Cent Proverbes/62

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H. Fournier Éditeur (p. 252).

fenêtres nombreuses abritées de jalousies, qui en ont depuis modifié l’aspect. C’était un village bâti à coups de hache dans un carrefour, avec les troncs d’arbres à peine équarris d’une forêt vingt fois centenaire.

Deux jeunes gens y arrivèrent un matin, vers l’époque que nous venons d’indiquer, et par un temps détestable. Leur uniforme vert et noir était celui des chasseurs de Condé ; mais à peine le distinguait-on sous une espèce d’enduit jaunâtre que la poussière et l’orage y avaient tour à tour déposé. Ils avaient une sorte de billet de logement, et allaient de porte en porte demander l’arpenteur de S. A. le duc de Nassau.

Les bons paysans allemands, que le séjour des baigneurs étrangers n’avait point encore formés aux calculs avares, leur offraient spontanément l’hospitalité des anciens jours. Mais nos voyageurs, tout en les remerciant, paraissaient tenir à rester dans les limites de leur droit ; car ils insistaient toujours afin d’être conduits chez « Monsieur l’arpenteur, » tenu de les héberger, nourrir, etc.

Ils arrivèrent ainsi devant un grand châlet de bois, qu’on leur dit être l’habitation de ce digne fonctionnaire, et ils furent frappés en y entrant par l’aspect de quelques meubles d’origine étrangère, qui réveillaient en eux des souvenirs d’une autre époque. C’était une cassette de Boulle, négligemment posée sur le grossier bahut de chêne enfumé ; c’était une épée de cour accrochée sous l’âtre à côté du fusil de chasse, et beaucoup plus rouillée que ce dernier ; c’était enfin un pastel de Latour entre deux grossières images mal encadrées. Bientôt l’énigme fut expliquée ; car ils retrouvèrent dans le propriétaire de la maison un de