Ces Dames de Lesbos/23

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Vêtue en homme, chapeau mou, veston droit, col droit, jupe déjà moins ample qu’une culotte de golf, Harriette de Sonny, la fameuse poétesse, va à un rendez-vous. C’est la grande étoile de Lesbos à Paris. Elle a publié des livres connus dans le monde entier, elle atteint la cinquantaine, et ses désirs s’exaltent avec fureur au début de chaque été. Alors, elle se met en chasse. Il lui faut des jouvencelles tendres, éduquées, musiciennes, qui sachent goûter sa littérature. On en trouve, mais pas assez. À cette heure, Harriette de Sonny va donc à un rendez-vous avec une toute nouvelle romancière qui vient de publier un livre exquis : Embrasse mon âme.
Cela se passe aux Champs-Élysées. Voici la rue Marbeuf. La maison est belle. Harriette entre, monte allègement. N’est-elle pas une sorte d’homme, elle qui répudia de longtemps les timidités féminines ?
Elle sonne. Une servante ouvre. Bien jolie et délurée, la soubrette ! La jeune romancière devra la renvoyer sans délai, car Harriette est jalouse.
Le salon. Des meubles charmants, des tableaux, des tapis, des porcelaines, des livres d’un modernisme exalté.
Et dans ce décor, la douce écrivain, qui est jolie, curieuse, l’air viril et des muscles apparents partout, car sauf une jupette pareille à un pagne, elle est nue.
Sans hésiter, Harriette l’imite et s’assoit à son côté.
Des mots, des caresses légères, des déclarations affectueuses, des…
Mais, à un geste précis d’Harriette, la poétesse sursaute et se lève…
Horreur ! Mme de Sonny a devant elle, pour la première fois, non point une femme, mais un homme ! Elle va fuir…
Mais il est trop tard. L’homme est vigoureux. Il plie l’ennemie de son sexe, la domine, la vainc :
— Madame, dit-il alors, avec une politesse exquise, souffrez que je vous fasse connaître l’édition originale d’un divertissement que depuis si longtemps vous plagiez…