Cent Proverbes/80

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H. Fournier Éditeur (p. 332).

Le comte monta aussitôt dans le boudoir où se tenait habituellement la comtesse, et fit semblant de ne point s’apercevoir que le piano était ouvert et que plusieurs morceaux étaient accumulés sur le pupitre.

— Est-ce que vous chantiez ? dit-il d’un ton d’indifférence en s’adressant à sa femme.

— Point du tout ; je regardais cette musique, mais des yeux seulement, sans chanter.

— Songez à la défense du médecin.

— Je ne l’ai point oubliée, et si jamais je chantais à l’avenir, ce serait si bas, si bas, qu’à moins d’avoir l’oreille contre mon piano, personne ne pourrait m’entendre.

M. de G. avait quelques affaires à terminer, il revenait de visiter une terre considérable qu’il avait dans la Brie : du moins, tel fut le prétexte qu’il donna à sa femme pour s’absenter. Mais, au lieu de sortir, il se retira dans son cabinet et prêta de nouveau l’oreille.

Au bout de quelques instants, l’air de Casta diva recommença de plus belle, puis le beau finale du premier acte Ah ! se tu sei la vittima, puis le duo entre Norma et Adalgisa. Après Norma vint Parisina, puis Semirarmide, puis Maria di Rohan ; tout le répertoire de mademoiselle Grisi y passa.

M. de G. sortit de son cabinet, enchanté de voir si bien réussir l’idée que lui avait suggérée son médecin.

Il descendit dans la cour et donna l’ordre de seller un cheval, ayant l’habitude de faire tous les jours une promenade d’une heure ou deux avant le dîner.

Il alla rejoindre la comtesse, et feignit d’avoir employé à conférer avec son notaire et des hommes d’affaires les trois