Chansons populaires de la Basse-Bretagne/Margot de la Boissière

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


MARGOT DE LA BOISSIERE
____


   S’il vous plaît, écoutez, et vous entendrez chanter
Une chanson divertissante, qui a été levée celle année ;

   Qui est faite à une jeune fille, laquelle a quitté son pays ;
Ses parents et sa famille, tous sont en deuil.

   Au temps où elle fut enlevée, l’homme (le ravisseur) était
____________________________ en compagnie de son père ;
Tout en se versant une goutte, en buvant bouteille,

   En se versant une goutte, en buvant à la santé (du bon homme) :
— « Monsieur, votre fille Margot me plairait pour femme. »

   La dame qui était présente s’empresse de répondre :
— « Je ne suppose pas que ma fille puisse épouser le fils d’un paysan ;

   « Son père est gentilhomme, sa mère est dame,
« Ma fille est demoiselle de (grande) condition ;

   « Ma fille est demoiselle de la Boissière,
« Je ne suppose pas qu’elle soit faite pour épouser un palefrenier ! »

   L’homme, qui avait de l’esprit, ne répliqua mot,
Et laissa la dame achever son refrain...

   Un jour, comme ils rentraient chez eux, il leur fut annoncé
Par leur fille Hénori, que Margot était perdue.

   Aussitôt on entreprend des recherches partout à travers le manoir ;
On ne néglige (de fouiller) ni salle, ni cuisine dans les appartenances ;

   On ne néglige (de fouiller) ni salle, ni cuisine, ni chambre, ni écurie ;
On cherche Margot jusque dans le colombier ;

   On cherche Margot dans le manoir, de tous côtés ;
Même le trou de la roue du moulin fut exploré par monsieur.


   « Voici le soir, il est temps de nous reposer,
« On a sonné la cloche du repas, il nous est temps de souper.

   « Après, nous déciderons ce qu’il y aura lieu de faire :
« Il faudra écrire une lettre à ses tantes ;

   « Il faudra écrire une lettre à ses taules ;
Quant à ma fille Margot, n’importe à quel prix, il me la faut.

   « Demain matin, j’écrirai à Guingamp,
« Pour faire venir les gendarmes, oh ! oui, incontinent.

   « Alors, j’irai trouver l’homme qui l’a enlevée,
« Ma fille Margot, n’importe à quel prix, il me la faut.

   « Ma fille Margot, à coup sur, il me la rendra,
« Et s’il n’est pas pendu, il ira aux galères ! »

   Le lendemain, à son lever, il alla trouver l’homme :
— « J’ai appris que Margot avait été enlevée par vous ?...

   — « C’est vrai : votre fille Margot et moi, nous nous aimions ;
« Si vous étiez prêt à nous marier, peut-être se rendrait-elle.

   « Si je poussais un cri pour appeler ma douce, mon amour,
« A plus de sept lieues à la ronde, elle reconnaîtrait ma voix.

   « Si elle ne m’entendait pas, il me resterait encore
________________________________ la ressource d’aller
Près d’un vieil arbre, qui se trouve à Langolvaz [1],

   « Ou (d’aller) à l’église de la Fontaine, et elle
________________________________ m’entendrait bientôt.
« Si elle n’est à Landerneau, c’est qu’elle est partie pour Brest.

   Le monsieur retourne chez lui, puisqu’il ne pouvait rien savoir ;
Le recteur, qui est plus avisé, vient à son tour maintenant,

   Et, sous prétexte de deviser gaîment, il a dit à l’homme :
— « Je sais aussi bien que vous où est la fille.

   « Maintenant que vous l’avez enlevée, votre devoir est de l’épouser,
« Sinon vous n’aurez pas à paraître là où je me trouverai. »

   — « Oui certes, puisque je l’ai enlevée, je suis prêt à l’épouser,
« Et je me rencontrerai avec vous là où vous me direz.

   — « Si vous n’osez venir de jour, venez de nuit, si vous voulez ;
« Si l’église est fermée, vous attendrez sous le porche. »

   Le lendemain, à son lever, il se met en route avec la jeune fille,
Pour aller se fiancer à l’église de Saint-Germain.

   Quand ils furent arrivés dans le cimetière, le frère, la mère, le père
Arrachèrent la jeune fille à son amoureux ;

   Le frère, qui était plus jeune (qu’elle) a dit aussitôt :
« Ceci est un vilain tour que tu nous as joué, ma sœur !


   « Lorsqu’en sera informée notre famille, parents et amis,
Nous aurons, partout eu ce monde, à subir de leur part mille reproches. »

   La fillette, après avoir entendu, a dit ;
« — Je suis contente de l’épouser, puisqu’il m’a enlevée, »

   Mais son père, qui était présent, s’empressa de répliquer :
— « Je vous expédierai, Margot, au couvent, à Guingamp ! »

   Ma douce est allée, au couvent, et elle (est) vêtue de gris,
Mais moi, j’irai me faire ermite, dans ta forêt du Marquis [2],

   Et je tendrai mes lacs sur la tête d’un autre oiselet,
Puisque ma colombe s’est échappée et que mon coup a manqué.

   Quelques instants encore, je suis demeuré rêveur, sous le porche,
A voir combien vite elle s’est échappée ;

   A voir quelle ruse a eue le recteur
De fermer la porte de la cage et de lâcher ma colombe.

   Elle s’en est allée, ma douce, au couvent, et elle vêtue de blanc,
Mais moi, j’irai me faire ermite, à la forêt de Saint-Germain,

   Et je tendrai mes lacs sur Coat-Vilien,
Là où jamais mes yeux ne verront plus ma maîtresse.


Marguerite Philippe.
__________


  1. Près de Morlaix, là où est actuellement l’hippodrome.
  2. La forêt du Marquis, ou forêt de Beffou, dans la commune de Loguivy-Plougras, Côtes-du-nord.