Chronique mortuaire de Pierre-René Hirsch

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La Revue blancheTome 3 (série belge) (p. 146-147).


PIERRE-RENÉ HIRSCH




Le lecteur de la Revue Blanche connaissait bien ce nom ; à coup sûr devait-il rechercher la signature de Pierre-René-Hirsch et suivait-il avec intérêt la série des Études descriptives commencées l’an dernier par ce jeune poète.

Une douloureuse et terrible maladie vient de l’enlever à l’affection de ses amis désolés.

Hirsch était parmi les jeunes, — et les vrais jeunes, n’ayant que vingt et un ans, — un de ceux sur qui l’Art et la Littérature fondaient les espoirs les mieux justifiés.

À la Revue Blanche, on a connu en lui l’analyste subtil et charmant qui notait au hasard des impressions de chaque instant et des sensations de tous les jours les particularités intéressantes qui avaient frappé ses sens affinés et son esprit curieux. Il parlait une langue délicate et toujours claire, d’une audace qui n’effrayait pas, mais qui séduisait plutôt. Déjà avait paru une traduction remarquée de l’Intermezzo.

Il n’a pas eu le temps de livrer au public toutes ses œuvres ; mais ses cartons restent qui sont remplis d’essais, de compositions, de poèmes, que la Revue Blanche espère pouvoir bientôt publier.

Hirsch possédait encore d’autres dons merveilleux, il faut l’avoir entendu à ce piano qu’il animait de si surprenante façon pour pouvoir apprécier quel virtuose on a perdu.

Très souvent applaudi, il restait, en véritable artiste, insensible aux succès, ennemi de la réclame, modeste par surcroit.

Avec cette imagination créatrice qui se développait si vigoureuse et si originale en lui, il eût réussi plus tard dans la composition. Il laisse des symphonies, des opéras et autres œuvres, presque tous inachevés ; et, ceux qui eurent le rare et triste bonheur de les écouter quelquefois, seuls diront qu’un des future maîtres de la musique contemporaine a disparu.

Nous venons de parler du passé de Pierre-René Hirsch. Quel enfant de vingt ans l’aura eu plus admirable et plus prometteur.

Si l’on songe aux années pendant lesquelles il eût produit ses œuvres de vraie maturité qu’une épouvantable mort l’empêche de vivre, on est pris d’une angoisse poignante,… d’une lassitude invincible et d’un chagrin, oh !… combien grand !…