Chefs d’œuvre lyriques (Malherbe)/62

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La Comédie des Fleurs


PUISQU’IL vous plaît que je vous die
Le sujet de la comédie
Que je médite pour vos sœurs,
Les images m’en sont présentes :
Les personnages sont des fleurs,
Et vous êtes des fleurs naissantes.

Un Lis, reconnu pour un prince,
Arrive dans une province ;
Mais, comme un prince de son sang,
Il est beau sur toute autre chose,
Et vient, vêtu de satin blanc
Pour faire l’amour à la Rose.

Pour dire quelle est sa noblesse,
À cette charmante maîtresse
Qui s’habille de vermillon,
Le Lis, avec des présents d’ambre,
Délègue un jeune papillon,
Son gentilhomme de la chambre.

Ensuite, le prince s’avance
Pour lui faire la révérence ;
Ils se troublent à leur aspect ;
Le sang leur descend et leur monte ;

L’un pâlit de trop de respect,
L’autre rougit d’honnête honte.

Mais cette infante de mérite,
Dès cette première visite,
Lui lance des regards trop doux ;
Le Souci, qui brûle pour elle,
En même temps, en est jaloux ;
Ce qui fait naître une querelle.

On arme pour les deux cabales ;
On n’entend plus rien que timbales,
Que trompettes et que clairons ;
Car, avec tambour et trompette,
Les bourdons et les moucherons,
Sonnent la charge et la retraite.

Enfin, le Lis a la victoire ;
Il revient, couronné de gloire,
Attirant sur lui tous les yeux.
La Rose, qui s’en pâme d’aise,
Embrasse le victorieux,
Et le victorieux la baise.

De cette agréable entrevue,
L’Absinthe fait, avec la Rue,
Un discours de mauvaise odeur ;
Et la jeune Épine-vinette,
Qui prend parti pour la pudeur,
Y montre son humeur aigrette.

D’autre côté, Madame Ortie,
Qui veut être de la partie,
Avec son cousin le Chardon,
Vient citer une médisance
D’une jeune fleur de Melon
À qui l’on voit enfler la panse.


Mais la Rose enfin la fait taire
Par un secret bien salutaire,
Approuvé de tout l’univers,
Et, dissipant tout cet ombrage,
La Buglose met les couverts
Pour le festin du mariage.

Tout contribue à cette fête,
Et le soir, un ballet s’apprête
Où l’on oit des airs plus qu’humains :
On y danse, on s’y met à rire.
Le Pavot vient, on se retire.
Bonsoir, je vous baise les mains.