Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises/Mademoiselle Cosson de la Cressonnière

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MADEMOISELLE COSSON
de la cressonnière


Mademoiselle Cosson de la Cressonnière (Charlotte-Catherine), née à Mézières dans le xviiie siècle, est auteur de plusieurs pièces de poésies qui furent insérées dans le Mercure de France et autres journaux littéraires. On lui doit aussi : 1o  Lamentation sur la mort du dauphin, Paris, 1766 ; 2o  une édition de la Bonne Royne et d’un sien bon curé, fabliau d’une bonne femme gauloise, par Bossut, curé de Saint-Paul, Paris, 1782.


à l’illustrissime et révérendissime
PÈRE DE N***,
général des b … à rome


De l’église éclatant fanal,
Laissez un peu le diurnal,
Et lisez d’un air amical,
Au lieu d’un galant madrigal,
Un compliment tout jovial
Qu’Apollon, maître original,
M’inspira dans le sacré val
Où broute l’immortel cheval.
Oui, très-illustre général,
Ma muse au cœur simple et loyal

Qui, de tems immémorial,
Vous honore autant que Pascal,
A senti, lisant le journal,
Un plaisir vraiment cordial
De vous voir chef et principal
De tout votre ordre monacal.
Votre mérite sans égal
Est enfin sur son piédestal.
On en verra tout le total ;
Et le bonnet épiscopal,
Et le chapeau de cardinal
Avant la fin du triennal,
Éclateront comme cristal
Sur votre front sacerdotal.
Alors, très-aimable féal,
Si j’étois juge capital
Au fameux conseil synodal
Du beau cercle collégial,
J’en jure ici par le fleuve infernal,
Vous auriez le trône papal.


À LA ROSIÈRE DE SALENCE.


Reçois, jeune et belle rosière,
Le tendre hommage de mon cœur
Ainsi qu’à toi la sagesse m’est chère :
Tu portes le prix de l’honneur.
Combien en ce moment je t’aime et te révère !
Avec ce titre glorieux
La plus simple bergère est princesse à mes yeux.
En dépit des amours dont l’essaim t’environne,
Tu sus conserver ta vertu.

Ah ! pour obtenir la couronne
Ton jeune cœur sans doute a combattu.
Avec certains amans d’humeur folle et légère,
Dont notre esprit est peu charmé,
Il est aisé d’être sévère ;
Mais qu’il en coûte à l’être avec l’amant aimé !
Aussi d’une brillante et douce récompense,
Salenci sait payer un triomphe si beau :
De roses l’éclatant chapeau
Attestera toujours ta candeur, ta décence,
À tous les habitans de cet heureux hameau.
Ah ! dans cette gloire immortelle
Il est encore un droit charmant :
Au bonheur d’un époux fidèle
Tu peux appeler ton amant.
Je vois aussi sur ta victoire
S’exercer tour à tour les enfans d’Apollon,
Et dans le temple de mémoire
Des écrits délicats[1] ont placé ton beau nom.
Aujourd’hui même encore une élégante muse
Du prix de ta vertu nous offre le tableau :
Favart sait nous instruire autant qu’il nous amuse,
Voilà ce que j’admire en son drame nouveau.
Puisse, pour couronner ses travaux et son zèle,
Puisses-tu, ma bergère, au temple heureux des ris,
Des jeunes nymphes de Paris
Être à jamais l’exemple et le modèle.

  1. L’abbé Coger, l’abbé de Malespine et M. de Sauvigny avaient fait de jolis vers à l’occasion de la rosière de Salenci.