Chansons posthumes de Pierre-Jean de Béranger/Les Voyages

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LES VOYAGES


Air :


« Viens, m’ont dit vingt chars rapides ;
« Le feu nous pousse à travers
« Bois épais, cités splendides,
« Monts et prés, champs et déserts.
« Faisant honte aux hirondelles,
« Tu croiras, sur nos essieux,
« Que la terre a pris des ailes
« Pour passer devant tes yeux. »

« Viens, me crie un beau navire,
« Voir l’homme en tous les climats,
« Voir en germe quelque empire,
« Des ruines voir l’amas.
« Par un caprice de l’onde,
« Tu peux, voguant avec moi,
« Ajouter un nouveau monde
« À ceux dont le nôtre est roi. »

« Des astres je sais la route,
« Viens, dit un aérostat ;
« Monte à la céleste voûte
« Pour en juger mieux l’éclat ;
« Sur maint problème à résoudre,
« Dans mon vol audacieux,
« Viens au-dessus de la foudre
« Sonder l’abîme des cieux. »

Partez tous. Ici je reste,
Heureux d’un monde borné,
D’oiseaux, de fleurs, monde agreste,
D’ombrages environné.
Quand la nuit étend son voile
Et qu’au ruisseau transparent
Vient se mirer une étoile,
Oh ! que l’univers est grand !