Chansons posthumes de Pierre-Jean de Béranger/Je suis ménétrier

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


JE SUIS MÉNÉTRIER



Pour adoucir de la vie
L’hiver sombre et rigoureux,
Au ménétrier j’envie
Son art qui fait tant d’heureux.
Je voudrais, même aux guinguettes,
Dire en faveur des amants,

Allons, gai ! dansez, fillettes !
Laissez causer vos mamans.

bis.


Quand je vois de pauvres belles
Tout un soir lire ou bâiller,
Pour leurs cousins et pour elles
Mon talent saurait briller.
Plus que valses et fleurettes
Leur nuisent vers et romans.
Allons, gai ! dansez, fillettes !
Laissez causer vos mamans.

Miracle ! ma vieille lyre
Se transforme en violon.
Aux champs on vient me sourire ;
On me cajole au salon.
Combien j’ai d’anciennes dettes
À payer aux cœurs aimants !
Allons, gai ! dansez, fillettes !
Laissez causer vos mamans.

La gloire, mère égoïste
De fous à grand bruit vantés,
Tient compagnie assez triste
À ces vieux enfants gâtés.
Je préfère à ses trompettes
Le plus faux des instruments.
Allons, gai ! dansez, fillettes !
Laissez causer vos mamans.

Plaisir d’autrui me caresse ;
Un archet me sert au mieux.
Déjà la folle jeunesse
Me pardonne d’être vieux.
Demoiselles et grisettes,
À vous mes derniers moments.
Allons, gai ! dansez, fillettes !
Laissez causer vos mamans.