Chronique du 17 janvier 1874 (La Nature)

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
10 janvier 1874

17 janvier 1874

24 janvier 1874

CHRONIQUE

Observation sur l’urine ammoniacale. — Il est un accident que les chirurgiens redoutent beaucoup, car il apporte presque toujours aux opérations des complications dangereuses. C’est l’apparition, d’ailleurs très-fréquente, du carbonate d’ammoniaque dans l’urine, qui est rendue ainsi fortement alcaline. M. le professeur Gosselin a soumis ce phénomène à une étude dont les résultats pratiques paraissent avoir une très-haute importance. Elle montre, en effet, que les complications dont il s’agit, sont causées par les altérations que le liquide alcalin communique aux tissus lésés en contact desquels il se trouve. On les fait disparaitre en ramenant le liquide à la neutralité, ou même en le rendant acide, et cela s’obtient aisément en administrant, sous forme de tisane, de l’acide benzoïque en suspension dans l’eau. Cet acide, transformé dans l’organisme en acide hippurique, passe dans l’urine et fixe l’ammoniaque qui s’y trouve en excès. Dès lors, les opérations chirurgicales, si dangereuses précédemment, peuvent être réalisées impunément. Bien plus, l’urine, qui, alcaline, était mortelle aux animaux dans les veines desquels on l’injectait, peut, une fois neutralisée, être supportée sans accident.

Deux naufrages successifs. — Le steamer Persévérance ayant sombré en mer à la fin de novembre, a perdu tout son équipage, sauf un matelot, qui est parvenu à se soutenir au milieu de l’épave, et onze marins recueillis par un navire norvégien. Ces malheureux ont été mis a terre à Christiania. Le consul de France les a dirigés sur Hambourg, où ils se sont embarqués à bord de la Marguerite, vapeur faisant le service du Havre. Malheureusement, ce navire a sombré pendant la grande tempête du 15 au 17, et l’on n’a plus de nouvelles des hommes embarqués à bord. Ils ont tous péri, avec les vingt-trois hommes d’équipage de ce steamer. Voici donc deux navires à vapeur français qui, en moins de quinze jours, ont perdu tout leur équipage, sauf le matelot sauvé par un vaisseau dont nous ignorons le nom, et qui avait été recueilli sur l’épave. On a rarement eu d’exemples d’un pareil acharnement du malheur.

Découverte de mines de houille en Scanie. — Le docteur Adolphe Erdman public dans l’Afton Bladet du 27 décembre une longue lettre pour établir qu’il existe dans le nord de la Scanie, des couches de houille assez abondantes non-seulement pour pourvoir à tous les besoins de l’industrie nationale suédoise, mais encore pour fournir à une large exportation étrangère. Ces conclusions sont appuyées par une déclaration formelle du professeur Nordenskiold. C’est avec la plus vive satisfaction que nous enregistrons cet accroissement de richesses des nations scandinaves.

Bulletin quotidien du service des signaux météorologiques en Amérique. — Le gouvernement des États-Unis vient d’accorder à la météorologie une dotation annuelle de 1 250 000 francs, ce qui nous permet d’affirmer que le service dirigé par le général Myer va prendre, sous l’habile direction de cet officier, un développement bien plus grand que celui qu’il a reçu jusqu’à ce jour. Actuellement le réseau se compose de 70 stations dans lesquelles les observations sont faites trois fois par jour. Elles sont immédiatement transmises au bureau central de Washington, où elles sont concentrées et mises en ordre. Séance tenante, on rédige des probabilités, qui sont télégraphiées aux stations intéressées. Le résultat des faits observés est également recueilli et publié en même temps, de manière que la comparaison est faite par le lecteur sans aucune difficulté. C’est seulement ainsi que la science peut progresser ; sans cela les prédictions restant en l’air et ne se rattachant à rien n’excitent aucun intérêt scientifique.

Les carpes jaunes du Jardin d’acclimatation. — Un certain nombre de carpes jaunes, si recherchées par leur jolie robe et leur bonne chère, viennent d’être envoyées au Jardin d’acclimatation, par M. B. Rico, qui donne en même temps quelques détails à leur sujet. Cette jolie carpe, dit M. Rico, vit bien dans les eaux courantes à basse température, mais elle se développe mieux dans les eaux troubles. Elle se nourrit de toutes les matières animales et végétales ; la viande hachée et délayée est un excellent aliment qu’elle préfère à tout autre.

Le nouvel Athenæum autrichien. — Une création destinée a survivre à l’Exposition universelle de Vienne et à en consacrer, pour ainsi dire le souvenir, sera l’Athenæum, établissement nouveau fondé dans l’intérêt et pour l’instruction des ouvriers et des petits artisans. Cet établissement, créé sur le modèle du Conservatoire des arts et métiers de Paris et du Musée de l’industrie de Bruxelles, sera installé au centre des quartiers industriels de Neubau, Scholzenfeld, Mariahilf, etc. Les objets que beaucoup d’exposants ont abandonnés lui seront remis. On y trouvera des séries de dessins, de modèles, d’instruments, de machines et d’outils, des collections d’échantillons de matières premières et de produits entièrement ou seulement à demi fabriqués. L’Athenæum autrichien sera pourvu d’une bibliothèque, à laquelle le directeur de l’Exposition, baron de Schwarzenborn, a déjà fait don d’une collection rassemblée par lui depuis 1845 et qui a pour objet les expositions universelles. Cette bibliothèque naissante compte déjà 3 412 volumes ou 2 205 ouvrages. L’établissement dispose d’un capital de 115 618 florins.(Moniteur belge.)

La neige en Italie. — L’hiver, qui jusqu’ici est si clément en France, s’annonce tout différemment chez nos voisins transalpins. Le 29 décembre, vers 8 h. 1/2 du matin, une neige très-abondante a couvert les rues de Naples, sur le Corso Vittorio-Emmanuele, et dans d’autres parties de la ville haute. Tout le monde était émerveillé de ce spectacle si peu usité dans ces parages. La Nazione de Florence constate qu’il a soufflé un vent formidable qui a produit de très-grands dégâts dans la ville et les faubourgs. Une quantité de lanternes ont été renversées. Beaucoup de cheminées se sont mises à voltiger dans toutes les directions. Heureusement il n’y a pas eu de mort d’homme à déplorer.

Falsifications du thé en Chine. — Le docteur Hassall a procédé récemment à des expériences qui démontrent que le thé est soumis à de grossiers mélanges ; sur vingt essais, lit-on dans le Courrier des États-Unis, opérés avec le thé appelé caper tea, un seul a constaté une qualité pure. Dans tous les autres, on a trouvé ce que les Chinois désignent en leur candide langage sous le nom de « faux thé » (lie tea). La proportion du mélange variait. Ce faux thé, d’une fabrication d’ailleurs fort ingénieuse, se compose de poudre de thé ou de feuilles étrangères réduites en poudre, de sable de fer aimanté, le tout réuni au moyen de la gomme ou de l’amidon, et imitant le caper tea, ou le thé poudre à canon. Pour compléter l’illusion, les grains sont souvent recouverts d’une couche de safran, de bleu de Prusse ou de mine de plomb.

Ces procédés d’adultération artistique ont été découverts par le docteur Hassall dans tous les cas. Il a constaté aussi que la proportion de sable ou de poussière de pierre varie de 2,09 à 12,83 p. 100, et que la quantité de fer en excès de la proportion normale varie, dans les cendres du thé pur, de 0,06 p. 100, minimum trouvé dans un seul cas, 5,68 p. 100 existant dans beaucoup de cas. Il est un point établi par le docteur Hassall qui répond complètement à la justification fréquemment tentée par les marchands de thé. Ceux-ci ont souvent allégué que le prix des thé falsifiés est tellement bas que les consommateurs n’ont pas le droit de s’attendre à une qualité sans mélange. D’après le docteur Hassall, il n’en est pas ainsi. Malgré le bas prix auquel l’article était mis en vente dans les divers cas examinés, « il y avait une différence de 500 à 400 p. 100 pour quelques-uns, sans qu’on pût l’expliquer par une différence correspondante dans le degré de falsification. » Le docteur Hassall ajoute que ce thé falsifié doit produire dans l’estomac l’effet d’encre, puisqu’il renferme de l’acide tannique et du fer ; ceci n’est pas tout à fait exact, car le sable ferrugineux ne se dissout pas, à ce que nous sachions, dans l’eau qui sert à la préparation du breuvage.

La télégraphie électrique en Chine. — Nous apprenons par de récentes dépêches de Chine, dit le Journal officiel, que la Compagnie télégraphique du Great Northern a établi une ligne terrestre allant jusqu’à Woosung et y a ouvert une station télégraphique d’où les messages de vingt mots seront envoyés à Shanghai pour un dollar. C’est là une grande chose et le premier pas vers l’introduction sans obstacles d’une ligne télégraphique qui traversera toute la Chine. Il y a quelques années, on fit un essai qui ne réussit pas, par suite de la résistance des petites autorités locales et des villageois sur le terrain desquels on avait fait passer la ligne. Ils remuèrent les fils et pendant la nuit renversèrent ou enlevèrent les poteaux. Cette fois on a procédé autrement. On a fait l’acquisition du terrain nécessaire pour établir une ligne directe jusqu’à Woosung, l’ancrage extérieur du grand port de Shanghaï, et on y a placé les poteaux nécessaires. Le North China Herald rapporte en ces termes le succès de l’opération : « Il est digne de remarqué qu’aucune opposition n’a été faite par les gens du pays, qu’un travail largement rétribué a intéressés à l’exploitation, ni par les « tepaos, » qu’on a également intéressés à la sûreté des fils. De vieilles femmes ont bien protesté, mais leur protestation est restée sans effet. »