Chronique de la quinzaine - 30 septembre 1842

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Chronique n° 251
30 septembre 1842


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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30 septembre 1842.


Le gouvernement anglais vient de terminer ses longs démêlés avec les États-Unis. La convention qu’on vient de conclure a été diversement appréciée ; les uns ont félicité le ministère tory de l’issue de la négociation, les autres lui ont reproché d’avoir sacrifié au désir d’en finir les intérêts et presque l’honneur de la Grande-Bretagne. Rien de plus naturel que cette divergence d’opinions. En se plaçant à un point de vue exclusif, isolé, l’un et l’autre avis peut paraître également fondé. Celui qui ne voit que les embarras du gouvernement anglais, et les nombreuses et difficiles affaires qu’une politique impatiente et téméraire lui a laissées sur les bras, celui-1à doit penser qu’un traité par lequel, après tout, l’Angleterre ne renonce formellement et irrévocablement à rien d’essentiel, est une œuvre d’habileté, le produit d’une haute et saine politique. Celui au contraire qui, fermant les yeux sur les périls de l’Afghanistan, sur les dépenses et les lenteurs de l’expédition en Chine ; sur les incertitudes de l’Orient, sur les crises manufacturières de l’Angleterre, et sur le mouvement commercial qui agite en ce moment toutes les têtes de l’Europe, et qui peut amener les résultats les plus imprévus et les plus graves, ne songe qu’à la grandeur, à la puissance, aux ressources de l’empire britannique ; celui qui se rappelle les prétentions exagérées du gouvernement anglais et le langage hautain de ses envoyés, celui-là a pu s’étonner d’un traité par lequel l’Angleterre n’a rien obtenu, explicitement du moins, de tout ce qui lui tient le plus à cœur, d’un traité conclu sur le pied de la plus parfaite et modeste égalité avec ses anciennes colonies. Ces deux appréciations sont également erronées, parce qu’elles sont également incomplètes et partielles. Se placer à un point de vue exclusif, ne saisir qu’un seul côté d’une situation, ce peut être le rôle d’un amateur en politique et d’un homme de parti. Un gouvernement éclairé se place plus haut et procède autrement. Le gouvernement anglais et le gouvernement américain ont parfaitement saisi, chacun dans l’intérêt bien entendu de son pays, toutes les données de la question. En signant le traité, ils ont, l’ait et l’autre, habilement accompli leur mission.

Le gouvernement anglais ne pouvait pas prudemment ajouter aux difficultés de sa situation les dangers d’une lutte avec les États-Unis, d’une lutte qui pouvait éclater d’un instant à l’autre, malgré les deux gouvernemens et pour ainsi dire à leur insu. Sans avoir rien à en craindre de sérieux et d’irréparable au point de vue politique, l’Angleterre n’aurait pas moins éprouvé, par cette collision, de grandes pertes commerciales et de cruels embarras. La conservation du Canada et le maintien de la paix publique dans ce pays si facile à ébranler, et dont la réorganisation est si récente et si frêle, auraient imposé au gouvernement anglais de grands sacrifices. L’Angleterre, trop occupée partout ailleurs, devait mettre son esprit en repos à l’endroit de l’Amérique. Que lui importe, dans ce moment, un territoire un peu plus ou nu peu moins étendu au Canada ? Lorsqu’il s’agit pour elle de savoir si elle repassera ou non l’Indus, si elle marchera ou non sur Pékin, si, dans le cas d’une crise toujours menaçante en Orient, elle dressera ses tentes en Égypte, en Syrie, pouvait-elle insister pour quelques lieues de terrain de plus ou de moins dans le nord de l’Amérique, et risquer pour ce mince intérêt de voir ses forces divisées et paralysées dans une circonstance décisive ? Sur les autres questions, l’Angleterre n’a pas obtenu les stipulations qu’elle aurait désirées ; mais le contraire n’a pas été non plus formellement stipulé. Le traité est remarquable plus encore par le silence qu’il garde sur les questions les plus délicates, que par les clauses qui s’y trouvent exprimées. Ce n’est que par induction qu’on peut se rendre compte des avantages obtenus dans la négociation par le ministre américain. Le ministre anglais ne lui a pas fait de concessions directes, mais il ne l’a pas empêché de prendre et de retenir, à la seule condition de ne pas prononcer le nom de tout ce qu’il prenait et retenait. Ajoutons, quant au droit de visite, que lord Ashburton a pu glisser à la fin du traité un petit article qui, loin d’être stérile, produira peut-être un jour de nombreuses et importantes conséquences. Quoi qu’il en soit, il est également vrai que le ministre américain a tiré de la situation de l’Angleterre tout le parti qu’il pouvait espérer d’en tirer. S’il avait prétendu forcer l’orgueil britannique dans ses derniers retranchemens, la négociation n’aurait pas eu de résultat, et les États-Unis, qui, à leur tour, ne sont pas dans une situation brillante, auraient laissé échapper le seul moment peut-être où il leur était possible d’arriver sans effort à une transaction à la fois utile et honorable. Les États-Unis, pendant long-temps encore, auront besoin des capitaux de l’Angleterre. Les deux pays jouant à l’égard l’un de l’autre le rôle de capitalistes et d’entrepreneurs, toute rupture leur serait funeste.

L’affaire du tarif américain est enfin terminée. Les États-Unis veulent, eux aussi, entrer définitivement dans les erremens du système protecteur et en affronter les difficultés et les périls. Placés par la Providence dans les circonstances les plus heureuses, pouvant donner à leur prospérité nationale les bases les plus larges et les plus solides, ils veulent néanmoins détourner, eux aussi, le capital et le travail de leurs voies naturelles, et les engager dans des entreprises pleines d’incertitudes et de dangers. Singulière pensée que celle d’un peuple qui, possédant à un degré éminent les deux industries les plus solides et les plus fructueuses, l’agriculture et les transports, veut s’imposer de lourds sacrifices pour paralyser chez lui les échanges et se faire manufacturier ! Cette erreur est due en grande partie à la nature du gouvernement américain. Les gouvernemens fédératifs n’ont pas la puissance nécessaire pour lever des impôts ; ils ne sont pas assez maîtres chez eux. Pour que les contribuables consentent à remplir les coffres (lu gouvernement fédéral, il faut des circonstances extraordinaires, de ces évènemens qui excitent le patriotisme et appellent le dévouement. Dans les temps ordinaires, les gouvernemens fédéraux n’ont d’autre ressource que le produit des douanes. C’est là un impôt qui fait illusion au vulgaire. Il semble frapper les étrangers plus encore que les nationaux. Les consommateurs, lors même qu’ils le paient en tout ou en partie, selon les circonstances, ne le versent pas eux-mêmes dans les coffres de l’état. Ils ne sont pas choqués des variations que subit le prix d’une denrée qu’ils sont libres d’acheter ou de laisser. Il serait insensé de blâmer le gouvernement américain d’avoir recours à la seule ressource financière qui lui reste. Si le tarif n’avait pourvu qu’aux intérêts du fisc, il serait irréprochable. La mesure serait d’autant plus légitime que, par son organisation, le gouvernement des États-Unis a besoin de revenus assez considérables. Il ne peut pas, comme la confédération suisse, réduire son budget à une somme insignifiante ; mais, une fois la question du tarif mise sur le tapis, les préjugés nationaux et les intérêts particuliers l’ont saisie comme une proie et ont voulu s’en faire un moyen de satisfaction et de gain. Le tarif ne devait plus être une source de revenus, mais nu moyen de protection, une barrière contre l’industrie étrangère, un frein mis à la concurrence. En Amérique aussi, il est des hommes qui ont adopté la fameuse théorie des échanges sans équivalens, des hommes qui imaginent de pouvoir vendre leurs cotons, leur riz, leur tabac, à ceux dont ils ne voudraient plus recevoir les tissus, les vins, les outils. A mieux dire, ce sont les Américains des états du nord qui voudraient se réserver exclusivement le marché des états du midi, sans trop s’embarrasser de savoir quel serait le sort de ces derniers sous l’influence du système protecteur. Le génie prohibitif a pourtant trouvé quelque résistance dans le bon sens du gouvernement fédéral. Le tarif, sans être conforme aux principes et favorable au commerce, n’est cependant pas de nature à le paralyser complètement. Ainsi qu’on l’a déjà fait remarquer, les producteurs français ne sont pas des plus maltraités par le nouveau tarif. Nos principaux articles d’importation sont les soieries et les vins ; or, pour les soieries, le droit a été fixé au poids et réduit à 2 dollars et demi la livre, et pour nos vins ordinaires, le droit proposé d’abord, et qui était de 20 sous le gallon, se trouve réduit à 6 et 7 et demi. Ainsi, pour le vin, le traitement actuel est préférable à celui que nous assurait la convention de 1832. Quant aux soieries, celles que nos producteurs expédient étant à la fois légères et d’un prix élevé, le droit ne se trouvera pas dans une proportion exorbitante avec leur valeur. Ajoutons qu’un droit fixe est préférable à un droit ad valorem, qui est presque toujours une cause de fraudes et une source de discussions. Il nous souvient à ce sujet d’avoir lu dans le tarif américain un droit ad valorem su les statues en marbre. Ne voyez-vous pas les douaniers américains discutant gravement pour savoir si un Apollon, une Diane, un Bacchus, sont des antiques ou des couvres modernes, s’ils sont des originaux ou des copies ?

Quoi qu’il en soit des entraves que le nouveau tarif apportera dans plus d’une branche du commerce extérieur, toujours est-il que le ministre de France à Washington, M. de Bacourt, a fait preuve, dans le cours de ces longues et difficiles négociations, d’une parfaite connaissance de la matière et d’une vive sollicitude pour les graves intérêts que le gouvernement lui avait confiés.

Le roi de Naples vient de rendre une ordonnance qui n’est pas seulement une utile modification des droits de douane, elle est en même temps une sage mesure politique. Il a réduit de 50 pour 100 le droit d’importation sur les livres ; c’est là comprendre les besoins du pays et les nécessités du temps. Nous aimons à penser que la censure ne s’efforcera pas de rendre vaine, par une sévérité excessive, la concession financière. Tout semble prouver que le gouvernement napolitain ne redoute pas les lumières ; il n’a nullement le projet d’interdire la circulation de la pensée européenne dans le royaume ; il ne veut pas condamner les compatriotes de Vico, de Genovesi et de Filangieri à la vie purement matérielle. Aussi, les esprits sont-ils fort actifs à Naples ; toutes les branches des connaissances humaines y sont cultivées avec succès, et en particulier les sciences morales et politiques. C’est là le domaine que les Napolitains aiment à exploiter de préférence. Parmi ses hommes éminens, Naples a toujours compté an premier rang de profonds et hardis philosophes, de savans jurisconsultes et des publicistes distingués. Aussi, une certaine liberté est-elle nécessaire au génie napolitain. Plein de sève et de vigueur, il se développe paisiblement et s’occupe plus encore de ses idées et de ses systèmes que des faits extérieurs, lorsque rien ne gêne le cours (le ses pensées, lorsqu’on n’essaie pas de les comprimer et de les étouffer. Quelque paradoxale que puisse paraître notre observation, nous ferons remarquer que c’est là, malgré toutes les diversités, un rapport frappant de ressemblance entre le génie napolitain et le génie allemand. Au-delà du Garigliano comme au-delà du Rhin, on aime à se transporter dans le monde élevé des idées, et on y oublie l’humble région des faits positifs et de la vie réelle, à une condition toutefois : c’est que le gouvernement, par ses tracasseries ou par ses violences, ne vienne pas interrompre cette vie intellectuelle et rendre toute abstraction impossible. Le gouvernement napolitain laisse, de fait du moins, une grande liberté à la pensée. Il s’applique en même temps à conserver ou à améliorer les institutions que la domination française avait introduites dans le royaume. Parmi les monarchies qu’on a appelées administratives, le royaume de Naples a sans doute le droit d’être placé au premier rang par son organisation uniforme et régulière, et par l’esprit d’amélioration et de progrès qui l’anime.

Ainsi que nous l’avions annoncé, M. Olozaga est arrivé à Paris, chargé d’une mission auprès du roi des Belges. Il n’a pu déployer à Paris son caractère diplomatique, et tout porte à croire que nos relations avec l’Espagne resteront quelque temps encore sur le pied actuel. C’est une situation qui donnera un jour d’utiles résultats. Les Espagnols fixent rarement leur attention sur les pays étrangers, et, en conséquence, ils ne comprennent que fort tard les changemens qui s’y opèrent et les modifications que ces pays subissent. Ce diplomate espagnol qui, en parlant il y a peu d’années des Hollandais, les taxait de rebelles, était un fidèle représentant de son pays. Il ne manquait ni de connaissances, ni d’esprit ; seulement le temps, en ce qui concerne les droits et les intérêts de l’Espagne, n’avait pas marché pour lui. Les Pays-Bas lui paraissaient encore des sujets révoltés de Philippe II ; de même la France s’est long-temps, trop long-temps peut-être, mêlée directement des affaires de l’Espagne. De Louis XIV à Louis XVIII, l’Espagne a vu plus d’une fois les armées françaises pénétrer sur son territoire et disposer du gouvernement du pays. Faut-il s’étonner que le peuple espagnol en soit venu à croire que le gouvernement français, malgré ses protestations et sa conduite, n’a d’autre pensée, à l’égard de l’Espagne, qu’une pensée d’intervention ? Sans doute, pour quiconque connaît les conditions nouvelles de notre gouvernement, c’est là un préjugé qu’on peut avec raison appeler ridicule ; mais les Espagnols (je parle des masses) regardent peu ce qui se passe hors de l’Espagne la France de juillet est encore à leurs yeux l’ancienne France. Ils sont convaincus que nos principes politiques ne sont pas changés, et ils portent au fond de leur cœur, à notre égard, une méfiance que certes nous sommes loin de mériter. Le temps et l’expérience peuvent seuls dissiper ces vaines préoccupations de leur esprit. Aussi ne faut-il pas trop regretter l’interruption de nos relations diplomatiques ; c’est là un de ces faits qui frappent les yeux de la multitude. Il est par trop apparent que ce n’est pas la France qui cherche aujourd’hui à exercer à Madrid mie influence illégitime : la France s’abstient complètement ; elle se borne à faire des vœux pour la prospérité de ses voisins et à entretenir religieusement les relations de bon voisinage. Cette conduite prudente et loyale dessillera les yeux des Espagnols ; tout annonce déjà que cet effet moral ne tardera ras à se réaliser, et alors nous verrons se rétablir les rapports qui sont naturels aux deux états, rapports tout de bienveillance et d’intérêt réciproque, car il n’est pas de pays dont les intérêts soient plus faciles à concilier et à régler. La France et l’Espagne n’ont absolument rien à craindre l’une de l’autre ; toute supposition, contraire ne serait aujourd’hui qu’une absurdité palpable. Le principe des deux gouvernemens est le même, les formes en sont analogues : le génie, la langue, les habitudes, les productions des deux pays, ont ce degré de ressemblance et de diversité qui rend les communications à la fois faciles et réciproquement utiles. Une ressemblance complète et une profonde diversité sont des conditions peu favorables aux relations internationales et, en particulier, aux relations commerciales.

En Afrique, si les dernières nouvelles sont vraies, Abd-el-Kader aurait retrouvé une armée, quitté le désert, attiré à lui quelques-unes des tribus que nous avions soumises et attaqué assez vigoureusement l’arrière-garde de l’une de nos divisions. Nos généraux manœuvrent pour essayer de couper la retraite à l’émir et le faire repentir de son audace. Cette nouvelle levée de boucliers ne doit pas nous étonner. Ce serait mal connaître les populations arabes et en général les populations demi-barbares et nomades, que de se les représenter toutes soumises du premier coup et fidèles à leurs promesses, au point de résister à toutes les séductions de la religion, de la nationalité, de la vie errante et aventureuse. Nous ne pouvons conserver notre conquête qu’à la condition de guerroyer plus ou moins chaque année et d’avoir souvent à punir la trahison et le parjure. Ceux qui n’aiment que les conquêtes promptement assurées doivent porter ailleurs leurs pensées et leurs efforts. L’Afrique est une arène où nous rencontrerons pendant longues années des combattans acharnés. Leur nombre diminuera, leurs forces se trouveront affaiblies, mais nous ne pourrons pas déposer les armes sans tout compromettre. L’Afrique, c’est la guerre : la supprimer, c’est impossible ; mais on peut, par des efforts intelligens et persévérans, en resserrer le théâtre, en diminuer les dangers, en éloigner le trouble et le bruit. C’est dire que nous partageons dans ce qu’elle a d’essentiel l’opinion que M. le général Bugeaud vient de rendre publique par un écrit sur l’Algérie[1]. La colonisation protégée et secondée par une forte occupation militaire nous a toujours paru le seul moyen décisif en Afrique, le seul qui pût nous faire espérer des résultats satisfaisans et sérieux. Nous n’avons jamais compris ces systèmes intermédiaires qui n’allaient ni à consolider la conquête ni à l’abandonner. L’abandon n’aurait certes pas été une pensée nationale et honorable ; il aurait du moins été une conclusion légitime pour ceux qui étaient convaincus qu’on ne pouvait tirer aucun parti de l’Algérie, qu’il n’y avait là que des maladies à gagner et de l’argent à dépenser. Mais, une fois la pensée de l’abandon écartée, c’était une déplorable politique que d’envoyer chaque année en Afrique le nombre de soldats propre à provoquer les Arabes sans leur faire sentir en même temps toute notre puissance, sans rien fonder de permanent, de régulier, d’européen dans le pays. C’était vouloir se retrouver chaque année au même point, recommencer chaque année le même travail. Une fois la pensée de l’abandon écartée, il n’y avait de raisonnable que l’envoi d’une armée capable de soumettre ou de refouler les Arabes, et une vaste et vigoureuse colonisation s’interposant sur le littoral entre les Arabes et la mer. L’Algérie ne sera définitivement à nous que lorsque nous lui aurons donné une forte ceinture française. Le soi conquis (M. Bugeaud le reconnaît aujourd’hui avec une noble franchise) ne sera point avare de ses dons aux colons intelligens et laborieux. Seulement tenons-nous en garde contre toute illusion. Une colonisation sérieuse, digne de la France, suppose trois conditions essentielles : des colons actifs, robustes et nombreux, un capital suffisant, et une armée protectrice. Qu’une seule de ces conditions vienne à manquer, et tout le système s’écroule. Si le capital est insuffisant, les colons, après avoir langui quelque temps sur un sol qu’ils n’auront pas les moyens d’exploiter, périront misérablement de détresse et de maladie, on ils s’empresseront d’abandonner l’Afrique, maudissant le jour où ils prêtaient l’oreille aux séduisantes paroles des colonisateurs, à de vaines et coupables promesses. Que le capital soit fourni par le gouvernement, par des particuliers ou par des compagnies, qu’il soit donné ou avancé sous telles ou telles conditions, peu importe, si d’ailleurs l’avance est réelle, suffisante, et les conditions équitables. Ce que nous craignons, et l’histoire, parles plus déplorables exemples, paraît justifier nos craintes, c’est une colonisation entreprise à la légère, sans moyens proportionnés au but, par entraînement et séduction de la nouveauté plutôt que par réflexion et calcul. C’est en pareilles matières que l’enthousiasme n’est que folie.

Quant à l’armée, M. Bugeaud (et c’est là le but capital de sa publication) ne demande rien moins que quatre-vingt mille hommes bien au complet. Laissons aux hommes du métier les détails stratégiques ; à eux de décider si les deux lignes d’occupation que trace M, le gouverneur-général sont nécessaires, si les stations sur chaque ligne sont bien choisies, si elles ne sont pas trop multipliées, si avec des corps d’armée en bien moindre nombre, mais plus forts et autrement placés, on ne pourrait pas atteindre le même but. Il est des hommes de guerre qui estiment pouvoir défendre la colonie et refouler de plus en plus les Arabes avec cinquante mille hommes. Quoi qu’il en soit, le raisonnement de M. Bugeaud, le raisonnement général, est sans réplique. Si l’armée est insuffisante, elle n’inspire aucune crainte, elle n’exerce pas une protection efficace ; vous ne pouvez ni cultiver le sol occupé, ni faire payer aux Arabes les impôts accoutumés. C’est alors que l’armée ne peut tirer toutes ses ressources que de la France. L’Afrique n’est plus qu’une méchante caserne, qu’un logement militaire insalubre et où il faut tout apporter, le pain pour les hommes, le fourrage pour les chevaux, et presque l’eau pour boire. Si au contraire l’armée est nombreuse et redoutable, les cultivateurs prennent courage, les Arabes sont intimidés, le sol conquis nous donne des récoltes, et les indigènes approvisionnent nos marchés. Alors les denrées, ainsi que l’expérience l’a prouvé, abondent, et le prix en baisse d’une manière surprenante. L’armée pourrait vivre de l’Afrique, elle pourrait y vivre à meilleur compte qu’en France, et c’est ainsi qu’on peut, sans paradoxe, affirmer qu’une forte armée est, eu Algérie, un moyen d’économie.

L’écrit si remarquable de M. Bugeaud a cependant laissé quelques regrets. Nous ne voulons pas parler de la forme, ni de ces boutades qui ont peut-être la prétention d’être comiques, mais qui ne sont que le contraire de la dignité et du sérieux. M. Bugeaud a fait de si excellentes choses en Afrique, qu’on oublie volontiers l’homme de tribune et l’écrivain pour ne songer qu’au général et à l’administrateur.

Ce que nous regrettons d’abord, c’est que, dans la chaleur de ses convictions, il ait exagéré sa propre pensée, et fourni ainsi des armes aux adversaires de son système. Non-seulement il demande un effectif d’occupation fort considérable, mais il ajoute (page 13) : « Et pourquoi ne détacherait-on pas en Afrique les troupes d’infanterie qui ne sont pas indispensables en France ? Avec la paix et l’abaissement du prix des denrées, elles y coûteraient moins cher que dans la métropole, moins cher surtout parce qu’elles exécuteraient de grandes choses, au lieu de faire l’exercice sur nos places d’armes et de monter la garde à la porte des fonctionnaires publics. Si elles devenaient nécessaires en Europe, on les y rappellerait facilement, car elles ne compteraient pas dans l’effectif de l’occupation. » On les rappellerait facilement ! Cela est vrai, mais on ne les ramènerait pas facilement, car même les ignorans savent ce qu’il faut de dépenses, de préparatifs, de moyens de transport pour faire traverser la mer à une armée considérable. Et si une politique perfide nous avait préparé la guerre sous les apparences de la paix, si des hostilités inattendues venaient à éclater (le fait ne serait pas nouveau), s’il fallait songer en même temps à réunir tous ces moyens de transport et à les défendre, s’il fallait livrer des batailles sur mer uniquement pour ramener en France la fleur de notre armée, dirait-on encore qu’il est facile de rappeler nos troupes de l’Algérie ? Envoyons en Afrique les soldats qui y sont nécessaires, la France suffit à cette tâche ; mais le gros c e notre armée, notre infanterie, qui en est la substance et le nerf, ne doit pas quitter le sol de la France. Mieux vaut la voir s’exercer sur nos places d’armes, et même monter la garde à la porte des fonctionnaires publics, que de la jeter sur les plages africaines, loin de ces frontières qu’elle doit défendre, de ce sol sacré qu’elle fait respecter. Il est bon d’aimer l’Algérie, à la condition toutefois de ne pas oublier la France et l’Europe.

On a aussi regretté de voir un fonctionnaire publie qui, malgré l’élévation du poste qu’il occupe, dépend hiérarchiquement du ministre de la guerre et n’est pas seul responsable de l’administration de l’Algérie, on a regretté, dis-je, de le voir prendre de son chef l’initiative de ces graves questions devant le public, se faire juge de l’opportunité du moment et des conditions du système à proposer aux chambres. Qu’arriverait-il si le cabinet ne partageait pas dans toutes ses parties l’opinion si ferme, nous avons presque dit si tranchante, de M. Bugeaud ? Ce qui aurait pu n’être qu’un sujet d’examen, de discussion, de transaction, deviendrait un dissentiment éclatant, M. Bugeaud parait mettre le marché à la main au gouvernement, et lui dire avec ces formes qui lui sont familières : Tout ou rien. — Si le fait est réel, ces remarques seraient fondées. M. Bugeaud aurait en effet suivi une marche insolite et qui pourrait étonner, s’il n’était pas reçu de nos jours que tout le monde en fait à sa tête. Mais est-il vrai que M. Bugeaud a publié son écrit sans autorisation expresse ni tacite de l’autorité supérieure ? Nous l’ignorons.

Quoi qu’il en soit, il est facile de prévoir que la question de l’Algérie, les questions de douanes et d’union commerciale feront l’an prochain le fond de nos discussions parlementaires. Le ministère aura là de grandes et difficiles luttes à soutenir. L’inaction lui sera un péril comme l’action. Par l’inaction, il se ferait accuser d’impuissance, même par une partie de ses amis ; en agissant, en présentant aux chambres des mesures nouvelles, surtout en ce qui concerne notre commerce extérieur, il jette l’alarme dans son propre camp et brise son parti.

Au reste, une véritable inaction est impossible. Tous nos voisins étouffent, et ils ne peuvent point ne pas nous demander les moyens de respirer en nous faisant des propositions et des offres. Les accepter ou les repousser, c’est agir, car c’est décider de grandes questions, des questions d’avenir ; c’est assumer une immense responsabilité. Faisons des vœux pour que les intérêts particuliers et l’esprit de parti ne s’emparent pas seuls de la discussion et ne nous préparent pas des résolutions peu dignes et d’amers regrets.




La diplomatie britannique, qui veille avec une si infatigable activité aux affaires du commerce anglais, est sur le point de conclure avec le Hanovre une convention importante au sujet des droits de Stade. L’arrangement dont on annonce la prochaine conclusion intéresse au plus haut degré la navigation de l’Elbe, et par conséquent une portion très considérable du commerce extérieur de l’Allemagne. En faisant abstraction de ses expéditions sur les ports prussiens et sur Trieste, l’Angleterre répand par le canal de l’Elbe les cinq sixièmes au moins de ses exportations directes dans les états de la confédération germanique. Cette branche seule de son commerce est évaluée annuellement à 150 millions de francs. Hambourg, qui est le principal intermédiaire de ces fructueuses relations, lui offrirait à peu près tous les avantages d’un port franc, si par une étrange anomalie elle ne rencontrait dans les murs mêmes de la ville libre les douanes du roi de Hanovre, plus onéreuses au commerce par les vexations de toute sorte qu’elles lui suscitent, que par l’importance des tributs auxquels elles le soumettent.

Les droits de Stade, c’est ainsi que l’on désigne les taxes perçues par la douane hanovrienne de Hambourg, tirent leur nom de l’ancienne et petite ville de Stade, située à huit ou neuf lieues au-dessous de Hambourg et à une lieue de l’Elbe. Dès les temps les plus reculés du moyen-âge, les seigneurs de Stade, qui étaient les évêques de Brême et de Werden, levaient un péage sur tous les bateaux qui entraient dans l’Elbe. Le Hanovre fait remonter jusqu’à Charlemagne la concession de ce droit, qui fut confirmée dans la suite par plusieurs empereurs ; toutefois ce ne fut qu’à la fin du XVIIe siècle que la perception de ce péage fut régularisée. Stade appartenait alors à la Suède. Un traité conclu entre cet état et Hambourg en 1692 fixa les droits d’entrée dans l’Elbe par les navires de toutes les puissances. Les articles du tarif annexé à ce traité étaient en petit nombre ; les droits en étaient légers et calculés sur la base d’un seizième pour 100 ad valorem. La Suède s’engageait d’ailleurs à taxer dans cette proportion les marchandises qui n’auraient pas été spécifiées dans le tarif. Peu de temps après, en 1717, les duchés de Brême et de Werden furent acquis par l’électeur de Hanovre, qui venait d’être appelé au trône d’Angleterre sous le nom de George Ier. Jusqu’au milieu du siècle dernier, les navires anglais, aussi bien que ceux de toutes les autres puissances, avaient été obligés de jeter l’ancre devant les bureaux de douane de Stade, établis à Brunshausen, où l’on réclamait le droit de péage sur les navires et sur leurs cargaisons. Depuis George II, il leur est permis d’aller directement jusqu’à Hambourg ; seulement les capitaines sont astreints à déposer en passant leurs papiers pour être transmis à la douane de Hambourg, où s’opèrent la visite des navires et l’examen des marchandises. L’exécution des formalités qui doivent être remplies à Brunshausen est assurée par un brick de guerre, qui est à lui seul toute la marine de sa majesté hanovrienne.

Les droits de Stade sont levés annuellement sur environ quatre mille cinq cents navires. On évalue à plus d’un million de francs le revenu que le gouvernement de Hanovre a réussi à en tirer. S’il était demeuré fidèle à l’esprit du tarif de 1692, ce revenu s’élèverait à peine au neuvième de cette somme. Cependant, comme nous l’avons dit, les circonstances qui accompagnent la perception des droits les rendent beaucoup plus lourds que le chiffre de leur produit, à quelque exagération relative qu’il ait été porté ; ne pourrait le faire croire.

Pour anéantir une des plus fortes entraves opposées à la facilité des relations commerciales en Allemagne, le traité de Vienne (art. 108 et suiv.) avait décidé que les puissances de la confédération dont les états sont séparés ou traversés par les mêmes rivières navigables régleraient d’un commun accord tout ce qui concernait la navigation de ces voies fluviales, que les péages seraient établis et perçus par elles d’une manière uniforme. En conséquence, une commission composée des délégués des divers états intéressés se réunit à Dresde pour régler la navigation de l’Elbe. Mais le Hanovre, le Danemark et Hambourg n’ayant pu se mettre d’accord, la commission se sépara sans avoir rien arrêté relativement aux droits de Stade, et depuis ce moment, c’est-à-dire depuis 1821, la question est demeurée pendante. Cependant le Hanovre a su mettre le statu quo à profit. A la place du tarif modéré de 1692, il a introduit un nouveau tarif, qui, par ses stipulations arbitraires et ses inextricables complications, livre entièrement à la merci du roi de Hanovre le commerce étranger dans l’Elbe. Quelques détails suffiront pour le faire comprendre.

Le tarif de l’union des douanes allemandes ne charge spécialement que quarante-trois articles ; il laisse les autres francs de tout droit, ou les impose d’après le principe uniforme du poids. Le gouvernement hanovrien ne pouvait se contenter de cette simplicité. Aussi son tarif taxe en détail 2,368 articles, et comme il impose dans certains cas plusieurs droits sur le même article, le nombre des droits appliqués en ce moment s’élève à 6,688. Il y a 35 droits différens sur les fers, 32 sur les fils, 18 sur le sucre, 42 sur les peaux, 36 sur les huiles, 126 sur les bois, etc. Ce n’est pas tout ; le tarif hanovrien se sert à la fois de toutes les bases sur lesquelles les droits de douane peuvent être établis : le poids, la mesure, le nombre, la valeur ; et, ce qui est pire encore, il permet aux employés de la douane de choisir entre ces bases diverses celle d’après laquelle dans tous les cas particuliers le droit sera perçu. On comprend quels graves embarras il en résulte pour le commerce. Le négociant ne peut jamais savoir d’avance ce que les marchandises qu’il expédie auront à payer. Cependant ce pouvoir arbitraire ne suffit pas au collecteur hanovrien. La moindre erreur dans les papiers du navire, la plus légère méprise sur les prescriptions embrouillées du tarif lui sert de prétexte pour imposer au capitaine, à l’armateur, à l’expéditionnaire, des amendes également arbitraires. Pour donner une idée des embûches que le gouvernement hanovrien tend au commerce étranger et des avanies qu’il lui fait souffrir, je citerai deux faits entre mille. Un négociant de Hull s’est vu condamner à une amende de plus de 5,000 fr., parce qu’on avait marqué sur le connaissement comme renfermant du coton filé trois balles qui, sur la désignation d’un autre papier, ne figuraient qu’à titre de balles de coton ou autres marchandises. La différence de droit entre ces deux articles n’était pourtant que de dix francs. — Un navire américain était arrivé avec un chargement de thé : les papiers étaient en règle ; mais on découvre qu’il y a une différence considérable dans le tarif à l’égard du thé, selon qu’il est importé en caisses, boîtes ou livres. Cette différence faisait une somme énorme : il s’agissait de 180,000 fr. Le négociant de Hambourg à qui le navire était consigné, s’apercevant que l’application du droit le plus élevé a été faite à tort, demande la restitution de l’excédant des droits acquittés. L’administration de la douane lui répond qu’il est trop tard, que la somme a déjà été passée en compte, et néanmoins elle condamne à une amende de 50 francs le capitaine du navire, pour n’avoir pas fait sa déclaration dans les termes convenables.

Tel qu’il est appliqué, le tarif des droits de Stade est déjà la source de nombreuses vexations ; mais les inquiétudes qu’il inspire pour l’avenir sont plus sérieuses encore. On a vu l’élasticité perfide que la multiplicité des droits sur les mêmes articles donne à ce tarif ; le maximum de quelques-uns de ces droits, que la prudence seule a jusqu’à ce jour empêché de percevoir, est d’une exagération monstrueuse, et la pensée que le gouvernement hanovrien a souvent laissé entrevoir dans ces dernières années d’accroître les revenus de Stade, a aggravé d’un effroi légitime pour l’avenir les griefs actuels du commerce. C’est principalement sur les marchandises manufacturées que le Hanovre a manifesté sa tendance à hausser les droits. Or, on peut juger par le fait suivant de la marge démesurée que lui donne à cet égard le tarif de 1821. Pendant les années 1835, 1836 et 1837, la Grande-Bretagne a exporté pour Hambourg quatre-vingt-seize mille balles de coton filé et cinquante mille balles de calicot. La douane hanovrienne les a imposées par balle, ce qui a produit, à 70. c. de coton filé et 3 fr. 70 c. par balle de calicot, environ 252,000 fr. Si les employés eussent taxé les fils par paquets, et le calicot par pièce ou à l’aunage, comme ils y étaient autorisés par le tarif, les droits sur la même quantité de fil et de calicot eussent produit la somme énorme de 2,275,000 fr.

Les négocians anglais, qui rencontrent en Allemagne tant de difficultés à lutter avec la concurrence indigène, ne se sont pas montrés disposés à laisser le roi de Hanovre jouir long-temps d’un privilège qu’il exerce de manière à rappeler, en plein XIXe siècle, ces seigneurs féodaux qui levaient au moyen-âge, sur les commerçans, de si tyranniques et de si absurdes contributions, ils ont pressé depuis long temps le gouvernement britannique de leur faire obtenir l’entière abolition des droits de Stade, ou du moins d’en exiger la réduction au taux consacré par les anciens traités d’un seizième pour cent ad valorem. Un membre de la chambre des communes, M. William Hutt, s’est fait leur avocat chaleureux dans le parlement et dans la presse[2], et dès le règne de Guillaume IV, qui portait les deux couronnes d’Angleterre et de Hanovre, lord Palmerston demanda à l’administration de ce dernier pays la révision du tarif. L’affaire a traîné en longueur, et ce n’a été qu’au printemps de l’année dernière que les commissaires des deux gouvernemens se sont réunis à Hambourg pour se livrer à ce travail de réforme. Les commissaires hanovriens ont refusé d’abord de traiter sur la base présentée par le commissaire anglais, M. Ward, qui proposait de reconstituer le tarif sur l’ancien principe d’un seizième pour cent ad valorem. Il paraît que, grace aux sympathies politiques qui l’unissent au roi Ernest, le ministère actuel a été plus heureux que lord Palmerston, et est enfin parvenu à mener cette affaire à bon terme. On ignore encore les détails du tarif qui a été arrêté. On sait seulement par les révélations du 3llorning post que le principe d’un droit ad valorem a été adopté. Il est probable que l’Angleterre aura fait quelques concessions sur la proportion de ce droit ; on aura pris peut-être un milieu entre le seizième pour cent du tarif de 1692 et le tarif de 1821, qui, dans son application actuelle, prélève en moyenne un demi pour cent. Quelle que soit d’ailleurs la proportion accordée par l’Angleterre, le commerce aura toujours gagné un point important pour sa sécurité en obtenant un nouveau tarif conçu avec unité, simplicité, et qui fermera à l’arbitraire l’immense latitude qu’il s’était assurée par celui de 1821.

Nous espérons que le commerce de toutes les nations profitera bientôt des avantages que les négociations, conduites à bonne fin par lord Aberdeen, vont procurer aux commerçans anglais. Pour ne pas être aussi considérables, il est vrai, que ceux de l’Angleterre, nos intérêts engagés dans le commerce de l’Allemagne par l’Elbe ne sont pas indignes de toute attention, de toute sollicitude. La partie de nos exportations pour l’Allemagne qui prend cette voie emploie une centaine de navires et forme une valeur annuelle d’environ 15 millions. Nos vins entrent pour 6 millions dans ce chiffre, et on sait que la ville de Hanovre elle-même en est le principal entrepôt dans l’Allemagne du nord. Marseille, Bordeaux, le Havre, ont de nombreuses relations avec Hambourg. La solution de la question des droits de Stade ne doit donc pas être regardée par nous avec indifférence. Notre gouvernement, qui se préoccupe trop peu d’étendre nos relations commerciales, songe-t-il à nous faire participer aux avantages que l’Angleterre va recueillir de son arrangement avec le Hanovre ? Cette question, il est vrai, n’est pas de celles qu’un ministre peut proclamer à la tribune comme son plus beau titre de gloire ; mais le pays verrait avec satisfaction notre commerce dégagé des entraves des droits de Stade, et placerait sûrement ce modeste résultat bien au-dessus des rêves qu’on a pu faire et qu’on fait encore à l’endroit du Zollverein germanique.


— Il vient de paraître à la librairie Hachette un ouvrage vraiment utile. Nous voulons parler du Dictionnaire universel de M. Bouillet, immense répertoire de noms, de dates et d’observations scientifiques. L’auteur a voulu réunir dans le cadre le plus net et le plus restreint tout ce qui tient à l’histoire du monde, annales des peuples, biographie des individus, mythologie et géographie. En entreprenant cette ouvre si longue et si difficile, il n’a point suivi servilement les traces des écrivains qui avaient publié avant lui des ouvrages du même genre, il a revu et refait ce qui avait été fait précédemment, vérifié chaque document et soumis chaque page de son livre à une sévère critique. Grace à ces recherches laborieuses, poursuivies avec conscience pendant longues années, M. Bouillet est parvenu à composer un ouvrage que l’on peut consulter en toute sûreté, une encyclopédie portative qui doit être désormais placée dans la bibliothèque des gens du monde et le cabinet des hommes d’étude.




  1. Paris, chez Dentu libraire, Palais-Royal.
  2. M. W. Hutt a publié en 1839 une brochure d’un grand intérêt sur cette question, sous le titre de : The Stade duties considered.