Chronique de la quinzaine - 31 janvier 1866

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Chronique n° 811
31 janvier 1866


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



31 janvier 1866.

Nous ne cacherons point que nous attendions avec une émotion profonde l’ouverture de la présente session. Il y avait longtemps, nos lecteurs le savent, que l’affaire du Mexique et l’état de nos rapports avec l’Union américaine étaient pour nous l’objet d’une prévoyante et vive anxiété. Retenus par cette timidité forcée que ressentent si douloureusement ceux qui tiennent encore en France une plume politique, nous avons bien tardé à dire ici, avec une netteté suffisante, notre pensée sur les conséquences de l’expédition mexicaine. Il nous sembla enfin, il y a un mois, impossible d’en retarder plus longtemps l’expression. Ce qui s’est publié et ce qui s’est passé depuis a prouvé si nous avions été coupables en cela d’impatience et de hardiesse intempestive. Nous ignorions, à la fin de décembre, à quel point la controverse diplomatique était arrivée entre le cabinet des Tuileries et le gouvernement américain ; nous ne soupçonnions point l’existence des dépêches de M. Seward, qui arrivaient à peine alors à Paris. Nous avions bien pourtant, on nous l’accordera, le sentiment juste de la maturité de la question ; nous avions le sentiment juste de l’intérêt patriotique engagé, lorsque nous demandions que la question mexicaine fût envisagée en elle-même au point de vue des principes français, et résolue par le prompt rappel de nos troupes, lorsque nous exprimions le vœu que cette affaire ne fût réglée que par des raisons d’état françaises et fût dérobée aux déviations et aux chances d’une contestation diplomatique entre notre gouvernement et la grande république américaine.

Le discours de l’empereur à l’ouverture des chambres, la correspondance communiquée au congrès par ordre du président Johnson, notre livre jaune nous ont à la fois appris officiellement que les choses avaient été plus avancées et plus graves que nous ne l’avions supposé, et que cependant on en pouvait espérer pour un prochain avenir l’arrangement satisfaisant. L’empereur, dans son discours, nous a informés que « l’émotion produite aux États-Unis par la présence de notre armée sur le sol mexicain s’apaisera devant la franchise de nos déclarations. » Il nous a annoncé que « notre expédition touche à son terme, » et qu’il s’entend avec l’empereur Maximilien « pour fixer l’époque du rappel de nos troupes. » La note adressée par M. Seward à M. de Montholon le 6 décembre, la dépêche du même ministre à M. Bigelow du 16 décembre, nous ont appris que les États-Unis refusent de reconnaître, même comme pouvoir de fait, l’institution impériale de Maximilien au Mexique ; cependant la condition de cette reconnaissance n’est plus mise par le cabinet des Tuileries au rappel de nos troupes. La dépêche de M. Drouyn de Lhuys à notre ministre à Washington, datée du 9 janvier 1866, nous montre que le gouvernement français serait disposé à se contenter de la part des États-Unis d’une simple déclaration de stricte neutralité. « Nous espérons que le but légitime de notre expédition sera bientôt atteint, écrit M. Drouyn de Lhuys, et nous nous efforçons de prendre avec l’empereur Maximilien les arrangemens qui, en satisfaisant nos intérêts et notre dignité, nous permettent de considérer comme terminé le rôle de notre armée sur le sol mexicain. L’empereur m’a donné ordre d’écrire dans ce sens à son ministre à Mexico….. Confians dans l’esprit d’équité qui anime le cabinet de Washington, nous attendons de lui l’assurance que le peuple américain se conformera à la loi qu’il invoque en maintenant à l’égard du Mexique une stricte neutralité. Lorsque vous m’aurez informé de la résolution du gouvernement fédéral à ce sujet, je serai en mesure de vous indiquer le résultat de nos négociations avec l’empereur Maximilien pour le retour de nos troupes. » Ainsi le dernier mot de la controverse en atténue les difficultés antérieures : une déclaration de neutralité ne peut rien coûter au gouvernement des États-Unis, puisqu’au fond une neutralité correspondante est tout ce que ce gouvernement demande au nôtre depuis l’origine du débat.

Nous avions hâte d’aller à ce qui nous pouvait rassurer, et c’est pour cela que nous avons signalé tout d’abord les phrases significatives du discours de la couronne et des plus récentes dépêches de notre ministre des, affaires étrangères. Il semble certain que nous nous apprêtons à quitter le Mexique dans un délai convenable, pour employer une expression heureuse de M. Seward. Ceci posé, il est un point qu’il importe, suivant nous, d’établir clairement et fortement : c’est que dans ce terme mis à notre expédition, ce sont avant tout et surtout les devoirs et les intérêts de la France et non les objections seules d’une nation étrangère que nous avons à consulter. Sans doute, nous devons tenir grand compte des dispositions d’un peuple tel que le peuple américain, à qui nous sommes liés par une amitié traditionnelle et naturelle. Les Américains ont des principes, des intérêts, des susceptibilités, des préjugés même, pour lesquels nous devons avoir les ménagemens et les égards que professent entre elles les nations qui s’estiment et se respectent ; au point de vue pratique, il est clair que nous ne pouvons rien faire en Amérique de solide, de durable, de fécond, en froissant leurs sentimens, en faisant échec à leurs tendances, et qu’une pareille conduite aboutirait à la plus déplorable des luttes, parce qu’elle serait la plus stérile. L’attitude et les inclinations du peuple américain doivent donc être prises par nous en sérieuse considération dans les combinaisons justes et censées que nous pourrons avoir à préparer à l’égard du Mexique ; mais dans l’acte décisif de notre politique mexicaine, il faut que nous prenions notre parti par des raisons bien manifestement françaises, et que nous m’ayons pas l’apparence, même fausse, de céder à des raisons américaines. C’est pour cela que nous eussions voulu, quant à nous, que l’initiative du gouvernement français dans la résolution du retour de nos troupes n’eût point attendu les remontrances du cabinet de Washington ; c’est pour cela que nous eussions mieux aimé voir décider ce rappel après une discussion et même un vote de la chambre des députés qu’après une correspondance diplomatique vive et serrée échangée pendant plusieurs mois entre les cabinets-de Washington et des Tuileries ; c’est pour cela enfin que nous plaçons encore notre espoir dans le patriotisme intelligent de nos chambres et au besoin de l’opposition libérale, et que nous faisons des vœux pour que les prochaines discussions parlementaires mettent en évidence la prépondérance des raisons purement françaises qui nous conseillent le prompt achèvement de notre expédition mexicaine.

C’est précisément pour que la question du Mexique fût débattue et décidée sur ce qu’on pourrait appeler ses propres mérites, en dehors de toute préoccupation de controverse avec les États-Unis, que nous eussions désiré que le gouvernement eût fait aux chambres d’amples communications de documens touchant les affaires mexicaines. Nos vœux sur ce point, nous le constatons à regret, n’ont pas été exaucés. Les rapports ministériels sur la situation de l’empire ne nous offrent aucun renseignement instructif sur notre position au Mexique. Le rapport du ministre de la guerre se contente de présenter des événemens militaires un récit fort vague et très court, où l’on ne peut recueillir aucun élément d’appréciation vraiment politique. On dirait un de ces résumés sommaires dont se composent les précis historiques écrits à l’usage des établissemens d’instruction primaire. L’empereur, dans son discours d’ouverture, nous a donné, à nous, un motif d’espérance tout en adressant aux États-Unis une amicale flatterie, en signalant une certaine analogie entre nos institutions et celles de l’Amérique. Cette comparaison autoriserait de curieux rapprochemens. Au début de sa dépêche importante du 16 décembre 1865, M. Seward prend grand soin d’indiquer la part qui appartient au congrès dans l’affaire mexicaine. « Ce n’est pas le seul département exécutif de ce gouvernement, se hâte-t-il de dire, qui soit engagé et intéressé dans la question de savoir si l’état de choses qui existe au Mexique doit être continué. Il s’agit là d’un intérêt national, et à tout événement le congrès aujourd’hui réuni en session est autorisé à diriger législativement l’action des États-Unis relativement à cette importante affaire. » Cette sollicitude à réserver et à provoquer l’autorité du congrès est digne de remarque ; voilà un trait par lequel il serait à souhaiter que l’assimilation indiquée par l’empereur fût vérifiée. Ce qui frappe aux États-Unis, c’est la multiplicité et l’intérêt des informations officielles que l’exécutif fournit, spontanément au congrès, ou que le congrès obtient par le vote de simples résolutions. Notre corps législatif, pour bien connaître l’état des choses au Mexique, a tout à demander. S’il avait des attributions égales à celles du congrès américain, il aurait à voter bien des résolutions. Il devrait demander un état des farces occupées au Mexique, un état des mouvemens de troupes durant l’année, un état de la mortalité, des soldats, un état des dépenses de l’expédition. L’objet de notre entreprise ayant été le redressement des griefs de nos nationaux contre l’ancienne république mexicaine et la réclamation des indemnités qui leur étaient dues, le corps législatif devrait être tenu au courant de cette affaire des indemnités : il devrait savoir quelles sont les indemnités reconnues, et sur celles-ci quelles sont celles qui ont déjà été payées et celles qui demeurent en souffrance. Quand il n’y aurait ici qu’un intérêt de curiosité, il y aurait lieu de le satisfaire : quelle curiosité plus naturelle, plus légitime, plus patriotique, que de vouloir connaître tous les détails d’une vaste affaire où les ressources et l’honneur de la France sont engagés à un degré si considérable ? Mais ce n’est pas à la curiosité, c’est à l’appréciation, à la délibération, à la détermination d’un grand intérêt du pays que les informations sont dues.

Qu’on y réfléchisse en effet : il doit ressortir de la connaissance complète de la situation du Mexique la démonstration que la France peut et doit mettre fin aux sacrifices que cette entreprise lui a imposés. Quel avantage y a-t-il à laisser dans l’ombre les élémens essentiels et positifs d’une démonstration semblable, qui, maintient intacte la liberté d’action de la France et lui conserve tout l’honneur de son initiative au moment même où le résultat auquel nous conduit l’appréciation indépendante de notre intérêt nous est demandé par une puissance étrangère ? Pourquoi donner place à de fausses apparences par une affectation de mystère incompréhensible ? Les points principaux de la politique française à l’égard du Mexique sont très faciles à résumer. Il résulte de toutes les déclarations officielles que nous n’avons entendu exercer contre le Mexique que le droit de la guerre, afin d’obtenir des satisfactions qui nous étaient refusées et qui nous étaient dues. Ce droit de la guerre, nous n’avons pas voulu le pousser jusqu’au droit de conquête ; nous n’entendons posséder et exploiter pour nous-mêmes aucune portion du territoire mexicain. Nous professons en outre que nous n’avons point voulu intervenir entre les partis qui divisaient le Mexique : parmi ces partis, il en est un qui a été renversé par les accidens même de la guerre qu’il a soutenue contre nous ; il en est un autre, le parti monarchique, dont ces accidens ont relevé les chances. Nous n’avons pas voulu décourager le parti monarchique, nous avons traité avec le gouvernement qu’il a formé, nous avons donné à ce gouvernement le concours de notre alliance. Ainsi nous ne tentons au Mexique ni conquête ni colonisation ; nous y avons fait uniquement la guerre à des ennemis ; cette guerre est finie, et nous ne sommes restés que pour les intérêts et les devoirs d’une alliance. Notre position étant définie avec cette netteté, nous n’avons besoin de délibérer qu’avec nous-mêmes, nous n’avons à entrer en pourparlers avec aucune puissance étrangère, pour juger et décider de ce que nous avons à faire. C’est ici que l’on se convaincrait avec une certitude plus manifeste de la sagesse du parti que nous aurions à prendre, si l’on possédait tous les documens et toutes les informations que nous réclamons. Il n’y aurait qu’à mettre en balance l’objet poursuivi par nous et les frais, les risques de la continuation de notre expédition. L’objet poursuivi, toutes les déclarations officielles annoncent qu’il est atteint ; elles affirment que l’empereur Maximilien, soutenu par la volonté populaire, est reconnu partout ; elles affirment que Juarès n’exerce plus d’autorité régulière et ne conserve même plus le titre légal de son ancien pouvoir ; il ne reste plus que quelques résistances éparses que l’on assimile au brigandage. L’annonce de tels résultats suffit pour montrer que la présence au Mexique de trente mille Français n’est plus nécessaire, car apparemment personne n’oserait prétendre que nous devions transformer nos soldats en gendarmes pour aller à deux mille lieues de leur patrie arrêter et fusiller dans une terre étrangère des meurtriers et des voleurs. Un pareil objet ne pourrait plus être mis en balance, nous ne disons pas seulement avec l’honneur de notre armée, mais avec les frais énormes d’une démonstration de forces si considérables. Allons plus loin. Lors même qu’il y aurait quelque exagération dans la façon dont les déclarations officielles nous parlent de la pacification intérieure du Mexique, le bon sens et le calcul des charges de l’entreprise nous imposeraient encore une conclusion semblable. Peut-on donner à une alliance plus de trois années d’un concours si onéreux ? Ne serait-ce point une œuvre étrange et sans exemple dans l’histoire que celle d’un peuple qui se grèverait indéfiniment des charges d’une conquête qu’il n’accomplirait point pour lui-même, à laquelle il travaillerait pour le compte d’un prince étranger ? Trois années ne seraient-elles pas un temps assez long pour mesurer la durée d’une telle entreprise ? Comment d’ailleurs en pourrait-on concilier la poursuite illimitée avec les professions de principes mises en avant ? Protéger par les armes pendant plus de trois ans un gouvernement, contre ses ennemis intérieurs, ce ne serait plus exercer les droits de la guerre et les devoirs d’une alliance, ce serait faire œuvre d’intervention prolongée dans les luttes intestines d’un état, ce serait s’arroger une prépotente tutelle. On le voit donc, la nécessité du prompt rappel de nos troupes est la conséquence naturelle et directe d’un examen de la question mexicaine conduit d’après la seule notion des principes et des intérêts de la France ; il fallait la laisser sortir spontanément des données toutes françaises de la question ; il fallait éviter qu’elle éclatât comme le dernier mot d’une controverse diplomatique. Devant la résolution qui termine la correspondance échangée entre la France et les États-Unis, nous oublions cependant volontiers les désagrémens passagers de cette polémique. Tout est bien qui finit bien. Nous ne demandons pas autre chose au gouvernement américain, pour lui annoncer le rappel de nos troupes, qu’une déclaration de neutralité envers le Mexique, et cette déclaration, nous sommes bien sûrs de l’obtenir, puisque les États-Unis nous l’ont maintes fois donnée et l’ont exprimée par des actes plus encore que par des paroles en licenciant leurs soldats et en faisant descendre à soixante mille hommes le chiffre de leur armée. Malgré cet heureux dénoûment, que nous n’hésitons point, quant à nous, à regarder comme une solution définitive, on ne peut se défendre d’une sorte d’anxiété dramatique en lisant la correspondance relative aux affaires du Mexique. De toutes les dépêches dans lesquelles M. Drouyn de Lhuys a eu, dans le cours de sa carrière ministérielle, à traiter les grandes affaires de la France, il n’en est point qui aient présenté à nos yeux un si puissant intérêt. On y sent souvent, sous la gravité du langage diplomatique, l’émotion de l’homme d’état. Le ministre est évidemment pénétré de la solennité d’une situation qui pourrait provoquer entre la France et les États-Unis un conflit pour ainsi dire contre nature. Il lutte bravement pour concilier avec l’intérêt primordial et permanent de l’amitié de la France et des États-Unis les exigences accidentelles de l’honneur de son gouvernement. On dirait une belle et vaillante retraite. On rendra justice d’ailleurs à l’habileté de notre ministre des affaires étrangères. Pour nous, cette habileté nous a rassurés tout de suite, lorsqu’au moment le plus critique de la négociation nous avons vu M. Drouyn de Lhuys refuser de répondre aux représentations du ministre américain sur certains actes de l’empereur Maximilien, tel que le décret qui met hors la loi les républicains pris les armes à la main ou le règlement relatif au péonage. Notre ministre, en restreignant l’objet et le caractère de notre présence armée au Mexique, restreignait en même temps notre responsabilité, et du même coup avançait nécessairement la fin de notre coopération militaire. Devant la question ainsi engagée, nous avons pressenti tout de suite que la logique de la négociation allait infailliblement aboutir à la retraite de nos troupes. Si nous eussions maintenu notre concours militaire sans limite de durée, nous n’aurions pas pu décliner longtemps la responsabilité des actes de l’empereur Maximilien ; alors le fait eût parlé plus haut que les paroles, et. en dépit des dénégations notre action eût été une intervention caractérisée. M. Drouyn de Lhuys a donc répudié toute solidarité avec ce décret de mise hors la loi, qui, nous l’espérons bien, n’aura jamais pour exécuteurs des soldats français, et, en repoussant pour notre, action militaire le caractère d’une intervention, il en a simultanément abrégé la durée. Ceci accompli, il n’y avait plus à défendre que l’honneur de notre retraite ; on a demandé aux États-Unis de reconnaître le gouvernement de fait de l’empereur Maximilien. A-t-on vraiment espéré obtenir de l’Union américaine une marque de générosité si gratuite et si prématurée ? Nous avons de la peine à le croire. L’attitude naturelle des États-Unis dans la question mexicaine est passive et négative : ce ne sont pas eux qui ont fait naître la question, ce n’est point à eux de faire des avances et de s’imposer des sacrifices pour la dénouer. Les États-Unis n’ont t pas pu ignorer la lettre écrite au général Forey, et, quoiqu’ils s’abstiennent de le dire dans les documens officiels, ils ont toujours considéré l’expédition du Mexique comme une sorte de corollaire de la rébellion qui leur a fait courir de si grands dangers. Il n’est pas nécessaire de remonter à la doctrine de Monroe pour comprendre qu’ils ne sont guère tenus de hâter et de devancer la fin naturelle de notre expédition par une sorte de compensation morale telle que la reconnaissance du régime récemment établi au Mexique. La continuation de notre intervention devait être plutôt pour eux un obstacle à un acte de cette nature. Une fois nos troupes parties, ils seront bien plus à l’aise pour reconnaître le gouvernement de fait de Maximilien, si leurs intérêts et leur appréciation pratique des affaires mexicaines les y portent. La France n’avait donc aucune raison légitime pour exiger des États-Unis la reconnaissance du nouveau régime mexicain ; elle ne pouvait insister sur une condition semblable. Après avoir défendu le terrain pied à pied avec une vigueur honorable, l’empereur et M. Drouyn de Lhuys ont sagement agi en s’arrêtant à la conclusion depuis longtemps indiquée par l’intérêt français, en se contentant, de la part des États-Unis, d’une assurance qui ne peut rien leur coûter, puisqu’ils l’ont déjà donnée spontanément à plusieurs reprises.

On a donc lieu d’espérer que la question mexicaine est maintenant à l’abri des déviations et des complications qui pouvaient nous conduire à un conflit extérieur. Ce résultat sera, nous en sommes persuadés, accueilli aux États-Unis avec une satisfaction sincère et générale. On doit croire également que le peuple américain ne sera point insensible aux paroles sympathiques qui lui sont adressées par le discours impérial. Certes nous aurions le droit d’être jaloux, nous autres Français, des flatteuses préférences qui ont été manifestées pour le peuple américain. Le discours impérial en effet, tout en indiquant une certaine analogie entre les institutions américaines et les nôtres, n’a point l’air de nous reconnaître le droit à jouir de toutes les franchises que possède le peuple des États-Unis. En y regardant de près, la ressemblance signalée entre notre constitution et celle des États-Unis se réduit à fort peu de chose. En Amérique comme en France, la responsabilité n’est point placée sur la tête des ministres, elle est attachée au chef du pouvoir exécutif ; mais, si l’on cherche la sanction de la responsabilité, on s’aperçoit vite que la différence entre les deux pays est immense. Aux États-Unis, la responsabilité du pouvoir exécutif a pour sanction l’élection à laquelle ce pouvoir est soumis tous les quatre ans. En France, le pouvoir exécutif est perpétuel et héréditaire ; en logique comme en pratique, il ne semble guère facile de concilier l’idée de responsabilité avec l’idée d’un pouvoir perpétuel et héréditaire. L’empereur se plaint, de l’impatience de certains esprits inquiets qui, « sous le prétexte de hâter la marche libérale du gouvernement, voudraient l’empêcher de marcher en lui étant toute force et toute initiative. » Nous ne savons point à quelles inquiétudes intellectuelles s’est adressé l’empereur. Nous croyons qu’il y aurait bien du chemin à faire pour ôter au pouvoir en France toute force et toute initiative, et que sur la route, des esprits, non point inquiets, mais fort modérés, n’auraient pas de peine à trouver place à un reposoir où, tout en laissant au pouvoir une grande initiative, il serait possible de rendre une saine et digne spontanéité à un grand nombre d’intérêts politiques et de forces sociales qui en sont aujourd’hui dépourvus. On pourrait citer à l’appui de cette opinion l’exemple aimé de l’empereur, celui des États-Unis. Le président de l’Union a certes une initiative qui lui crée parfois une puissance égale à celle d’un dictateur ; mais le congrès dans sa sphère législative jouit, lui aussi, d’une initiative semblable, qui domine le président lui-même et qui fait défaut à notre corps législatif. Sur la question de l’opportunité des améliorations constitutionnelles, la pensée de l’empereur n’est point encourageante. « Ces modifications, dit-il, résulteront de l’apaisement des passions et non de modifications intempestives dans nos lois fondamentales. » Les passions ne sont-elles point assez apaisées ? Les ardeurs et les élans de la passion sont-ils le mal moral de la société contemporaine ? Ne semble-t-il pas au contraire que notre société fatiguée aurait besoin d’être rafraîchie par des courans nouveaux ? Ne semble-t-elle pas demander du mouvement et de l’air ? Quant à nous, nous ne pensons point que le moment soit bien choisi pour protester contre le développement de l’initiative politique, lorsque nous nous trouvons au milieu des difficultés de l’affaire mexicaine, dont la responsabilité ne saurait être imputée à la volonté mobile d’un ministre parlementaire ou d’un parti chimérique et turbulent. Au surplus, le discours impérial est le programme naturel des débats de l’adresse. En parlant avec une gravité sévère du progrès public, l’empereur a indiqué lui-même le thème des améliorations politiques aux discussions de nos chambres ; il a interrogé l’opinion. Des voix éloquentes, nous n’en doutons point, répondront avec élévation et modération à cet austère appel.

L’intermède du pronunciamento du général Prim s’est terminé de la façon qu’on avait prévue, il n’y a pas eu de rencontre entre la petite troupe insurgée et les corps qui la poursuivaient. Il est évident que le maréchal O’Donnell ne se souciait pas d’avoir Prim pour prisonnier, et qu’il lui a suffi de reconduire en le rejetant vers la frontière portugaise. Du côté, de la Catalogne, on n’a pu éviter tout à fait l’effusion du sang ; quelques bandes ont escarmouche avec la troupe, mais se sont promptement dispersées. L’ordre matériel est donc rétabli en Espagne. Il faudrait s’en réjouir tout à fait, si l’on pouvait en dire autant de l’ordre moral. La capacité personnelle et l’autorité militaire du maréchal O’Donnell ont réussi à comprimer une explosion d’anarchie ; ce maréchal se trouve encore une fois maître des destinées de son pays. Que fera-t-il de la grande occasion et du grand rôle qui s’offrent à lui de nouveau ? L’expérience passée lui signale les écueils qu’il doit éviter. La précédente administration du duc de Tétouan a succombé par la négligence obstinée qu’elle a montrée vis-à-vis des questions financières et par la prodigalité aventureuse avec laquelle elle s’est engagée dans toute sorte d’entreprises guerrières inopportunes et stériles. Le ministère actuel se trouve justement aux prises avec des embarras financiers aggravés et de semblables hasards de politique extérieure. La détresse financière de l’Espagne s’est accrue, et l’Espagne est brouillée avec les deux plus importantes républiques de l’Amérique méridionale. Le gouvernement ferait bien d’aller au plus pressé et de finir ses différends avec le Chili et le Pérou. Sans doute les derniers accidens de la question chilienne sont pour l’Espagne de pénibles contre-temps. La prise de la Cavondoga, le tragique suicide de l’amiral Pareja, ont envenimé une triste querelle. Cependant la France et l’Angleterre ont offert leurs bons offices avec le désir très sincère d’amener une conciliation honorable entre l’Espagne et le Chili. Le maréchal O’Donnell montrerait une véritable sagesse, il préviendrait les désordres où de nouvelles et ruineuses dépenses de guerre conduiraient son pays, s’il savait tirer parti de ces bons offices de la France et de l’Angleterre.

En Italie, l’affaire brûlante est toujours la question financière. Le nouveau ministre des finances, M. Scialoja, s’est mis à l’œuvre avec courage et résolution. Des étrangers tels que nous sont plus à même de juger de l’énergie de ses efforts que de la justesse de ses mesures. M. Scialoja a opéré sur le budget des dépenses des économies telles que ce budget peut désormais être considéré comme irréductible. Il n’y a plus à cette heure rien à demander aux économies pour arriver à un équilibre approximatif qui soit une garantie suffisante de la solvabilité financière de l’Italie. C’est du côté des créations de ressources qu’il faut se tourner, c’est maintenant aux contribuables et à leurs représentans parlementaires de remplir leur devoir. Les projets de M. Scialoja paraissent être un peu rudes pour la propriété foncière. L’impôt foncier est fixé ; une taxe de 10 pour 100 est proposée sur les revenus, et comme la plus grande partie des revenus en Italie provient de l’industrie agricole, ce sont encore les propriétaires qui seront le plus lourdement atteints ; enfin il s’agit d’établir des taxes de consommation sur le vin et les principaux produits agricoles. La propriété se trouverait donc frappée sous toutes les formes par l’impôt direct comme par l’impôt indirect. Même en supposant le succès de ces créations de taxes, il resterait encore un déficit que l’on pourrait couvrir à l’aide d’opérations financières et par la progression du revenu. Nous ne savons si la chambre italienne adoptera le système de M. Scialoja : il serait à souhaiter cependant que le parlement s’arrêtât le plus tôt possible à une combinaison positive, fût-elle rigoureuse, et ne recourût point trop souvent, en matière de finances, à l’expédient des crises ministérielles. Il est possible que les premiers temps de l’application des nouveaux impôts paraissent durs aux Italiens ; mais, s’ils ont le patriotique courage de les supporter avec patience, la réaction favorable ne tardera point à se produire. Quand un raisonnable équilibre sera établi, le crédit italien se relèvera sur le marché européen, et tous les intérêts ressentiront promptement dans la péninsule l’heureuse influence d’une amélioration durable et progressive du crédit public.

Il serait désirable à plus d’un point de vue que l’Italie se hâtât de régulariser ses finances. Ce travail de restauration devrait être efficacement entrepris au moment où s’exécutera la convention du 15 septembre. En ce moment en effet, la tranquillité intérieure sera plus que jamais nécessaire à l’Italie, et l’ordre est difficile à maintenir dans un pays accablé d’embarras et de soucis financiers. La convention du 15 septembre fait sans bruit son œuvre. La cour de Rome s’y prépare avec une entière résignation ; notre livre jaune contient à ce sujet des informations intéressantes. Il est certain aujourd’hui que la cour romaine accepte le transfert de sa dette à l’Italie pour la part qui correspond aux provinces détachées des états de l’église. Quel que soit le biais qu’on adopte pour opérer cette division de la dette pontificale, l’effet pratique sera le même. La coopération de la cour de Rome à l’arrangement sera une reconnaissance implicite des faits accomplis au détriment du pouvoir temporel. De même le cardinal Antonelli paraît s’appliquer à réunir la petite force militaire jugée nécessaire pour le maintien de l’ordre dans le patrimoine de saint Pierre. La convention du 15 septembre va donc être exécutée. Cette transition d’un ordre de choses à un autre attirera sur l’Italie les regards du monde. Il faut que l’Italie à cette heure critique fasse bonne contenance. Le génie politique n’abandonnera point le peuple italien dans cette délicate épreuve ; nous y comptons. Cependant il y a lieu de regretter surtout dans ces circonstances la fin prématurée d’un de ces hommes, M. d’Azeglio, que l’Italie nouvelle comptait parmi les plus dévoués et les plus sages de ses conseillers. On ne peut point en passant rendre un hommage digne de lui à ce bon citoyen et à cet honnête politique. D’autres parmi ses compatriotes ont eu plus de finesse dans la combinaison des affaires et ont exercé plus de puissance sur les événemens ; mais le grand mérite de M. d’Azeglio, le trait par lequel il s’est montré supérieur aux hommes d’état italiens de ce temps, c’est d’avoir apporté dans la politique une franchise généreuse, une sorte de loyauté chevaleresque dont le charme sympathique demeurera attaché à sa physionomie historique. Si l’Italie avait besoin de quelque bon conseil au moment de l’échéance de la convention du 15 septembre, on regretterait que M. d’Azeglio ne fût plus là pour le lui donner.

Il y avait quelque temps que la Hollande ne nous avait pas fourni l’occasion de parler d’elle ; c’est par une crise ministérielle qu’elle attire notre attention. C’est d’un sentiment de susceptibilité constitutionnelle, qui paraîtra bien naïf en France, que cette crise est née. Il s’était trouvé en Hollande un ministre, M. Betz, qui avait osé essayer d’influer sur les élections du Limburg, en adressant à un de ses amis une lettre que celui-ci avait eu l’imprudente audace de publier. L’honnête ministre des finances de Hollande ne put se tirer de ca mauvais pas ; il fut bien absous, par la majorité de la chambre mais il ne se pardonna point à lui-même, et rendit au roi son portefeuille. Cette démission fut le point de départ de la dislocation du cabinet. On voit où peut conduire dans un pays arriéré, — qui ne s’est point encore élevé à la théorie des candidatures recommandées par l’administration et l’ensemble de ses fonctionnaires, — un abus d’influence électorale commis par un ministre. Cet orage passé, le cabinet hollandais fut travaillé de dissentimens intérieurs. Tandis que le ministre des colonies, M. Fransen van de Putte, préparait et soutenait devant la chambre un projet d’organisation des cultures de Java, un autre projet intéressant les colonies divisait le cabinet. Il s’agissait de L’introduction d’un nouveau code pénal aux Indes. Le ministre le plus remarquable par le talent et l’autorité politique, M. Thorbecke, aidé de M. Olivier, ministre de la justice, voulait que la réforme du code colonial fît la matière d’une loi votée par les chambres. Leurs collègues prétendaient au contraire que les lenteurs d’une élaboration législative étant incompatibles avec les exigences du service colonial, il fallait promulguer le code par un simple arrêté. Devant cette opinion de la majorité de leurs collègues, MM. Thorbecke et Olivier ont sacrifié leurs places à un scrupule constitutionnel et se sont retirés. Le cabinet Thorbecke durait depuis quatre ou cinq ans. Le nouveau ministère, qui s’organise sous la direction de M. Van de Putte, avec la plupart des anciens ministres, serait-il capable d’obtenir une majorité dans la chambre, ou faudra-t-il recourir à un changement complet de cabinet ? Telle est la question qu’on se pose en Hollande, et dont la solution ne se fera pas longtemps attendre. e. forcade.



ESSAIS ET NOTICES.

M. ALPHONSE PERIER.

Quand la mort nous enlève un véritable homme de bien comme celui que Grenoble vient de perdre, un esprit ferme, un cœur loyal et généreux, ce n’est pas assez, que sa famille le pleure, que sa ville natale tout entière se porte à ses funérailles, que des honneurs inaccoutumés lui soient spontanément rendus, moins par l’empressement de cette foule que par l’affliction des visages et la sincérité du deuil et des regrets ; il faut encore quelque chose de plus. Si cet homme, malgré sa modestie, malgré sa vie presque cachée, a payé sa dette au pays, si dans l’arène politique il a dignement tenu sa place, s’il a fait preuve de constance, de vrai courage, de désintéressement, il faut que la France le sache, il faut lui dire la perte qu’elle a faite, lui rappeler des services qu’elle ne soupçonne plus, essayer même de lui peindre les traits de l’homme, cette physionomie vraiment originale, qui ne lui fut jamais qu’imparfaitement connue.

Ce soin serait inutile si nous étions à vingt ans en arrière. Que la mort eût surpris M. Alphonse Perier pendant qu’il siégeait à la chambre, l’émotion de tous ses collègues, sur tous les bancs, dans toutes les opinions, aurait dit au public ce qu’il était, ce qu’il valait, et quelle place, à son insu pour ainsi dire, il occupait dans l’assemblée. Son nom sans doute entrait pour quelque chose dans la situation qu’il s’était acquise. Ce nom, qu’avaient mis en lumière, dès la veille de 89, les premiers vœux, les légitimes exigences de la liberté naissante et encore pure d’excès, venait récemment d’emprunter un éclat tout nouveau au dévouement, aux succès, à la mort même d’un ministre intrépide, celui qui nous avait appris qu’à force de courage on peut contenir une révolution sans l’enchaîner ni la trahir. Ce nom devenait donc une sorte de symbole de l’esprit de gouvernement uni au sincère amour des libertés publiques, l’opinion conservatrice en faisait son drapeau, et c’était avant tout à leur illustre frère que MM. Alexandre, Camille, Alphonse et Joseph Perier devaient la faveur bienveillante que leur accordait la chambre et qu’ils se conciliaient d’ailleurs par leurs titres personnels et pour leur propre compte.

Ce qui distinguait le député de Grenoble, c’était une façon à lui particulière de professer ses opinions, de les émettre, de les soutenir ; une vivacité franche, nette, impétueuse, souvent même un peu brusque et parfois agressive, mêlée de quelque causticité, mais toujours tempérée par une bonhomie spirituelle, affectueuse, un air ouvert et souriant. Il n’abordait guère la tribune, semblable à beaucoup d’autres qui se taisaient aussi, moins par indifférence ou par langueur d’esprit que faute d’habitude défiance de leurs forces, excès de modestie, peut-être aussi désir de trop bien faire ; mais s’il avait peu de goût pour ce genre de champ clos, il en cherchait un autre volontiers. Personne moins que lui ne renonçait à la parole et ne redoutait ses adversaires. Dans les bureaux, dans les couloirs, il les arrêtait au passage, rompait avec eux des lances, s’attaquant aux plus vifs, aux chefs comme aux soldats, sans jamais baisser pavillon, et rendant à l’opposition dans ces petites guerres plus de coups qu’il n’en recevait.

Il était, ce qu’il y a de plus rare en France, un esprit politique, le moins souple des hommes et le plus discipliné, sachant ce qu’il voulait, le voulant constamment, et, sauf à sentir parfois quelques piqûres d’épingle, à ne pas satisfaire tous ses goûts, toutes ses fantaisies, ne marchandant jamais un concours qu’il savait nécessaire au triomphe de ses convictions. Nul n’a peut-être mieux compris les vraies nécessités du pouvoir et plus Sincèrement aimé le vrai libéralisme. C’était chez lui comme un don de nature. Longtemps avant qu’il entrât à la chambre, il avait fait ses preuves en ce genre. Lorsqu’en 1815, le 7 mars, Napoléon sous les murs de Grenoble fut accueilli par l’armée et la population avec un enthousiasme qui assurait son succès et décidait d’une entreprise presque incertaine jusque-là, M. Alphonse Perier, qui commandait une compagnie de la garde nationale, ne céda point à cet entraînement et refusa de s’y soumettre. L’empereur lui fit offrir le commandement de toute la garde nationale, M. Perier refusa de plus belle, sans ignorer à quels ressentimens il s’exposait ainsi. Ce n’était chez lui ni passion ni colère ; il n’était pas royaliste, loin de là, mais il jugeait le retour de l’Ile d’Elbe en ami prévoyant de son pays ; puis, quatre mois plus tard, le 6 juillet, il prenait sa revanche en défendant avec sa compagnie les remparts de la ville contre les Autrichiens.

Dans toutes les circonstances, malheureusement fréquentes, où nos institutions, nos libertés lui semblèrent menacées, il fit la même résistance. En juillet 1830, devant les ordonnances royales qu’il croyait illégales et qu’il refusait comme maire de laisser afficher ; en mars 1848, devant le despotisme de la démagogie triomphante ; en décembre 1851, devant l’urne où la France disposait de ses destinées ; en juin 1863, devant une autre urne électorale, dans cette guerre locale, mais acharnée, qu’on déclarait à son neveu, le fils de Casimir, et qui se terminait par une de ces défaites qui valent une victoire, il déployait le même caractère, toujours franc, courageux, énergique à quatre-vingts ans comme à trente. On peut dire qu’il était le type du conservateur indépendant, de cette espèce d’hommes, la force des états, et qui, si Dieu voulait permettre qu’elle pullulât jamais chez nous, nous aurait bientôt fait une France aussi libre que ce pays voisin qu’on nous invite à ne pas imiter.

Dans cette rapide esquisse, c’est seulement à la vie publique de M. Alphonse Perier que nous rendons hommage. S’il fallait peindre l’homme privé, dire ce qu’il y avait de trésors dans ce cœur et d’agrémens dans cet esprit, nous serions entraîné trop loin. C’est d’ailleurs à Grenoble, au Dauphiné, à ses concitoyens qu’appartient ce côté du tableau. Déjà nous savons par eux bien des traits inconnus qui l’honorent et qui le font bénir. Chrétien dans l’âme, fidèle à ses croyances comme à ses opinions, sa bienfaisance inépuisable ne se divulguait jamais. Ses funérailles l’ont trahi : elles ont révélé une partie de ses secrets. C’est presque respecter sa mémoire, c’est au moins satisfaire à ses vœux, que de taire ses vertus, et tout au plus laisserons-nous échapper ici l’expression du plus affectueux souvenir et de nos intimes regrets.


L. VITET.


V. DE MARS.