Chronique du 3 août 1878

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CHRONIQUE

Le grand ballon captif à vapeur. — L’aérostat de M. Henry Giffard a été ouvert au public le dimanche 28 juillet.

À 1 heure de l’après-midi, la foule s’est précipitée dans l’enceinte et le ballon a exécuté des ascensions de 500 à 600 mètres d’altitude. Le nombre des passagers est si considérable qu’il faut leur donner des numéros de correspondance, comme à de simples voyageurs d’omnibus. Le lendemain lundi plus de 400 personnes ont monté dans la nacelle. Parmi les voyageurs nous citerons les ambassadeurs chinois, et un grand personnage anamite. La splendeur du panorama de Paris excite une admiration générale. Des observations météorologiques sont organisées dans la nacelle.

L’orage du 22 juillet en Alsace. — Voici quelques détails sur notre orage du 22 juillet dernier. Depuis bien longtemps le fluide électrique ne s’est point manifesté ici d’une façon aussi terrible que ce soir-là. Il était six heures, lorsque les premiers grondements du tonnerre ont été entendus du côté du sud-ouest. La journée avait été fort belle ; le baromètre avait peu fléchi : seule la chaleur avait été accablante. Mon thermomètre marquait 32 degrés à l’ombre, peu avant l’orage. Presque point de vent dans l’air ; les nuages marchaient lentement du S. O. vers N. E. C’est par la trouée de Belfort que l’orage est venu s’abattre sur l’Alsace. À six heures et demie il éclatait sur Lachapelle. Pendant une heure et demie le tonnerre n’a cessé de gronder avec furie ; le ciel était en feu ; les éclairs étaient splendides d’éclat et de formes. Toutes les deux, trois minutes, la foudre se déchargeait sur Le sol. Le ciel jaune-sombre, l’obscurité très-grande : il a fallu allumer les lampes dans les appartements. Vers 7 heures la pluie est tombée averse : l’udomètre a marqué 14 millimètres pour un quart d’heure de pluie. Les dégâts occasionnés par la foudre ont été ici, à Lachapelle, assez peu sérieux : tout s’est borné à un paratonnerre foudroyé, à deux gros aunes frappés simultanément à 2 mètres de distance, à quelques peupliers écorchés le long de la route.

Ailleurs les accidents ont été plus graves. L’orage a passé sur toute l’Alsace de haut en bas. Il s’est montré à 6 heures à Belfort ; trois heures après il avait atteint Strasbourg. À Belfort, deux bâtiments ont été foudroyés ; les dégâts sont insignifiants. Aux Errnes, la foudre est tombée sur l’auberge Henckel : l’enseigne a été mise en pièces et un ouvrier accoudé tout près à la fenêtre a eu le bras droit paralysé. L’église de la Rivière a été frappée deux fois : une large fissure se remarque sur le pignon. À Rongemont, le feu du ciel est descendu sur une cheminée, qu’il a démolie. Une ferme sur la montagne a été incendiée. Près de Massevaux, à Huppachs, une grange a été brûlée. À Aspach et à Vieux-Thann, trois maisons d’habitation ont été réduites en cendres. À Viller, dans la vallée de Wesserleng, la foudre est tombée sur un tissage et a brisé un des métiers. À Soultz, près de Guebviller, le fils du garde-forestier a été tué sur le coup à vingt pas de la maison. Des incendies ont été allumés par le fluide électrique à Ribeauville, à Erstein, à Geispolsheim dans le Bas-Rhin. L’ancienne colonie pénitentiaire d’Oswold, à une lieue de Strasbourg, n’existe plus : les granges et une bonne partie des récoltes ont été brûlées par la foudre ; on pu sauver le bétail. Les dégâts occasionnés à Oswald par l’incendie sont estimés à 90 000 francs. Quelle soirée désastreuse pour l’Alsace ! Rien n’a manqué au budget traditionnel de la foudre. L’abbé J. Wagner

Un puits funéraire près d’Agen (Lot-et-Garonne). — On a découvert au lieu dit Couêche, sur le plateau de l’Ermitage, près Agen, un puits funéraire qui a été fouillé par le propriétaire du champ, Pierre Donnadieu. Ce puits dont la largeur est de 1 mètre et la profondeur de 11, est circulaire et le fonds se termine en pointe. Il est parementé en pierres brutes de moyenne grosseur, superposées et juxtaposées sans mortier, le tout formant un mur de 0m,90 d’épaisseur.

Les couches supérieures étaient composées de terre végétale et de débris insignifiants formant un simple remplissage. À partir de 6 à 7 mètres, des infiltrations d’eau avaient pénétré les couches superposées qui renfermaient beaucoup de cendres et les avaient transformées en une vase boueuse. En raison de cette circonstance, les fouilles, qui d’ailleurs n’ont pas été suffisamment surveillées, ne pouvaient pas être opérées avec beaucoup de méthode. On a retiré pêle-mêle du puits une quinzaine de têtes de chèvres, onze têtes de vaches ou de bœufs appartenant à une petite race. Ces dernières portent toutes les traces du coup de maillet frappé sur la face du crâne, comme on opère dans nos abattoirs. Au fond gisaient trois amphores dont les panses sont intactes. L’une d’elles mesurait 1m,40 de hauteur avec son col dont les débris ont été recueillis.

La découverte la plus intéressante est celle d’un casque en fer qui contenait un crâne humain. Il a la forme la plus simple des galea de légionnaires romains. Le cimier, cylindrique, orné de deux rondelles, est perforé au centre, ce qui indique qu’un panache devait y être fixé. Ce casque a été trouvé à la profondeur de 8 mètres. On a retiré de la même couche un coutelas en fer d’une conservation admirable (longueur totale 0m,30, largeur de la lame 0m,035), dont le manche presque cylindrique (0m,08 de largeur, diamètre 0m,014) est plaqué de corne sur les deux côtés. Ce manche n’a d’autre ornement qu’un motif fréquemment appliqué aux objets gaulois : de petits ronds avec un point au centre. Près du coutelas se trouvait une lance en fer (longueur totale 0m,26). Elle est munie d’une douille et affecte la forme d’une feuille de saule avec un renflement dans le bas.

Un second crâne a été trouvé également à une grande profondeur.

Les autres objets les plus intéressants qui aient été recueillis : une lampe en verre cuit dont le bassin est ornée de perles : un flacon de verre à panse carrée, qui a été malheureusement brisé après avoir été retiré intact ; des fragments de vase en terre grise à couverture noire, d’un beau galbe et d’un grain très-fin.

« Les débris d’amphore ont fourni quatre noms de potier : MPORC ; — C. IVNI ; — SEXTATI (empreinte appliquée sur le haut de la panse) ; ODEL (empreinte appliquée au bas d’une anse sur le point d’attache).

Ces divers objets ont été acquis, par les soins de M. Aunac, pour le musée d’Agen. G. Tholin.

Le journal l’Électricité. — Nous annonçons avec plaisir la réapparition de l’Électricité, revue scientifique spéciale fondée il y a deux ans par M. Hallez d’Arros pour servir d’organe officiel à l’Exposition générale de l’électricité qui devait avoir lieu au palais de l’Industrie en 1877. Cet intéressant organe d’une science qui a dit à peine son premier mot, a reparu avec la pensée patriotique de contribuer à la réalisation prochaine de son programme primitif. M. du Moncel, membre de l’Institut, qui montre un zèle si digne d’éloges pour la popularisation des principes de l’électricité est l’inspirateur de cette feuille auquel il a consacré une collaboration des plus actives. MM. W. de Fonvielle et Hallez d’Arros partagent les devoirs du secrétariat et Mac-Clisson en est le directeur. Depuis les événements météorologiques jusqu’aux découvertes et aux querelles des inventeurs, rien de ce qui est électrique n’échappe à la rédaction de l’Électricité. Le format de ce journal suffit amplement pour traiter avec tous les développements qu’elle mérite, chaque question nouvelle se rattachant à sa spécialité. Des planches exécutées avec soin et assez multipliées permettent de suivre les explications dans lesquelles la rédaction a cru nécessaire d’entrer, et qui sont toujours intelligibles sans fatigue, et sans réclamer aucune instruction spéciale.

L’Agriculture aux États-Unis. — Malgré la crise actuelle, la richesse américaine a fait de grands progrès dans les sept dernières années. Il résulte des chiffres de l’année 1877, comparés à ceux de 1870, qu’il y a une augmentation de 34 pour 100 dans les terres en culture ; l’augmentation est pour les blés de 22,5 pour 100 ; pour les gros grains de 50 pour 100 ; pour l’orge de 35 pour 100 ; pour le foin de 34 pour 100 en poids, et pour le tabac de 91 pour 100. Il y a une augmentation totale de 25 000 000 têtes d’animaux. Sans compter les métaux précieux, l’exportation s’est élevée à 3 164 900 000 francs pour l’année finissant au 30 juin 1877.

Canon Krupp. — La Gazette d’Augsbourg rend compte des expériences faites avec un nouveau canon de la fabrication de M. Krupp, à Essen (Allemagne), expériences qui ont eu lieu le 2 et le 3 de ce mois, sur le champ de tir, acquis par ce fabricant à Meppen. Une trentaine d’officiers assistaient à ces expériences. Le canon en question, de 35 centimètres et demi, a une longueur de près de 9 mètres, savoir 8m,880. Son poids (y compris l’obturateur) est de 52 000 kilogrammes. L’affût qui porte ce canon pèse 32 750 kilogrammes. Les obus en fonte durcie ont, étant chargés, un poids de 525 kilogrammes ; quant à la charge de poudre, elles est de 115 kilogrammes. Il a été tiré à la cible, d’abord à 2 000 mètres, puis à 10 000, et, dans ce second essai, avec les obus ordinaires. Ce canon colossal, dont le poids total est de 84 750 kilogrammes, était servi par 18 hommes, le maniant, paraît-il, avec facilité. D’autres essais eurent lieu avec un canon du même type, mais de 30 centimètres et demi, chargé d’obus de 320 kilogrammes, avec une charge de poudre de 72 kilogrammes. Le lendemain, les expériences ont continué sur le canon de 55 centimètres et demi, à 4 000 mètres, avec des obus en fonte durcie ; puis avec un canon de 28 centimètres, posé sur un affût d’artillerie de marine, distance : 9 000 mètres, etc. Ces essais ont donné, parait-il, des résultats satisfaisants.

— Le dimanche 11 août prochain, aura lieu à Chamounix l’inauguration du monument élevé à la mémoire de Jacques Balmat, le premier ascensioniste du mont Blanc, comme on sait. La fête est due à la coopération de la Société géologique de France représentée par un de ses anciens présidents, M. Jannetaz à qui est due la première idée du monument et du club Alpin français au nom duquel M. Charles Durier prendra la parole. Le programme que nous avons sous les yeux est très-brillant : il comprend l’ascension de Buet et des réjouissances variées à Chamounix.