Chansons posthumes de Pierre-Jean de Béranger/Les Tambours

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


LES TAMBOURS


Air : Faut d’la vertu, pas trop n’en faut.


Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !

bis.


Tambours, cessez votre musique ;
Rendez la paix à mon réduit.
J’aime peu votre politique,
Et moins encor j’aime le bruit.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !


Grâce à vos roulements stupides,
Ma vieille muse en désarroi
Retrouve des ailes rapides,
Mais c’est pour s’enfuir loin de moi.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !

Quand la nappe ici se déploie,
Qu’on y fait trêve aux noirs frissons,
Gronde un rappel ; adieu la joie !
Il redouble ; adieu les chansons !

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !

Je chantais un peuple de frères,
Le tambour bat : j’avais rêvé.
Le sang de maints partis contraires
Fraternise sur le pavé.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !

Sous l’empire ils ont fait merveille :
J’ai vu ces racoleurs puissants
Du génie assourdir l’oreille,
Étouffer la voix du bon sens.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !

Celui qu’à régner Dieu condamne,
S’il veut faire en grand son métier,
Sait combien il faut de peaux d’âne
Pour abrutir le monde entier.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !

En France, où leur esprit domine,
À l’église ils vont bourdonner.
Tout charlatan se tambourine ;
Tout marmot veut tambouriner.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours.
Tambours, tambours, maudits tambours !

Ils flattent jusque dans sa bière
Le sot qui meurt chargé de croix ;
Ils font vœu, chez la cantinière,
De battre aux champs pour tous les rois.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !

Nous, peuple épris en politique
Du tapage et des galons d’or,
Pour présider la république
Faisons choix d’un tambour-major.

Terreur des nuits, trouble des jours,
Tambours, tambours, tambours, tambours,
M’étourdirez-vous donc toujours,
Tambours, tambours, maudits tambours !