, fig.1, 2 et 3.)

Ayant fait, cet automne, une excursion géologique du côté de Digne et de Barcelonette, je me fais un devoir de communiquer à la Société géologique, comme pouvant l’intéresser à cause de leur variété, le peu d’observations que j’ai pu faire dans cette course, sur la constitution géognostique d’une assez grande portion du département des Basses-Alpes ; étendue de pays assez utile à observer, puisqu’elle peut servir à montrer la liaison qu’il y a entre les formations du département du Var, ou du S.-E. de la France, et celles qui paraissent assez différentes à l’aspect, et qui constituent une grande partie du système alpin.

En partant de Marseille, on entre dans le département des Basses-Alpes, après avoir passé le Verdon, qui coule auprès de Gréoux dans un lit creusé au milieu d’un calcaire compacte blanc jaunâtre, qui appartient probablement à la partie supérieure du Jura, ou bien même, selon quelques uns, à la craie. Sur ce calcaire repose, dans une très grande étendue, un ensemble de marnes rougeâtres et parfois grises, avec des concrétions blanchâtres, de grès molasses, de calcaires marneux blanchâtres, et de poudingues cailloux de différente nature, lesquels consistent, surtout à Estoublon, en cailloux de calcaire marneux avec empreintes de fucoïdes, de calcaires d’autre nature, et de cailloux de roches primordiales, telles que granite et gneiss. Ce terrain, qui est évidemment tertiaire, et qu’on peut croire d’eau douce, puisque certaines assises marneuses et de calcaire fétide contiennent des planorbes, des hélix et des lymnées, comme du côté de Mézel, forme le haut plateaux qu’on traverse depuis Gréoux jusqu’à Digne, lequel est sillonné en partie par la rivière d’Asse, en partie parla Bléone, et par d’autres petits torrens. À l’est, du côté de Moustiers, on le voit bordé par des escarpements qui le dominent, et qui appartiennent à des terrains secondaires. Du côté de l’ouest, il s’étend vers la Durance, au-delà de laquelle il y a des terrains qui paraissent également plus anciens. Les couches de ce terrain tertiaire sont en général presque horizontales depuis Mézel qu’à Riez ; elles sont cependant assez inclinées lorsqu’on s’approche des terrains plus anciens, comme il arrive à la montagne entre Mézel et Digne, qui sépare l’Asse de la Bléone, où les couches sont inclinées tantôt vers le N.-E., tantôt vers le S.-O.

Ce n’est que peu avant d’arriver à Digne qu’on commence à entrer dans les terrains secondaires, et il paraît que c’est par la partie inférieure qu’on les aborde, puisque c’est le lias qu’on rencontre le premier. La ville même de Digne est en partie située sur un amas de gypse plus ou moins saccharoïde blanc et rougeâtre, contenant parfois des cristaux isolés, prismés, de quarz hyalin souvent enfumé. Ce gypse est accompagné d’un calcaire poreux ou rauchwake, et de certaines marnes rouges et verdâtres ; il m’a paru être inférieur au calcaire lias, qu’on voit lui être superposé, ou du moins accolé, en allant du côté des bains, que l’on nomme des Eaux chaudes, parce qu’il y a des sources thermales qui se soutiennent à une température très élevée. Le lias se montre, dans ces environs, très développé ; il laisse voir des couches plus ou moins compactes, avec gryphœa arcuata et pentacrines, et des couches très marneuses, qui contiennent surtout un très grand nombre de bélemnites. Au milieu de ces marnes, qui sont plutôt à la partie supérieure, on voit aussi cependant des bancs très puissans de calcaire compacte parfois subgrenu, noir, qui ressemble au Portor, et qui contient de larges ammonites, ainsi que d’autres plus petites, et des nodules ou rognons de silex noir. Les couches, dans les environs de Digne, sont assez inclinées, et paraissent plonger, en allant aux Eaux chaudes, vers l’E.-S.-E., tandis que de l’autre côté de la rivière de Bléone, on dirait qu’elles ont une inclinaison contraire. Le gypse, assez fréquent dans les environs de Digne, est disposé en amas qui présentent cependant quelques indices de stratification. Il parait suivre en général la direction de la Bléone ; et plus encore celle de la Bèse, en amont de Digne : cette rivière coule à peu près du N. au S., qui est la direction approximative de la zone du terrain le plus ancien du département, qui est le lias ; lequel s’étend de Digne à Seyne, et plus au nord encore, passant ensuite dans le département des Hautes-Alpes. On pourrait presque soupçonner que le gypse, qui paraît en général inférieur, appartient à la formation du Keuper : des sources salées, et quelques masses de sel gemme, non loin des gypses, fait qui m’a été communiqué par M. Yvan (de Digne), qui s’occupe avec distinction de géologie, viendraient à l’appui de cette opinion. On voit cependant aussi du gypse au milieu des marnes du lias, comme à la montée du Labouret, où il est évidemment dans une position supérieure à celle qu’il a dans les environs de Digne.

Le lias est, à cause de ses fossiles, la formation la plus remarquable du département des Basses-Alpes ; elle est composée en général (comme nous l’avons noté en particulier pour la localité des Eaux chaudes) de calcaires et de marnes, qui sont souvent noires et schisteuses, et prennent même quelquefois l’aspect d’un schiste un peu luisant et traversé par des veines spathiques, et même par des veines de quarz, comme il arrive entre la montée du Labouret et la Jarie : des géodes et des nodules calcaires plus solides se trouvent abondamment épars dans certaines assises de ces marnes. D’assez nombreuses ammonites de différentes espèces, un très grand nombre de bélemnites, des cirrhes, des plagiostomes, des gryphées, et autres bivalves ; des encrines, et quelques polypiers en sont les fossiles caractéristiques. L’étendue de cette formation est assez considérable, puisque dans la direction que nous avons déjà indiquée, elle constitue le bas des montagnes qui bordent une partie de la rivière d’Asse, le cours de la Bléone et de la Bèse, en amont de Digne ; elle arrive à Seyne, d’où elle passe sur les bords de la Durance, au N. du département des pour continuer dans une partie de celui des Hautes-Alpes ; tandis que du côté du S., elle va se rattacher, peut-être, par les montagnes de Moustiers, à la même formation qu’on voit dans le département des Bouches-du-Rhône, à une distance qui n’est pas très considérable de la ville d’Aix. Quant à la partie S.-E. du département, on trouve ce terrain dans les environs de Castellane, d’où il remonte un peu dans la vallée du Verdon, et à Bliens, l’origine de la vallée de l’Asse. Comme je l’ai déjà remarqué pour la localité des bains, on trouve que le long de la zone, qui s’étend de Digne, par Seyne, à Saint-Vincent, les couches qui sont la partie orientale semblent plonger plus ou moins vers l’E.-S.-E., tandis que celles qui sont plus à l’O. auraient une inclinaison contraire ; mais je n’oserais assurer ce dernier fait, n’ayant pas vu cette partie d’assez prés.

Au-dessus du lias, et formant le couronnement des hautes montagnes qui sont à la source de la Bléone et de la Bise, et dont la crête, en général peu découpée, sépare les versans de ces rivières de la partie supérieure du cours du Verdon, se trouvent des formations beaucoup plus récentes. Entre celles-ci, on peut distinguer un banc d’un calcaire gris bleuâtre, compacte, et subgrenu, qui doit appartenir au calcaire jurassique : il contient des rognons de silex. Quelques bancs, qui font avec lui partie d’un même tout, se divisent en dalles de médiocre épaisseur. On le voit en place au fort de Saint-Vincent, au débouché de la vallée de l’Ubaye, et encore plus clairement sur la route qui vient de Castellane à Digne, au-dessus des escarpemens qui dominent le village de Chaudon et de Claie, situés déjà dans les marnes du lias : je l’ai rencontré aussi, avec une teinte peu différente, entre Saint-André et Castillon, vers Castellane, dans la vallée du Verdon, où j’ai cru entrevoir des corps organisés, ressemblant un peu aux trigonellithes, ce qui ferait croire que c’est bien une partie du calcaire jurassique, ou même de la craie. Il plonge à Saint-Vincent comme le lias, c’est-à-dire à peu près vers l’E., et il va se cacher sous un amas considérable de calcaire à nummulites, de macigno, de schistes, et de calcaires à fucoïdes, pour ressortir ensuite en quelques points de la vallée de l’Ubaye même, comme du côté de Méolans, et plus particulièrement sur la chaîne centrale des Alpes, près de Saint-Ours, où il contient une mine d’anthracite, qu’on a jadis tenté d’exploiter, mais sans succès. Il se rattache, par cette localité, aux calcaires de même nature qui sont dans les montagnes de la vallée de la Maira et de la Stura, en Piémont. Son étendue, cependant, est, dans le département des Basses-Alpes, bien peu de chose en comparaison de la formation plus récente, qui le suit immédiatement.

On peut considérer celle-ci-comme une réunion de calcaires marneux contenant, entre autres fossiles, un certain nombre d’ammonites, dont les espèces se rapprochent de celles de la craie ; de couches calcaires plus ou moins compactes, et contenant des nummulithes, des miliolithes, des fungies, et des nérinées ; d’une masse de macigno, alternant encore avec quelques schistes et calcaires, et enfin d’une masse considérable de schistes, avec quelques traces de macigno et des calcaires, dans lesquels se trouvent, les mêmes empreintes de fucoïdes, qui sont si répandues dans les terrains analogues qu’on trouve dans les Apennins Liguriens.

La suite et la superposition des roches, dans l’ordre que nous venons de faire connaître, est assez constante. On les voit se recouvrir dans cet ordre dans la vallée de l’Ubaye (vallée de Barcelonette), depuis Saint-Vincent jusqu’à la chaîne centrale, étant seulement interrompues par quelques massifs de gypse, et par le calcaire compacte qui ressort dans un endroit. Il serait long de noter minutieusement les différens accidens qui se rencontrent dans cette coupe ; cependant je m’efforcerai d’en donner une idée pour l’intelligence de la fig. I, que nous joignons à cette note. On quitte, auprès de Saint-Vincent (à une lieue à peu près de la jonction de l’Ubaye avec la Durance), les marnes du lias pour traverser un banc assez puissant de calcaire compacte, ou subgrenu en quelques points, d’une couleur gris-bleuâtre, contenant des nodules de silex, et qui fait partie du terrain jurassique, ou appartient à l’assise tout-à-fait inférieure du système crayeux. Ce calcaire a beaucoup de représentans dans les Alpes maritimes et dans la rivière de Gênes, où il est souvent surchargé de magnésie. À ce calcaire sont encore associés des bancs calcaires schisteux, ou plutôt divisibles en dalles de peu d’épaisseur : ces bancs plongent ici à peu près vers l’E., c’est-à-dire vers la chaîne centrale des Alpes. Après avoir traversé ce massif, qui n’a pas une grande étendue, on entre dans les calcaires à nummulithes et miliolithes, où il y a aussi quelques traces de nérinées. Ces calcaires conservent la même inclinaison que les précédents, et paraissent se répéter avec les mêmes fossiles par deux ou trois fois ; on voit ensuite qu’ils sont recouverts, au village du Lauset, par de puissantes assises de macigno, assez dur, à grain généralement fin, mais qui ressemble aussi quelquefois à une brèche à fragmens de petits dimension. Entre ces assises, il y a quelques lits de schiste, ou d’argile schisteuse effervescente, qui prend ensuite un grand accroissement au-dessus de ce macigno, et qui forme, en devenant plus calcaire ou marneuse, une masse considérable à couches assez contournées, mais inclinées en général vers l’E., et contenant des fucoïdes, et ces empreintes entrelacées qui doivent appartenir à des plantes marines d’un genre différent des fucoïdes, mais que j’ai toujours rencontrées associées avec eux, soit dans les Apennins et les Basses-Alpes, soit dans les Alpes de la vallée du Simmenthal, au canton de Berne. Ce massif de calcaire schisteux à fucoïdes parait montrer une tendance à se redresser, lorsqu’on arrive à un endroit nommé le Martinet. On peut en attribuer la cause au massif calcaire qu’on rencontre bientôt, et qui pourrait être d’une date plus ancienne. Ce massif, d’un calcaire blanchâtre, assez compacte, grenu en quelque points, et prenant une couleur plus sombre, là où il est rempli de nodules de silex, est flanqué par des couches nummulithiques. À son aspect, on peut croire qu’on retrouve ici un ilot ou un rocher plus ancien ; quelques gypses, qu’on retrouve aussi côté de ce grand massif à stratification peu apparente, mais très incliné, peuvent faire supposer qu’il y a eu dans cette localité une espèce de soulèvement ; on voit, avec lui, quelques grès à nummulites, lesquelles sont, ainsi que celles du calcaire, d’une dimension considérable, et très ressemblantes a celles qu’on trouve avant Vintimiglia (Ligurie), au cap de la Martola.

Après avoir traversé ce rocher, qui se continue au village de Méolans, on retrouve encore des nummulithes, et puis on recommence à parcourir des terrains de macigno, de schistes et de calcaires contenant les fucoïdes. Cette formation, que j’ai étudiée plus particulièrement sur la droite de l’Ubaye, continue à Barcelonette, et à Jausier, où il paraît qu’il y a en dessous (mais la pénétrant), du gypse et quelques schistes rougeâtres, qui, à leur toucher onctueux, pourraient être regardes comme des schistes talqueux ; et passe ensuite au Chatelar, et jusqu’auprès de Saint-Ours. Sur toute cette étendue, les couches sont contournées, et inclinent encore plus ou moins vers l’E., et ainsi vers la chaîne centrale, contre laquelle on dirait qu’elles vont butter ; mais en s’approchant du dernier des villages mentionnés, elles se redressent, prennent une inclinaison vers l’hémisphère occidental, et cessent bientôt pour faire place à une masse de calcaire compacte et subgrenu, de couleur bleuâtre, semblable à celui que l’on retrouve à Saint-Vincent. Ce massif contient quelque peu d’anthracite, et fait partie de la chaîne centrale des Alpes, puisque son sommet sert de partage entre les eaux, qui coulent d’un côté dans la Durance, et de l’autre, dans la vallée de la Maira, un des affluens du Pô. Entre le calcaire à fucoïdes et le calcaire gris bleuâtre, il y a une couche rougeâtre, avec des bélemnites indéterminables ; ensuite une partie de ce calcaire de Saint-Ours, la plus proche de la chaîne centrale, et ce doit être l’inférieure, est mêlée d’un talc verdâtre, et prend l’aspect d’un cipolin.

La coupe que nous venons de détailler est prise, pour la première partie, sur la gauche ; pour la seconde, celle après le rocher de Méolans, sur la droite de l’Ubaye. Si on regarde ensuite le côté gauche de la rivière, et qu’on aille au midi de Barcelonette et dans ses environs, on voit bien aussi en général la même formation ; mais la direction des couches n’est pas toujours la même, puisque si, du côté de Saint-Vincent, les couches courent à peu près vers le S.-O., près de Barcelonette ; elles plient vers le S.-S.-E. ; puis S.-E. N.-O., et non loin de la chaîne centrale, au lac de Lauzanier, sous la cime de Pouriac, elles reprennent la direction S.-S.-O. N.-N.-E., et inclinent O.-N.-O., pente peut-être déterminée par le massif primordial de Pébrun, qui se trouve non loin de là, sur la chaîne, entre la Stura et la Tinea, dans le comté de Nice.

Cette localité du Lauzanier est assez intéressante, puisqu’on y voit, sur une échelle moins étendue, et ainsi beaucoup plus claire et beaucoup plus facile à saisir, la superposition des différentes roches que nous avons déjà passées en revue. En effet, (fig. II), à côté du massif primordial de gneiss, avec parties ferrugineuses, s’appuient des couches marneuses au milieu desquelles il y a un amas de gypse ; par-dessus, il y a du calcaire compacte gris bleuâtre, puis plusieurs bancs contenant des nummulithes, nérinées, fungies, miliolithes ; puis ensuite plusieurs alternances de calcaires marneux, avec couches de marnes intercalées ; ensuite de puissantes couches de macigno, et enfin une masse considérable de calcaire schisteux et compacte, contenant des traces de fucoïdes.

Cet ensemble de roches se reproduit encore avec les mêmes caractères sur une très grande étendue, le long du cours du Verdon, depuis sa source, près de Lajoux, jusqu’à peu de distance de Castellane. La partie la plus récente est en général sur les hauteurs, tandis que dans le bas de la vallée on voit les couches plus anciennes. Ainsi, après avoir parcouru, depuis la montagne de la Malune, ou de Gragetal, jusqu’au-dessous de Thorane, des bancs de calcaire à fucoïdes, des macignos, des calcaires marneux, on rencontre la couche à nummulithes, si constante dans tous ces parages, auprès d’un endroit nommé le Branchier, à peu de distance en amont de Saint-André ; au-dessous de cette couche, paraît une assise marneuse, remplie de fossiles qu’à leur aspect général on dirait tertiaires, puisqu’il y a des cérithes, des ampullaires, des cardium, et quelques cithérées, associés à des polypiers ; on dirait qu’il y a aussi le Cassis avellana Brong. ; cependant cette couche appartient évidemment au terrain secondaire. Ces fossiles ont quelque ressemblance, à la couleur près, avec ceux des Diablerets de Bex ; mais on leur trouve une plus grande ressemblance encore avec ceux du cap de la Mortola, entre Mertone et Vintimille, qui sont aussi associés à de nombreux polypiers, et a des nummulithes. Malgré mon désir, je ne puis, pour le moment, déterminer ces fossiles exactement ; tout ce que j’ai retrouvé, d’ailleurs, n’est pas parfaitement conservé. On a encore trouvé des fossiles qui ont quelques rapports avec ceux que nous venons de nommer, et avec des huîtres et des pectens, dans une autre localité du département des Basses-Alpes, à Tanaron, du côté de Digne et du Vernet : je dois la connaissance de ce fait à M. Yvan (de Digne), qui les a récoltés ; malheureusement, il n’a pas encore réuni sur leur gisement des données assez positives pour pouvoir dire si ces fossiles appartiennent aux terrains secondaires ou aux terrains tertiaires ; je soupçonne cependant que les grès, qu’il y a vus, sont des macignos, qui ne se trouvent pas très éloignés, mais dans une direction un peu différente de cette localité : ces fossiles seraient donc bien réellement secondaires ; ce sera un point à éclaircir. Au reste la couche à fossiles nombreux des environs de Saint-André, couche qui se reproduit en plusieurs endroits des Alpes maritimes, serait-elle analogue à celle de la fameuse localité de Gosau, qui a donné lieu à la question de savoir si on devait la regarder comme tertiaire ou comme secondaire ? Je ne saurais répondre de cette analogie avec assurance ; mais je crois au contraire, avec une certaine probabilité, que notre couche est bien le représentant de la couche coquillière des Diablerets, près Bex, couche qui pourrait bien passer par dessous, et être inférieure aux calcaires à fucoïdes de la vallée du Simmen, au pays de Berne, et qui se prolonge, sous le nom de Flysh, du côté de Rougemont et de Chateau d’Oex, dans la vallée de la Tane, et qui, probablement, recouvre aussi la couche coquillière analogue de Boltingen, puisque la masse à empreintes de fucoïdes paraît être dans la vallée de la Simmen, dans le fond d’un bassin, et recouvrant d’un côté les parois de roches plus anciennes de la rangée des Stockhorn du Kanterisch, et des Mittagshorner, où est Bolingen, et, vers le S., les calcaires qui s’étendent du côté du Gemmi, de Gsteig, des Diablerets, et de la Dent de Morcles, au pied de laquelle se trouvent, vers Leuk et Saint-Maurice, des calcaires compactes et un peu subgrenus, qui représentent assez bien les calcaires analogues, inférieurs à toute la grande formation des schistes, macignos et calcaires à fucoïdes des Apennins, des Alpes maritimes et des Basses-Alpes.

Mais en revenant à notre assise coquillière des Basses-Alpes, dans laquelle on voit aussi des miliolithes, j’ai trouvé qu’elle recouvrais d’abord des calcaires marneux, avec des polypiers branchus, qui, à leur tour, étaient superposés à de nouvelles marnes et calcaires marneux, avec ammonites, lesquels recouvraient encore ce calcaire compacte, gris de fumée, déjà mentionné, à nodules de silex, de couleur claire, et à traces de trigonellithes, lequel se rencontre d’abord au pont Saint-Julien. Ce dernier m’a involontairement rappelé le calcaire d’une partie du Môle et des environs de Voirons, près de Genève, où se trouvent quelques uns de ces fossiles, et qui est recouvert par des calcaires marneux, avec ammonites, par des brèches secondaires, et par des calcaires à fucoïdes ; succession de roches qui, je le répète, se voit aussi dans les Basses-Alpes et les Alpes maritimes, et dont on retrouverait encore de plus fréquens exemples, si l’on voulait identifier le calcaire gris bleuâtre du Môle, à celui analogue des Basses-Alpes, une partie du calcaire jaunâtre blanc de la Provence et du comté de Nice, avec les couches calcaires de même couleur de la montagne du Salève, près Genève.

Le calcaire blanc jaunâtre, soit du Salève, soit de la Provence, appartient-il à la partie inférieure de la craie, ou bien aux dernières assises jurassiques ? Plusieurs savans de Marseille, appuyés de l’imposante opinion de M. Élie de Beaumont, pensent que la grande masse de calcaire blanc jaunâtre avec dicérates et térébratules, qu’on trouve si répandue dans le département du Var et des Bouches-du-Rhône, fait partie de la série de la craie, et qu’ils en forment l’étage inférieur, ou même moyen : ils rangent par dessus cela les couches à Ammonites, Hamites et Turrilithes ; des marnes où il y a quelques fucoïdes et par-dessus encore des couches, qui parfois ont un aspect minéralogique peu différent du calcaire blanc jaunâtre inférieur, et qui contiennent des Hippurites, des Miliolithes, et des Nummulithes : ces dernières paraissent différer un peu de celles des Basses-Alpes et même de certaines localités de Var. J’avoue que je ne puis adopter pour le moment tout-à-fait cette opinion ; et pour moi le système crayeux commencerait aux couches à Grypbœa columba, et à celles à Turrilithes et Hamites ; c’est au moins ainsi que l’on fait commencer la série crayeuse dans l’ouest de la France, et puisque dans le Midi il y a aussi des couches, qui réellement, par leurs caractères minéralogiques, aussi bien que par les caractères palæontologiques correspondent à celles de l’ouest, je ne vois aucune raison pour que dans une localité on les place dans une assise, et ailleurs dans une autre ; si donc il est naturel de placer les couches à Hamites, Gryphœa columba, Ammonites dans la partie inférieure de la craie, il me paraît logique de faire descendre le calcaire qui supporte cette assise dans la dernière division du calcaire jurassique : sauf à voir si par des liaisons retrouvées sur une grande étendue, même dans la chaîne du Jura, il ne sera pas rationnel de grouper un jour le représentant probable du Portland-Stone, plutôt avec la série crayeuse qu’avec la grande série oolithique. Quoi qu’il en soit de cette question incidente, le calcaire dont nous venons de parler se voit ensuite, en continuant à descendre le Verdon, reposant sur les marnes du lias qui commencent à se montrer au jour à une heure de distance au nord de la ville de Castellane, située elle-même sur le lias, malgré que plusieurs rochers environnans appartiennent bien clairement à la craie, puisqu’on y retrouve en abondance la Gryphœa columba. Ce sont ces rochers et le calcaire d’Estourbes à points chloriteux et à Ammonites, qui, en se prolongeant, mais avec quelques interruptions, dans le département du Var, lient les formations secondaires récentes des Basses-Alpes avec celles des montagnes qui se trouvent au nord de Draguignan et de Grasse, principalement composées de calcaire blanc jaunâtre compacte, et de nombreux lambeaux d’une formation marneuse et calcaire avec glauconie et nombreux fossiles qui se rapportent évidemment à la craie inférieure.

Dans mon excursion au travers des Basses-Alpes, lorsque je fus arrivé à Castellane, je cessai de suivre le cours du Verdon, qui, après avoir couru d’abord du nord au sud comme plusieurs des rivières de ce département, tourne ensuite auprès de cette ville de l’est à l’ouest : j’étais désireux de traverser les montagnes qui s’étendent entre Castellane et Digne, en pensant que, de cette manière, j’aurais parcouru une section qui m’aurait permis de voir de deux côtés le relèvement et la superposition des couches au-dessus des deux massifs de lias, qui se trouvent aux environs de chacune de ces deux villes. En effet, je ne fus pas trompé dans mon attente, puisque m’étant dirigé du S.-E. au N.-O., après avoir parcouru d’abord (fig. 2) des couches du lias à Gryph. arcuata et pentacrines inclinées à peu près vers le S.-E. et après avoir trouvé un massif de gypse et encore quelques traces de lias, j’ai retrouvé des couches de calcaire compacte blanc jaunâtre en couches bouleversées, mais que, d’après quelques indices, on pourrait croire inclinées au N.-O., et au-dessus de celles-ci, dans une espèce de bassin à un endroit que l’on nomme Toulanne, des couches qui appartiennent évidemment à la craie, puisqu’elles contiennent les Gryphœa columba avec lesquelles sont associés des polypiers, des huîtres, quelques miliolithes, et peut-être de petites nummulithes. Ces couches, dont les plus marquées inclinent au S.-E., sont composées d’espèces de grès et de calcaires arénacés avec points verts, et contenant des fragmens de bois bituminisés. Elles alternent à plusieurs reprises avec des bancs de poudingue, qui contiennent beaucoup de cailloux siliceux. En montant ensuite une rampe que suit la route sur la gauche du petit torrent qui coule au pied, et marchant toujours vers le N.-O., on voit bientôt ces couches reposer sur des bancs de ce calcaire blanc jaunâtre dont j’ai tant de fois parlé, et où j’ai vu une bélemnite qui ne paraît pas être de celles de la craie. Ce calcaire repose à son tour sur un ensemble de marnes et calcaires, qui a bien l’aspect du lias, et au milieu duquel ressort un massif de gypse rougeâtre avec des marnes diversement colorées. En passant au-delà, et avançant vers Senez, on voit de nouveau des couches qui ressemblent au lias, mais dont l’inclinaison a changé, puisqu’elles plongent au nord et qu’à quelques centaines de toises au-delà, on se trouve de nouveau dans des couches évidemment supérieures, qui sont d’abord d’un calcaire marneux compacte, et puis de marnes et d’une espèce de grès, où l’on voit de grandes branches pétrifiées, qui doivent probablement avoir appartenu a des fucoïdes, et ensuite encore des calcaires marneux. C’est dans cette série de couches, et particulièrement dans les marnes à côté du grès, à ce que je crois, qu’a été trouvé le Scaphites Ivani ; je tiens ce fait de l’auteur même de la découverte. On voit que cela coïncide assez bien avec la position que j’assigne à ces couches dans le système crayeux. Continuant toujours à marcher dans la même direction, on se retrouve enfin dans un terrain tertiaire, que l’on parcourt jusqu’à ce qu’on arrive à Barême. Ce terrain tertiaire a beaucoup d’analogie avec celui du grand plateau de Mezel à Riez, puisqu’il est formé par des couches d’un calcaire marneux blanchâtre, de marnes rouges et grises, de grès ou molasse et de poudingue ; j’ai retrouvé au milieu des marnes grisâtres, un banc de lignite de peu d’épaisseur et des marnes bitumineuses, contenant un grand nombre de petites paludines. Les couches de ce terrain tertiaire sont, ainsi que les autres, inclinées d’abord vers le N.-O., et ensuite vers le S.-E. du côté de Barème, puisque là elles prennent l’inclinaison du massif secondaire qu’on doit parcourir pour arriver de Barème à Digne, en passant par la montagne ; lorsqu’on commence à la gravir, on parcourt d’abord des couches d’un calcaire marneux gris bleuâtre, contenant des ammonites de la formation de la craie, couches qui sont assez multipliées, et qui inclinent en général vers le S.-E. ; ces couches sont aussi très contournées. Après cela, on passe à des couches plus compactes et de couleur blanc jaune, et on arrive au banc de calcaire gris de fumée dont nous avons déjà fait mention, après lequel, c’est-à-dire auprès du village de Chandon, on se trouve dans les marnes noires à ammonites et nombreuses bélemnites du lias. On suit, après ce village, les marnes et les calcaires, qui leur sont subordonnés, ainsi que le calcaire à Gryphœa arcuata, jusqu’à Digne, où se trouve peut-être le point le plus ancien de la formation. Les couches plongent toujours à peu près vers le S.-E.

Voilà les observations que j’ai pu réunir dans le département des Basses-Alpes sur ce qui regarde la constitution géognostique de la plus grande portion du pays lui appartenant, qui s’étend sur la gauche de la Durance ; malheureusement il me manque, pour pouvoir en donner une idée plus générale, d’avoir recueilli quelques observations sur la partie du département qui est sur la droite de cette rivière, mais je n’ai pas eu le loisir d’y pousser mes excursions. Je sais cependant que cette partie n’est pas moins intéressante à étudier, et qu’on a des données pour croire que des assises du terrain crayeux inférieur se montrent entre autres du côté de Simiane et du côté d’Apt : quant à la partie du département que j’ai parcourue, j’ai cru devoir communiquer à la Société les observations que j’y ai faites, quoiqu’elles soient loin d’être complètes, pour faire voir combien ce département mérite d’être étudié à fond sous le rapport de la géologie et des fossiles, qui sont répandus en très grand nombre dans les différentes formations qui le constituent.

M. Des Genevez fait observer que M. Pareto cite, dans son Mémoire, des calcaires bitumineux qui viennent à l’appui des observations de M. Fournet sur le Mémoire de M. Reichenbach, et rappelle à ce sujet que M. Turner a déjà publié une théorie pour expliquer la formation des bitumes par la décomposition des corps organiques.

M. Dufrénoy ajoute qu’il existe des calcaires ne contenant aucun fossile, qui ont cependant une très forte odeur bitumineuse.

M. Deshayes lui fait observer que certains calcaires ne laissent voir dans leur cassure fraîche aucune espèce de traces de fossiles ; mais que cependant, quand ils ont été exposés pendant un temps plus ou moins long aux actions atmosphériques, ils en montrent à leur surface des traces bien évidentes ; qu’ainsi il faudrait bien s’assurer, avant de citer un calcaire bitumineux, s’il ne serait pas dans ce cas ; que d’ailleurs les calcaires ont pu être modifiés de manière à effacer toutes les traces de fossiles, sans que le principe bitumineux qui résulterait de leur décomposition ait disparu.

M. Dufrénoy répond que, si cette objection peut être fondée pour quelques calcaires, il ne pense pas qu’elle le soit pour les quarz bitumineux des terrains anciens, et notamment de ceux si fétides des environs de Limoges, lesquels existent dans une région entièrement dépourvue de calcaires.

M. Brongniart fait observer que jusqu’à présent on avait pensé que l’odeur des quarz des environs de Limoges était due à du gaz hydrogène sulfuré ; mais on lui observe qu’on en trouve à la fois de fétides et de bitumineux.

M. Deshayes répond que la présence du bitume dans ce quarz pourrait tenir à un phénomène postérieur à leur formation ; et ajoute que dès qu’il y a eu commencement d’existence de corps organiques à la surface de la terre, il a dû s’y former nécessairement du bitume ; qu’ainsi on ne serait peut-être pas fondé, pour réfuter l’origine de cette substance par leur décomposition, à citer la présence du bitume dans certaines roches dites primitives, comme les granites, par exemple ; puisqu’on a reconnu que beaucoup de ceux-ci avaient été formés à des époques bien postérieures à celle de l’origine des corps organiques à la surface du globe.

M. Boubée expose à ce sujet une nouvelle manière d’expliquer le phénomène : partant de ce fait, bien connu des menuisiers et peintres en bâtimens, que, pour délivrer en peu de temps l’intérieur des appartements dont on vient de peindre les boiseries, il suffit d’y exposer, le soir, un seau d’eau dans lequel on plonge une grosse poignée de foin ; que le lendemain matin, l’appartement est déjà privé de toute l’odeur de la peinture, et qu’on voit l’eau couverte de gouttes d’huile et de bitume, qui nagent à la surface, M. Boubée en conclut que, de même, aux anciennes époques de la vie du globe, s’il y avait dans l’atmosphère des matières bitumineuses volatilisées par la chaleur, elles devaient être également absorbées par les eaux, et principalement par les eaux lacustres qui se trouvaient chargées d’une abondante végétation.

M. Boubée fait remarquer à l’appui de son hypothèse, que c’est précisément dans les calcaires d’eau douce, et dans ceux qui accompagnent les gisemens de lignite, qu’on trouve une plus grande quantité de bitume disséminé ; que les autres calcaires en contiennent beaucoup moins, et que d’ailleurs la manière d’expliquer le fait peut également convenir aux calcaires qui ne contiennent aucune trace de fossiles, comme à ceux qui en contiennent le plus, n’attribuant l’existence du bitume ni à la présence des animaux, ni à celle des végétaux, mais bien à celle du bitume natif volatilisé dans l’atmosphère, comme le mercure, le plomb, le zinc, le soufre, au sujet desquels il avait déjà émis la même opinion (Voyez Bull., t. II, p. 348). Il ajoute que les chimistes connaissent plusieurs liquides qui ont de même la propriété d’absorber diverses matières vaporeuses, disséminées dans l’air environnant.

M. Rozet continue ses communications verbales sur les diverses formations de la chaîne des Vosges.