Explication suivie des quatre Évangiles/Chapitre 20

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Chapitre 19 Chaîne d’or sur l’évangile de saint Jean Chapitre 21


CHAPITRE XX



Versets 1-9.



S. Chrysostome : (hom. 85 sur S. Jean.) Le sabbat ou la loi commandait à chacun de rester en repos, étant passé, Madeleine ne put résister plus longtemps au désir qui la pressait ; elle vint donc à la première aurore pour trouver quelque, consolation en voyant le lieu où Jésus avait été enseveli : « Le jour d’après le sabbat, » etc. — S. AUG. (de l’acc. des Evang., 3, 12.) Marie-Madeleine vint au sépulcre sous l’impulsion d’un amour plus ardent que celui des autres femmes qui avaient servi le Sauveur, et c’est la raison pour laquelle saint Jean ne parle ici que d’elle, à l’exception des autres femmes qui étaient venues avec elle d’après le récit des autres évangélistes.




S. AUG. Ce premier jour de la semaine est celui que les chrétiens appellent maintenant le jour du Seigneur, à cause de la résurrection du Sauveur, et que saint Matthieu désigne sous le nom de premier jour du sabbat. — Bède : Le premier jour du sabbat, c’est-à-dire, le lendemain du sabbat, ou le premier jour qui suit le sabbat. — THEOPHYL. Ou bien encore, comme les Juifs donnaient le nom de sabbat à tous les jours de la semaine, ils appelaient le premier du sabbat, le premier des jours du sabbat ou de la semaine. Ce jour est le symbole de la vie future, qui ne sera composée que d’un seul jour que la nuit n’interrompra jamais, car Dieu en est le soleil, et ce soleil ne se couche jamais. C’est donc, dans ce jour que le Seigneur a voulu ressusciter et revêtir son corps de l’incorruptibilité dont nous nous revêtirons nous-mêmes dans la vie future.




S. AUG. (de l’accord des Evang.) Ce que rapporte saint Marc : « Qu’elles vinrent de grand matin le soleil étant déjà levé, » n’est point en contradiction avec ce que dit ici saint Jean : « Alors que les ténèbres n’étaient pas encore dissipées, » car à la naissance du jour il reste encore quelque obscurité qui se dissipe d’autant plus que la lumière du jour s’avance davantage. Il ne faut pus du reste entendre ces paroles de saint Marc, dans ce sens que le soleil paraissait déjà sur l’horizon, mais dans le sens où nous disons, lorsque nous voulons qu’une chose soit faite le plus tôt possible : « Vous la ferez au soleil levé, » c’est-à-dire à l’heure où il est près de se lever. — S. GREG. (hom. 22 sur S. Jean. ) L’expression : « Lorsque les ténèbres n’étaient pas encore dissipées, » est pleine de justesse ; Marie, en effet, cherchait dans le sépulcre le Créateur de toutes choses qu’elle avait vu mourir dans son corps sur la croix, et comme elle ne le trouve point, elle croit qu’on l’a dérobé ou enlevé. Il est donc vrai de dire que les ténèbres duraient encore lorsqu’elle se rendit au sépulcre.




« Et elle vit la pierre ôtée du tombeau. » — S. AUG. (de l’acc. des Evang.) Ce que saint Matthieu seul rapporte du tremblement de terre, du renversement de la pierre et de l’effroi des gardes avait donc eu déjà lieu.




S. Chrysostome : Le Seigneur était ressuscité sans renverser la pierre du sépulcre, sans rompre les sceaux qu’on y avait apposés, mais comme le fait de la résurrection devait être connu avec certitude d’un grand nombre d’autres, le tombeau est ouvert après que Jésus est ressuscité, afin que chacun puisse croire à la vérité de ce qui est arrivé. Cette circonstance frappe vivement Madeleine ; aussi à la vue de la pierre ôtée du tombeau, elle n’entra pas dedans, elle ne prit pas le temps de regarder, mais courut avec un empressement mêlé d’amour, apprendre cet événement aux disciples. Elle n’avait encore aucune idée claire de, la résurrection, et croyait seulement qu’on avait changé le corps de place. — LA GLOSE. Elle court donc apprendre cette nouvelle aux disciples, pour les engager, ou à chercher avec elles, ou du moins à partager sa douleur : « Elle courut donc, et vint trouver Simon-Pierre et cet autre disciple que Jésus aimait, » etc. — S. AUG. (Traité 119 sur S. Jean.) Saint Jean se désigne ordinairement par l’affection que Jésus avait pour lui, non pas que Jésus n’aimât les autres disciples, mais parce que le Sauveur avait pour lui un amour plus particulier et plus intime.




« Et elle leur dit : Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons où ils l’ont mis. » — S. GREG. (Moral., 3, 10 ou 9 dans les anc. édit.) En parlant de la sorte, Madeleine prend la partie pour le tout ; c’était le corps seul du Sauveur qu’elle était venu chercher, et elle s’afflige comme si on eût enlevé le Seigneur tout entier.




S. AUG. (Traité 120 sur S. Jean.) Quelques exemplaires grecs portent : « Ils ont enlevé mon Seigneur, » ce qui parait être l’expression d’un amour plus ardent ou d’un plus grand attachement. Mais nous n’avons pas trouvé cette addition dans un grand nombre de manuscrits que nous avons sous la main. — S. Chrysostome : L’Evangéliste ne veut point ravir, à cette femme la gloire, qui lui est due, et ne croit pas qu’il y ait de la honte pour eux que Madeleine leur ait appris la première cette nouvelle. Aussitôt donc qu’elle leur eût parlé, ils se rendent en toute hâte au tombeau.




S. GREG. (hom. 22 sur les Evang.) Ce sont ceux dont l’amour est plus grand qui courent aussi plus vite que les autres, c’est-à-dire, Pierre et Jean : Pierre sortit avec, l’autre disciple, et il vint au sépulcre. — THEOPHYL. Demanderez-vous comment ils osèrent venir au tombeau en présence de ceux qui le gardaient ? C’est une question qui suppose bien de l’ignorance, car après que le Seigneur fut ressuscité, et qu’en même temps que la terre tremblait, un ange apparut sur la pierre du sépulcre, les gardes s’enfuirent pour annoncer aux pharisiens ce qui venait d’avoir lieu. — S. AUG. Après avoir dit : « Ils vinrent au tombeau, » saint Jean revient sur ses pas pour raconter comment ils y arrivèrent : « Ils couraient tous deux ensemble, et l’autre courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre. » Il nous apprend ainsi qu’il arriva le premier, mais il raconte tout ce qui le concerne, comme s’il s’agissait d’un autre.




S. Chrysostome : Aussitôt qu’il fut arrivé, il considère les linges qui avaient été laissés dans le tombeau : « Et s’étant penché, il vit les linceuls posés à terre. » Toutefois il ne pousse pas plus loin ses recherches, et s’en tient là. Pierre, au contraire, beaucoup plus ardent, entre dans le tombeau, examine tout avec soin, et voit quelque chose de plus : « Simon-Pierre qui le suivait, arriva ensuite et entra dans le sépulcre, et vit les linges posés à terre, et le suaire qui couvrait sa tête, non point avec les linges, mais plié en un lieu à part. » Il y avait dans toutes ces circonstances une preuve évidente de la résurrection. Car en supposant qu’on eût enlevé son corps, on ne l’eût pas dépouillé de ses linceuls, et ceux qui seraient venus le dérober, n’auraient pas pris tant de soin d’ôter le suaire, de le rouler et de le placer dans un endroit à pari, séparé des linceuls ; mais ils auraient tout simplement enlevé le corps tel qu’il se trouvait. Pourquoi saint Jean nous a-t-il l’ait remarquer précédemment que Jésus avait été enseveli avec une grande quantité de myrrhe, qui fait adhérer fortement les linges au corps, c’est pour que vous ne soyez pas dupe de ceux qui vous affirment que le corps du Sauveur a été enlevé, car celui qui serait venu pour le dérober, n’aurait point perdu le sens à ce point que de dépenser tant de soins et de temps pour une chose parfaitement inutile.




Jean entre dans le tombeau après Pierre : « Alors l’autre disciple qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi, et il vit, et il mit, » etc. — S. AUG. Il en est qui pensent que Jean croyait déjà que Jésus était ressuscité, mais ce qui suit indique le contraire. Il vit que le tombeau était vide, et il crut à ce que Madeleine leur avait rapporté : « Car, ajoute le récit évangélique, ils n’avaient pas encore compris ce que dit l’Ecriture, qu’il fallait qu’il ressuscitât d’entre les morts. » Jean ne croyait donc pas encore à la résurrection du Sauveur, puisqu’il ne savait pas encore qu’il dût ressusciter. Le Seigneur leur en avait parlé souvent, mais bien qu’il s’exprimât dans les termes les plus clairs, l’habitude qu’ils avaient d’entendre des paraboles, les empêchait de comprendre ce qu’il leur disait et leur faisait donner un autre sens à ses paroles.




S. GREG. (hom. 22 sur les Ev.) Gardons-nous de croire que ce récit aussi détaillé ne renferme quelques mystères, en effet, Jean, le plus jeune des deux disciples, représente la synagogue juive ; Pierre, le plus âge, est la figure de l’Église des nations, car bien que la synagogue ait précédé l’Église des nations, pour ce qui concerne le culte de Dieu, toutefois, dans l’ordre naturel, le peuple des Gentils précède la synagogue des Juifs. Ils coururent tous deux ensemble, parce que depuis le temps de leur naissance jusqu’à celui de tour déclin, le peuple des Gentils et la synagogue ont suivi nue voie commune, quoiqu’avec des sentiments bien différents. La synagogue arrive la première au sépulcre, mais elle n’y entre pas, c’est qu’en effet, elle a bien reçu de Dieu les commandements de la loi, elle a entendu les prophéties qui avaient pour objet l’incarnation et la passion du Seigneur, mais elle a refusé de croire en lui lorsqu’il fut mort. Simon-Pierre, au contraire, vient et entre dans le sépulcre, parce que l’Église des Gentils est venue la dernière, à la suite de Jésus-Christ, et a connu et cru qu’il était mort dans sa nature humaine, mais qu’il était vivant dans sa nature divine. Le suaire qui enveloppait la tête du Seigneur ne se trouve point avec les linceuls, parce que Dieu est la tête du Christ, et que les mystères incompréhensibles de la divinité sont en dehors de l’intelligence de notre faible humanité, et que sa puissance est au-dessus de toute nature créée. Le suaire n’est pas seulement séparé, mais roulé ; en effet, un linge qui est roulé ne laisse voir aucune de ses deux extrémités, et il est ainsi la figure de la divinité sublime qui n’a point eu de commencement et ne doit point avoir de fin. L’Evangéliste ajoute avec raison, qu’il était placé dans un endroit seul, parce que Dieu ne se trouve pas dans les âmes divisées, et que ceux-là seuls méritent de recevoir sa grâce qui ne se séparent pas les uns des autres par les scandales que produisent les sectes. Le linge qui couvre la tête sert à essuyer la sueur de ceux qui travaillent, et ce suaire peut être considéré comme la figure du travail de Dieu, qui demeure toujours dans son repos et dans son immutabilité, et qui nous déclare cependant qu’il ne cesse de travailler, parce qu’il supporte le lourd fardeau des iniquités des hommes. Le suaire qui enveloppait la tête est trouvé plié en un lieu à part, parce que la passion de notre divin Rédempteur est bien éloignée de nos propres souffrances, car Jésus a souffert sans être coupable, ce que nous souffrons en expiation de nos crimes. Il s’est soumis volontairement à la mort dont nous sommes les victimes involontaires. Après que Pierre est entré, Jean entre à son tour, parce qu’à la fin du monde, les Juifs se réuniront au peuple fidèle pour embrasser la foi du Rédempteur.

THEOPHYL. Ou bien encore, Pierre est la figure, de l’esprit actif et prompt, Jean, le symbole de l’esprit contemplatif et instruit dans la connaissance des choses de Dieu. Or, souvent l’esprit contemplatif est le premier par sa facilité à comprendre les charités divines, mais l’esprit actif l’emporte sur cette pénétration d’intelligence par sa ferveur persévérante et sa constante application, et son regard pénètre le premier la profondeur des divins mystères.




Versets 11-18.



S. GREG. (hom. 25 sur les Evang.) Marie-Madeleine, qui avait été connue pour une femme pécheresse dans la ville, dans son amour pour la vérité, lava de ses larmes les taches de sa vie criminelle, et vit s’accomplir en elle ces paroles de la vérité : « Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. » (Lc 7) Elle était restée précédemment dans le froid mortel du péché, elle brûle maintenant des flammes de l’amour le plus ardent. Considérez, en effet, combien grande était la force de son amour qui la retient près du tombeau du Sauveur, alors que tous ses disciples l’ont abandonné, comme le rapporte l’Evangéliste : « Les disciples s’en revinrent de nouveau chez eux. » — S. AUG. C’est-à-dire, dans le lieu qu’ils habitaient et d’où ils étaient accourus au tombeau. Les hommes s’en sont retourné, mais un amour beaucoup plus fort enchaîne près du tombeau le sexe qui est le plus faible : « Mais Marie se tenait dehors, près du sépulcre, versant des larmes. » — S. AUG. (de l’acc. des Ev., 3, 24.) Elle se tenait près du sépulcre de pierre, mais dans le lieu fermé dans lequel elles étaient déjà entrées, et qui formait comme un jardin autour du tombeau.




S. Chrysostome : (hom. 86 sur S. Jean.) Ne soyez point surpris que Marie pleure amèrement auprès du tombeau, tandis que nous ne voyons pas que Pierre ait versé des larmes, car les femmes sont naturellement portées à la compassion et aux pleurs. — S. AUG. Les yeux qui avaient cherché le Seigneur sans le trouver étaient donc baignés de larmes et ils s’affligeaient beaucoup plus de ce que le corps du Sauveur avait été enlevé du tombeau, que de ce qu’il avait été mis à mort sur la croix, car on ne possédait même plus alors le tombeau de ce divin Maître dont la vie avait été si cruellement tranchée.




S. AUG. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Marie avait vu avec les autres femmes l’ange assis à droite sur la pierre renversée du tombeau, et à sa voix elle regarde en pleurant dans le tombeau. — S. Chrysostome : La vue du tombeau d’une personne chère est un adoucissement à la douleur de l’avoir perdue, aussi voyez comment Marie cherche à se consoler en se penchant et eu regardant de plus près le lieu où a reposé le corps du Sauveur. — S. GREG. (hom. 25) Ce n’est pas assez pour son amour de l’avoir vu une fois, et sa vive affection redouble ses désirs et lui fait multiplier ses recherches. — S. AUG. (Traité 121 sur S. Jean.) Sa douleur n’avait point de bornes, elle n’en croyait ni à ses yeux ni à ceux des disciples, ou plutôt une inspiration divine la portait à regarder dans l’intérieur du tombeau. — S. GREG. Elle a cherché le corps du Sauveur sans le trouver, elle a persévéré dans ses recherches et elle a fini par le trouver. Ses désirs retardés dans la jouissance de leur objet n’en devinrent que plus ardents, et dans leur ardeur ils se saisirent de ce qu’ils cherchaient. En effet, le retard ne fait qu’accroître les saints désirs, et ceux qu’il rend moins ardents n’étaient pas de vrais désirs. Or voyons dans cette femme dont l’affection est si forte et qui se penche de nouveau vers le tombeau qu’elle avait déjà considéré, quelle est la récompense de cet amour ardent qui la porte à multiplier ses recherches : « Et elle vit deux anges vêtus de blanc, » etc. — S. Chrysostome : Comme l’esprit de cette femme n’était pas encore assez élevé pour que la vue des linceuls lui fît conclure que Jésus était ressuscité, elle voit des anges revêtus d’habits de joie et qui devaient porter la consolation dans son âme.




S. AUG. Mais pourquoi l’un de ces anges est-il assis à la tête et l’autre aux pieds ? Ceux qui sont appelés anges en grec portent en latin le nom de messagers ; celle manière d’apparaître ne signifierait- elle donc pas que l’Evangile de Jésus-Christ devait être annoncé des pieds jusqu’à la tête, c’est-à-dire, du commencement jusqu’à la fin ? — S. GREG. Ou bien encore l’ange qui est assis à la tête représente les apôtres annonçant au monde ces sublimes paroles : « Au commencement était le Verbe, » et celui qui est assis aux pieds figure les mêmes apôtres prêchant cette autre vérité : « Et le Verbe s’est fait chair. » Nous pouvons encore voir dans ces deux anges les deux Testaments qui annoncent d’un commun accord l’incarnation, la mort et la résurrection du Sauveur, le premier des deux Testaments est comme assis à la tête, et le second aux pieds.




S. Chrysostome : Les anges qui apparaissent ne disent rien de la résurrection, mais amènent indirectement le discours sur cette vérité. La vue de ces vêtements éclatants et extraordinaires pouvait inspirer à Marie un sentiment d’effroi, ils lui disent donc : « Femme, pourquoi pleurez-vous ? » — S. AUG. Les anges lui défendent les larmes, et lui annoncent la joie qui devait bientôt inonder son âme, car lui demander : « Pourquoi pleurez-vous ? » c’est lui dire : « Ne pleurez pas. » — S. GREG. C’est qu’un effet les saintes Ecritures qui excitent en nous les larmes de l’amour, sèchent ces mêmes larmes, en nous donnant l’espérance du Rédempteur. — S. AUG. Marie, persuadée qu’ils ignorent ce qu’ils lui demandent, leur fait connaître la cause de ses larmes : « Elle leur répondit : Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur. » Elle appelle son Seigneur, le corps inanimé du Sauveur, en prenant la partie pour le tout, dans le sens ou nous confessons tous que Jésus-Christ, Fils de Dieu a été enseveli, bien que son corps seul ait été mis dans le tombeau. « Et je ne sais où ils l’ont mis. » Ce qui augmentait sa douleur, c’est qu’elle ne savait où aller pour la consoler. — S. Chrysostome : Elle ne savait encore rien de la résurrection, et s’imaginait que le corps avait été enlevé. — S. AUG. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Il faut admettre ici que les anges se levèrent, et apparurent debout, comme saint Luc le dit en termes exprès.




S. AUG. (Traité 121 sur S. Jean.) Mais le moment était venu ou selon la prédiction des anges qui lui avaient dit : « Ne pleurez pas, » la joie devait succéder aux larmes : « Ayant dit cela, elle se retourna, » etc. — S. Chrysostome : Pourquoi Marie qui vient de parler aux anges, se retourne-t-elle en arrière sans attendre leur réponse ? C’est à mon avis qu’au moment où elle parlait aux anges, Jésus-Christ apparut derrière elle, et que les anges à la vue de leur souverain Maître, manifestèrent par leur attitude, leur regard et leurs mouvements qu’ils avaient vu le Seigneur, et c’est ce qui porta Marie à se retourner. — S. GREG. Remarquez que Marie qui doutait encore de la résurrection du Seigneur, se retourne en arrière pour voir Jésus, parce qu’en doutant ainsi, elle tournait pour ainsi dire le dos au Seigneur à la résurrection duquel elle ne croyait pas. Mais comme malgré le doute de son esprit, elle aimait le Sauveur, elle le voyait sans le connaître : « Elle vit Jésus debout et elle ne savait pas que ce fut Jésus. » — S. AUG. Jésus apparut aux anges comme leur souverain maître, mais à Marie sous un autre aspect pour ne point jeter l’effroi dans son âme, car ce n’est pas tout d’un coup, mais insensiblement qu’il fallait la ramener à des idées plus élevées.




« Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleurez-vous ? » — S. GREG. Il lui demande la cause de sa douleur pour accroître ses désirs et embraser son âme d’un amour plus ardent en lui faisant prononcer le nom de celui qu’elle cherchait. — S. Chrysostome : Comme Jésus lui était apparu sous une forme ordinaire, elle crut que c’était le jardinier : « Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si vous l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis et je l’emporterai, » c’est-à-dire : si c’est par crainte des Juifs que vous l’avez enlevé, dites-le moi, et je le prendrai pour le mettre en sûreté. — THEOPHYL. Elle craignait que les Juifs ne se portassent à de nouveaux excès sur son corps même inanimé, et elle voulait le transporter dans un autre endroit qui leur fût inconnu.




S. GREG. Mais ne peut-on pas dire que cette femme tout en se trompant ne fut pas dans l’erreur en croyant que Jésus était le jardinier ? N’était-il pas pour elle un jardinier spirituel, lui qui par la force de son amour avait semé dans son cœur les germes féconds de toutes les vertus ? Mais comment se fait-il, qu’en voyant celui qu’elle prenait pour le jardinier, et sans lui avoir dit qui elle cherchait, elle lui fait cette question : Seigneur, si c’est vous qui l’avez enlevé ? etc. Tel est le caractère d’un amour ardent, il ne suppose point que personne puisse ignorer celui qui est l’objet constant de ses pensées. Après l’avoir d’abord appelé de son nom de femme sans en avoir été reconnu, le Sauveur l’appelle par son nom propre : « Jésus lui dit Marie, » comme s’il lui disait : Reconnaissez celui qui vous reconnaît. Marie, en s’entendant appeler par son nom, reconnaît son divin Maître, car celui qu’elle cherchait extérieurement, était le même qui lui inspirait intérieurement le désir de le chercher : « Elle, se retournant, lui dit : Rabboni, c’est-à-dire Maître. » — S. Chrysostome : De même qu’il était quelquefois présent au milieu des Juifs, sans qu’il en fût reconnu, ainsi même en parlant, il ne se faisait connaître que lorsqu’il le voulait. Mais comment expliquer ce que dit l’Evangéliste, que Marie se retourna, lorsque Jésus lui adressa la parole ? Je pense que lorsqu’elle fit cette question : « Dites-moi où vous l’avez mis ? » elle se tourna vers les anges pour leur demander la cause de leur étonne-ment, et lorsqu’ensuite Jésus-Christ l’appelle par son nom, elle se retourne vers lui, et se découvre à elle par sa parole. — S. AUG. On peut dire encore qu’en se retournant d’abord extérieurement elle prit Jésus pour un autre, mais lorsqu’elle se tourne vers lui par le mouvement de son cœur, elle le reconnaît pour ce qu’il est. Que personne du reste n’accuse cette femme de donner au jardinier le nom de Seigneur, et à Jésus celui de Maître. Ici, elle adressait une prière, là elle reconnaît, d’un côté elle témoigna des égards à un homme de qui elle attendait un service ; de l’autre, elle reconnaît le docteur qui lui avait appris à faire le discernement des choses humaines et des vérités divines. C’est donc dans un tout autre sens qu’elle prend le nom de Seigneur dans cette phrase : « Ils ont enlevé mon Seigneur, » et dans cette autre : « Seigneur, si vous l’avez, enlevé. »




S. GREG. L’Evangéliste ne nous dit pas ce que fit ensuite Marie-Madeleine, mais nous pouvons facilement le supposer par les paroles que le Sauveur lui adresse : « Jésus lui dit : Ne me touchez point, » et qui prouvent qu’elle voulait embrasser les pieds de celui qu’elle venait de reconnaître. Mais pourquoi ne veut-il point qu’elle le touche ? Il en donne la raison : « Car je ne suis pas encore remonté vers mon Père. » — S. AUG. Mais si on ne peut le toucher alors qu’il est sur la terre, comment les hommes pourront-ils le toucher lorsqu’il sera remonté dans le ciel ? D’ailleurs, avant de remonter dans le ciel, n’a-t-il pas engagé lui-même ses disciples à le toucher, en leur disant : « Touchez et voyez qu’un esprit n’a ni chair ni os, » ainsi que le rapporte saint Luc. (Lc 24) Or, qui donc oserait pousser l’absurdité jusqu’à dire qu’à la vérité il a consenti à être touché par ses disciples avant de remonter vers son Père, mais qu’il n’a voulu être touché par des femmes que lorsqu’il serait remonté dans le ciel ? Mais ne voyons-nous pas que les femmes elles-mêmes, parmi lesquelles était Marie-Madeleine, ont touché le corps du Sauveur après sa résurrection, avant qu’il fut remonté vers son Père, comme le raconte saint Matthieu : « Et voilà que Jésus se présenta devant elles et leur dit : Je vous salue. Elles s’approchèrent, et, embrassant ses pieds, elles l’adorèrent. » (Mt 28, 8.) Il faut donc entendre cette défense dans ce sens que Marie-Madeleine était la figure de l’Église des Gentils, qui n’a cru en Jésus-Christ que lorsqu’il fut remonté vers son Père. On peut dire encore que Jésus a voulu que la foi qu’on avait en lui, foi par laquelle on le touche spirituellement, allait jusqu’à croire que son Père et lui ne faisaient qu’un. Car celui qui a fait en lui d’assez grands progrès pour reconnaître qu’il est égal à son Père, monte en quelque manière jusqu’au Père par les sentiments intérieurs de son âme. Comment, en effet, la foi de Madeleine en Jésus-Christ n’aurait-elle pas été charnelle, puisqu’elle ne le pleurait encore que comme un homme ? — S. AUG. (de la Trin., 1, 9.) Le toucher est comme le dernier degré de la connaissance ; aussi Jésus ne voulait pas qu’il fût comme le dernier terme de l’affection si vive de Marie-Madeleine pour lui, et que sa pensée s’arrêtât à ce qui frappait ses regards.




S. Chrysostome : Ou bien encore, cette femme voulait dans ses rapports avec le Sauveur, se conduire comme avant sa passion, et la joie qu’elle éprouvait, fermait son esprit à toute pensée élevée, bien que le corps de Jésus-Christ fût revêtu de propriétés bien supérieures depuis sa résurrection. C’est donc pour la détourner de ces pensées trop naturelles, qu’il lui dit : « Ne me touchez point ; » il veut ainsi qu’elle apprenne à lui parler avec une moins grande familiarité ; c’est pour la même raison que ses rapports avec ses disciples ne sont plus les mêmes qu’avant sa passion, afin qu’ils aient pour lui une plus grande vénération. Ces paroles : « Je ne suis pas encore monté vers mon Père, » indiquent qu’il se hâte de se rendre au plus tôt vers lui. Or, il ne fallait plus voir et traiter de la même manière celui qui devait bientôt se rendre dans les cieux et cesser tout rapport extérieur avec les hommes, et c’est ce qu’il veut faire entendre, en ajoutant : « Allez à mes frères, et dites-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » —S. HIL. (de la Trin., 11) Parmi tant d’autres impiétés, les hérétiques prétendent s’appuyer sur ces paroles du Seigneur, pour soutenir que son Père étant le Père de ses disciples, et son Dieu leur Dieu, il n’est pas Dieu lui-même. Ils ne réfléchissent pas qu’il a pris la nature du serviteur, tout en conservant la nature divine. Or, puisque c’est dans la forme de serviteur que Jésus-Christ s’adresse à des hommes, nul doute qu’à ne considérer que sa nature humaine et la forme d’esclave dont il s’est revêtu, son Père ne soit aussi leur Père, et son Dieu leur Dieu. Il s’exprime encore de la même manière lorsqu’il leur dit en commençant : « Allez à mes frères. » Ils sont les frères de Dieu selon la chair, car en tant que Fils unique de Dieu, il n’a point de frères. — S. AUG. Remarquez d’ailleurs que Jésus ne dit point : Notre Père, mais : « Mon Père, et votre Père. » Il est donc mon Père dans un autre sens qu’il est le vôtre ; il est mon Père par nature, il est le vôtre par grâce. Il ne dit pas non plus : Notre Dieu, mais : « Mon Dieu, » auquel je suis inférieur comme homme, et : « Votre Dieu, » et je suis le médiateur entre vous et lui.




S. AUG. (de l’accord des Evang., 3, 24.) Madeleine sortit alors du tombeau, c’est-à-dire, du jardin qui entourait le tombeau creusé dans le roc. Avec elle sortirent les autres femmes que saint Marc nous représente saisies de crainte et d’effroi, et toutes gardent un profond silence. Marie-Madeleine, poursuit l’Evangéliste, vint trouver les disciples et leur dit : « J’ai vu le Seigneur, et il m’a dit cela. » — S. GREG. Le crime du genre humain est effacé dans les mômes circonstances où il a été commis, c’est dans un jardin que la femme a communiqué la mort à l’homme, c’est en sortant d’un sépulcre qu’une femme vient annoncer la vie aux hommes, et celle qui s’était rendu l’organe des paroles de mort du serpent, rapporte aujourd’hui les paroles du souverain auteur de la vie.




S. AUG. (de l’accord des Evang., 3, 24.) D’après le récit de saint Matthieu, c’est alors que Madeleine revenait avec les autres femmes, que Jésus se présenta devant elles et leur dit : « Je vous salue. » Il faut conclure de là que les anges aussi bien que le Sauveur, parlèrent aux pieuses femmes, lorsqu’elles allèrent au tombeau, à deux reprises différentes ; une première fois lorsque Marie prit Jésus pour le jardinier, et une seconde fois, lorsqu’il se présenta de nouveau devant elles pour les affermir par cette double apparition ; c’est donc alors que Marie-Madeleine, non pas seule, mais avec les autres femmes dont parle saint Luc, vint annoncer cette nouvelle aux disciples.




Bède : (sur S. Matth., 27) Dans le sens allégorique ou tropologique, Jésus se présente à tous ceux qui commencent à marcher dans le chemin des vertus, et il les salue en leur donnant les secours nécessaires pour arriver au salut éternel. Les deux femmes qui portent le même nom et qui, animées des mêmes sentiments de piété et d’amour (c’est-à-dire, Marie-Madeleine et l’autre Marie), viennent visiter le tombeau du Sauveur, figurent les deux peuples fidèles, le peuple des Juifs et le peuple des Gentils, qui manifestent le même zèle et le même empressement pour célébrer la passion et la résurrection du Rédempteur. (Sur S. Marc.) C’est avec raison que la femme qui a la première annoncé aux disciples éplorés la joyeuse nouvelle de la résurrection du Sauveur, nous est représentée comme ayant été délivrée de sept démons, c’est-à-dire, de tous les vices ; elle nous apprend ainsi, que nul de ceux dont le repentir est véritable, ne doit désespérer du pardon de ses fautes, en la voyant elle-même élevée à un si haut degré de foi et d’amour, qu’elle est jugée digne d’annoncer aux Apôtres eux-mêmes le miracle de la résurrection. — LA GLOSE. Marie-Madeleine qui se montre bien plus empressée que tous les autres d’aller voir le tombeau de Jésus-Christ, représente toute âme qui désire vivement connaître la vérité divine, et qui mérite ainsi d’obtenir cette connaissance. Mais elle doit alors faire connaître aux autres la vérité qui lui a été révélée, à l’exemple de Madeleine, qui annonce la résurrection aux disciples, pour éviter la juste condamnation d’avoir tenu caché son talent. (Sur S. Marc.) Il ne vous est pas permis de renfermer cette joie dans le secret de votre cœur, mais vous devez la faire partager à ceux qui partagent votre amour. Dans le sens allégorique, Marie qui signifie maîtresse, illuminée, illuminatrice, étoile de la mer, est la figure de l’Église. Elle s’appelle aussi Madeleine, c’est-à-dire, élevée comme une tour, car le mot Magdal, eu hébreu, a la même signification que le mot turris en latin. Or, ce nom qui est dérivé du mot tour, convient parfaitement à l’Église, dont il est dit dans le Psaume 60 : « Vous êtes devenu pour moi une forte tour contre l’ennemi. » L’exemple de Marie-Madeleine, annonçant la résurrection de Jésus-Christ aux disciples, nous avertit tous et surtout ceux à qui a été confié le ministère de la parole, de transmettre soigneusement à notre prochain ce que nous avons reçu nous-mêmes par révélation divine.




Versets 19-25.



S. Chrysostome : ( hom. 86 sur S. Jean.) En apprenant de la bouche de Marie-Madeleine la nouvelle de la résurrection, les disciples devaient ou refuser d’y croire, ou en y ajoutant foi, attrister de ce que le Seigneur ne les avait pas jugés dignes de le voir eux-mêmes ressuscité. Jésus ne les laisse pas une seule journée dans ces pensées, et comme la nouvelle qu’ils avaient apprise qu’il était ressuscité, partageait leur esprit entre le désir de le voir et la crainte, lorsque le soir fut venu, il se présenta au milieu d’eux : « Sur le soir du même jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où les disciples se trouvaient rassemblés, étant fermées, » etc. — Bède : Nous avons ici une preuve de la grande timidité des Apôtres qui les tient rassemblés les portes fermées de peur des Juifs, dont la crainte les avait déjà dispersés : « Jésus vint et se tint au milieu d’eux. » Il leur apparaît le soir, parce que leur crainte devait alors être plus grande encore. — THEOPHYL. Peut-être aussi voulut-il attendre ce moment pour les trouver tous réunis. Il entre les portes fermées, pour leur montrer qu’il était ressuscité de la même manière, en traversant la pierre qui recouvrait le sépulcre. — S. AUG. (serm. sur la fête de Pâque.) Il en est quelques-uns que ce fait étonne au point de mettre leur foi en péril, ils opposent aux miracles divins les préjugés de leurs raisonnements, et argumentent ainsi : Si c’était vraiment un corps, si le corps qui a été attaché à la croix est véritablement sorti du sépulcre, comment a-t-il pu traverser les portes qui étaient fermées ? Si vous compreniez le comment, ce ne serait plus un miracle, là où la raison fait défaut, la foi commence à s’élever.




S. AUG. (Traité 121 sur S. Jean.) Les portes fermées ne purent faire obstacle à un corps où habitait la Divinité, et celui dont la naissance laissa intacte la virginité de sa Mère, put entrer dans ce lieu sans que les portes fussent ouvertes.




S. Chrysostome : Il est surprenant que la pensée ne soit point venue aux disciples que c’était un fantôme, mais Marie-Madeleine, en leur annonçant que Jésus était ressuscité, avait animé et développé leur foi. Il se manifesta lui-même ensuite à leurs yeux, et par ses paroles il affermit leur âme encore chancelante : « Et il leur dit : La paix soit avec vous, » c’est-à-dire, ne vous troublez point. Il rappelle ici ce qu’il leur avait dit avant sa passion : « Je vous donne ma paix ; » et encore : « C’est en moi que vous aurez la paix. »




S. GREG. (hom. 20 sur les Evang.) Comme la foi de ses disciples avait encore quelque doute sur la vérité du corps qu’ils avaient devant les yeux, Nôtre-Seigneur, ajoute l’Evangéliste, leur montra aussitôt ses mains et son côté. — S. AUG. Les clous avaient percé ses mains, la lance avait ouvert son côté, et il avait voulu conserver les cicatrices de ses blessures pour guérir de la plaie du doute le cœur de ses disciples. — S. Chrysostome : Il accomplit la prédiction qu’il leur avait faite avant sa passion : « Je vous verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira. » Aussi l’Evangéliste remarque, « qu’ils furent remplis de joie voyant le Seigneur. » — S. AUG. (de la cité de Dieu, 22, 19.) Cette gloire éclatante comme le soleil dont les justes brilleront dans le royaume de leur Père (Mt 13), demeura voilée dans le corps de Jésus-Christ ressuscité, mais n’en fut point séparée. La faiblesse des yeux de l’homme n’aurait pu le considérer dans cet éclat, et il suffisait d’ailleurs alors à ses disciples de le voir de manière à pouvoir le reconnaître.




S. Chrysostome : Toutes ces circonstances donnaient à leur foi une certitude absolue ; mais comme ils devaient avoir ù soutenir contre les Juifs une lutte acharnée, il leur souhaite du nouveau la paix : « Il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. » — Bède : Ce souhait redoublé est une confirmation de la paix qu’il leur souhaite ; et il le répète à deux fois parce que la vertu de charité a un double objet, ou bien parce que c’est lui « qui des deux peuples n’en a fait qu’un. » (Ep 2, 14.) — S. Chrysostome : Il nous montre en même temps l’efficacité de la croix qui a dissipé toutes les causes de tristesse et a été pour nous la source de tous les biens, et c’est là la véritable paix. C’est ainsi qu’il avait fait porter précédemment aux saintes femmes ces paroles de joie, parce que ce sexe était comme dévoué à la tristesse par suite de cette malédiction prononcée contre lui : « Vous enfanterez dans la douleur. » (Gn 3) Mais maintenant que tous les obstacles sont renversés et toutes les difficultés aplanies, le Sauveur ajoute : « Comme mon Père m’a envoyé, moi-même je vous envoie. » — S. GREG. Le Père a envoyé son Fils lorsqu’il a décrété qu’il s’incarnerait pour la rédemption du genre humain. C’est pour cela qu’il dit à ses disciples : « Comme mon Père m’a envoyé, moi-même je vous envoie. » C’est-à-dire en vous envoyant au milieu de tous les pièges que vous tendront les persécuteurs, je vous aime du même amour dont mon Père m’a aimé lorsqu’il m’a envoyé pour supporter toutes les souffrances que j’ai eu à endurer. — S. AUG. (Traité 121 sur S. Jean.) Nous savons que le Fils est égal à son Père, mais nous reconnaissons a ces paroles le langage du Médiateur. Il nous montre en effet qu’il est Médiateur en leur disant : « Mon Père m’a envoyé, et moi je vous envoie. » — S. Chrysostome : C’est ainsi qu’il relève leur courage par la pensée des événements qui ont eu lieu et de la dignité de celui qui les envoie. Il n’adresse plus ici de prière à son Père, c’est de sa propre autorité qu’il leur communique une puissance toute divine : « Ayant dit ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint. » — S. AUG. (de la Trin., 4, 20.) Ce souffle extérieur ne fut point la substance de l’Esprit saint, mais une figure propre à nous faire comprendre que l’Esprit saint procédait non-seulement du Père, mais aussi du Fils. Car, qui serait assez dénué de raison pour prétendre que l’Esprit saint que Jésus donna à ses disciples en soufflant sur eux est différent de celui qu’il leur a envoyé après sa résurrection ? — S. GREG. Mais pourquoi le donne-t-il d’abord étant sur la terre à ses disciples, avant de le leur envoyer du ciel ? C’est parce qu’il y a deux préceptes de la charité, le précepte de la charité de Dieu, le précepte de la charité du prochain. L’Esprit saint nous est donné sur la terre pour nous porter à l’amour du prochain ; il nous est envoyé du haut du ciel pour nous inspirer l’amour de Dieu. De même que la charité est une, bien qu’elle ait deux préceptes pour objet, ainsi il n’y a qu’un seul esprit donné dans deux circonstances différentes, la première fois par le Sauveur, lorsqu’il était encore sur la terre ; la seconde fois lorsqu’il fut envoyé du ciel, car c’est l’amour du prochain qui nous apprend à nous élever jusqu’à l’amour de Dieu.




S. Chrysostome : Quelques-uns prétendent que Nôtre-Seigneur n’a point donné l’Esprit saint à ses disciples, mais qu’il les prépara, en soufflant sur eux, à recevoir l’Esprit saint. En effet, si à la vue seule d’un ange Daniel fut saisi d’effroi, que n’auraient pas éprouvé les disciples en recevant ce don ineffable, si Jésus n’avait pris soin de les y préparer ? On ne se trompera point du reste en disant qu’ils reçurent alors la puissance d’une grâce toute spirituelle, non point pour ressusciter les morts et faire des miracles, mais pour remettre les péchés, comme paraissent l’indiquer les paroles suivantes : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »




S. AUG. La charité de l’Église que l’Esprit saint répand dans nos cœurs (Rm 5) remet les péchés de ceux qui entrent en participation de cette divine charité, mais elle les retient à ceux qui n’y ont aucune part. C’est pour cela qu’après avoir dit : « Recevez l’Esprit saint, » le Sauveur parle aussitôt du pouvoir de remettre et du retenir les péchés.




S. GREG. Il faut remarquer que ceux qui ont reçu d’abord l’Esprit saint pour vivre dans l’innocence et prêcher d’une manière utile à quelques-uns, ont reçu ensuite visiblement ce même Esprit, pour que les effets de leur zèle fussent moins restreints et s’étendissent à un plus grand nombre. J’aime à considérer à quel degré de gloire Jésus élève ceux qu’il avait appelé à de si grands devoirs d’humilité. Voici que non-seulement il leur donne toute espèce de sécurité pour eux-mêmes, mais ils reçoivent en partage la magistrature du jugement suprême et le pouvoir de remettre les péchés aux uns et de les retenir aux autres. Les évêques qui sont appelés au gouvernement de l’Église tiennent maintenant leur place et ont aussi le pouvoir de lier et de délier. C’est un grand honneur, mais c’est en même temps un bien lourd fardeau, car quelle charge plus pénible pour celui qui ne sait tenir les rênes de sa propre vie, de prendre en main la direction de la vie des autres ! — S. Chrysostome : Le prêtre qui se contente de bien régler sa vie personnelle, mais ne prend point un soin vigilant de la vie des autres, est condamné au feu de l’enfer avec les impies. En considérant la grandeur du danger auquel les prêtres sont exposés, ayez donc pour eux beaucoup de bienveillance et d’égards, quand même ils ne seraient point de condition très élevés, car il n’est pas juste qu’ils soient jugés sévèrement pur ceux qui sont soumis à leur pouvoir. Quand même leur vie serait souverainement coupable, vous n’avez aucun dommage à craindre dans la distribution des grâces dont ils sont les dispensateurs, car dans les dons qui viennent de Dieu, ce n’est point le prêtre, ce n’est ni un ange, ni un archange qui peuvent agir ; c’est du Père, du Fils et du Saint-Esprit que découlent toutes les grâces. Le prêtre ne fait que prêter sa langue et sa main. Il n’eût pas été juste, en effet, que par suite de la conduite criminelle des ministres de Dieu, les sacrements de notre salut perdissent de leur efficacité pour ceux qui ont embrassé la foi.




Tous les disciples étant rassemblés, Thomas seul manquait, depuis le moment où ils s’étaient tous dispersés. « Or Thomas, un des douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. » — ALCUIN. Le mot grec Didyme veut dire double en latin, et ce disciple est ainsi appelé à cause de ses doutes dans la foi. Le mot Thomas signifie abîme, parce qu’il a pénétré ensuite avec une foi certaine les profondeurs de la divinité. Or, ce n’était point par l’effet du hasard que ce disciple était alors absent, car la conduite de la divine bonté paraît ici d’une manière merveilleuse, elle voulait que ce disciple incrédule, eu touchant les blessures du corps du Sauveur, guérît en nous les blessures de l’incrédulité. Eu effet, l’incrédulité de Thomas nous a plus servi pour établir en nous la foi que la loi elle-même dus disciples qui crurent sans hésiter. L’exemple de ce disciple qui revient à la foi en touchant le corps du Sauveur chasse de notre âme toute espèce de doute et nous affermit à jamais dans la loi. — Bède : On peut demander pourquoi saint Jean nous dit que Thomas était alors absent, tandis que saint Luc rapporte, que les deux disciples qui revenaient d’Emmaüs à Jérusalem trouvèrent les onze réunis. Cette difficulté s’explique en admettant qu’il y eut un intervalle pendant lequel Thomas sortit pour un instant, et que ce fut alors que Jésus se présenta au milieu de ses disciples.




S. Chrysostome : (hom. 87 sur S. Jean.) C’est la marque d’un esprit léger de croire trop facilement et sans examen, mais c’est le caractère d’un esprit peu intelligent de porter ses recherches au delà de toute mesure et de vouloir trop approfondir, et c’est en quoi Thomas se rendit coupable. Les apôtres lui disent : « Nous avons vu le Seigneur, » et il refuse de le croire, moins encore par défiance de ce qu’ils lui disaient que parce qu’il regardait la chose comme impossible. « Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Il leur répondit : Si je ne vois dans ses mains la marque des clous qui les ont percées, et si je ne mets mon doigt dans le trou des clous et ma main dans la plaie de son côté, je ne le croirai point. » Son esprit, plus grossier que celui des autres, voulait arriver à la foi par le sens le plus matériel, c’est-à-dire par le toucher. Le témoignage de ses yeux ne lui suffisait même pas ; aussi ne se contente-t-il pas de dire : Si je ne vois, mais il ajoute : « Si je ne mets mon doigt, » etc.




Versets 26-31.



S. Chrysostome : (hom. 87 sur S. Jean.) Considérez la bonté du divin Maître ; il daigne apparaître et montrer ses blessures pour le salut d’une seule âme. Les disciples qui lui avaient appris que le Sauveur était ressuscité étaient assurément bien dignes de foi, aussi bien que le Sauveur lui-même qui l’avait prédit ; cependant comme Thomas exige une nouvelle preuve, Jésus ne veut pas la lui refuser. Toutefois il ne lui apparaît pas aussitôt, mais huit jours après, afin que le témoignage des disciples rendît ses désirs plus vils, et que sa foi fût plus affermie dans la suite : « Huit jours après, dit l’Evangéliste, les disciples étaient encore dans le même lieu, et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées, et il se tint au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous. » — S. AUG. (Serm. sur la Pass. ou serm. 3 pour l’oct. de Pâq., 159 du temps.) Vous me demandez : Puisqu’il est entré les portes étant fermées, que sont devenues les propriétés naturelles du corps ? Et moi je vous réponds : Lorsqu’il a marché sur la mer, qu’était devenue la pesanteur de son corps ? Le Seigneur se conduisait ainsi comme étant le souverain Maître ; a-t-il donc cessé de l’être parce qu’il est ressuscité ?




S. Chrysostome : Jésus apparaît donc, et il n’attend pus que Thomas l’interroge, et pour lui montrer qu’il était présent lorsqu’il exprimait ses doutes aux autres disciples, il se sert des mêmes paroles. Il commence par lui faire les reproches qu’il méritait : « Il dit ensuite à Thomas : Portez ici votre doigt et considérez mes mains ; approchez aussi votre main et mettez-la dans mon côté. » Puis il l’instruit en ajoutant : « Et ne soyez plus incrédule, mais fidèle. » Vous voyez qu’ils étaient travaillés par le doute de l’incrédulité avant d’avoir reçu l’Esprit saint, mais ils furent ensuite affermis pour toujours dans la foi. Ce serait une question digne d’intérêt d’examiner comment un corps incorruptible pouvait porter la marque des clous, mais n’en soyez pas surpris, c’était un effet de la bonté du Sauveur qui voulait ainsi convaincre ses disciples que c’était bien lui qui avait été crucifié.




S. AUG. (du symb. aux catéch., 2, 8.) Jésus aurait pu, s’il avait voulu, faire disparaître de son corps ressuscité et glorifié toute marque de cicatrice, mais il savait les raisons pour lesquelles il conservait ces cicatrices dans son corps. De même qu’il les a montrées à Thomas, qui ne voulait point croire à moins d’avoir touché et d’avoir vu, ainsi il montrera un jour ces mêmes blessures à ses ennemis, non plus pour leur dire : « Parce que vous avez vu, vous avez cru, » mais pour qu’ils soient convaincus par la vérité qui leur dira : « Voici l’homme que vous avez crucifié, vous voyez les blessures que vous avez faites ; vous reconnaissez le côté que vous avez percé, c’est par vous et pour vous qu’il a été ouvert, et cependant vous n’avez pas voulu y entrer. » — S. AUG. (de la cité de Dieu, 22, 20.) Je ne sais pourquoi l’amour que nous avons pour les saints martyrs nous fait désirer de voir sur leur corps, dans le royaume des cieux, les cicatrices des blessures qu’ils ont reçues pour le nom de Jésus-Christ, et j’espère que ce désir sera satisfait. Car ces blessures, loin d’être une difformité, seront un signe de gloire, et bien qu’empreintes sur leur corps, elles feront éclater la beauté, non point du corps, mais de leur courage et de leur vertu. Et quand même les martyrs auraient eu quelques-uns de leurs membres coupés ou retranchés, ils ne ressusciteront pas sans que ces membres leur soient rendus, car il leur a été dit : « Un cheveu de votre tête ne périra pas. » (Lc 21, 18.) Si donc il est juste que dans cette vie nouvelle, on voie les marques de ces glorieuses blessures dans leur chair douée de l’immortalité, les cicatrices de ces blessures apparaîtront sur les membres qui leur seront rendus, à l’endroit même où ils ont été frappés ou coupés pour être retranchés. Tous les défauts du corps disparaîtront alors, il est vrai, mais on ne peut considérer comme des défauts ou des taches les témoignages du courage des martyrs.




S. GREG. (hom. 20.) Nôtre- Seigneur offre au toucher cette même chair, avec laquelle il était entré les portes demeurant fermées. Nous voyons ici deux faits merveilleux et qui paraissent devoir s’exclure, à ne consulter que la raison ; d’un côté, le corps de Jésus ressuscité est incorruptible, et de l’autre cependant, il est accessible au toucher. Or, ce qui peut se toucher doit nécessairement se corrompre, et ce qui est impalpable ne peut être sujet à la corruption. Nôtre-Seigneur, en montrant dans son corps ressuscité, ces deux propriétés de l’incorruptibilité et de la tangibilité, nous fait voir que sa nature est restée la même, mais que sa gloire est différente. — S. GREG. (Moral., 14, 39 ou 31 dans les anc. édit.) Après la gloire de la résurrection, notre corps deviendra subtil par un effet de la puissance spirituelle dont il sera revêtu, mais il demeurera palpable en vertu de sa nature première, et il ne sera pas, comme l’a écrit Eutychius, impalpable et plus subtil que l’air et les vents.




S. AUG. Thomas ne voyait et ne touchait que l’homme, et il confessait le Dieu qu’il ne pouvait ni voir ni toucher ; mais ce qu’il voyait et ce qu’il touchait le conduisait à croire d’une foi certaine ce dont il avait douté jusqu’alors : « Thomas répondit et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu. » — THEOPHYL. Celui qui avait d’abord été un incrédule, après l’épreuve du toucher, se montre un parfait théologien, en proclamant en Jésus-Christ deux natures et une seule personne, en disant : « Mon Seigneur, » il reconnaît la nature humaine, et en ajoutant : « Mon Dieu, » la nature divine, et ces deux natures dans un seul et même Dieu, et Seigneur.




« Jésus lui dit : Vous avez cru parce que vous m’avez vu. » — S. AUG. Il ne lui dit pas : Vous m’avez touché, mais vous m’avez vu, parce que la vue est comme un sens général qui, dans le langage ordinaire, comprend les quatre autres sens. C’est ainsi que nous disons : Ecoutez et voyez quel son harmonieux, sentez et voyez quelle odeur agréable, touchez et voyez quelle chaleur ? C’est ainsi que Nôtre-Seigneur lui-même dit à Thomas : « Mettez-la votre doigt, et voyez mes mains, » ce qui ne veut dire autre chose que : « Touchez et voyez. » Thomas cependant n’avait pas les yeux au bout du doigt. Les deux opérations de la vue et du toucher sont donc exprimées dans ces paroles du Sauveur : « Parce que vous m’avez vu, vous avez cru. » On pourrait dire encore que Thomas n’osa pas toucher le corps de Jésus, bien qu’il le lui offrît.




S. GREG. (hom. 26.) L’Apôtre nous dit : « La foi est le fondement des choses que l’on doit espérer, et une pleine conviction de celles qu’on ne voit point. » (He 11, 1) Il est donc évident que ce que l’on voit clairement n’est pas l’objet de la foi, mais de la connaissance. Pourquoi donc le Sauveur dit-il à Thomas, qui avait vu et touché : « Parce que vous avez vu, vous avez cru ? » C’est qu’il crut autre chose que ce qu’il voyait. Ses yeux ne voyaient qu’un homme, et il confessait un Dieu. Les paroles qui suivent : « Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru, » répandent une grande joie dans notre âme, car c’est nous que Nôtre-Seigneur a eus particulièrement en vue, nous qui croyons dans notre esprit en celui que nous n’avons pas vu de nos yeux, si toutefois nos œuvres sont conformes à notre foi. Car la vraie foi est celle qui se traduit et se prouve par les œuvres. — S. AUG. Le Sauveur parle ici au passé, parce que dans les décrets de sa prédestination, il regardait comme déjà fait ce qui devait arriver. — S. Chrysostome : Lors donc qu’un chrétien est tenté de dire : Que n’ai-je été dans ces temps heureux pour voir de mes yeux les miracles de Jésus-Christ, qu’il se rappelle ces paroles : « Bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru. » — THEOPHYL. Notre-Seigneur désigne ici ceux de ses disciples qui ont cru sans toucher les blessures faites par les clous et la plaie du côté.




S. Chrysostome : Comme le récit de saint Jean est moins étendu que celui des autres évangélistes, il ajoute : « Jésus fit encore devant ses disciples beaucoup d’autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. » Les autres évangélistes n’ont pas non plus raconte tout ce qu’ils ont vu, mais simplement tout ce qui suffisait pour amener les hommes à la foi. Je crois du reste que saint Jean ne veut parler ici que des miracles qui ont eu lieu après la résurrection, c’est pour cela qu’il dit : « En présence de ses disciples » avec lesquels seuls il eût des rapports après sa résurrection. Ne croyez pas du reste que ces miracles n’étaient faits que dans l’intérêt des disciples, » car ajoute l’Evangéliste : « Ceux-ci sont écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ Fils de Dieu, » et il parle ici de tous les hommes. Et remarquez que cette foi est utile, non pas à celui qui en est l’objet, mais ù nous-mêmes qui croyons : « Afin que croyant, vous ayez la vie en son nom. »