Chansons choisies d’Eugène Imbert/Les Souliers

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Chansons choisies ; [[Élégies parisiennes|Élégies parisiennes]]
Imprimerie Demoulle (pp. 78-79).
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LES SOULIERS


Air des Feuilles mortes.


J’avais un oncle riche, ailleurs qu’en Amérique ;
Or cet oncle était vieux et ladre, mais cagot.
Il ne dépensait rien, vivait sans domestique,
Et dans ses vieux souliers entassait un magot.
Il meurt enfin : j’accours, en héritier avide ;
Le bec enfariné, je vole au coffre-fort…
La grenouille est partie et la cachette est vide.
Il ne faut pas compter sur les souliers d’un mort.
Il ne faut pas compter (bis) sur les souliers d’un mort.

Un de mes vieux amis (j’aurais dû le connaître,
Car nous nous tutoyions avant d’être écoliers),
Voulant me consoler, ou me railler peut-être,
Me fait don en mourant de ses meilleurs souliers.

Bonne aubaine, me dis-je ; à moins de quelque attrape
Je n’irai pas pieds nus. Mais, malgré maint effort,
Le pouce n’entre pas et le talon s’échappe.
Il ne faut pas compter sur les souliers d’un mort.

J’allais me marier ; tandis qu’à la mairie,
Et c’est là le dernier des maux que je vous peins,
Ma future moitié jure, tempête et crie,
Au moment de partir, je n’ai pas d’escarpins.
Chez le chausseur voisin, enseigne renommée,
On court ; je suis sauvé… Voyez quel coup du sort :
Pour cause de décès la boutique est fermée.
Il ne faut pas compter sur les souliers d’un mort ;
Il ne faut pas compter (bis) sur les souliers d’un mort.