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Chez l’antiquaire

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Œuvres de Sully Prudhomme, Poésies 1866-1872Alphonse LemerrePoésies 1866-1872 (p. 29).


CHEZ L’ANTIQUAIRE


 
Entre mille débris au hasard amassés,
Un Christ en vieil ivoire, exposé dans la rue,
Jette l’adieu suprême à sa foi disparue
Et sent fuir ses genoux infiniment lassés.

En face, une Vénus, gloire des arts passés,
Sort de la draperie à ses flancs retenue,
Naturelle et divine, offrant sa beauté nue,
Sans bras, pareille aux troncs de lierres enlacés.

La Volupté sereine et l’immense Tendresse
Aux passants affairés n’offrent plus de caresse :
L’une a les bras cloués, l’autre a les bras rompus.

L’homme, sans charité, revend ce qu’il achète ;
La femme lui marchande une nuit inquiète :
Les beaux embrassements ne se prodiguent plus.