— Ah bien, excusez! les Parisiens qui sont toujours à crier après leurs logements; faut que je leur écrive qu’ils viennent par ici.
Paris
ARNAULD DE VRESSE, ÉDITEUR
55, RUE DE RIVOLI, 55
AU DÉPART.
— La difficulté, vois-tu, c’est de trouver un bon mouillage.
— Merci; avec ça que c’est difficile par le temps qu’il fait! Moi, je suis mouillé depuis longtemps.
— Dis donc, Pacot, je t’engage à ne pas te plaindre de ta nouvelle tunique pendant que nous naviguerons avec c’monsieur.
— Vous ne tenez pas sur vos jambes; ça provient de ce que vous n’avez pas le pied marin.
— C’est donc que j’ai le nez marin, que je suis dessus comme ça à chaque roulis.
— Mais, sargent, pourquoi que la Garde n’y va pas, en Chine?
— Mon ami, parce que pour aller en Chine faut qu’on passe la ligne.
L’empereur de la Chine demande à réfléchir avant de s'engager dans une guerre. Car enfin, s’il allait se fourrer le doigt dans l’œil, ça serait grave avec des ongles pareils!
— Nom d’un tonnerre! c’est moi qui le recevrai le boueux chinois quand il viendra au jour de l’an prochain me demander des étrennes!
— Excusez! monsieur l’insurgé… paraît que nous venons lui dire tous les deux la même chose, à ce brave empereur.
L’empereur de la Chine se faisant passer à la carteronine, lui et tous ses soldats, avant d’aller au feu.
— Hé! mon vieux, en voilà assez des ombres chinoises! Je viens pour te faire voir les grandes marionnettes.
— Mais, imbécile! qu’est-ce que tu comptes donc me faire avec ça? Mais j’en reçois comme ça toute la journée de l’Amour, qui m’attrape en plein; c’est ma santé.
— Imbécile de Chinois, toi aussi tu m’aurais attrapé à c’te distance-là, si t’avais accepté les progrès de la civilisation.
— Fais donc attention! voilà les Chinois qui t’envoient des prunes, et tu restes la bouche ouverte!
— C’est exprès, parbleu! toutes les prunes des Chinois sont à l’eau-de-vie! C’est connu, ça! demande plutôt à la mère Moreau!
— Mon ami, je suis dans une crise!… Toi, qui as été en Europe, tu n’aurais pas une recette pour me tirer d’affaire?
— Si fait, Majesté, je vais écrire une brochure.
Les rênes de l’empire chinois.
— Si tu veux faire les yeux avec cette Chinoise, mets-toi au moins en face d’elle!
— Qu’est-ce que ça fait que je sois par derrière? les yeux des Chinoises sont tellement fendus, que ça leur fait le tour de la tête!
— Qu’est-ce que tu m’apportes là?
— Mais, capitaine, vous m’avez dit d’aller à la provision de bois: ça en est.
— Imbécile! tu ne vois donc pas qu’il y a un Chinois dedans!
— Cristi! le tamtam, je n’aime pas ça! Je ne sais pas si je lui traduis bien ma pensée.
Sacrifice chinois.
Sur la trace d’un Chinois.
— C’est commode tout de même qu’ils aient une bretelle de fusil comme ça pour les emporter.
— Ah! brigand! c’est toi qui as eu l’infamie d’inventer le macadam? Je ne te pardonnerai jamais celle-là, par exemple!
— Saperlotte! Il ne devient pas encore jaune, ce fleuve! nous ne sommes pas près d’arriver à Péking!
— Tiens! un marchand de plumes… comme ça se trouve, moi qui justement voulais écrire à ma payse!
— Cré nom! je ne veux pas présenter mon billet de logement… j’ai pas envie de loger avec l’habitant!
— Quel crétin que ce Chinois! je lui demande du feu, et il me tire un feu d'artifice qui dure depuis deux heures!
— Je ne sais pas quelles sont les intentions du major, mais je doute qu’il puisse se coiffer à la mode de ce pays-ci!
— Pensez-vous que cet hiver soit gai?
— Mais oui, brave Chinois; je crois qu'on vous fera danser!
Le grand éléphant blanc changeant de couleur et se trouvant mal en apprenant le triomphe des Français.
— Tiens! les Chinois qui mangent les chiens!
— Merci, je ne veux plus appeler mon sac Azor… ils seraient dans le cas de me l’avaler.
— Mais, sargent, il n’y a donc pas d’autres théâtres que les ombres chinoises dans ce pays-ci?
— Certainement, imbécile! du moment que c’est le céleste empire, il ne peut y avoir qu’un théâtre Séraphin!
— J’en suis fâché… mais fallait pas inventer le macadam! J’ai pas envie de me crotter dans les rues de Péking!
— Vous m’avez promené toute la journée dans Péking, je vais vous payer. Voici trois sous! c’est ce que je payais dans les omnibus de Paris.
— Bigre! parait qu’ils me supposent un rude tempérament!
— À votre place, sire, j’irais me cacher bien loin.
— Merci! c’est justement là que leurs diables de canons rayés vous attrapent le mieux.
— Gredins de Chinois! nous font-ils grimper!
— Dame! faut bien monter, puisqu’ils n’ont pas eu la prévenance de laisser leur clef en bas chez le concierge!
— Comment, général, vous voilà à cheval sur un manche à balai?
— Hélas! Votre Majesté n’ignore pas que toute sa cavalerie a été détruite par les Français! Nous sommes obligés maintenant de nous monter comme nous pouvons.
— Tiens! ces farceurs de Chinois! parait qu’ils n’en veulent qu’à notre tambour-major!
— Le casse-tête est un jeu chinois, mais ils doivent trouver que nous avons joliment perfectionné le joujou!
— Je ne suis pas du Jockey-Club, et pourtant je m’en occupe, de la race chevaline!
— Tiens! sont-ils petits!… Parait qu’en Chine on ne monte pas à cheval, on y descend!
— Qu’est-ce que vous me donnez là? J’ai pas l’habitude de tricoter pendant le dîner!
— Pourquoi donc faire que son domestique apporte un fagot?
— Parbleu! pour changer les fourchettes pendant le dîner.
— Vois donc! une muraille rien qu’en porcelaine! Il aura fait couler toutes les demi-tasses du pays pour s’en faire des fortifications!
— Dites donc, prévôt, je vas vous lâcher et prendre les yeux de cette Chinoise pour maître d’armes: vous ne vous fendez pas encore comme ça!
Soldat français venant de s’emparer d’un cavalier chinois.
— En fait de tunique, il en a peut-être trop! mais il a raison: moi, j’en ai pas assez!
— Dites donc, major, voilà un gaillard qui ne me fait pas l’effet d’être manchot.
— Ma foi, j’ai bien envie d’en faire mon brosseur.
— Pauvre femme! Vois donc ses pieds! elle ne sera pas fâchée de changer de maîtres.
— Elle aimerait mieux encore changer de cordonnier.
Dites donc, major, ils ne doivent pas être grands, les hommes de six pieds, à juger du pied d’après ceux de madame!
— Tiens! qu’est-ce qu’il a donc sur le dos?
— Mais ça me fait l’effet d’être un monument Rambuteau!
— Sapristi! c’est joliment incommode alors! Je ne pourrai jamais arriver là-haut… j’aime encore mieux me faire mettre à l’amende par les sergents de ville chinois.
— Ces pauvres domestiques! doit-on les sonner dans ce pays-ci!
— Caporal Chin-Chin, nous sommes perdus! Notre mandarin qui examine sa tunique! il va peut-être nous la faire adopter!
— Mes pauvres canons! mes pauvres citadelles! Et ils appellent ça arranger les affaires de la Chine! Comment feraient-ils donc s’ils voulaient les abîmer?…
— Dis donc, cuisinier, je ne sais pas si j’aurai assez pour dîner…
— Votre Majesté attend du monde?
— Je n’ai pas engagé les Français; mais je crains qu’ils ne viennent tout de même.
Le nouveau maître d’écriture de l’empereur de la Chine en train de lui faire la dictée.
— Vous êtes mon vainqueur, vous avez le droit de tout emporter.
— Cha-per-lo-te! tous mes effets qui sont restés à Péking!
— Vous lui portez un almanach? il ne demeure plus ici, l’empereur de la Chine, nous lui avons donné congé.
— Farceur d’empereur de la Chine! il s’en va juste au moment des étrennes.
— Mais partez! 1860, partez donc!
— Me voilà partie… je n’ai plus qu’un dernier mot à dire à monsieur.