Chronique de la quinzaine - 30 juin 1839

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Retour à la liste

Chronique n° 173
30 juin 1839


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


----


30 juin 1839.


Les dernières discussions de la chambre ont porté particulièrement sur les affaires extérieures, et le ministère a essayé d’établir sa politique sur plusieurs points. Le traité conclu avec le Mexique par l’amiral Baudin, les instructions données ou plutôt renouvelées aux commandans de nos stations navales sur les côtes d’Espagne, ont donné lieu surtout à de sérieuses explications. Le ministère nous permettra de lui adresser quelques observations au sujet des paroles que plusieurs de ses membres ont prononcées dans ces deux discussions.

Nous ne nous arrêterons pas aux tergiversations et aux contradictions des ministres, au sujet du traité du 9 mars, conclu par l’amiral Baudin. Le ministère est maître de ratifier ou de ne pas ratifier ce traité, et même de changer complètement d’avis du jour au lendemain, comme a fait deux fois en cette circonstance M. le maréchal Soult. C’est pour le ministère une question de considération dans la chambre, et nous ne nous en mêlerons pas ; mais un droit que nous ne lui reconnaissons pas, c’est celui d’altérer ou de dénaturer les faits, et c’est ce qui a eu lieu, ce nous semble, dans la discussion relative au traité du Mexique.

La commission de la chambre, chargée de l’examen des crédits, donnait son approbation au traité conclu entre la France et le Mexique ; mais elle reprochait au gouvernement d’avoir agi avec lenteur, et de n’avoir pas bloqué assez énergiquement le port de la Véra-Cruz, lors de l’expédition qui précéda celle de M. l’amiral Baudin. Il y avait plusieurs choses à répondre à ces reproches, et un ancien ministre du 15 avril s’est chargé d’en dire une partie à la chambre. Les plaintes des négocians français établis au Mexique ont donné lieu, depuis plusieurs années, aux réclamations du gouvernement français, et, en dernier lieu, M. le baron Deffaudis, notre ministre plénipotentiaire au Mexique, formula ces réclamations en une sommation directe qu’il adressa au gouvernement de la république mexicaine. Par cette note, M. Deffaudis réclamait, en faveur des Français résidant au Mexique, le paiement d’une indemnité de 600,000 piastres, le libre commerce de détail, et l’exemption des emprunts forcés. Notre représentant exigeait de plus la destitution des officiers et des magistrats coupables d’abus de pouvoir contre les citoyens français. Une escadre, sous les ordres du commandant Bazoche, se rendit au Mexique, pour appuyer les réclamations de M. Deffaudis, qui ne tarda pas, après l’expiration du délai qu’il avait fixé, à quitter Mexico et à se rendre à bord d’un des vaisseaux formant le blocus du port de la Véra-Cruz. Nous ne nions pas que la célérité et l’exactitude parfaite du blocus ne fussent nécessaires pour le succès de cette expédition, surtout depuis la résolution de se retirer de Mexico, prise par M. Deffaudis, et les dépêches du gouvernement, ainsi que les lettres du ministre de la marine, paraissent ne laisser aucun doute là-dessus. M. Deffaudis lui-même l’entendait ainsi, car il hâtait de tous ses vœux, dans ses dépêches, l’arrivée de la frégate l’Iphigénie, commandée par le capitaine Perseval, qui devait compléter le blocus. Malheureusement, les ordres du gouvernement ne reçurent pas l’exécution rapide qu’on pouvait attendre, et ce bâtiment arriva dans une saison défavorable, quand il devenait difficile de tenir la mer dans le golfe du Mexique. Un conseil de guerre, tenu à bord de l’escadre, et où assistait M. Deffaudis, décida qu’on n’était pas en mesure d’attaquer le fort de Saint-Jean d’UIIoa, et le gouvernement dut songer à prendre d’autres mesures.

En se déterminant à bloquer le seul port considérable du Mexique, et les sept ports abordables de ce littoral, le gouvernement n’ignorait pas à quelles plaintes il allait s’exposer de la part des États-Unis et de l’Angleterre. De nombreuses et fréquentes représentations avaient été faites pendant le blocus, particulièrement par le cabinet de Londres, et lord Palmerston écrivit même à son ambassadeur, à Paris, qu’il ne pouvait résister plus long-temps aux instances du commerce anglais, en souffrance du côté du Mexique. Malgré la gravité de ces communications, qui ne laissaient pas de doute sur les intentions du gouvernement anglais, le ministère du 15 avril fit procéder avec une admirable rapidité à l’armement d’une seconde expédition, qui devait avoir des résultats très décisifs. Le commandement en fut remis à M. Baudin, un de ces hommes résolus et capables qui doivent, ainsi que le maréchal Vallée, la haute récompense de leur mérite au cabinet dont nous parlons. M. Baudin emporta avec lui des instructions verbales et écrites qui lui tracèrent sa ligne de conduite. On l’instruisit des dispositions du cabinet anglais, et il fut mis ainsi en mesure de soutenir, dans toutes les éventualités, l’honneur du nom français. Un des membres de la commission a bien jugé les instructions de M. Molé, en disant à la chambre qu’il les avait trouvées pleines de dignité et de fermeté à la fois. L’honorable député a toutefois ajouté que le langage a changé depuis, et il se fonde sur ce qui est arrivé au Mexique, où le fort de Saint-Jean-d’Ulloa a été évacué avant le paiement total de l’indemnité réclamée par l’amiral Baudin. Mais l’honorable M. Taillandier ne peut savoir si le langage a changé, car il assure lui-même qu’il existe une lacune dans les communications faites par le ministère à la commission, et qu’elle n’a eu sous les yeux aucune pièce de la correspondance entre M. Molé et l’amiral Baudin, du 10 novembre 1838 jusqu’au 9 mars 1839, jour de la signature du traité. Il s’agit donc de savoir si l’amiral Baudin était autorisé par les instructions de M. Molé à se dessaisir des gages qu’il avait ordre de prendre, ou si depuis, quelque dépêche l’autorisait à agir ainsi. Pour les instructions, la commission les connaît, et elle a déclaré à la chambre, par un de ses membres, qu’elles étaient fermes et dignes à la fois. Le dernier reproche de la commission porte donc sur les dépêches du 10 novembre 1838 au 9 mars 1839, dépêches qu’elle ne connaît pas, dit-elle, et si elle ne les connaît pas, comment peut-elle en faire la base d’un reproche ?

Nous demanderons aussi comment il se fait que le ministère n’ait pas jugé à propos de donner un mot d’explication à la commission à cet égard. Nous concevons, sans toutefois l’approuver, cette humeur peu courtoise de quelques membres du cabinet actuel contre l’administration du 15 avril. C’est ce sentiment, peu politique d’ailleurs, qui a dicté à M. le maréchal Soult la courte réponse qu’il a faite à la tribune. — Tout ce qui se rapporte à la négociation avec le Mexique, a-t-il dit, appartient exclusivement au cabinet du 15 avril. Nous sommes bien sûrs que le cabinet du 15 avril en accepte toute la responsabilité, et qu’il ne désavouera pas publiquement ses agens, diplomates ou marins, même s’ils avaient dépassé leurs instructions. Les ministres du 15 avril savent que le gouvernement est responsable, non-seulement de ses actes, mais encore de ses agens, et d’ailleurs, un officier aussi distingué que l’amiral Baudin n’agit pas sans des motifs puissans, dont il peut ouvertement rendre compte à la France. Mais le cabinet du 12 mai agit-il bien loyalement en laissant croire que ses prédécesseurs ont donné une autorisation dont il serait impossible de trouver la moindre trace dans les instructions et les dépêches ? Les instructions, nous le répétons, ne laissent aucun doute, la commission de la chambre les a lues et elle en a rendu compte. Restent donc les dépêches. N’existe-t-il aucune dépêche du gouvernement à l’amiral Baudin depuis le 10 novembre 1838 jusqu’au mois de mars 1839 ? Et s’il en existait ; si ces dépêches successives recommandaient expressément à l’amiral Baudin de ne pas accepter la médiation du ministre anglais, M. Packenham, tant que les forces navales de sir G. Paget n’auraient pas été éloignées du golfe du Mexique, car ce serait abaisser la dignité de la France ; si elles lui recommandaient encore de n’accepter, en aucun cas, l’arbitrage de l’Angleterre, mais seulement sa médiation qui pouvait être acceptée après la prise de la Véra-Cruz, quand nous avions fait sentir aux Mexicains la force de nos armes ; si elles lui recommandaient de plus de ne se dessaisir en aucun cas de son gage, qui était le prix du sang français, avant le paiement de tous les termes de l’indemnité ; si ces recommandations expresses se trouvaient écrites dans des dépêches adressées à l’amiral, de la main même du chef du cabinet du 15 avril, que devrait-on penser du chef et des membres du cabinet du 12 mai, qui, en possession de ces dépêches, auraient laissé leurs prédécesseurs sous le coup des reproches de la commission de la chambre ? Dira-t-on que M. le maréchal Soult pouvait ignorer l’existence de ces dépêches ? Mais si M. le maréchal Soult s’était fait apporter ces dépêches la veille de la discussion, et s’il avait passé quelques heures à les lire avec M. le marquis de Dalmatie, le procédé ne serait-il pas encore plus inconcevable ? Pour le ministère du 15.avril, nul doute qu’il n’accepte toutes les conséquences de ses négociations, et même celles de ses instructions et de ses dépêches. Tout ce que nous lui souhaitons, c’est que ses successeurs mettent ses actes au grand jour, au lieu de les cacher. On peut, en effet, repousser la solidarité d’actes auxquels on n’a pas eu part, comme on peut refuser de ratifier les traités ; mais on ne doit pas laisser accuser injustement ses prédécesseurs, eussent-ils été vos adversaires !

Venons à l’Espagne. C’est maintenant à M. Dufaure que nous nous adressons. Que les journaux de l’opposition, par une tactique qui leur est propre, recueillent un mot prononcé à la tribune par un ministre, torturent ce mot, l’isolent, et lui donnant une signification contraire à celle qu’il a, s’en emparent et s’en fassent une arme contre le gouvernement cela peut se concevoir, jusqu’à un certain point, de la part des journaux. Mais qu’un homme aussi haut placé qu’un membre du conseil, qu’un ministre du roi use de cette méthode, c’est ce qu’on ne saurait trop déplorer. Nous comprenons que M. Dufaure, interpellé par M. de la Redorte, et accusé de contradiction dans sa politique, ait eu à cœur de se justifier. Mais fallait-il le faire aux dépens de la vérité ? Le ministère actuel a adopté, à l’égard de l’Espagne, un plan qu’il a l’espoir de faire réussir du côté du centre gauche de la chambre. Ce plan consiste à faire exactement ce que faisait le ministère du 15 avril, à donner les mêmes instructions, à établir les stations navales sur les côtes d’Espagne, telles que le cabinet du 15 avril les avait établies avant que l’expédition du Mexique n’eût forcé d’en détacher quelques résulte Le système est le même, mais les paroles sont autres. On dit bravement à la chambre qu’on veut sauver l’Espagne, secourir la reine Isabelle, et qu’on agira quand il faudra. En un mot, on veut s’écarter du ministère du 15 avril par le langage, si on ne le fait par les actions, et pour mieux réussir, on dit, comme a fait M. Dufaure, que la politique du 15 avril se résumait, à l’égard de l’Espagne, par le mot jamais, et l’on s’écrie, comme il a fait : « Dites-le-moi, si ce n’est pas là une politique qui nous soit propre, et si elle a quelque chose de semblable à celle du cabinet qui nous a précédés ? » Or, nous allons prouver à l’instant même à M. Dufresne que sa politique n’est rien de plus que celle du 15 avril, et en outre, que son langage est encore au-dessous de celui que tenait ce cabinet.

Nous ferons d’abord remarquer que ce fut sous le ministère du 6 septembre qu’eut lieu une première explication au sujet de l’Espagne, où M. Molé exprima sa pensée. M. Guizot, avec sa hardiesse, sa vivacité d’esprit ordinaire, s’était écrié que si don Carlos arrivait à Madrid, le prétendant ne serait que plus embarrassé, et qu’il serait encore plus à la merci de la France. C’est à cette occasion que s’éleva une nuance de dissentiment dans le cabinet, et que M. Molé déclara une première fois que l’arrivée du prétendant à Madrid serait un malheur immense, et que la France devrait faire tous ses efforts pour le conjurer. L’occasion de se prononcer de la même manière se présenta souvent depuis pour le chef du cabinet du 15 avril, et il répéta plus d’une fois cette déclaration. A l’époque du ministère du 6 septembre, M. Molé expliqua dans la chambre des députés comment la question d’intervention avait changé. Il rappela qu’il avait émis le premier, après la révolution de juillet, le principe de non-intervention, qui consistait à établir que chacun est seul maître chez soi, et que nul n’a le droit d’intervenir dans les affaires de son voisin. C’est avec ce principe, tout favorable à la révolution de juillet, que M. Molé arrêta la Prusse qui se disposait à intervenir en Belgique. C’était, comme il le disait très bien, mettre hors de cause la propagande de la sainte-alliance. M. Molé rappela en cette occasion le changement qui se fit depuis dans la presse opposante, quand elle crut que le ministère allait intervenir en Espagne. Le cri de réprobation fut général. On crut que le parti du gouvernement, désigné alors sous le nom de parti de la résistance, allait arrêter le mouvement en Espagne, et suspendre le développement du principe révolutionnaire. Toute la presse se déclara contre l’intervention.

Mais bientôt l’incertitude à l’égard de la conduite du gouvernement français vis-à-vis de l’Espagne, cessa par la publication du traité du 22 avril 1834, dit de la quadruple alliance. En ce qui concernait la France, il y était dit : « Dans le cas où la coopération de la France serait jugée nécessaire par les hautes parties contractantes pour atteindre le but de ce traité, sa majesté le roi des Français s’engage à faire à cet égard ce qui serait arrêté d’un commun accord entre elle et ses trois augustes alliés (art. 4). » Le 18 août 1834, un traité additionnel, signé entre la France et l’Angleterre, spécifia mieux la nature de leur concours. Il consistait en ces deux articles : « 1° Sa majesté le roi des Français s’engage à prendre, dans la partie de ses états qui avoisine l’Espagne, les mesures les mieux calculées pour empêcher qu’aucune espèce de secours en hommes, armes et munitions de guerre, soient envoyés du territoire français aux insurgés en Espagne. 2° Sa majesté le roi du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande s’engage à fournir à sa majesté catholique tous les secours d’armes et de munitions que sa majesté catholique pourra réclamer, et en outre à l’assister avec des forces navales, si cela est nécessaire. » C’est en cela que consistent les obligations de la quadruple-alliance. Le ministère du 15 avril a cependant entretenu des stations navales sur les côtes d’Espagne pour empêcher la contrebande carliste, et souvent nos vaisseaux ont été employés à transporter les troupes constitutionnelles d’un point vers un autre. Du côté des Pyrénées, il a défendu le passage des carlistes autant qu’il a été possible ; il a, au contraire, accordé le passage sur notre territoire aux soldats de la reine toutes les fois qu’il a été demandé ; et le cabinet espagnol ayant demandé, en 1838, le passage pour un corps considérable qui allait renforcer les lignes d’Hernani et de Saint-Sébastien, non-seulement M. Molé l’accorda, mais la réponse fut transmise par le télégraphe, de peur qu’elle n’arrivât trop tard. Le traité obligeait le gouvernement à ne prohiber que les secours en hommes, en argent, en armes et en munitions portés à don Carlos ; le cabinet du 15 avril prohiba de son chef les effets d’habillement et d’équipement, les chevaux, les bestiaux, les viandes fraîches et salées, les légumes, les grains, et de ces prohibitions résultait une perte de deux millions par année pour les départemens du midi, aux réclamations desquels M. Thiers lui-même avait été obligé de céder sur ce point. Il rendit, en effet, le blocus moins sévère, et modifia l’ordonnance du 3 juillet 1835. Les résulte de nos stations étaient au nombre de douze, ils avaient ordre d’aider de tous leurs efforts aux constitutionnels, sans coopération armée toutefois. Deux corps de troupes à l’état de rassemblement, quatorze brigades de gendarmerie, et une légion de douaniers, cernaient la frontière des Pyrénées. Que fait de plus le ministère actuel ?

Il parle vivement en faveur de l’Espagne ; mais nous n’avons jamais entendu M. Molé parler contre l’Espagne. Il niait seulement la convenance d’aller en Espagne consolider, par nos armes, la politique du gouvernement de la reine, et il prononçait ces paroles, en 1837, à la chambre des députés : « Henri IV, messieurs, disait à Sully qu’un roi de France ne devait jamais recourir à des baïonnettes étrangères ; ajoutons, croyez-moi, qu’aucun peuple ne leur devra jamais ses institutions et sa liberté. » Quel est, nous le demandons, le langage le plus libéral et le plus élevé, celui de M. Molé ou celui de M. Dufaure ?

Le cabinet du 15 avril n’a pas fait assez pour l’Espagne, au gré de M. Dufaure qui ne fait et qui ne fera rien de plus ? Voyons encore les faits. Pouvait-on intervenir, même si on l’avait voulu ? A une autre époque que celle du ministère du 15 avril, en juin 1835, le gouvernement de la reine Christine réclama, il est vrai, l’assistance militaire de la France. La France consulta l’Angleterre son alliée, avec laquelle il était obligatoire d’agir de concert. Les trois questions suivantes furent adressées au cabinet de Londres : « Y a-t-il lieu à déférer à la demande d’une intervention ? L’Angleterre y coopérera-elle ? L’Angleterre verra-t-elle dans une intervention un casus faderis, c’est-à-dire une juste application des traités du 22 avril et du 18 août 1834 ? L’Angleterre répondit à ces trois questions de la manière la plus négative. Pendant un an, la politique du cabinet anglais fut toujours la même ; il refusa d’intervenir et de reconnaître à la France le droit d’intervenir seule. Ce ne fut qu’en 1836, au mois de mars, que le gouvernement anglais annonça à notre ambassadeur, à Londres, que le moment lui semblait arrivé de débarquer des soldats de marine, pour défendre les places maritimes de l’Espagne, menacées par les carlistes, et il invitait, en conséquence, la France à prendre part à la coopération, en occupant le fort du Passage, Fontarabie et la vallée de Bastan. M. Thiers, que les ministres actuels ont écarté des affaires, sous prétexte qu’il était trop prononcé pour la coopération, en même temps qu’ils cherchent à gagner les partisans de M. Thiers, en s’échauffant à froid pour l’Espagne, M. Thiers refusa. M. Thiers ne se montra pas seulement modéré et prudent en cette circonstance, M. Thiers se montra politique profond. Sa dépêche, datée du 18 mars 1836, est un chef-d’œuvre. Il établit, avec la plus haute raison, que toute coopération de ce genre mènerait infailliblement à l’intervention la plus directe ; que l’intervention serait sans but, sans dignité, si elle n’était faite de manière à pacifier l’Espagne, outre que l’intervention ou la coopération ne comptait plus ni majorité, ni partisans influens en France ; et les choses en restèrent là. M. Dufaure et M. Passy étaient alors les admirateurs exclusifs de M. Thiers, et ils faisaient bien. Ils admirèrent sans doute cette résolution ; mais qu’était-ce, au fond et en résultat, sinon la pensée du 15 avril ?

Plus tard, le cabinet du 22 février crut à la nécessité d’une intervention. M. de Bois-le-Comte, notre envoyé à Madrid, écrivit dans un sens contraire, et insista sur les traités qui n’admettent pas l’intervention. Ainsi, ce cabinet trouvait des sentimens contraires à l’intervention dans ses meilleurs agens. Dans le cabinet même du 22 février se trouvaient des adversaires de l’intervention et de toute espèce de coopération. Les ministres actuels du tiers-parti l’ignorent moins que personne.

Où donc, encore une fois, est cette politique si différente de la politique du 15 avril ? Nous la cherchons en vain. Nous avons dit que les paroles mêmes du cabinet du 15 avril étaient aussi favorables à l’Espagne que les déclamations des ministres actuels. M. Dufaure a dit héroïquement, il y a deux jours « Notre cabinet ne prononce pas le mot jamais. Il agira quand il faudra. » Le cabinet actuel fait bien, en effet, d’éviter le mot jamais, car le chef de ce cabinet a tenu, dans la même semaine, deux langages différens, dans la chambre des pairs et dans la chambre des députés ; ce qui faisait demander spirituellement par M. de la Redorte : « S’il y avait deux Espagnes, comme il y a deux chambres. » Quant aux paroles de M. Dufaure, M. Molé en a dit, avant lui, de semblables. Il disait, dans la séance du 18 janvier 1837 : « Si les chances devenaient favorables au prétendant, à ce point que l’on pût craindre ses succès, je prendrais conseil des circonstances, et je calculerais ce que la France peut mettre d’hommes et d’argent au service d’une cause quelconque. » Dans une autre séance, le 4 janvier 1838, le président du conseil disait « Une fois engagé dans l’intervention, je serais d’avis, plus que personne, d’y employer, s’il fallait réussir, toutes les forces de la France. » Et quelques jours plus tard : « Je ne dis pas qu’en aucun cas nous ne devions aller en Espagne. Pour une détermination pareille, il n’y a que les circonstances à consulter. Et enfin, M. Molé répéta, comme il l’avait déjà dit, contrairement à M. Guizot, que l’arrivée de don Carlos à Madrid serait un malheur immense, et que la France devrait, en pareil cas, user de toutes ses ressources pour le repousser. Nous demandons à M. Dufaure s’il peut raisonnablement placer parmi toutes ces paroles prononcées dans une longue période de temps, le fameux mot jamais, prêté à M. Molé ?

Il faut le dire aux ministres du 12 mai, ce n’est pas en faisant une guerre si puérile à leurs prédécesseurs qu’ils s’élèveront bien haut. Nous voyons bien l’embarras qu’éprouvent à parler à la tribune les ministres actuels, séparés de principes, divisés d’opinion comme ils sont ; mais le besoin de remplir quelques vides dans un discours ne devrait jamais entraîner au-delà des limites de la justice et de la vérité. Quant à nous, on nous trouvera toujours prêts à y rappeler ceux qui s’en écarteront.

Si les dernières nouvelles de Constantinople se confirment, la question d’Orient changerait subitement de face, et il faudrait se résoudre à l’anéantissement du statu quo et à la guerre. Le manifeste de la Porte ottomane, publié par la Gazette d’Augsbourg, est, à coup sûr, une pièce bien importante, si elle n’est pas apocryphe. Le sultan élève contre son vassal des griefs de religion, et en cela, l’esprit de l’Orient se montre tout entier ; mais d’autres griefs ont été inscrits dans ce document, ce sont même les seuls qui aient une portée politique. Or, ces griefs étant tout anglais, on est amené à se demander quelle main les a glissés dans cette pièce. Méhémet-Ali est accusé par le sultan de n’avoir pas voulu laisser traverser ses états par un corps de troupes anglaises qu’on voulait embarquer à Suez pour Bombay, et il intrigue, dit le manifeste, pour empêcher l’Angleterre de s’emparer d’Aden et de s’y établir. En conséquence, il est regardé comme un traître par le gouvernement ottoman, qui déclare qu’il ne peut tolérer cet état de choses. D’autres lettres, venues également par l’Allemagne, annoncent que c’est l’influence anglaise qui pousse le sultan à la guerre, et l’on attribue les efforts que lord Ponsonby fait pour exciter le sultan contre le vice-roi d’Égypte à l’excentricité de l’ambassadeur. Si lord Ponsonby agit dans le sens qu’on lui prête, et déjà le manifeste de la Porte donne à penser à ce sujet, il n’y aurait pas la moindre excentricité dans sa conduite, et elle serait, selon toutes les apparences, conforme aux instructions qu’il reçoit d’Angleterre. Mais, encore une fois, toute la question d’Orient se trouverait changée, et d’une manière bien subite.

L’Angleterre a fait depuis quelques années de grands efforts pour s’ouvrir un chemin permanent à travers l’Égypte ; tout le monde le sait. Le traité de commerce du 18 avril 1338, qu’elle a fait signer au sultan, était surtout dicté par le sentiment qui anime l’Angleterre contre Méhémet-Ali depuis le refus de couper une partie de ses états par un chemin de fer à l’usage de l’Angleterre. La prise d’Aden a suivi de près les nouvelles combinaisons du gouvernement britannique. Trois cents pièces d’artillerie ont été envoyées par les Anglais dans cette place, et leur dessein est d’en faire un Gibraltar en orient, La ville d’Aden, située au midi de l’Yemen, est extrêmement favorable à ce projet, et on ne conçoit pas l’aveuglement de la Porte, qui prend fait et cause pour l’Angleterre dans cette circonstance. L’arrivée toute récente des Anglais dans le Sind annonce également qu’un vaste plan se combine dans les conseils de cette puissance, pour prendre en Orient une position aussi forte et aussi étendue que serait celle de la Russie, si cette dernière s’emparait de Constantinople. Le plan de l’Angleterre date de deux ans environ, et quelques gouvernemens étrangers en ont déjà eu indirectement connaissance, il consiste à s’emparer de l’Égypte aussitôt que la Russie aura envahi les provinces turques par suite du traité d’Unkiar-Skélessi, ou de quelque autre combinaison, à étendre la domination anglaise sur le royaume de Grèce, avec lequel l’Angleterre vient précisément de rompre, et à relier cette double position par Aden, le Sind, le Lahor, et les possessions anglaises des Indes orientales. La France se trouverait ainsi tout à coup en présence de deux colosses, l’Angleterre et la Russie, et on répondrait à ses réclamations en lui montrant Alger et la partie de l’Afrique qu’elle s’est adjugée. L’Angleterre ne commencera pas la guerre, elle ne se jettera sur ses gages que lorsqu’elle y sera forcée ; mais il est permis, à la lecture du manifeste de la Porte et des nouvelles récentes de Constantinople, de se demander si la diplomatie anglaise ne hâte pas indirectement ce moment. Dans un tel état de choses, la France et l’Autriche se trouveraient liées par des intérêts communs. Dans tous les cas, en poussant la Turquie à la guerre, l’Angleterre courrait peu de risques d’après les projets qui se révèlent aujourd’hui. Si la Turquie triomphait du pacha, la route par l’Égypte serait ouverte à l’Angleterre, grace aux bonnes dispositions du sultan, et l’équilibre européen, un peu rétabli, permettrait à l’Angleterre d’observer encore les évènemens et de les attendre avec patience. Dans le cas contraire, l’Angleterre se trouverait nantie, et pourrait combattre avantageusement l’influence de la Russie en Orient. En attendant, et dans l’incertitude, malheureusement très facile à dissiper, où nous sommes, le manifeste de la Porte ottomane ne vient-il pas comme à point pour montrer l’impossibilité de pratiquer le système que la commission de la chambre a proposé au gouvernement, par l’organe de son rapporteur, M. Jouffroy ?

Cette politique est celle qui a été déjà proposée par M. Janvier, député doctrinaire, et dont on doit la pensée, dit-on, à M. de Broglie. Elle consiste à s’avancer délibérément à la conquête du statu quo, en formant une confédération pour le maintenir. A cet effet, la Turquie serait invitée formellement à signer un traité de garantie réciproque avec la France, l’Angleterre, et, s’il se peut, avec l’Autriche. Assurément, si ces trois puissances consentent à signer un tel traité, toutes les difficultés seront résolues ; mais il ne faut pas se bercer de chimères : si le manifeste de la Porte est authentique, l’Angleterre ne se joindra pas sincèrement à nous, et il lui suffira d’influencer le gouvernement turc pour faire échouer toutes les négociations. Or, de bonne foi, où est l’intérêt de la France à se lancer ainsi dans les affaires d’Orient, en présence des symptômes qui se manifestent ? Devant de tels indices, la France doit se montrer prudente, se maintenir, il est vrai, dans l’alliance anglaise, mais se faire rendre promptement compte des desseins de l’Angleterre, et faire, vis-à-vis d’elle-même, ses réserves sur l’Orient. L’Angleterre ne se réserve-t-elle pas aussi sur certains points ?

Une alliance, comme toutes les grandes affaires de ce monde, est une chose complexe ; deux nations n’englobent pas tous leurs intérêts dans les stipulations bienveillantes d’un traité d’alliance, nous le voyons chaque jour depuis neuf ans. Au Mexique, nous étions menacés de la guerre avec l’Angleterre et les États-Unis, qui ne sont pas alliés cependant, mais que leurs intérêts eussent rapprochés là contre nous. Dans la mer de Marmara, nous pourrions avoir quelque jour contre nous la Russie et l’Angleterre. Soyons donc de la France et pour la France. Mettons-nous activement en défense et dans le cas de prendre au besoin une attitude agressive, et profitons des avantages d’une situation qui en a quelques-uns, toute critique qu’elle est. En présence de deux cabinets qui ont leurs plans arrêtés, ayons un plan, s’il est possible, et rappelons-nous surtout que la Russie n’a que des pensées russes, l’Angleterre que des vues anglaises. L’isolement, en pareil cas, est la force, car nous ne pouvons vouloir tout ce que veut l’Angleterre ; si elle veut l’Égypte et la Grèce, nous ne pouvons pas raisonnablement les lui donner. Les vues de l’Angleterre resteront peut-être lui sans exécution. Un évènement peut les précipiter ; mais elles sont de telle nature, qu’elles se transmettront sans doute d’un cabinet à l’autre, et que les tories, plus encore que les whigs, seront ardens à les exécuter. Le temps ne fait rien à l’affaire. Les projets des Russes s’accomplissent bien depuis un siècle et demi. Le rôle de la France est bien difficile au milieu de ces fortes et audacieuses combinaisons, et nous le disons à regret la direction de nos affaires étrangères, conduites par des mains si inexpérimentées, en cette matière, que celles de M. le maréchal Soult, n’est pas faite pour nous rassurer.

On vient de jouer une étrange pièce sur un théâtre qui veut prendre des allures littéraires. La Jeunesse de Goethe est un mythe, mais un mythe parfaitement intelligible, chose rare. La clarté du symbolisme tient sans doute à ce que la pièce n’est pas seulement allemande, mais aussi française : allemande, en ce qu’elle personnifie je ne sais quelle lutte imaginaire du génie contre la critique ; française, en ce qu’elle renouvelle l’orgueilleuse extase d’Olympio se chantant à lui-même l’hymne de sa destinée dominatrice. Chez Mme Colet, le critique est un eunuque, un parasite, un géant sur des échasses, etc., comme il est un champignon dans les Voix Intérieures ; mais il n’y a qu’égalité d’injures, et j’admire trop le génie puissant de M. Victor Hugo pour le nommer à propos de Mme Colet. La pièce jouée, il y a quelques jours, au théâtre de la Renaissance, affiche très haut la rare prétention d’être littéraire. Nous ne blâmerons certainement pas une aussi louable tendance ; mais plus le dessein annonçait de grandeur, plus il fallait que l’exécution y répondît : or, la Jeunesse de Goethe ne nous paraît remplir aucune des lois les plus élémentaires de l’art théâtral.

Le lieu de la scène ne me semble pas choisi avec ce tact exquis qu’il faudrait quelque peu demander aux femmes, de plus en plus nombreuses, qui font métier d’écrire. Lebrun, venant dire que l’encre sied mal aux doigts de rose, serait aujourd’hui hué ; mais, sans vouloir nous reporter aux innocens moutons de Mme Deshoulières, n’est-il pas permis de croire, qu’à moins d’être Mme de Staël ou George Sand, et de se mettre ainsi, par le génie, hors des conditions ordinaires, la réserve et la délicatesse dans l’art siéent surtout aux femmes ? L’hôtellerie de l’Eldorado ne ressemble nullement, sans aucun doute, au lieu où se passe le quatrième apte du Roi s’amuse ; mais ce n’est pas cependant un salon de très bon ton, et Charlotte fait bien de comparer sa joie à celle d’une jeune grisette. Il y a des vases de fleurs, des amphores, des tableaux, des instrumens de musique sur la scène ; mais, dans la prosaïque réalité des choses, ce n’est là qu’une auberge où de jeunes fous viennent, le soir, souper, danser, faire de la musique avec les actrices, les élèves du conservatoire, que le plus souvent ils ne connaissent pas. Goethe dit :

Amis, faisons des vers pour ces enchanteresses,
Si nous sommes leurs dieux, qu’elles soient nos prêtresses !
Cueillons leur frais sourire et leur brûlant regard,
Demandons-leur l’amour en échange de l’art.

Ceci, j’imagine, se passe le plus simplement du monde, dans l’innocence parfaite des mœurs allemandes. C’est un point de vue qu’il faut accepter.

Devenue libre, par la mort de son mari, Charlotte, la première maîtresse de Goethe, qui avait été forcée de faire passer les intérêts de sa famille avant son amour, Charlotte se déguise parmi les jeunes actrices qui viennent chaque soir à l’Eldorado se divertir avec des jeunes gens comme Goethe, Lavater et Schlegel. La récitation d’une scène de Faust, analogue à la circonstance, fournit à Goethe l’occasion de déclarer la passion violente que lui fait vite concevoir une ressemblance si exacte et si émouvante. Mais Charlotte, trouvant que ce nouvel amour vit exclusivement de souvenir et s’adresse trop au passé, s’enfuit, dit-elle, pour ne plus revenir. Cela donne à Goethe de grandes colères contre les femmes, colères qui s’exhalent en tirades de mauvais goût, parodie romantique des phrases de Gros-René, dans le Dépit Amoureux, Lavater et Schlegel, absens un instant, reviennent à propos : on soupe, et Goethe, dont l’humeur dure toujours contre toute une moitié du genre humain, s’engage d’honneur à épouser la première femme qu’on lui amènera, et il se trouve que Charlotte, qu’on croyait disparue, est très habilement introduite, avec un voile ingénieux sur le visage, voile qui prolonge l’action de quelques instans, et empêche Goethe de la reconnaître tout de suite, et de bénir le hasard et son bonheur. Pour ma part, je suis un peu ici de l’avis de Schlegel :

Le dénouement est digne du poème…

C’est tout-à-fait le contraire d’Hernani ; dans la pièce de M. Hugo, un inepte serment empêche le mariage, ici il l’amène.

Mais il est facile de voir que ce n’est là qu’un canevas théâtral, pour la pensée symbolique qui a présidé à l’œuvre, je veux dire l’apothéose du génie poétique et l’immolation de la critique. Goethe est le mythe du barde prédestiné et élu, qui explique la science, devine le ciel, comprend l’infini, etc. ; Schlegel est un homme de néant, un nain qui paraît un géant (comme cela est de rigueur pour la rime), un envieux, un eunuque, un critique enfin, c’est-à-dire, dans la pensée de Mme Colet, une espèce de garde chiourme littéraire. Voilà, j’espère, une formidable tête de Gorgone présentée à ceux qui ne s’inclinent pas devant le dithyrambe du Musée de Versailles de Mme Louise Colet. Mais, dans la bouche de Goethe, cela n’a plus de sens ; il était trop poli pour dire de pareilles impertinences à son ami Schlegel.

Tout ceci n’est donc que ridicule, et on laisserait passer toutes ces petites tirades gonflées de venin, toute cette petite rage littéraire, toute cette mesquine parodie d’Olympio, s’il n’y avait ici des tendances aristophaniques plus que singulières. Passe encore pour l’imitation des hymnes personnelles de M. Hugo et des anachronismes qu’on pardonne au prodigieux génie de Shakspeare. Il y a, dans la pièce de Mme Colet, un vieux caporal de la famille des sergens de M. Scribe ; il en a le patois et les plaisanteries de bon ton, et, de plus qu’eux, il s’enivre sur la scène et compare les pages de Werther à du kirsch, ce qui procède d’une belle imaginative, et est assurément un progrès. Ce Truman ressemble à Mathusalem, car il a servi, au temps de Richelieu, sous Wallenstein, et il verse à boire à Goethe dont la mort date d’hier. On rencontre des anachronismes pareils dans Shakspeare ; mais, ce qu’on n’y trouve pas, ce sont ces inconvenantes prétentions aristophaniques qui mettent en scène les gens vivans. Dans sa solitude de Bonn, notre illustre et savant collaborateur, M. Guillaume de Schlegel, tiendra sans doute fort peu de compte de ces injures qui ne l’atteignent pas, et qui paraissent s’adresser bien plutôt à lui qu’à son frère Frédéric, l’érudit, mort il y a quelques années. Les critiques sont accusés, à presque tous les vers de la pièce de Mme Colet, de n’avoir que de l’esprit et point de cœur. Schlegel, toutefois, n’y a pas même cette part et ce rôle ; car, si Mme Colet ne lui a point donné d’ame, elle s’est fort gardée aussi de lui donner de l’esprit. Quoi qu’il en soit, M. de Schlegel est et restera le premier critique, et l’un des plus remarquables poètes de l’Allemagne moderne. S’il a plu à une jeune femme de le travestir sur la scène, dans une comédie que ne peuvent sauver quelques vers colorés et un incontestable talent poétique, nous tenions à ce qu’il y eût, à cette occasion, dans un pays qui apprécie et respecte depuis lui la haute renommée des Schlegel, une protestation énergique. C’est là surtout le but de ces lignes.


— L’intéressant voyage du lieutenant Alexandre Burnes, dont il est question dans la lettre politique sur l’Orient de cette livraison, a été traduit par M. Eyriès, sous le titre de Voyages de l’embouchure de l’Indus à Lahor, Caboul-Balkh et à Boukkara, et retour par la Perse. Cet ouvrage forme trois volumes in-8°, qui sont accompagnés d’un atlas parfaitement gravé, où se trouve la carte de l’Asie centrale, des vues de l’Inde et des portraits[1].


— Mme Desbordes-Valmore, l’auteur de tant de charmantes poésies, vient de publier un nouveau roman d’un intérêt simple et vrai, sous le titre de Violette[2].




  1. Chez Arthus Bertrand, rue Hautefeuille, 23. Prix : 30 fr. avec l’atlas.
  2. 2 vol. in-8°, chez Dumont, au Palais-Royal.