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Calligrammes/Chevaux de frise

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Calligrammes
Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)
Mercure de France (p. 184-186).
CHEVAUX DE FRISE


Pendant le blanc et nocturne novembre
Alors que les arbres déchiquetés par l’artillerie
Vieillissaient encore sous la neige
Et semblaient à peine des chevaux de frise
Entourés de vagues de fils de fer
Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps
Un arbre fruitier sur lequel s’épanouissent
                      Les fleurs de l’amour

Pendant le blanc et nocturne novembre
Tandis que chantaient épouvantablement les obus
Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient
                      Leurs mortelles odeurs
Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine
La neige met de pâles fleurs sur les arbres
      Et toisonne d’hermine les chevaux de frise
            Que l’on voit partout
                      Abandonnés et sinistres
                            Chevaux muets

        Non chevaux barbes mais barbelés
                Et je les anime tout soudain
        En troupeau de jolis chevaux pies
Qui vont vers toi comme de blanches vagues
                      Sur la Méditerranée
            Et t’apportent mon amour
Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue
                            ô Madeleine
Je t’aime avec délices
Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches
Si je pense à ta bouche les roses m’apparaissent
Si je songe à tes seins le Paraclet descend
              Ô double colombe de ta poitrine
Et vient délier ma langue de poète
              Pour te redire
              Je t’aime
Ton visage est un bouquet de fleurs
      Aujourd’hui je te vois non Panthère
                            Mais Toutefleur
Et je te respire ô ma Toutefleur

Tous les lys montent en toi comme des cantiques
d’amour et d’allégresse

Et ces chants qui s’envolent vers toi
                      M’emportent à ton côté
                Dans ton bel Orient où les lys
Se changent en palmiers qui de leurs belles mains

Me font signe de venir
La fusée s’épanouit fleur nocturne
                      Quand il fait noir
Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses
De larmes heureuses que la joie fait couler
        Et je t’aime comme tu m’aimes
                          Madeleine