Commission du Vieux Paris/2 juin 1898

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Procès-verbal de la Commission du Vieux Paris, 2 juin 1898
Commission du Vieux Paris

procès-verbal


La séance est ouverte à trois heures sous la présidence de M. le Préfet de la Seine, président.


Assistent à la séance : MM. Alfred Lamouroux, Louis Lucipia, Chassaigne Goyon, Froment-Meurice, Bruman, Arsène Alexandre, Augé de Lassus, Bunel, Jules Claretie, Léopold Delisle, Édouard Detaille, Formigé, Gosselin-Lenôtre, Guiffrey, André Laugier, Edgar Mareuse, Georges Montorgueil, Ch. Normand, Jules Périn, Viollet, Le Roux, Defrance, Brown, Le Vayer, Georges Cain, Hyérard.

Secrétaires : MM. Lucien Lambeau, Ch. Sellier, Tesson.

Excusés : MM. Quentin-Bauchart, Adrien Veber, Blondel, Longnon, Ch. Lucas.


M. le Président donne la parole à M. Alfred Lamouroux, vice-président, pour la lecture de la correspondance.


M. Alfred Lamouroux donne communication des lettres suivantes :


De M. Barry, photographe-imprimeur, demandant que la Commission veuille bien l’autoriser à prendre le titre de photographe de la Commission du Vieux Paris.

Quelques reproductions photographiques et les épreuves en phototypie du dernier procès-verbal ont été exécutées par lui.

La Commission, tout en reconnaissant que les travaux faits par M. Barry lui ont donné toute satisfaction, décide qu’aucun monopole de ce genre ne peut être accordé par elle.


De M. Tardu, conseiller d’arrondissement de la Seine, annonçant qu’il est propriétaire d’une maison située rue de Strasbourg, no 12, sur l’emplacement de la foire Saint-Laurent. M. Tardu ajoute qu’à la place de cette maison existait un théâtre qui avait été exploité par le sieur Nicolet, qu’il a dû démolir pour la reconstruction de sa maison, en 1863.

M. Tardu estime qu’il serait intéressant de conserver ce souvenir par une plaque commémorative.

M. Le Vayer répond que le Comité des inscriptions parisiennes a déjà été saisi d’une demande semblable de M. Tardu, et qu’il a jugé impossible de donner suite à cette requête, une plaque indicatrice de la foire Saint-Laurent étant apposée déjà rue de Metz ou rue d’Alsace.

Il ajoute que l’existence du théâtre Nicolet, rue de Strasbourg, n’a pas paru au Comité suffisamment démontrée.

Des remerciements seront envoyés à M. Tardu pour sa communication et sa lettre est renvoyée à la 1re Sous-commission.

De M. Mentienne, ancien maire de Bry-sur-Marne, signalant à la Commission une maison du xvie siècle avec étal de boucherie, située rue Mondétour, 16 ; l’ancienne caserne de la garde boulevard Henri-IV et rue du Petit-Musc ; la porte en bois, datant de la Renaissance, de la salle Rivoli, rue François-Miron ; la maison du prévôt, passage Charlemagne.

Des remerciements seront envoyés à M. Mentienne pour sa communication et sa lettre est renvoyée à la 1re Sous-commission.

D’un anonyme, se disant professeur de dessin, demandant :

1° Que les procès-verbaux de la Commission du Vieux Paris soient mis en vente ;

2° La formation dans chaque quartier d’une société d’amateurs du Vieux Paris qui se donnerait pour tâche de rechercher toutes les curiosités du quartier.

Cette lettre est renvoyée à la Commission de permanence.


M. Charles Normand dit que, en ce qui concerne les procès-verbaux de la Commission du Vieux Paris, il les reproduit presque in extenso dans la revue de l’Ami des monuments.

Il ajoute qu’il se ferait un plaisir d’insérer également les clichés reproduits dans les procès-verbaux si la Commission consentait à les lui prêter.

M. Guiffrey tout en remerciant M. Charles Normand de son offre gracieuse, pense qu’il serait difficile d’accéder à cette demande, d’autres directeurs de publications pouvant faire la même proposition à la Commission.

L’incident est clos.


M. Alfred Lamouroux continue la lecture de la correspondance par la lettre suivante :


« À M. Alfred Lamouroux, conseiller municipal, vice-président de la Commission du Vieux Paris.

Monsieur le Vice-président,

Je prends la liberté de signaler à votre attention et à la vigilance de la Commission du Vieux Paris la maison sise au no 13 de la rue Visconti, ancienne rue des Marais-Saint-Germain.

Cette maison, qui est à la veille d’être exhaussée, est actuellement occupée par la clicherie de M. Rousset. Racine l’a habitée pendant les six dernières années de sa vie et y est mort le 21 avril 1699.

Ne serait-il pas intéressant d’en faire exécuter la reproduction avant que les modifications qu’elle va subir en aient dénaturé l’aspect primitif ? Cela me semble d’autant plus nécessaire qu’une plaque apposée sur la maison portant le no 21 indique cette dernière comme la demeure de Racine. Cette erreur, dont il vous sera facile de vous convaincre, a été reproduite par tous les auteurs qui ont écrit sur Paris.

Et, Monsieur le Vice-président, si vous voulez-bien me le permettre,ce n’est pas seulement la maison de Racine que je vous signalerai, mais ma rue tout entière.

Le protestantisme français s’y est constitué en 1559 ; le poète Saint-Amand y est mort, au no 1, maison qui porte encore, sur sa façade de la rue de Seine, une vieille enseigne en fer forgé du cabaret au Petit More ; des Yveteaux, la Champmeslé, Adrienne Le Couvreur et la Clairon l’ont habitée ; Balzac y a été établi imprimeur ; enfin, Louis et Charles Blanc, à leur arrivée à Paris, en 1830, y descendaient, au no 21, dans l’ancien hôtel de Rane d’Argouges, qui compta tant d’illustres locataires et dont l’aspect est encore fort curieux.

Je m’arrête ici, Monsieur le Vice-président ; j’espère qu’en considération de mon amour pour Paris, vous voudrez bien m’excuser tout ce verbiage sur des choses que vous connaissez certainement mieux que moi, et je vous prie d’agréer les salutations respectueuses d’un Parisien de Paris.

Numa Raflin, 11, rue Visconti.
Paris, le 28 mai 1898. »


M. Charles Normand dit qu’il serait intéressant de savoir sur quels documents se base M. Numa Raflin en ce qui concerne l’habitation de Racine au no 13 de la rue Visconti.

La Commission décide que des remerciements seront transmis à M. Raflin pour sa communication, et renvoie sa lettre à la 1re Sous-commission.

M. Alfred Lamouroux donne ensuite lecture de la lettre ci-dessous :


« Paris, le 1er juin 1898.


À M. le Préfet de la Seine, président de la Commission du Vieux Paris.


Monsieur le Président,

On a découvert, il y a environ cinq ans, dans une poutre provenant d’une grange qui avait jadis appartenu à l’abbaye de Saint-Denis et sise à Lagenay (département du Cher, arrondissement de Bourges, canton de Lury), un petit monument intéressant l’Hôtel-Dieu de Paris. C’est une matrice de sceau, dont M. H. Ponroy a donné, dans le tome xx des Mémoires de la Société des antiquaires du Centre (p.340-341), une description suffisamment précise.

Il semble, d’après la note de cet érudit, qu’on voie, au centre du sceau, un malade couché dans un lit, dont un autre personnage, sans doute une religieuse, dispose la couverture comme il convient : « de face et debout, au second plan, ajoute M. Ponroy, sont deux autres personnages, portant chacun un mouton sur le bras droit et tenant, l’un une oriflamme, l’autre une palme » ; de ces deux personnages, l’un est vraisemblablement le patron de l’Hôtel-Dieu, saint Jean-Baptiste tenant l’Agnus, sur le bras gauche du sceau, bras droit de la matrice ; légende :


S[igillum] indulgenciarum domus dei parisiensis.


M. Ponroy date cette matrice du xve siècle.

La matrice de Lagenay présente de l’intérêt à plus d’un titre.

Les sceaux de l’Hôtel-Dieu de Paris sont fort rares ; il y a sept ans, je n’ai pu en mentionner que sept, antérieurs au xvie siècle, et depuis cette époque, il n’en a pas été signalé d’autres, à ma connaissance.

Ces sept sceaux se rattachent à deux types, celui du saint Jean seul et celui du saint Jean accosté d’un religieux agenouillé.

Enfin, le seul sceau d’indulgences jusqu’alors connu était postérieur au 2 mai 1505 ; l’original a d’ailleurs disparu, sans même qu’on sache dans quel dépôt d’archives il se trouvait autrefois ; une reproduction en a été donnée par Husson, dans son Étude sur les hôpitaux ; j’ai à mon tour inséré cette gravure dans mon Hôtel-Dieu de Paris au moyen âge.

Les sceaux d’indulgences étaient destinés, comme on sait, à sceller les lettres d’absolutions remises par le procureur général de l’Hôtel-Dieu, au cours de ses tournées en province et même à l’étranger, aux personnes qui, désirant gagner les indulgences, déposaient entre ses mains une offrande en argent ou en nature.

Ainsi, la matrice de Lagenay n’est pas seulement le huitième sceau jusqu’ici retrouvé du vieil hôpital parisien ; elle n’a pas seulement le mérite de fournir un spécimen unique d’un troisième type qu’on ne connaissait pas encore ; elle présente, en outre, l’intérêt de constituer l’unique sceau d’indulgences antérieur au xvie siècle qui nous soit parvenu.

Ce sont, je crois, des titres à la bienveillante attention de la Commission du Vieux Paris.

La matrice de Lagenay aurait sa place marquée dans les collections archéologiques de la Ville de Paris. Dans le cas où Mlle Hèmery, de Lagenay, dans les propriétés de laquelle elle a été trouvée, ne croirait pas pouvoir s’en dessaisir, il y aurait intérêt à faire prendre quelques empreintes pour le musée Carnavalet et pour les collections sigillographiques des Archives nationales.

Je termine cette trop longue communication en informant la Commission du Vieux Paris qui, récemment, s’est occupée des verrières de l’église Saint-Étienne-du-Mont, que j’ai dernièrement trouvé deux marchés relatifs à l’exécution de certains vitraux de cette église, notamment le vitrail de la Vie de saint Claude (Inventaire des Richesses d’art de la France, Paris, monuments religieux, I, 17-317) ; ces documents prendront place dans l’Inventaire sommaire d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris, actuellement en préparation.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’hommage de mon respectueux dévouement.

E. Coyecque,
archiviste-paléographe, sous-
archiviste de la Seine. »


Des remerciements seront adressés à M. Coyecque pour sa communication et sa lettre est renvoyée à la 1re Sous-commission.


M. Alfred Lamouroux dit qu’il a reçu la lettre suivante de M. Lucien Lambeau, secrétaire de la Commission, au lendemain de la dernière séance :

« Paris, le 8 mai 1898.

Monsieur le Président,

Quelques travaux de remaniement de locaux viennent de mettre à jour, dans le passage Saint-Pierre (rue Saint-Antoine), trois travées du charnier du cimetière de Saint-Paul.

Ces charniers, dont l’existence est d’ailleurs parfaitement connue, avaient été aménagés en maison d’habitation et les baies carrées bouchées par des cloisons légères ou des fenêtres en bois. Aujourd’hui, en raison des travaux signalés, les cloisons et les fenêtres sont tombées, laissant voir l’état, primitif des charniers.

Chaque baie mesure environ quatre mètres d’ouverture, un contrefort en saillie avec pied mouluré les sépare.

L’une de ces travées, par suite de la démolition des cloisons de brique et de bois qui l’obstruaient, est absolument intacte ; elle est divisée par le milieu, entre les deux contre-forts, par une colonne d’ordre dorique que les ouvriers viennent de débarrasser du plâtre qui l’entourait.

Cette travée restée complète est exactement conforme à la reproduction de ces charniers donnée par M. Hoffebauer dans son deuxième volume (quartier de la Bastille, page 9).

Le petit auvent en tuiles d’environ 60 centimètres de pente courant au-dessus des baies est encore intact et tel que le montre la gravure en question.

Je viens de vous dire qu’une travée est restée complète, une autre l’était il y a quelques jours, aujourd’hui elle ne l’est plus, car je viens de voir la colonne dorique qui la séparait en deux, jetée, en morceaux, dans un coin de la cour. Elle a été remplacée par un pilier en briques.

Un trou creusé à une profondeur de 70 à 80 centimètres dans le sol de la travée demeurée entière a mis à découvert des ossements humains qui y sont encore déposés.

Je tenais, Monsieur le Président, à vous signaler immédiatement ces vestiges très importants qui, dans peu de jours, seront ensevelis à nouveau sous le plâtre et les briques et dont quelques reproductions photographiques me paraissent absolument nécessaires. Mais il faut se hâter, car les matériaux sont tout prêts et l’impitoyable maçon, dans quelques heures peut-être, aura fait son œuvre.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes meilleurs sentiments,

Lucien Lambeau,
Secrétaire de la Commission du Vieux Paris.»


M. Alfred Lamouroux ajoute que M. G. Cain, conservateur du musée Carnavalet, à bien voulu, sur sa demande, faire faire d’urgence une reproduction photographique de la travée demeurée intacte du charnier en question.

M. Lucien Lambeau signale à ce sujet, à la Sous-commission des fouilles, que ce matin, 2 juin, des ouvriers terrassiers travaillant à l’agrandissement du lavoir situé dans le passage Saint-Pierre ont mis à jour, à une profondeur d’environ 2 m. 50 c., un mur de 2 mètres de largeur d’une maçonnerie de gros appareil qui parait antérieure aux charniers encore existants et aux constructions de cette vieille nécropole parisienne.

Ce mur, qui traverse l’enclos de l’ancien cimetière Saint-Paul, à peu près par le milieu, du Nord-Ouest au Sud-Est, est construit au-dessous du sol de ce cimetière puisque, pour le mettre à jour, il a fallu enlever des terres remplies d’ossements.

Détail particulier : au niveau de ce mur et loin des charniers, les ouvriers découvrirent des lits d’ossements symétriquement rangés et tels qu’on les disposait dans ces derniers, alors que dans le sol situé au-dessus de ce mur d’autres ossements sont retrouvés épars de tous côtés.

M. Gosselin-Lenôtre dit que les vieux habitants du quartier prétendent que la tombe de l’homme au masque de 1er existe encore et se trouve dans le coin d’un jardin de la rue Beautreillis, 17, situé sur l’emplacement de ce même cimetière.

M. Viollet, sans se prononcer sur l’emplacement, rappelle que l’inscription gravée sur cette tombe existe encore et est parfaitement connue.

M. Alfred Lamouroux donne lecture des communications suivantes de M. Charles Lucas :

Paris, le 29 mai 1898.


« À M. Alfred Lamouroux, vice-président de la
Commission plénière du Vieux Paris.


Monsieur et honoré président,

J’ai, suivant le désir qui m’en avait été manifesté, assisté à la visite faite, le 28 mai, par nos collègues de la première, Sous-commission, des vitraux de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.

En relisant, au lendemain même de cette visite, les appréciations de ces vitraux, dues à M. Carot, peintre verrier, et reproduites pages 3 et 4 du procès-ver bal de la séance de la Commission plénière du 7 avril, je partage absolument l’avis de cet artiste sur le grand intérêt que présentent ces vitraux, grâce à l’importance et au mérite des nombreuses parties anciennes qui en existent encore ; mais, à la suite de la longue séance que nous avons consacrée à leur examen, tant de l’intérieur que de l’extérieur de l’église, et surtout après avoir touché aux parties de verre et aux armatures des bandes inférieures de ces vitraux, ce qui nous a permis de mieux constater certaines altérations fâcheuses qui y ont été apportées à différentes époques, je crois que la réparation de ces vitraux doit être plus considérable, et qu’elle est aussi plus urgente que ne semblent l’indiquer les notes de M. Carot rappelées plus haut.

Dans tous les cas, à mon avis, il faudrait aujourd’hui avant toute autre chose, non seule- ment faire, comme le demande M. Carot, un nettoyage de tous ces vitraux à l’extérieur — ce dont la pluie se charge de temps à autre — mais encore et surtout en faire le nettoyage à l’intérieur, nettoyage qui, à en juger par l’épaisse couche de poussière qui les couvre, n’a peut-être pas été fait depuis un quart de siècle, époque des dernières réparations apportées à ces vitraux.

Après ce double nettoyage, et après le second surtout, ce qui ne saurait être ni long ni bien coûteux, et ce qui, il me semble, devrait être fait sous la direction de l’architecte de la section et à une date prochaine qui serait fixée pendant les vacances, d’accord avec le clergé de la paroisse, il serait possible de se rendre un compte plus exact de la haute valeur artistique des anciens vitraux de l’église Saint-Germain-l’Auxerrpis, et aussi des réparations à apporter tant aux verrières elles-mêmes qu’à leurs armatures.

Alors, étant donné que l’église Saint-Germain-l’Auxerrois est un monument historique classé, il devrait être possible d’intéresser l’État, aussi bien que la Ville de Paris, aux mesures de conservation qui seraient reconnues nécessaires : c’est pourquoi, tant pour le petit travail de nettoyage que pour le travail beaucoup plus important de réparation, je pense que la Commission du Vieux Paris pourrait recommander cette question d’une manière toute spéciale à son président, M. le Préfet de la Seine, qui fera prendre les mesures nécessaires par son administration.

Veuillez, Monsieur et honoré président, agréer l’expression de mes sentiments respectueux.

Charles Lucas. »

M. Lucien Lambeau, au sujet de ces verrières, fait remarquer qu’au bas de la rose méridionale du transept se trouve l’écusson du prévôt des marchands Le Viste, qui était en fonctions en 1520, et qui en est probablement le donateur. Cette date corrobore bien le dire de M. Carot, peintre verrier, qui en fixe l’exécution à la première moitié du xvie siècle.

M. Charles Sellier ajoute qu’il ne saurait y avoir de doute sur l’exactitude de ces armoiries, bien que, contrairement aux règles héraldiques, elles portent couleur sur couleur, et fassent ainsi partie du genre exceptionnel d’armoiries dites à enquerre. Antoine Le Viste, chevalier, seigneur de Fresnes, conseiller et maitre des requêtes ordinaires de l’hôtel du roi, fut prévôt des marchands en 1520 et 1521 ; issu de famille parisienne, il figure dans l’armoriai de l’Ile-de-France, portant de gueules, à la bande d’azur, chargée de trois croissants montants d’argent. Les armoiries qu’on voit reproduites sur les vitraux de Saint-Germain-l’Auxerrois et sur ceux de , l’Hôtel de Ville sont donc bien conformes à ce blasonnement.

M. le Président partage l’avis de M. Ch. Lucas en ce qui concerne le nettoyage des vitraux en question et annonce qu’il fera faire le nécessaire par le service compétent.

La Commission décide qu’une nouvelle visite aura lieu à Saint-Germain-l’Auxerrois après ce nettoyage.

M. Alfred Lamouroux donne lecture de la suite des communications de M. Ch. Lucas :

« 1° Demande de classement de l’hôtel de la Chancellerie d’Orléans, rue des Bons-Enfants, no 19. — Cet hôtel de la fin du dernier siècle — il fut construit en 1782 par l’architecte de Wailly pour le marquis Le Voyer d’Argenson — présente un intérêt spécial, surtout au point de vue des plafonds et de la décoration des trois grandes pièces en façade sur la rue de Valois, lesquelles donnaient, lors de la construction de l’hôtel, sur le jardin du Palais-Royal dans lequel on descendait à l’aide du perron encore existant. Il doit son nom à la Chancellerie du duc d’Orléans, qui y tenait ses bureaux au temps de la Révolution et occupé longtemps par le journal le Constitutionnel, il donne asile actuellement aux expositions de V Union centrale des arts décoratifs et appartient à Mme la baronne Thénard. De fâcheuses surélévations sur le vestibule d’entrée et sur les bâtiments encadrant la cour, même sur le corps du bâtiment principal, défigurent l’aspect de cette intéressante construction, mais sans oblitérer rien d’essentiel de la partie sur la rue de Valois possédant encore en bon état de conservation des plafonds mythologiques peints par La Grenée le jeune, Noël Coypel et Du rameau, ainsi que des bas-reliefs de Pajou et des décorations de Monnet. L’architecture, elle-même, avec un péristyle dorique sur la cour, un péristyle ionique sur la rue de Valois et l’ordre composite du vestibule intérieur, offre une note caractéristique de ce style tout de transition du règne de Louis XVI. Il serait donc utile de veiller sur les destinées de cet hôtel, surtout au jour prochain, vers le printemps de 1900, date à laquelle l’Union centrale des arts décoratifs le quittera pour s’établir au pavillon de Marsan. »

Renvoyée à la 1re Commission.

« 2° Servitudes relatives à l’aspect des voies publiques. — Il faudrait ajouter à la place Vendôme et à la place des Vosges, mentionnées au procès-verbal de la séance du 5 mai comme soumises à des servitudes de cette nature, parties de la rue Royale, de la rue de Rivoli, de la rue de Castiglione, de la rue des Pyramides, la place du Palais-Royal, etc., etc., et, dans le nouveau Paris même, certaines avenues avoisinant le Trocadéro, le bois de Boulogne, etc., toutes rues, places ou avenues frappées de servitudes relatives à la disposition des façades sur la voie publique ou à l’éloignement des façades de ces immeubles de la voie publique. Il pourrait, ce nous semble, être intéressant de publier, au procès-verbal d’une séance de la Commission, un résumé des lois, décrets, arrêtés et ordonnances limitant les droits des propriétaires de ces immeubles.

Ce résumé pourrait, au reste, être emprunté, en y ajoutant quelques notes historiques et architectoniques, au Recueil de règlements dressé en 189U sous la direction de feu Alphand, directeur des Travaux de Paris, par M. G. Jourdan, chef du bureau des Alignements. » (Paris, Chaix, in-8, pages 121 à 177).

M. Charles Sellier demande si la place des Victoires ne pourrait pas être également comprise dans les voies et places frappées de servitudes d’alignements et de conservation architectonique. Bien que depuis quelques année la gracieuse ordonnance de cette place, construite sur les dessins de Jules Hardouin Mansart, ait été rompue par la percée de la rue Étienne-Marcel, bien qu’on l’ait défigurée davantage par la récente reconstruction de bâtiments dont les masses nouvelles ne concordent plus avec les lignes primitives qu’on a tenté de conserver, s’ensuit-il qu’on doive désormais abandonner aux hasards de la spéculation ce qui reste de son admirable état ancien ? Faudra-t-il désormais considérer comme lettre morte cette clause essentielle du contrat que la Ville passa, le 12 septembre 1685, avec l’entrepreneur Prédot, qui bâtit la place : « À l’avenir, ledit sieur Trédot ou ceux qui auront droit de lui, seront tenus et obligés d’entretenir la façade de ladite place en pareil état et symétrie, sans y rien changer » ?

Frochot n’a pas manqué de rappeler cette prescription d’origine dans son arrêté préfectoral du 29 germinal an XI tendant à la conservation de l’uniformité de décoration ordonnée pour la place des Victoires. Bien plus, il la renouvelle deux ans plus tard, « dans le moment surtout, dit-il, où les étrangers, que va attirer à Paris, la fête du couronnement, auraient peine à reconnaître l’un des plus beaux monuments de la capitale dans la place des Victoires défigurée» par la fantaisie et le mauvais goût de ses habitants.

Les successeurs de Frochot, y compris Haussmann, ne se sont pas non plus désintéressés du même souci. Maintes pièces des archives administratives de la Seine en font foi. Pour quelles raisons y renoncerait-on aujourd’hui ?

M. Jules Guiffrey ajoute qu’il serait bon de consulter à ce sujet l’excellente notice que M. de Boislile a publiée, il y a quelques années, sur la place des Victoires et la place Vendôme, dans les Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile de France.

M. Alfred Lamouroux propose de renvoyer la question de la place des Victoires à la 2e Sous-commission.

Adopté.

M. Alfred Lamouroux annonce qu’il a reçu de M. Bouvard un plan fourni par M. Nénot des substructions de la chapelle de Robert Sorbon rencontrées au cours des travaux de la Sorbonne, document demandé par la Commission du Vieux Paris.

La Commission décide que des remerciements seront adressés à MM. Nénot et Bouvard et qu’une reproduction de ce plan sera annexée au procès-verbal d’une de ses prochaines séances.


Communication est ensuite donnée d’une note de M. Bouvard relative au portail de la rue de Varenne :


« Note pour M. le Secrétaire de la Commission du Vieux Paris.


Paris, le 21 mai 1898.

Par une note du 6 mai, M. le Secrétaire de la Commission du Vieux Paris a fait connaître que la Commission avait émis le vœu qu’un vieux portail d’église gothique appliqué sur un immeuble situé rue de Varenne, 16, compris dans le prolongement du boulevard Raspail, fût conservé.

L’ouverture de la section du boulevard Raspail comprise entre la rue de Varenne et la rue de Grenelle sur le tracé de laquelle se trouve le portail en question n’est qu’à l’état de projet et aucun crédit n’a encore été voté pour son exécution. Quoi qu’il en soit, l’Administration prend bonne note du vœu émis par la Commission et fera le nécessaire pour assurer la conservation du monument signalé lorsqu’il s’agira de procéder à l’ouverture de la section de voie dont il s’agit.

Le directeur administratif des services d’Architecture et des Promenades et plantations,

BOUVARD. »

M. Alfred Lamouroux rappelle qu’au cours de la dernière séance M. Ch. Lucas a transmis à la Commission deux séries d’instructions rédigées par l’Institut royal des architectes britanniques et ayant pour but la conservation et la restauration des monuments historiques.

Ces documents ont été traduits et, en présence de leur importance et de leur intérêt, la Commission en décide l’impression.

Suit la teneur de ces documents :

conseils aux ouvriers occupés aux réparations et à la restauration d’anciens édifices. 1865-1888.

Terrassiers.

En faisant des excavations dans l’intérieur ou alentour d’un ancien édifice, avoir soin de conserver tout fragment de pierre travaillée, de tuiles ou d’autres objets anciens que l’on peut rencontrer.

Si vous trouvez de vieilles fondations, des bases de colonnes, d’anciennes tombes, des sépulcres de pierre, des pavements ou d’autres ouvrages qui sembleraient être à leur place d’origine, ne les enlevez pas ; mais mettez- les bien en vue, pour qu’on puisse en faire l’examen convenable, et, s’il est possible, les laisser définitivement en leur place.

En pratiquant des drains ou des excavations autour d’anciens édifices, ne touchez aucun des empattements en saillie, quelque grossiers qu’ils soient, et faites attention à la manière dont vous les découvrez, à moins qu’ils n’aient été examinés et étayés par le maçon. Ne laissez pas constamment en. vue ou exposés à l’air des travaux qui n’ont pas été évidemment destinés à être exposés ainsi. Disposez vos drains de telle sorte que l’eau vienne des fondations et ne s’y dirige pas.


Maçons.


Si l’on vous charge de nettoyer un mur blanchi ou peint à l’intérieur ou autrement, souvenez-vous qu’il s’agit de mettre bien en vue la surface originelle et non de la détruire. Vous devez donc éviter l’emploi de l’outil de taille, et chercher le meilleur moyen d’enlever la couche de blanc, sans abîmer et encore moins enlever l’ancienne surface. Rappelez-vous que la façon de tailler et de bretteler la pierre ancienne peut offrir un intérêt de curiosité, et que les vieilles marques de brettelage ne doivent pas être effacées : précaution qui s’applique spécialement aux travaux de la première époque romane, où la grossièreté de la pierre et de l’exécution est importante pour fixer la date. Si l’on trouve des indices d’ancienne coloration sur la surface de la pierre, il faut les conserver soigneusement.

La manière d’enlever la couche blanche dépend de la nature de la matière. Avec certaines matières, rien ne vaut la carde de Manchester ; mais dans tous les cas il faut faire des expériences pour trouver la meilleure manière d’agir. Il vaut mieux laisser la couche blanche sur la pierre, soit en totalité, soit en partie, plutôt que d’employer un outil quelconque qui détériorerait la surface de la pierre elle-même. Car il vaut bien mieux avoir la vieille surface blanchie que de ne pas l’avoir du tout.

Quand le plâtre enlevé laisse à découvert des saillies, des corniches, des fenêtres, etc., il ne faut pas les recouvrir de nouveau ni les trancher : en général aucun outil tranchant ne doit être employé sur la surface de la pierre ancienne.

En enlevant les déblais, n’enlevez que ce qui a complètement perdu sa forme originelle : mieux vaut avoir une œuvre originale en mauvais état qu’une œuvre d’art nouvelle, si parfaite qu’elle soit.

Évitez spécialement de vous servir de brosses et de couleurs pour mettre en harmonie les vieilles œuvres avec les nouvelles ; il faut laisser aux vieilles œuvres leur teinte caractéristique.

N’enlevez jamais les mousses qui couvrent les vieilles surfaces.

Il faut la plus scrupuleuse exactitude dans le relevé du dessin des moulures, etc., lorsqu’on veut leur ajouter de nouvelles portions, car les traits les plus délicats se trouvent souvent dans quelques endroits peu nombreux ou plus protégés que les autres.

En abattant des parties de murs, il faut bien prendre garde aux vieilles moulures, ou autres pierres travaillées qui s’y trouvent encastrées, et noter la place où on les a découvertes, car d’ordinaire elles occupent une place voisine de celle qu’elles occupaient à l’origine. Si vous trouvez des fenêtres ou d’autres objets qui étaient couverts, n’y touchez pas avant que l’architecte les ait vus. Les tuiles émaillées ou autres anciens pavements doivent être laissés là où on les trouve, autant que possible, et leur dessin doit servir de modèle pour le pavement nouveau. Les restes de monuments anciens ne doivent jamais être remplacés par des parquets en tuiles émaillées, mais doivent toujours rester dans leur place d’origine.


Sculpteurs.


Les conseils donnés aux maçons s’appliquent aux sculpteurs ; mais plus expressément encore, vu que les anciennes sculptures sont encore plus précieuses que de simples ouvrages en maçonnerie. Quand vous avez à travailler à un vieil édifice, subordonnez votre talent et votre imagination à l’ouvrage dont vous êtes chargés, et ne cherchez que la conservation de la sculpture ancienne, sans essayer de la restaurer.


Plâtriers.


Si vous êtes chargés d’enlever un plâtrage, voyez d’abord avec soin, en enlevant ça et là la couche de blanc, s’il y a là quelque vieille peinture, etc., et n’y touchez pas avant de l’avoir fait remarquer à l’architecte, au conducteur des travaux, ou à toute autre personne compétente.

S’il est absolument nécessaire d’abattre un mur couvert de vieilles peintures, il faut procéder ainsi pour les conserver :

On enlève une bonne partie du mur qui est derrière la peinture, et l’on ne laisse qu’une mince couche sous celle-ci, couche que l’on peut consolider avec du ciment et des panneaux de dimensions proportionnées et des cadres de bois. La peinture peut alors être transportée dans un musée.

En règle générale, les anciens plâtrages ne doivent pas être enlevés, mais seulement réparés, quand cela est nécessaire.

Que la couche de plâtre mise sur les vieilles murailles soit très mince et assez peu épaisse pour bien se mouler sur le dessin de la pierre comme dans les travaux anciens. Tout plâtrage doit être de nature à pouvoir être recouvert de peinture décorative.


Charpentiers.


Ne soyez pas trop prompts à condamner un vieux toit ou toute autre charpente. Souvenez-vous qu’il a une valeur tout a fait indépendante de ce qu’il coûterait à être remplacé. Un vieux toit soigneusement conservé au moyen d’épissures ou autrement vaut infiniment mieux qu’un toit en nouvelle charpente copié sur l’ancien. On peut remédier aux plus graves détériorations si l’on considère le toit comme un objet de valeur, et si l’on s’applique à trouver le meilleur moyen de le consolider et de le conserver. Si vous n’agissez pas ainsi, des défectuosités très légères peuvent devenir un prétexte de détruire le plus beau toit ancien.

En règle générale, n’enlevez pas un vieux toit pour le réparer ; mais réparez-le sur place, compartiment par compartiment, et seulement durant les mois de printemps ou d’été.

Par un bon système de prélarts ou autrement, garantissez le toit contre l’humidité pendant l’opération, l’humidité étant fatale au vieux bois.

Ne touchez pas aux anciennes surfaces des charpentes, et ne recouvrez pas les vieux bois d’huile ou de vernis En général, rappelez-vous que (comme il a été dit aux maçons) votre grand objectif est de conserver plutôt que de renouveler.

Conservez avec le plus grand soin tous les restes de peintures décoratives sur les vieilles boiseries.

Menuisiers.

Mêmes conseils qu’aux charpentiers. Au- tant que possible réparer les anciens sièges sur place, à moins d’ordres contraires. Tout reste de boiseries, quel qu’il soit, doit être conservé en place, ou remis où il était, s’il a fallu l’enlever.


Vitriers.


Conservez avec grand soin les vieilles verrières de couleur ; ne les ôtez pas des fenêtres où elles se trouvent (à moins d’un ordre de l’architecte) et laissez-les en place, quelque grossières et imparfaites qu’elles soient, fussent-elles même en petits fragments.


Peintres.


Conservez tous les restes d’anciennes peintures, et ne cherchez pas à les restaurer, sauf ordre spécial.


Forgerons.


Laissez toutes les ferrures en place, si possible, et n’ôtez ni les tringles ni les étançons des fenêtres, à moins d’ordre formel de l’architecte.

Aux entrepreneurs et aux ouvriers en général.

N’oubliez jamais que la réparation d’une vieille église ou de tout autre reste d’ancienne architecture, si humble que soit l’édifice, doit être considérée à un tout autre point de vue que le travail d’une nouvelle construction ou la réparation d’un édifice moderne.

Il ne s’agit pas seulement de bien réparer l’objet, mais de le conserver et d’empêcher que disparaisse un spécimen authentique de l’art ancien dans notre pays. Tout vieux bâtiment a une valeur historique, et quand même vous penseriez, à première vue, que d’après les réparations à faire il serait bon de le renouveler, ou que votre opération aurait un résultat meilleur au cas d’un renouvellement complet, n’oubliez pas que toute sa valeur serait perdue si on authenticité n’existait plus, et qu’enfin votre devoir est de conserver et non pas de refaire.

Prenez donc garde de ne jamais condamner à la légère une œuvre ancienne, sous prétexte qu’elle est trop détériorée pour être conservée, car la destruction de chaque objet de cette nature est une perte nationale.

Institut royal des architectes
britanniques. »


CONSERVATION D ANCIENS MONUMENTS ET DE RESTES D’ANCIENS MONUMENTS.

Avis général aux entrepreneurs de restauration d’anciens édifices.
'


1° Avant de décider aucune modification il faut consulter un architecte compétent et le prier de faire des dessins exacts de l’édifice avec cotes. On prend alors des photographies de tous les objets intéressants et spécialement de ceux qui sont détériorés et qu’il est nécessaire de renouveler totalement ou en partie. Quand il s’agit d’églises, ces photographies et des copies des dessins doivent être déposées dans la maison paroissiale ou dans toute autre localité publique du diocèse propre à cet effet, et l’on doit prendre note de la date de leur dépôt.

Tout enlèvement d’enduits des murs, de pavements, de galeries, de bancs, de cloisons, ou de tous autres objets inutiles (dès qu’ils sont évidemment modernes) ne doit, avant qu’il soit pris aucune décision pour la restauration, être exécuté que sous la direction de l’architecte et après qu’il aura inspecté l’église ; et cet enlèvement ne doit point s’appliquer aux ouvrages d’art ou autres objets intéressants qu’il importe souvent de conserver. Aucune plaque commémorative, aucune tuile, aucune partie du pavage, ne doivent être en- levées sans la permission spéciale de l’architecte.

2° Il faut s’enquérir avec soin des vitraux peints, des sculptures, des cuivres, ou autres œuvres anciennes.qui peuvent avoir appartenu à l’édifice et en avoir été retirées afin de les remettre à la place qui leur appartient.

3° Quand il y a quelque doute au sujet du dessin original de quelque édifice, il faut examiner les édifices du même style et du même caractère qui se trouvent dans le voisinage.

4° Il faut rechercher avec soin là où il y a eu d’anciennes fenêtres, des portes, des retables, des aumôneries, des piscines, des sépulcres, des pierres d’autel, des bénitiers, des jubés, des hagioscopes, des fenêtres basses, des tombeaux, des cuivres, des pierres taillées, des tuiles émaillées ou d’autres objets d’antiquité. Si quelque portion en est détériorée, il faut rechercher avec soin toutes les portions d’anciennes maçonneries, toutes les vieilles fondations reliées au mur moderne, afin d’obtenir, la clef des portions du dessin original qui ont été détériorées ou détruites. Quand on découvre de telles pierres, il faut en avertir l’architecte pour qu’il puisse les examiner en personne.

5° Toutes les surfaces recouvertes de plâtre doivent être examinées pour voir s’il y reste quelque trace de peinture et l’on doit nettoyer avec précaution toutes les pierres peintes ou blanchies ou tous les ouvrages en bois afin de ne point détériorer les peintures ou dessins de toute sorte qui y peuvent exister. Quand il s’agit de renouveler les toitures, on ne doit nettoyer les murs que lorsqu’ils ont été protégés par l’érection de nouvelles toitures. Quand on rencontre des surfaces plâtrées anciennement, on doit les conserver si cela est possible.

6° Les vitraux peints avec leurs cadres originels de plomb ou de fer ne doivent jamais sortir de l’édifice, sauf quand il s’agit de la réparation des plombs, si elle est nécessaire, et elle ne doit être faite que par des ouvriers compétents. En général, il ne faut pas déplacer les anciens vitraux, même quand il n’en reste que de petits fragments, sans s’être d’abord assuré qu’ils ne sont pas à leur place d’origine. Si l’on met de nouveaux vitraux à de vieilles fenêtres, il faut bien prendre garde que ces vitraux soient en rapport avec le vieux dessin et non remplacer ce vieux dessin par un nouveau, ce qui est trop souvent le cas. Des vitraux anciens sans peinture doivent être réemployés avec avantage à cause de leur teinte plus belle.

Les parties extérieures des meneaux, des allèges, des jambages doivent, s’il est possible, être réparées en goujonnant l’intérieur au moyen d’une nouvelle pierre, ce qui peut souvent se faire sans enlever la partie intacte de la fenêtre.

Les anciennes ferrures des fenêtres ne doivent pas être enlevées, même quand on retire la partie extérieure en pierre ; on doit les laisser en place, jusqu’à ce que l’on y ait remis de nouveaux vitraux ; ces vitraux étant au besoin appropriés aux dites ferrures. Tant de mal a été l’ait dans notre pays par la destruction des ferrures que l’on ne saurait trop appuyer sur cette recommandation.

7° Tous les restes de murailles de cimetières, leurs chaperons, leurs clochetons, leurs croix, leurs hangars, leurs pierres tombales, leurs constructions, etc., doivent être conservés.

Les traces de fondations, de tranchées, de fossés, etc., doivent être examinées et notées.

8° Lorsque l’on remarque que la terre s’est accumulée au-dessus de l’ancien niveau, il la faut enlever ; mais cela ne doit se faire qu’en présence d’un inspecteur compétent, car l’opération présente souvent des risques. Quand il existe plusieurs anciens niveaux, il faut déterminer avec soin celui qui doit être conservé, et, si les plans sont en pente, comme il arrive souvent, il faut autant que possible conserver les directions d’origine.

9° Quand on répare les ouvrages en pierre, il ne faut dans aucun cas en gratter la surface avec des outils de métal. En général, il ne faut jamais ajouter de nouveaux ouvrages en pierre aux anciens, à moins qu’il ne soit évident que l’on reproduit ainsi le vieux dessin et que cela soit nécessaire. Si quelque portion de la maçonnerie est endommagée ou manque, il n’est pas besoin de refaire la construction en entier, mais simplement les parties défectueuses, qui doivent être renouvelées avec des pierres du même caractère et de la meilleure qualité.

On ne doit rien abattre complètement, sauf quand cela est inévitable.

Il arrive souvent que des murs, en bon état d’ailleurs, ne sont plus d’aplomb ; on peut les remettre droits au moyen de crics à vis sans détériorer la face extérieure.

10° S’il est absolument nécessaire de construire un nouveau toit, celui qui existe étant en très mauvais état ou moderne, on peut procéder de l’une des deux manières suivantes : ou bien, quand il existe, on reproduit le vieux toit exactement ; ou bien on fait un nouveau toit que l’on incline comme le toit original, ce qui se reconnaît en général aux larmiers qui sont contre la tour ou les autres murailles. Lorsqu’il s’agit de plusieurs épogues contre les autres murailles, la question de l’inclinaison du toit présente quelque difficulté ; mais, en général, quand il y a une partie de mur avec fenêtres, il est bon de s’en tenir à l’inclinaison du toit construit à l’époque où cette partie de mur a été élevée, et, quand elle n’existe pas, on choisit l’inclinaison du plus ancien toit. Toutes les fois que l’on enlève des plombs, il faut les remettre en place. Il ne faut pas toujours condamner les toits plats.

La question de l’inclinaison d’un nouveau toit dépend de tant de circonstances que l’architecte seul doit en décider, mais il ne faut pas modifier à la légère la forme de l’ancien toit. Dans quelques cas particuliers, s’il y a discussion quant à l’aspect extérieur de la partie plate d’un vieux toit incliné, on peut conserver le toit plat à l’intérieur, et élever au+dessus un toit incliné. Les toits plats sont aussi dignes d’âtre conservés que les autres.

Dans les districts où les vieilles églises sont couvertes en pierres plates, il est très désirable de conserver ces pierres plates, plutôt que de se servir de tuiles ou d’autres couvertures.

Les extrémités des poutres et des chevrons sont souvent seules détériorées par les fuites des gouttières. Le vieux toit ne doit pas être mis à l’écart pour cette raison ; mais on doit seulement refaire ces extrémités détériorées.

11° Les vieux édifices ont souvent été altérés à différentes périodes ; quand il en est ainsi, toute l’œuvre ancienne doit être mise à découvert et conservée, de façon à exposer aux regards l’histoire de la construction’ et ses altérations successives aussi distinctement que possible. Cela peut souvent se faire en laissant à découvert toute la pierre et le blocage intérieur, sans les recouvrir de plâtre. Toutefois l’on doit comprendre qu’il s’agit là de mettre en vue des formes de construction intéressantes, et non pas d’enlever les vieux plâtres, ou d’exposer à la vue de la maçonnerie brute qui aurait été anciennement recouverte de plâtre.

12° En aucun cas il ne faut, toucher aux effigies monumentales, aux cuivres, aux figures ou aux feuillages sculptés ou à tous autres travaux d’ornementation, que pour les nettoyer avec soin, ou les remettre en place s’il est nécessaire, et prendre soin qu’ils ne soient, plus endommagés à l’avenir. Dans toutes les restaurations d’églises, le principal objectif est de faire disparaître toutes les additions qui ont été faites sans égard aux règles architecturales ; mais, sous ce rapport, le restaurateur de l’église ne doit pas s’inspirer d’un modèle idéal, mais respecter les productions de chaque siècle autant que cela est compatible avec la restauration de l’édifice et l’usage auquel il doit servir. Si des constructions nuisent aux bons travaux anciens, il faut les transporter dans un lieu où elles ne puissent rien détériorer.

Les fonts baptismaux, les piscines, etc., doivent être réparés avec soin, s’il est nécessaire, pour les approprier à l’usage que l’on en fait, mais tout ce qui ne touche pas à la stabilité de l’édifice doit être laissé intact autant que possible. Les fonts baptismaux, par exemple, ne doivent jamais être grattés avec un instrument de métal, comme il arrive trop souvent. Les objets qui ne servent pas, comme les bénitiers, les aumôneries, etc., doivent être laissés tels qu’ils sont.

13° Les enceintes du chœur datant du moyen âge ne doivent sous aucun prétexte être changées de place. Il est rare qu’elles gênent la vue ou assourdissent les sons. Les sièges anciens dans l’intérieur de l’église doivent, quand cela peut se faire, être laissés dans leur état primitif. Les boiseries du temps du roi Jacques et d’une époque plus récente ont souvent autant de prix au point de vue artistique et sont aussi intéressantes au point de vue historique que les travaux du moyen âge.

14° Lorsque les objets curieux, des fragments de sculpture en pierre ou en bois, de tuiles, de verre, trop petits pour être employés de nouveau, se découvrent dans le cours des travaux, il est désirable qu’on les garde dans une caisse quelconque à l’église avec une étiquette et une courte description de leur histoire. Cette caisse serait fermée à clef. On doit prendre garde que les instructions de l’architecte ne donnent pas à l’entrepreneur de droits sur les objets comme vieux matériaux.

15° En donnant les conseils qui précèdent, on a supposé que les promoteurs des travaux apprécient comme il convient leur devoir envers un ancien édifice et ont à cœur de le restaurer de façon à ce qu’il dure le plus longtemps possible ; mais malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Les entrepreneurs de restaurations, qu’ils soient ecclésiastiques ou laïques, sont quelques fois plus portés à produire de nouveaux ouvrages qu’à conserver les anciens ; on ne peut donc insister trop fortement sur ce fait qu’en travaillant à une ancienne église ou à un autre édifice, leur objectif ne doit pas être simplement de faire une bonne réparation, mais bien de conserver un spécimen authentique de l’art ancien dans notre pays. Tout vieil édifice à sa valeur historique, et il faut se rappeler que cette valeur disparaît quand son authenticité n’existe plus.

En conséquence, le devoir de ceux qui sont chargés de l’entretien des vieux édifices n’est pas tant de renouveler ce qu’il en reste que de le conserver ; et cette observation s’applique à toutes les parties de l’œuvre originale qu’il est possible de sauver, car il faut se souvenir qu’une œuvre nouvelle est sans valeur ou sauf intérêt sauf quand elle sert à conserver l’ancien dessin, et que cet ancien dessin n’aura plus aucun intérêt à moins que les parties originales restent pour attester leur authenticité.

Une grande liberté d’allures est laissée dans les additions faites aux vieux dessins lorsqu’il est nécessaire d’agrandir un édifice ancien, et d’ordinaire il vaut mieux en ce cas laisser à l’architecte toute son indépendance. Alors son œuvre aura une vraie valeur historique, tandis que, s’il se contente de reproduire exactement l’œuvre ancienne à laquelle il fait des additions, il en résultera pour l’avenir une grande confusion et l’on ne saura quelle portion de l’œuvre est ancienne et quelle portion est moderne.

16° On doit veiller avec soin à ce que certains individus ne se prononcent pas pour ou contre certaines formes ou certains styles, et spécialement on doit se garder d’une théorie assez commune, à savoir qu’une église qu’on restaure doit être débarrassée de toutes les formes postérieures à quelque époque favorite, De telles idées sont dangereuses au plus haut degré, elles ont rendu plus d’une église restaurée sans valeur comme monument historique.

17° Tout ce que pourraient faire toutes les sociétés centrales ou diocésiennes d’architecture ou d’archéologie, toutes leurs visites aux édifices ayant un intérêt historique deviennent inutiles si ceux qui sont chargés de l’entretien de ces précieux restes ne suivent pas religieusement les avis que nous donnons ici, basés sur des principes indéniables et dont l’oubli a été cause que beaucoup de régions ont perdu leurs antiquités par suite de travaux hâtifs ou maladroits. Les propriétaires fonciers influents, le clergé, les marguilliers et autres doivent songer sérieusement à la responsabilité qui leur incombe et qui exige qu’ils s’opposent à toutes les destructions inutiles d’ouvrages anciens et qu’ils se fassent aider de personnes compétentes quand il s’agit d’anciens édifices. Des questions fort embarrassantes s’élèvent constamment au sujet d’édifices de dates diverses et il en résulte des difficultés au point de vue de la construction et de la chronologie, qui ont besoin d’être tranchées par un architecte ou un antiquaire expérimentés. En outre, la conservation d’un ouvrage ancien dépend en grande partie de l’ouvrier qui y travaille. Il faut donc choisir .un homme qui s’intéresse à son œuvre et qui puisse exécuter fidèlement les instructions de l’architecte. Pour prévenir tout accident pouvant résulter de l’absence de l’architecte, il est toujours désirable et en général essentiel qu’un conducteur des travaux nommé par l’architecte et familier avec les restaurations d’églises soit présent aux travaux entrepris.

18° Il faut une grande vigilance pour préserver. les anciens édifices de tout dommage ; les personnes qui résident autour ou près de l’endroit où s’exécutent les travaux les mieux conduits doivent examiner avec le plus grand soin s’ils sont exécutés réellement comme il convient pour la conservation des édifices. Quelque fréquemment que l’architecte visite les travaux qu’il dirige, il ne peut pas toujours empêcher que l’on désobéisse à ses ordres, et une inspection de chaque jour, et presque de chaque heure est souvent nécessaire. Une intervention intelligente sera toujours bien accueillie par un architecte zélé et, sans perte de temps, empêchera souvent un dommage irréparable. Les amateurs d’antiquités, les archéologistes et les antiquaires de la localité rendront toujours un grand service s’ils veillent avec soin sur les travaux qui s’exécutent aux anciens édifices.

19° Les conseils et les remarques qui précèdent s’appliquent spécialement à la restauration des églises. Le même esprit doit inspirer ceux qui possèdent d’anciens édifices, civils ou militaires ou qui sont chargés de leur entretien, attendu que ces édifices, en raison de leur rareté comparative, ont encore plus de valeur comme monuments historiques que n’en ont les églises.


Institut royal des architectes britanniques, Londres. »


La Commission décide de renvoyer ces instructions à la Commission de permanence.

M. Alfred Lamouroux énumère ensuite l’exécution des mesures adoptées au cours de la dernière séance :

Des remerciements ont été adressés à M. Carot pour sa communication sur les vitraux des anciennes églises ;

À M. Arondel, pour son offre du plan de Delagrive ;

À M. Gaillard, pour sa communication sur l’église des Enfants-Rouges ;

À M. Delcourt, pour sa communication relative à la maison de la rue Transnonnain ;

La lettre de M. le capitaine Paimblant du Rouil, relative à la Tour d’Auvergne, a été transmise au Comité des inscriptions parisiennes ;

La liste complète des reproductions à faire a été transmise à M. Cain, conservateur du musée Carnavalet ;

Les divers objets et les débris de poteries trouvés dans les fouilles ont été classés, par M. Lucien Lambeau, dans les armoires mises à la disposition de la Commission ;

La proposition de M. Ch. Lucas tendant à l’emploi, pour les écoles de dessin, de moulages et de modèles spéciaux recueillis dans les investigations de la Commission, a été renvoyée à la direction de l’Enseignement ;

Un exemplaire de la carte géologique des environs de Paris a été envoyé aux présidents des quatre Sous-commissions ;

Les exemplaires des photographies de l’enceinte de la Cité, offerts par la Commission à MM. Barbé, Levoisvenel et Loup, leur ont été transmis ;

Présentation est faite des cachets et des étiquettes devant être apposés sur les reproductions et sur les objets émanant de la Commission.

La Commission décide que ces marques seront appliquées par les soins de M. Brown, chargé de la régie de la somme votée par le Conseil municipal, et par M. Lucien Lambeau, secrétaire-adjoint de la 3e Sous-commission.

Il est procédé ensuite à la remise des cartes d’identité aux membres de la Commission.


M. le Président invite M. Jules Perrin à vouloir bien donner connaissance à la Commission de la continuation du dépouillement qu’il a bien voulu se charger de faire des réponses reçues, des municipalités françaises et étrangères, sur les mesures qu’elles ont pu adopter en vue de la conservation des antiquités et des richesses d’art de leurs cités.

M. Jules Périn présente la suite de son rapport[1] :


« Rapport (Suite du) sur les réponses faites par les municipalités françaises et étrangères à la demande de renseignements sur les mesures qu’elles peuvent avoir prises pour la conservation de leurs monuments et richesses d’art, qui leur avait été adressée, sur le désir exprimé par la Commission du Vieux Paris, par M. le Préfet de la Seine.


Messieurs,

Depuis que j’ai eu l’honneur, dans la séance du 5 mai 1898, de vous rendre compte de l’analyse que j’avais été chargé de faire de la première liasse de réponses et documents qu’avait reçus M. le Préfet de la Seine, à la suite de l’enquête qu’il avait ouverte, à notre sollicitation, au mois de mars dernier, tant auprès des municipalités de France que de celles des pays étrangers (Europe), notre Commission a reçu la communication d’une deuxième liasse, plus volumineuse que celle précédemment formée.

Cette deuxième série de réponses et documents ayant été dépouillée comme l’avait été la première, je suis en mesure de vous soumettre le résultat de ce travail, — qu’il ne m’a peu paru possible d’abréger plus que je ne l’ai fait, sans lui enlever une partie de son réel intérêt. Il y a, en effet, dans ces communications des villes étrangères surtout, d’utiles indications sur les mesures de protection dont sont entourées les trouvailles d’objets anciens ou présentant un caractère artistique, mis au jour par l’exécution des travaux, publics ou particuliers.

Il a paru qu’il était tout au moins intéressant de vous faire connaître, Messieurs, quelles sont les diverses dispositions adoptées en divers pays en vue de préserver de destruction les monuments anciens, ces témoins de l’histoire, et de sauvegarder les fragments d’architecture et de sculpture, ces modèles si propres à inspirer le goût du beau aux artistes et aux jeunes gens qui embrassent la carrière des arts.

On doit, d’ailleurs, constater que le sentiment de ce double intérêt est partout compris et qu’il se répand de plus en plus.

Les municipalités françaises et étrangères ont apporté le plus grand empressement à satisfaire notre désir de nous initier à ce qu’elles ont fait dans la voie où la municipalité parisienne s’est engagée la première, nous sommes fiers de le constater.

Et nous nous plaisons à reconnaître la courtoisie parfaite avec laquelle toutes les grandes municipalités de l’Europe ont répondu à la demande qui leur était adressée par M. le Préfet de la Seine.


MUNICIPALITÉS FRANÇAISES.


Lyon. — Le Conseil municipal de Lyon, reconnaissant l’urgence qu’il y avait de recueillir les vestiges du vieux Lyon, d’en dresser l’inventaire, de vérifier leur état actuel, de recueillir par la photographie ou d’autres moyens ceux qui sont appelés à disparaître sous l’action du temps ou par suite des grands travaux qui doivent être prochainement entrepris, prenait, à la date du 22 mars 1898, une délibération invitant l’Administration à créer une « Commission du Vieux Lyon », qui se composerait de conseillers municipaux, et à faire appel aux membres volontaires choisis parmi les architectes, les archéologues et les érudits, chargés de classer les œuvres connues, de veiller à leur conservation et de signaler les fouilles qui pourraient être entreprises et d’indiquer les transformations qu’il serait utile d’y apporter.

Par arrêté du 3 mai 1898, M. le maire de Lyon instituait la « Commission du Vieux Lyon » et désignait pour faire partie de cette Commission les personnes dont les noms étaient indiqués (au nombre de 22), devant se réunir sous la présidence de M. le maire ou de M. l’adjoint délégué aux Beaux-arts.

Marseille. — Jusqu’à ce jour, la municipalité de cette ville n’a édicté aucune mesure pour la recherche des vestiges du vieux Marseille.

Lorsque des grands travaux de voirie ont amené la découverte de quelques pièces accusant le caractère de vestiges de la vieille cité, elles ont été transportées au musée d’archéologie du château Borely.

En ce qui concerne les objets qui ne peuvent être déplacés, M. le maire de Marseille ajoute que : « la municipalité n’a pas examiné encore s’il eh existe quelques-uns qui méritent d’être conservés. »

Nantes. — M. le maire de la ville, de Nantes a le regret de répondre négativement à la demande qui lui avait été adressée : il n’a pas été pris de mesure analogue à celle de la Commission parisienne en ce qui concerne la ville de Nantes.

Les recherches et la conservation des vestiges du passé ont été jusqu’ici laissées à l’initiative privée.

Mais, ajoute M. le Maire, — m’inspirant de l’exemple que vous avez bien voulu me mettre sous les yeux, — je me propose d’instituer dans notre ville une « Commission du Vieux Nantes », ayant les mêmes attributions que la vôtre ».

M. le Maire demande des renseignements complémentaires sur l’organisation et le fonctionnement de la Commission du Vieux Paris.

(Ces renseignements lui ont été adressés avec empressement par les soins de M. le Secrétaire de notre Commission.)

Orléans. — À Orléans, il n’a été institué aucune Commission analogue à celle de Paris.

La Société archéologique et historique de l’Orléanais comprend dans son programme d’études la recherche et la conservation de tout ce qui présente un intérêt pour l’histoire locale.


MUNICIPALITÉS ÉTRANGÈRES.


Aix-la-Chapelle. — Une ordonnance du premier bourgmestre, du 8 avril 1893, « au sujet de la détermination des restes de constructions des anciennes époques historiques découverts à l’occasion des travaux exécutés sur le sol et les terrains de la ville », contient les dispositions suivantes :

1° Les restes des constructions mis à découvert sont marqués sur une carte de la ville par l’Administration des travaux municipaux.

2° Sur un registre sont consignées les descriptions et remarques détaillées au sujet de l’âge présumé de ces restes de constructions, de leur origine et de leurs destinées ultérieures.

3° Lors de la découverte des restes de constructions, on en donne avis aux Archives municipales, qui font inscrire les déterminations qu’elles appuient au besoin des matériaux de leurs collections.

4° Pour les découvertes importantes, un rapport spécial est adressé à l’Administration

municipale, qui prend les mesures qu’elle décide nécessaires, telles que d’entreprendre d’autres excavations.

5° Les objets transportables trouvés dans les excavations sont déposés au Musée municipal, avec l’indication du lieu où ils ont été trouvés.

6° Il existe une Commission du Conseil municipal pour la « conservation des monuments historiques », commission dont on prend l’avis dans les circonstances importantes.

M. le premier bourgmestre exprime l’opinion que les dispositions prises pour la détermination des objets anciens et la conservation des vieux monuments historiques de la ville d’Aix-la-Chapelle peuvent être encore améliorées, et il prie M. le Préfet de lui faire part des indications qui seront données à la « Commission du Vieux Paris » pour l’exécution de ses travaux.

Amsterdam. — Le bourgmestre de la ville d’Amsterdam a répondu : qu’il n’existait pas de commission analogue à la Commission parisienne, et que jusqu’ici la municipalité n’a adopté aucune mesure semblable.

Dans les conditions de quelques travaux publics, la Municipalité a fait insérer une stipulation disant que tout objet trouvé par l’entrepreneur, ses ouvriers ou d’autres personnes à son service, étant de nature à exciter l’intérêt au point de vue de l’histoire naturelle, de l’antiquité ou de l’histoire, devra être remis à l’Administration.

Athènes. — La municipalité d’Athènes nous a offert le « Recueil de ses lois archéologiques » (de 285 pages).

Ce recueil fera, de notre part, l’objet d’une étude approfondie.

Le nom d’Athènes n’évoque-t-il pas le souvenir des types les plus admirables de l’architecture, qui s’appellent le Parthénon, les Propylées, le temple de Jupiter Olympien, qui ont été décrits par des archéologues français, Letronne et Léon de Laborde !

Berlin. — C’est à la direction du Musée provincial de la Marche qu’incombe le soin des antiquités du vieux Berlin.

Les fonctionnaires de l’Administration municipale qui ont la charge des travaux de terrasse (mines, égouts, conduites d’eau et de gaz, câbles électriques) ont l’ordre de remettre à la direction tous les objets qu’ils découvrent ; et, lorsqu’il s’agit de vieilles constructions plus importantes sur ou sous le sol, de la consulter sur la recherche de leur but et sur leur réception.

Lorsque le Gouvernement entreprend des constructions ou des dragages dans les cours d’eau publics, les trouvailles sont rassemblées et conservées. — Les travailleurs reçoivent de petites primes pour leurs découvertes, « ce qui est un bon moyen d’exciter le zèle et de prévoir les abus de confiance ».

Les membres de l’administration du musée de la Marche, « personnes indépendantes, recrutées à titre honorifique parmi la bourgeoisie en raison des garanties qu’elles offrent de science et de zèle pour le vieux Berlin », se chargent de donner avis à la municipalité, lorsque l’on met à jour quelque objet remarquable, lors des excavations ou des démolitions faites dans les maisons particulières.

M. le directeur du Musée provincial ne peut, dit-il, trop recommander comme modèle cette institution libre.

La ville de Berlin fait édifier « un Musée provincial de la Marche », dont la dépense prévue est de 1,511,000 marks. Entre autres y seront rassemblés et exposés les objets trouvés dans les fouilles du vieux Berlin.

M. le Directeur demande communication des règlements et des instructions qui ont été élaborés ou le seront pour la conservation du vieux Paris.

Bruxelles. — M. le bourgmestre de Bruxelles a répondu à M. le Préfet de la Seine qu’il n’avait pas cru nécessaire de créer une Commission du vieux Bruxelles, parce que la Société d’archéologie a recherché et catalogué avec soin les vestiges anciens ; que le service des Travaux publics est au courant de cet inventaire ; et que le cahier des charges des démolitions prévoit la trouvaille de vieux monuments et d’objets ayant une valeur historique ou artistique, dans son article ainsi conçu : « Les trésors, les objets d’art, de numismatique, d’histoire naturelle et tous autres objets ayant quelque valeur, qu’on découvrirait en procédant aux démolitions devront être remis à la Ville ».

De plus, chaque fois qu’un vieux quartier est soumis à la démolition, il est visité avec soin par notre inspecteur des bâtisses, M. l’architecte Samyn, qui fait un rapport sur les parties à préserver ou les objets dignes de figurer dans notre Musée communal, uniquement consacré aux souvenirs et documents historiques relatifs au passé de la ville de Bruxelles.

Christiania. — Il n’a pas été pris, dans cette capitale, de mesures spéciales pour rechercher et conserver les vestiges du vieux Christiania.

Il existe, à cette intention, une prescription de loi générale du 15 septembre 1851, § 29 et quelques résolutions du Gouvernement du pays. Ce § 29 concerne la construction des routes, notamment : « Des antiquités ne doivent, dans aucun cas, être détruites ou molestées à cause des travaux de route, sans que le consentement du propriétaire et la décision du Préfet soient acquis d’avance » (traduction littérale).

Les résolutions du Gouvernement se trouvent rapportées dans l’exemplaire du rapport annuel de 1896 de la Société pour la conservation des antiquités norvégiennes (appendice, p. 11), joint à la réponse du magistrat de Christiania.

Cologne. — L’ordonnance du premier bourgmestre, du 2 février 1893, assure la protection et la conservation des antiquités romaines et du moyen âge (rues, murs, trottoirs, égouts, sarcophages).

Le fonctionnaire de l’Administration des bâtiments qui dirige l’exécution locale de ces travaux donne immédiatement avis de toute découverte au directeur du musée Wallraf-Richardz.

Le directeur du Musée prend une décision quant à la conservation de la trouvaille ou à son transfert au Musée, et, pour peu qu’il y ait là quelque intérêt scientifique, fait continuer les fouilles, de concert avec le fonctionnaire qui dirige les travaux, et, après qu’auront été accordés les fonds nécessaires, en surveille lui-même l’opération ou la fait surveiller par un des employés du Musée.

Les sculptures, les inscriptions, la poterie, la verrerie, les bronzes, les monnaies, etc., trouvés dans les excavations seront dessinés par l’administration du Musée, avec indication du lieu où ils auront été trouvés.

Les emplacements de restes de constructions seront marqués par l’Administration des mines sur un plan de la ville destiné à cet objet. Lorsque ces restes auront une plus grande étendue, il en sera fait un relevé.

Pour les trouvailles isolées, les personnes qui dirigent les travailleurs joindront à la liste des objets un compte rendu circonstancié : détails de profondeur, emplacement, etc. Les sarcophages ne devront être ouverts qu’en présence des employés du Musée.

Le directeur du Musée est responsable de la conservation des antiquités et doit présenter un rapport à ce sujet.

Dans les traités conclus par la ville de Cologne pour des travaux sur le sol, des dragages, des constructions d’égouts, des démolitions, etc., la propriété de la ville, en fait de découverte d’objets d’art, d’antiquités, d’objets précieux, d’argent ou même des restes d’architecture isolés et de travaux de forgeron ou d’autres analogues, doit être sauvegardée. Le détournement par l’entrepreneur ou par ses ouvriers est poursuivi comme une soustraction. Ceux qui ont trouvé les objets ou en auront empêché le détournement pourront recevoir une récompense.

Ce règlement est mis aux mains des ingénieurs, inspecteurs des administrations des Travaux publics, de l’Intendance des bâtiments, de l’Assistance publique, du Gaz et des Eaux.

Dresde. — Le premier bourgmestre de la ville de Dresde signale les deux volumes de l’Histoire administrative de cette ville (adressés à M. le Préfet de la Seine, avec une lettre du 21 août 1893), qui contiennent des indications pouvant être utiles à consulter.

La Société pour l’histoire de Dresde (non officielle), spéciale à cette ville, et la Commission officielle pour la conservation des monuments artistiques dans le royaume de Saxe (dépendant du Ministère de l’Intérieur du royaume), embrassant toute la province, semblent remplir le but de la Commission du Vieux Paris.

Florence. — Florence possède, depuis le 20 mars 1866, une commission spéciale chargée d’étudier et de recueillir les objets les plus importants qui seraient mis au jour par les démolitions faites pour l’agrandissement de la ville, décédé en 1897. Cette commission a été reconstituée sur de plus larges bases le 15 mai 1888, en vue des démolitions qui devaient avoir lieu pour l’assainissement de l’ancienne partie centrale de la ville.

Cette Commission historique communale a, depuis, été augmentée, en appelant à en faire partie d’autres lettrés distingués et des savants adonnés aux études historiques.

Elle a recueilli, au moyen de photographies, de dessins, de plans et d’aquarelles tout ce qui méritait d’être conservé et pouvait servir de modèles et d’objets d’études aux artistes et aux jeunes gens qui se consacrent à l’art. Elle a enrichi le Musée royal de San Marco de peintures à fresques des xive et xve siècles détachées de vieilles maisons destinées à être démolies, de colonnes, d’armoiries, d’anciennes fenêtres, de tabernacles, d’inscriptions lapidaires, les édits de la Seigneurie, des monnaies et autres objets dignes d’être conservés.

M. le Syndic, président de la Commission historique, a fait hommage, afin que nous puissions nous rendre compte des travaux de cette Commission, des reproductions lithographiques et chromo-lithographiques de fragments de construction de l’époque romane, du moyen âge et de modèles d’architecture, auxquelles il a joint quelques publications explicatives.

Francfort-sur-le-Mein. — M. le premier bourgmestre de Francfort a bien voulu, en réponse à la demande de renseignements qu’il avait reçu de M. le Préfet de la Seine, lui adresser un exemplaire (imprimé) du règlement du 30 décembre 1892, par lequel une Commission municipale a été instituée pour l’administration et la surveillance des objets d’art et d’antiquité appartenant à la ville.

Cette Commission donne son avis sur les objets trouvés dans les démolitions de bâtiments, dans les excavations ou dans toute autre circonstance, au point de vue de l’importance historique qu’ils peuvent présenter.

Elle prend l’initiative des mesures de préservation des objets qui peuvent intéresser l’histoire du vieux Francfort et les recueille dans le musée.

Gênes. — M. le Syndic de cette ville fait savoir que le Bureau des Archives civiques a adopté, depuis plusieurs années, le système de faire reproduire par la photographie, « pour en conserver le souvenir dans des albums appropriés», tous les édifices et monuments artistiques et historiques qui viennent à être démolis pour l’ouverture de nouvelles places et de nouvelles rues.

Les fragments et objets d’archéologie, que l’on trouve dans les excavations et dans les démolitions, sont recueillis dans le musée du Palazzo-Bianco.

La Junte municipale a institué, le 2 juin 1897, une Commission chargée de dresser un catalogue de tous les édifices et monuments artistiques qui se trouvent dans la ville, et qui, par leur intérêt historique et archéologique, sont jugés dignes d’être conservés intacts.

Copie de cette délibération nous a été communiquée.

Glasgow. — Il n’a pas été établi de Commission ayant un but analogue à la nôtre.

Mais, au moyen des livres sur le Vieux Glasyow, qui sont très nombreux et dont quelques-uns ont de belles illustrations, on peut se faire une juste idée de ce qu’a été la ville depuis des siècles.

Dans ces dernières années, la Corporation (Municipalité) a été autorisée, sous le titre d’ « Administration des embellissements de la ville », à remanier une portion considérable de la vieille ville, qui était devenue très insalubre ; et la Corporation a pris des photographies d’un grand nombre de vieilles rues et des enclos offrant le plus d’intérêt, et notamment des bâtiments historiques situés sur les terrains que l’on remaniait.

Liverpool. — Le lord-maire de Liverpool a bien voulu nous adresser un mémoire (manuscrit) concernant les diverses chartes relatives à cette ville.

Je ne comprends pas exactement, ajoute-t-il, quel renseignement vous me demandez spécialement. »

Milan. — Le Ministère public, qui a la charge de veiller à ce qui intéresse l’archéologie et l’art, a institué, dans chaque province, une Commission consultative et, dans chaque arrondissement, un inspecteur honoraire des monuments et des excavations. En 1891, il a également créé des commissions cantonales pour la conservation des monuments. Ces commissions ont un pouvoir exécutif pour tout ce qui se rapporte aux édifices et aux objets de valeur artistique ou historique.

Les règlements édilitaires de chaque commune disposent :

1° Que la commune fera dresser une liste des monuments et des restes, qui au point de vue historique et artistique, méritent d’être protégés ;

2° Qu’il est défendu de détruire ou d’altérer ces édifices et que le propriétaire lui-même, avant d’y porter la main, doit demander la permission à la Commission édilitaire ;

3° Que si, lors de la démolition ou de la restauration d’un édifice quelconque, même ne figurant pas sur la liste des monuments, l’on découvre quelque reste ayant une valeur historique ou artistique, la Municipalité pourra faire suspendre les travaux jusqu’à ce que la Commission édilitaire ait décidé des dispositions à prendre.

La Municipalité possède un musée archéologique et un musée artistique.

Elle a introduit dans les contrats d’amodiation pour les travaux des rues ou pour les constructions de murs une clause aux termes de laquelle si, dans l’exécution, on découvre des restes d’antiquité ou qui intéressent l’art, ceux-ci doivent rester la propriété de la commune, pour être transmis aux musées municipaux, lorsqu’on jugera qu’ils le méritent.

Moscou. — M. le maire de la ville de Moscou a transmis la lettre de M. le Préfet de la Seine à la Société impériale d’archéologie, laquelle est chargée de veiller à la conservation des vestiges de la vieille ville, à leur transformation, etc., et il adressera les renseignements demandés dès qu’ils lui parviendront.

Munich. — Il n’existe à Munich aucune Commission d’un caractère officiel dans le but de faire des recherches sur le vieux Munich.

La Société historique de la Bavière supérieure, la Société d’antiquités, la Société d’anthropologie s’occupent de recherches préhistoriques, historiques et d’investigations concernant le vieux Munich.

L’académie des Sciences du royaume de Bavière compte une Commission pour l’étude de l’histoire de la civilisation de la Bavière. Elle a un musée, qui reçoit les objets trouvés dans les excavations.

Il existe un musée préhistorique ou des antiquités de la ville de Munich (qui n’a presque rien recueilli encore).

Le 20 novembre 1894, le conseiller des Archives royales, président des Archives de la Ville, du Musée historique municipal et de la Collection Maillinger, présentait au Magistrat de la ville de Munich la proposition suivante : Que l’Administration des travaux de la Ville soit invitée, lors des excavations des terrains du vieux Munich et spécialement de ses parties extérieures, à faire constater par des experts officiels l’importance ou la non-importance des restes de murailles, et de faire établir des descriptions topographiques, et, le cas échéant, des dessins ; et à faire transporter au besoin au Musée historique municipal les objets trouvés, qui auraient un intérêt historique ou se rapportant à l’époque préhistorique.

Odessa. — La ville d’Odessa ne compte qu’un peu plus d’un siècle d’existence. (En 1894, elle fêtait le centenaire de sa fondation[2]. Aussi ne possède-t-elle guère « d’édifices ou autres monuments du passé : dignes d’être conservés. »

En Russie, la Commission impériale centrale d’archéologie a dans ses attributions la conservation, la recherche et l’étude des monuments historiques ; elle fait étudier les antiquités sur tout le littoral de la mer Noire (à Kertch, à Chersonèse, etc.).

À Odessa, existe, depuis-plus de soixante ans, la Société impériale d’histoire et d’antiquités d’Odessa, laquelle a pour objet l’étude complète de l’histoire et de l’archéologie de la Russie méridionale. Elle a créé à Odessa un musée d’antiquités de la Russie méridionale, et deux musées en Crimée, à Théodosie et à Kertch. Enfin elle publie un recueil spécial.

Palerme. — En 1890-91, la municipalité de Palerme nommait une « Commission pour déterminer tous les endroits et tous les monuments de la ville, célèbres par des souvenirs historiques, et pour y appeler l’attention par des pierres appropriées ».

Mais il n’y existe aucune Société ayant pour but d’étudier la vieille ville. Tous les travaux d’illustrazione concernant les antiquités de Palerme sont dus à des études privées.

Valence, — La municipalité de Valence (Espagne), « considérant le grand intérêt attaché à la surveillance, à la conservation et à la restauration progressive des monuments artistiques et historiques », créait, le 6 janvier 1894, une Commission des monuments, des archives et des musées municipaux, présidée par un lieutenant de l’alcade.

Cette commission a pour mission de surveiller :

1° Les monuments présentant un caractère historique ou artistique (projets de restauration) ; elle prête également son concours aux particuliers, qui sollicitent le concours de la municipalité.

Actuellement elle termine la restauration de la Bourse des Marchands (xve siècle), des Tours des Montagnards (xive siècle), des Croix terminales (xive siècle).

2° Les Archives, comprenant la série de documents (répertoriés dans un mémoire imprimé joint à la réponse) ;

3° Les musées (Musée provincial d’antiquités).

La Commission a commencé à recueillir les restes archéologiques et artistiques de la ville de Valence dans le but de créer un musée municipal d’antiquités d’un caractère local. Elle s’occupe également du classement et du montage de la collection paléontologique américaine Notet, qui porte le nom de son donateur.

Varsovie. — M. le président de la ville de Varsovie informe qu’aucune Commission pour des recherches archéologiques dans cette ville n’a été instituée par l’administration locale.

Plusieurs municipalités françaises et étrangères ont sollicité de M. le Préfet de la Seine, en retour des renseignements qu’elles lui ont adressés sur leurs réglementations en vigueur ou en préparation, la communication des instructions propres à la Ville de Paris « au sujet de la conservation du Vieux Paris et des objets antiques, meubles ou immeubles, que l’on y aura trouvés », dit l’une d’elles ; elles demandent d’être tenues au courant de telles de ces instructions qui auraient été formulées ou qui le seraient par la suite.

C’est bien le moins, vous semblera-t-il, Messieurs, que nous transmettions à ces municipalités, selon le désir qu’elles expriment, les instructions détaillées que nous projetons d’élaborer pour appeler l’attention des services administratifs, et même du public en général, sur l’intérêt qu’il y a pour l’histoire générale de Paris à ne pas laisser disséminer ou disparaître à jamais ce qui nous reste encore des constructions antiques ou du moyen âge et des œuvres artistiques, témoignages des siècles qui nous ont précédés.

Plusieurs municipalités se préoccupent de constituer des musées locaux, ou du moins de réserver une salle ou une vitrine pour leurs séries d’antiquités ou d’objets divers provenant de la cité même.

Elles suivent en cela l’exemple donné par la Ville de Paris qui, dès longtemps, concevait le plan d’un « Musée municipal » proprement dit, appelé à recueillir les antiquités d’un caractère tout local, à recevoir ce qui se rattache à l’existence de la vieille cité à travers les âges antérieurs.

Ce musée municipal, c’est la préoccupation constante de la Commission du Vieux Paris de le pourvoir de richesses nouvelles, s’associant en cela aux vues du Conseil municipal de Paris, dont vous connaissez, Messieurs, la sollicitude pour ses chères collections du musée Carnavalet et de la Bibliothèque de la Ville de Paris.

En terminant cette analyse des intéressants documents dont M. le Préfet de la Seine a bien voulu provoquer l’envoi de la part d’un grand nombre de municipalités françaises et étrangères, nous exprimerons, au nom de là Commission du Vieux Paris, le vœu que leurs réponses et les documents qui les accompagnent soient réunis pour être conservés dans la Bibliothèque municipale, car leur intéressant ensemble peut donner une idée très exacte de l’état des études archéologiques tant en France que dans les divers pays de l’Europe[3]. »

La Commission remercie vivement M. J. Périn de sa très consciencieuse étude.


M. Alfred Lamouroux donne lecture d’une communication de M. Ch. Lucas relative au Congrès international de l’art public à Bruxelles :


« Premier Congrès international de l’art public.


Bruxelles, 24-28 septembre 1898.

L’Œuvre nationale belge de l’art appliqué à la rue et aux objets d’utilité publique, œuvre qui s’est déjà manifestée brillamment à Bruxelles lors de l’Exposition internationale de 1897 et qui a fondé depuis deux ans un organe illustré de vulgarisation des œuvres d’art, a pris l’initiative d’un premier Congrès international de l’art public devant se tenir à Bruxelles du 24 au 28 septembre prochain.

Dans le comité exécutif de ce congrès, dont le bureau se compose de M. Aug. Beernaert, ministre d’État, président de la Chambre des représentants, président ; de M. Em. Dupont, vice-président du Sénat, vice-président ; et de M. Eug. Broerman, artiste peintre, secrétaire général, figurent les ministres, dont M. Léon de Bruyn, ministre des Beaux-arts et des Travaux publics ; les gouverneurs des provinces, dont M. Vergote, gouverneur de la province du Brabant ; les bourgmestres des grandes villes, dont M. Charles Buis, bourgmestre de Bruxelles, un des fervents initiateurs de l’œuvre et du Congrès.

Ce Comité exécutif fait appel aux gouvernements, aux municipalités, aux sociétés d’art et aux artistes ainsi qu’aux professeurs, pour étudier et discuter en commun un questionnaire divisé en trois sections :

lre section. — L’art public au point de vue législatif et réglementaire ;

2e section. — L’art public au point de vue social ;

3e section. — L’art public au point de vue technique.

Nombre des questions portées à ce programme présentent un tel intérêt général et aussi une telle connexité avec les sujets des études de la Commission du Vieux Paris qu’il parait intéressant de publier tout ou partie de ces questions dans le procès-verbal. »

La Commission décide l’impression au procès-verbal du questionnaire qui sera posé au Congrès de l’art public de Bruxelles.


« PREMIÈRE SECTION.


L’art public au point de vue législatif et réglementaire.


1. — Y a-t-il lieu pour les pouvoirs publics d’intervenir en matière d’art public et en cas d’affirmative quelle doit être la nature de cette intervention ?

A. — Comment assurer la protection des œuvres d’art public et le respect des sites, les garantir contre les actes de mauvais goût et de vandalisme ; comment doit-on provoquer ou imposer la réparation des déformations existantes ?

B. — Y a-t-il lieu d’étendre les pouvoirs des autorités administratives au point de vue esthétique, eu ce qui concerne notamment la voirie et les bâtisses ; et dans l’affirmative quels doivent être ces pouvoirs ?

C. — Quels sont les encouragements à donner à la production d’enseignes et d’affiches d’art ayant un caractère esthétique ?

D. — Comment faut-il combattre légalement les excès de la réclame de mauvais goût qui dépare l’aspect des villes et des campagnes ?


DEUXIÈME SECTION.


L’art public au point de vue social.


1. — Par quels moyens peut-on encourager l’art dans un intérêt social ?

2. — Quel rôle doit remplir l’esthétique dans l’éducation et l’instruction ? Quelles méthodes convient-il éventuellement de recommander dans ce but?

3. — Y a-t-il des mesures à prendre par les pouvoirs publics en vue du développement esthétique des populations ? Quelles sont ces mesures?

4. — De l’organisation des musées et expositions d’art.

5. — Quel est le système qui doit prévaloir dans la répartition des travaux et encouragements artistiques. Convient-il d’organiser des concours ?

6. — L’institution des concours dits de Rome répond-elle aux exigences de l’art ?

7. — Les récompenses sont-elles utiles pour l’encouragement de l’art dans un intérêt social ; dans l’affirmative, de quelle, nature doivent être ces récompenses et comment faut-il les répartir ?

8. — Affiches d’art et publications illustrées dans un but d’éducation populaire.

Moyens d’enrayer la production d’affiches illustrées et d’images de mauvais goût ou qui blessent la morale.


TROISIÈME SECTION.


L’art public au point de vue technique.


1. — N’y a-t-il pas lieu d’apporter des réformes dans l’organisation des académies et écoles d’art existantes ?

2. — N’y a-t-il pas lieu de créer ou d’améliorer pour les divers métiers d’art des écoles d’application et quel doit en être éventuellement le programme ?

3. — Quels sont, dans les conditions sociales modernes, les principes rationnels à suivre pour la création de quartiers nouveaux et pour l’édification de monuments d’architecture ou de sculpture et des constructions tant publiques que privées ? (Produire, dans la mesure du possible, des maquettes ou des plans.)

4. — Du choix des matériaux à employer pour les constructions en plein air suivant leur destination et leur situation. »

La Commission vote le renvoi de cette questionna la Commission de permanence.


M. André Laugier donne lecture de la note ci-après, qui lui a été demandée par la 1re Sous-commission :


« Note sur la chapelle des Enfants-Rouges.


M. Gaillard fils, ancien juge suppléant au Tribunal de commerce de la Seine, président honoraire de la Chambre syndicale de la bijouterie de Paris, dans une lettre adressée à M. le Préfet de la Seine, signalait à son attention l’existence de la plus grande partie de l’église Saint-Julien de l’hospice des Enfants-Rouges, fondé sous le règne de François Ier par Marguerite de Navarre[4], et que l’on pouvait croire entièrement disparue.

Le pourtour du chef de l’église, écrit M. Gaillard, se voit, encore parfaitement par le passage du no 90 de la rue des Archives.

Je suis entré dans la cour du no 90, et j’ai en effet constaté l’existence d’un corps de bâtiments surélevé par des constructions postérieures, sans aucun caractère, et enclavé au milieu d’elles, ayant la forme d’une abside d’église avec une grande fenêtre plein cintre, sans aucune sculpture ni ornement apparent à l’extérieur pouvant appeler l’attention.

Le concierge de la maison m’a déclaré que l’intérieur, approprié pour des logements et magasins et divisé par des cloisons et planchers, ne présentait rien d’intéressant. Il paraissait, d’ailleurs, ignorer complètement que cet immeuble eût jamais été une église. On ne voit rien en entrant dans la cour du no 92.

M. Gaillard signale également l’existence, au no 83 de la rue, en face des nos 92 et 90 — de bâtiments ayant dépendu de l’église des Enfants-Rouges, isolés de l’autre partie par le percement de la rue Molay, aujourd’hui rue des Archives. On aperçoit effectivement, au coin de la rue des Archives (no 83) et de la rue Portefoin, au milieu de constructions basses, sans caractère appréciable, une ancienne porte cintrée pouvant avoir servi d’entrée à l’un des bâtiments dépendant de l’église ou de l’hospice des Enfants-Rouges.

Note sur la dalle lumulaire de l’ancien cloître des Carmes-Billettes. aujourd’hui préau de l’école municipale de la rue des Archives (ancienne rue des Billettes).

Je suis descendu avec M. le directeur de l’école municipale dans la cave de l’ancien cloître, où, sous une très ancienne voûte soutenue par un gros pilier de pierre de forme cylindrique, analogue à ceux que l’on voit dans les anciennes cryptes d’église, j’ai vu, adossée au mur, une ancienne pierre tombale sur laquelle je n’ai trouvé trace d’aucune inscription. On voit seulement, creusée dans la pierre, la forme d’une figure couchée ; à droite et à gauche, deux blasons.

Ces deux blasons pourraient assurément, après examen, fournir des indications intéressantes et précises sur l’identité du personnage enseveli sous la dalle du cloître.

D’après les renseignements que m’a donnés le directeur de l’école municipale, une autre pierre tombale existerait dans la cave du Temple évangélique des Billettes attenant au cloître, et qui a dû être construit sur les fondations de l’ancienne église gothique du couvent des Carmes-Billettes contemporaine du cloître construit au xve siècle. Une visite de ces deux pierres tombales aurait été faite, m’a-t-il dit, il y a cinq ans avec lui par M. Le Vayer.

André Laugier. »

Des remerciements sont adressés à M. Laugier pour sa communication.

La partie relative à la reproduction de l’église des Enfants-Rouges, 90, rue des Archives, est renvoyée à la 3e Sous-commission.

M. Alfred Lamouroux propose que la pierre tombale placée dans la cave de l’école des Carmes-Billettes soit transportée au musée Carnavalet.

Adopté.


TRAVAUX DES TROIS SOUS-COMMISSIONS
1re SOUS-COMMISSION.
Augmentation du nombre des monuments historiques classés.


M. Alfred Lamouroux expose que M. Charles Lucas a proposé de rendre plus claire la nomenclature des monuments historiques classés et d’augmenter le nombre des édifices qui y sont compris.

La lre Sous-commission est chargée de préparer pour la prochaine réunion une courte notice explicative des monuments classés existant dans la Ville de Paris.

Le même membre dit ensuite qu’au moment où M. Ch. Lucas réclamait l’augmentation du nombre des monuments classés, M. Laugier signalait l’exécution dans l’ancien hôtel de Rohan, occupé par l’Imprimerie nationale, de travaux de construction pouvant compromettre la conservation du magnifique bas-relief : des Chevaux à l’abreuvoir, de Le Lorrain. Une visite faite sur place a permis de constater que le bas-relief ne courait pas de danger immédiat, mais que les aménagements successifs de la construction nouvellement établie au-dessous pouvaient entraîner des inconvénients.

Aussi la 1re Sous-commission propose d’émettre un vœu tendant au classement non seulement du bas-relief : des Chevaux à l’abreuvoir, mais encore de l’édifice tout entier de l’ancien hôtel de Rohan, ce qui permettra de conserver toutes les œuvres d’art qui y sont contenues.

M. Charles Sellier signale à l’attention de la Commission que ce n’est pas seulement l’œuvre du sculpteur Le Lorrain qui est en danger, mais bien encore les merveilleuses décorations de l’intérieur de l’hôtel de Rohan, que l’administration de l’Imprimerie nationale aurait l’intention de faire enlever lors de son prochain déménagement pour en orner les locaux, qu’elle est appelée à occuper à Grenelle et qui ne sont autres que les anciens bâtiments de l’usine Cail. Parmi ces décorations, il faut citer tout d’abord deux raretés, c’est-à-dire deux paysages de Boucher formant dessus de portes (Boucher n’est pas très connu comme paysagiste); puis les lambris sculptés et dorés du grand salon ; les trumeaux mythologiques peints par Pierre ; le grand cabinet dit des Singes, dont les panneaux représentant des sujets galants et badins, encadrés de guirlandes et de singeries, ont été peints par Christophe Huet. Or toutes ces décorations, étant immeubles par destination, ne sauraient être distraites de leur emplacement d’origine sans porter le tort le plus considérable à l’édifice dont elles font partie, édifice dont la conservation intégrale pourrait être utilisée à l’extension des Archives nationales, qui se trouvent déjà très à l’étroit au palais de Sou bise.

M. Augé de Lassus expose que l’hôtel de Rohan est remarquable à tous égards, il est propriété de l’État; l’on regretterait de le voir vendre si le service public auquel il est affecté venait à être déplacé. Il est mitoyen avec les Archives nationales qui, fatalement et dans un temps peu éloigné, vont se trouver à l’étroit dans l’ancien hôtel de Soubise. La réunion de ces deux hôtels serait ainsi profitable et l’hôtel de Rohan serait sauvé.

M. Alfred Lamouroux résume la question et formule une proposition tendant à demander que l’hôtel de Rohan soit conservé dans son état actuel, qu’il soit classé comme monument historique et que l’État en garde la propriété.

M. le Président appuie la proposition de M. Lamouroux et dit qu’il interviendra auprès des ministres de la Justice et des Beaux-arts pour en poursuivre la réalisation.

La proposition de M. Lamouroux est adoptée.


Projet de classement des monuments artistiques et souvenirs historiques appartenant à la Ville de Paris.


M. Alfred Lamouroux expose que la 1re Sous-commission a mis à l’étude un projet de classement des monuments parisiens, ayant une certaine analogie avec l’organisation des monuments historiques, et qu’un rapport sera produit à ce sujet.


Communication de M. Arondel au sujet du plan des fontaines de Paris.


M. Alfred Lamouroux dit que le plan que M. Arondel offrait de communiquer est bien connu. C’est le plan de l’abbé de la Grive, inséré dans le Traité de la police de De La Mare.

L’ordre du jour est prononcé.


Proposition tendant à faire apposer une plaque sur une maison de la rue Raynouard que La Tour-d’Auvergne aurait habitée.


M. Alfred Lamouroux rappelle qu’à la précédente réunion, il avait été donné connaissance d’une lettre par laquelle M. le capitaine Paimblant du Rouil demandait l’apposition d’une plaque du Comité des inscriptions parisiennes sur la maison de la rue Raynouard, no 21, dans laquelle La Tour-d’Auvergne aurait demeuré de 1796 à 1800. M. Tesson s’est rendu rue Raynouard et a rencontré de la part du gardien de la propriété la mauvaise disposition la plus évidente à fournir les renseignements élémentaires pouvant servir à la Commission pour la vérification sur place du souvenir de La Tour-d’Auvergne. Cet accueil était du reste présagé dans la lettre de M. Paimblant du Rouil.

La Commission décide de renvoyer la demande de M. Paimblant du Rouil au Comité des inscriptions parisiennes.

Adopté.


Inventaire des œuvres d’art et des souvenirs historiques appartenant à l’Assistance publique.


M. le Président informe la Commission que le Conseil de surveillance de l’administration de l’Assistance publique se préoccupe de faire dresser l’inventaire des œuvres d’art et des souvenirs historiques et archéologiques lui appartenant. Ce Conseil a notamment demandé la désignation de deux de ses membres pour faire partie de la Commission municipale du Vieux Paris.

M. Louis Lucipia, président de la 5e Commission du Conseil municipal et membre du Conseil de surveillance de l’Assistance publique, dit que le Conseil de surveillance a nommé une commission spéciale pour participer à l’établissement de l’inventaire, en question, mais qu’il n’a pas été choisi comme membre de cette commission, pas plus du reste que MM. Baudin, Breuillé et Levraud, également membres du Conseil de surveillance. Dans ces conditions, il ne peut renseigner la commission du Vieux Paris sur ce qui a déjà été l’ait. Néanmoins, il y a lieu de se préoccuper de cet inventaire, car il y a de réelles richesses à cataloguer.

M. le Président ajoute que M. Napias, directeur de l’Assistance publique, fera tout le nécessaire.

L’incident est clos.


Repères de l’inondation de 1740.


M. Alfred Lamouroux dépose un plan intéressant, communiqué par M. Edgar Mareuse, et indiquant très complètement les parties de la Ville de Paris envahies par les eaux lors de l’inondation du mois de décembre 1740.

La Commission décide l’impression de ce curieux document, en annexe du procès-verbal.


Rapports sur les opérations de voierie.


M. Alfred Lamouroux indique que la 1re Sous-commission, chargée de fournir un rapport sur les 72 opérations de voirie devant être prochainement exécutées, s’est subdivisée en délégations particulières ayant chacune une portion de la ville à visiter. Les rapports de ces délégations seront soumis à la Commission au fur et à mesure de leur rentrée.


Transformation de la Caisse des dépôts et consignations.


M. Alfred Lamouroux dit qu’ayant été informé par M. Bunel que la cour d’honneur de l’ancien hôtel de Belle-Isle, construit par Jacques Bruant en 1726 et actuellement occupé parla Caisse des dépôts et consignations, allait être modifiée dans ses aspects par l’occupation de services du chemin de fer d’Orléans prolongé, il a chargé M. Tesson d’aller voir sur place l’importance de ce travail de transformation.

À la suite du rapport qui lui a été soumis à ce sujet, la 1re Sous-commission propose qu’une vue soit prise de la porte d’entrée, du côté de la rue de Lille.

Adopté.


Dépouillement des catalogues des musées.


M. le Président donne connaissance de la liste des catalogues qu’il a demandés, sur le désir de la Commission, afin de faire opérer le dépouillement de tous les objets d’art et souvenirs historiques se rapportant à la Ville de Paris.

Cette liste comprend les musées suivants :

Cluny.
Louvre.
Versailles.
Saint-Germain.
École des Beaux-arts.

M. Brown dépose le catalogue de ce dernier musée, qui vient de lui parvenir.


Fiches d’inventaire.


M. Alfred Lamouroux informe la Commission de la commande faite des fiches d’inventaire, dont le modèle récemment arrêté a été rendu très simple ; la livraison doit en être faite prochainement, ce qui permettra de consigner déjà les travaux produits par la Commission.


Communication relative aux regards des eaux de Belleville.


M.Tesson. — Les importants travaux exécutés dans les siècles passés pour amener à Paris l’eau pure provenant de quelques sources peu éloignées ont paru assez intéressants pour que votre 1re Sous-commission vous propose d’émettre un vœu tendant à la conservation, dans la mesure du possible, des aqueducs et des regards encore actuellement existants et qui témoignent d’un effort considérable accompli à une époque où les procédés d’exécution étaient à l’état rudimentaire.

Comme préambule au travail qui vous sera soumis à ce sujet, permettez-moi de vous exposer en quelques mots ce que sont les eaux dites de Belleville, de Ménilmontant, du Pré-Saint-Gervais, que Belgrand réunit si exactement sous le nom de sources du Nord.

Le développement progressif de la population parisienne éloignait sans cesse de la Seine les nouvelles agglomérations, dont la première préoccupation en s’installant consistait à se procurer l’eau nécessaire, soit aux usages domestiques, soit à la fabrication du pain, soit aux différents besoins industriels.

C’est ainsi que les habitations nouvelles s’édifiaient dans les endroits où les puits s’établissaient le plus facilement, et c’est pourquoi la rive droite se développa si rapidement tandis que la rive gauche restait stationnaire, car l’eau se rencontre à une profondeur qui ne dépassait pas une moyenne de 4 à 5 mètres dans une zone qui, de la Seine, s’étendait jusqu’aux boulevards intérieurs actuels, tandis que les forages exécutés sur l’autre rive devaient descendre jusqu’à 20 et 30 mètres pour rencontrer la nappe d’eau.

Il en est résulté que l’enceinte de Philippe-Auguste a limité la partie de la ville située sur la rive gauche de la Seine jusqu’à l’établissement de l’enceinte de Louis XIV, alors que les limites de la rive droite avaient dû être reculées, Sous Charles V, Charles VI et Louis XIII.

Les puits étaient très nombreux. Leur recensement effectué en 1870 en a fait reconnaître plus de 30,000, presque tous anciens.

Mais l’eau de puits est impropre à certains usages et son débit est incertain et irrégulier ; l’on s’explique aisément que les quelques sources situées au nord de la ville, à une altitude rendant leur écoulement facile, aient pu tenter, par la qualité de leurs eaux ; aussi bien les autorités ayant à veiller aux commodités du public, que les communautés importantes et les seigneurs puissants désireux d’augmenter leur bien-être.

Les travaux entrepris pour capter ces sources sont d’une date très ancienne, comme l’atteste l’extrait suivant des registres, de l’Hôtel de Ville de Paris :

« Lettres patentes de Charles VI, le 9 octobre 1392, par lesquelles, sur la plainte à luy faite qu’encore que pour l’amour que ses prédécesseurs ayent eu à la Ville de Paris, certains tuyaux et conduits ayent été ordonnez ; sous leur autorité de si long temps que mémoire d’homme n’est du contraire, pour la conduite des eaux en ladicte ville qui avoient été départies en diverses fontaines publiques, et spécialement aux lieux nommés la fontaine Saint-Innoncent, « Maubué et la Halle ;… »

Le regard dit de la Lanterne, qui existe encore rue de Belleville, 207, contient une inscription lapidaire de 1457 rappelant une visite de l’aqueduc y amenant les eaux.

Une partie de ces travaux d’art a été détruite par la construction du chemin de fer de Ceinture et par le percement de la rue des Pyrénées ; M. Coyecque signalait les traces du regard dit de la prise des eaux, retrouvées dans les fouilles opérées rue des Couronnes ; en même temps nous apprenions la suppression récente du regard Beaufils, rue de Belleville, 187. Cet abandon et ce désintéressement des souvenirs de travaux si considérables remettent en mémoire ce que M. Belgrand écrivait en 1876 à ce sujet :

« …Les traditions se perdent : quand j’aurai disparu, avec trois ou quatre collaborateurs et autant d’anciens serviteurs qui surveillent les tronçons d’aqueducs comme chose sacrée, qui en jaugent l’eau comme si elle était encore indispensable à Paris, il ne restera pas même un souvenir de ces vieilles choses. »

La 1re Sous-commission a bien voulu me charger de préparer la très succincte notice suivante dans le but de susciter un peu d’intérêt en faveur de ces souvenirs parisiens :

Les collines du nord de Paris, notamment le plateau de Belleville compris entre la rue Saint-Fargeau et la rue Botzaris, sont formées d’une masse de marnes vertes dont la couche supérieure imperméable à l’eau suit presque parallèlement, et à une faible profondeur, le niveau du sol ; les eaux d’infiltration sont arrêtées par ces marnes vertes et y forment une nappe qui suit les sinuosités du sol, en sorte qu’il suffit d’installer un système de drainage reposant sur la couche supérieure des marnes vertes pour canaliser cette nappe.

Primitivement, de simples rigoles se réunissant dans les mares accomplissaient ce drainage. Une installation de ce genre est encore visible à Bagnolet ; elle avait été établie pour amener l’eau au parc du duc d’Orléans, dont le pavillon d’entrée est actuellement occupé par l’hospice Debrousse, rue de Bagnolet, no 148, et dont il reste encore une maison de garde dans la rue de Vincennes, à Bagnolet.

Plus tard et pour empêcher les souillures de l’eau s’écoulant à ciel ouvert au fond d’une rigole, l’on construisit les pierrées, sortes de conduits en pierres sèches qui prenaient naissance sur les surfaces’ horizontales pour se diriger sur les déclivités et se réunir dans des regards.

La construction de ces pierrées a été très clairement exposée dans le Bail fait à Jean Coing pour l’entreprise de la conduite des eaux de Rongis à Paris sur le modèle des travaux des eaux de Belleville (le 27 octobre 1612) : « S’il se trouve quelque cours d’eau qui mérite plus grande recherche, sera faicte ouverture de la terre jusques à telle longueur qui sera nécessaire pour le mieulx et la tranchée pour conduire l’eaue sera de deux pieds et demy de large remplye de deux petits murs de pierre sèche, ung petit canal entre deux de six poulces de large et ung pied et demy de hault, recouverts de pierre de blocaille ou cailloux de la mesme qualité avec un corroy faict de glaise de six poulces d’épaisseur par dessus les dictes couvertures… »

Les pierrées venaient déverser leurs eaux dans les aqueducs, qui eux-mêmes aboutissaient dans des bassins ou fontaines installés dans un bâtiment appelé regard. Les aqueducs et les regards ont été construits hors de proportion avec les services qu’ils étaient appelés à rendre. L’aménagement de chaque regard correspondait aux nécessités qui avaient décidé de sa construction. L’un recevait les eaux de pierrées différentes et les réunissait pour les faire écouler par l’aqueduc ; un autre divisait l’eau d’un même aqueduc entre conduites différentes ; d’autres enfin distribuaient l’eau recueillie suivant la destination déterminée et la quantité attribuée. Voici comment avait lieu l’opération : sur l’un des côtés du bassin dit de la prise des eaux était encastrée une plaque de cuivre ou de plomb dans laquelle on pratiquait, au fur et à mesure des concessions, des ouvertures circulaires correspondant au volume de la concession accordée.

L’acte qui autorisait la concession était accompagné d’un anneau d’argent dont le diamètre était égal au trou fait dans la plaque de la prise d’eau.

Les trous étaient établis suivant plusieurs lignes horizontales, en sorte que les concessions privilégiées étaient toujours branchées sur la partie inférieure de la plaque, jusqu’où la disette d’eau ne faisait jamais descendre le niveau.

C’est par ces procédés primitifs que l’on amenait à Paris 350 mètres cubes d’eau par jour en moyenne.

Les sources du nord étaient au nombre de quatre :

L’eau du pré Saint-Gervais, qui prenait naissance aux regards de Cacheloup et du trou Morin, au village du Pré-Saint-Gervais ; elle était la propriété du prieuré de Saint-Lazare, où elle arrivait en contournant le revers nord de la colline de Belleville.

L’eau de Belleville, destinée au service public, prise sur lé sommet du plateau, et dont le premier regard, dit de la Lanterne, existe encore rue de Belleville, 207 ; les premières pierrées s’y réunissaient, puis l’eau coulait en aqueduc par les rues Levert, des Rigoles, de la Mare ; là, le regard de prise des eaux répartissait entre diverses conduites le contenu de ses bassins. Un regard secondaire existait à la rue du Calvaire, au Marais, d’où l’excédent d’eau servait à nettoyer le grand égout.

L’eau de Savies, amenée par des pierrées très productives qui se réunissaient dans le regard Saint-Martin, rue des Cascades ; elle était la propriété des moines de Saint-Martin et des Templiers.

Ce regard Saint-Martin existe toujours ; il porte une inscription intéressante, datée de 1722.

L’eau de l’hôpital Saint-Louis. — Cette prise d’eau est la plus récente, et l’on possède des renseignements certains sur son origine. Quelques extraits des Procès-verbaux des délibérations Bureau de l’Hôtel-Dieu sont-intéressants à cet égard :

« 13 juin 1608. — Nicolas le Gouttier, vigneron, demeurant à Belleville, est venu au Bureau pour les dommages qu’il prétend avoir, pour raison d’une pièce de terre que l’on luy a gasté pour fouiller la fontaine que la Compagnie prétend faire venir en la maison de la Santé et pour estimer le dégast qui lui a esté fait en ladite terre a nommé de sa part Simon Bordier, vigneron.

« 5 septembre 1608. — A été ordonné à Vellefaux de faire fouiller la fontaine désignée pour la maison de la Santé.

« 4 novembre 1611. — A été ordonné au receveur général de paier aux sieurs Lenormand et Beaudouyn, notaires, la somme de douze livres tournois pour leur salaire vaccation et grosse du contrat passé entre MM. les gouverneurs et les religieux des Célestins de Paris, portant vente faite par les dits religieux de trois arpents de terre, sciz au village de Belleville pour faire recherche de quelque source d’eau pour conduire en l’hôpital Saint-Louis. »

Les pierrées ont été établies autour d’une source située au nord de la place des Fêtes ; elles aboutissaient au regard de la Chambre du chirurgien, rue de Belleville, 169, mais leur produit était insuffisant, puisqu’une concession supplémentaire à prendre au regard Beaufils était accordée en 1619, comme en fait foi l’extrait du procès-verbal des délibérations du Bureau de l’Hôtel-Dieu :

« 17 juillet 1619. — Ce dict jour a esté donné charge à Claude Vellefaux se transporter à Belleville et prendre avec lui Jaclin, maître des œuvres de la Ville, assisté de Henry de la Rue, plombier dudict Hostel Dieu, pour effectuer la concession de quatre lignes d’eaue accordés par messieurs les prévost des marchands et les échevins de la Ville pour joindre à la fontaine de l’hospital Sainct Louys, au lieu le plus commode que faire se pourra. »

L’eau de Saint-Louis descendait en conduite par la rue de Belleville, la rue Rébeval, autre-fois rue Saint-Laurent, au bas de laquelle venait se joindre l’eau des Esmocoüards, dont les transformations spontanées ont singulièrement intrigué il y a quelques années ; puis elle suivait la rue de la Chopinette pour aboutir dans le réservoir de l’hôpital Saint-Louis.

Cette eau de Belleville a été remplacée en 1832 par l’eau de l’Ourcq.

Voici, Messieurs, le court exposé du régime des anciennes eaux de sources de Belleville, qui, pour la plus grande partie, s’en vont maintenant à l’égout. Néanmoins la statistique municipale du mois de novembre 1897 leur attribuait un rendement constaté de 310 mètres cubes par jour.

Il semble que le souvenir de travaux aussi considérables, pour les époques qui les ont vu accomplir, ne puisse être dédaigné, et qu’il appartient à la Commission du Vieux Paris de recueillir la trace des constructions détruites ou abandonnées et de veiller à la conservation des aqueducs et des regards actuellement existants afin de prévenir les cas de destruction inutile.

M. le Président dit que ce travail intéressant mérite d’être continué.

M. Tesson est chargé de réunir les renseignements les plus détaillés sur ces souvenirs des premières eaux de Paris et de fournir un rapport complet avec plans à l’appui.


Compte rendu de l’excursion de la 1re Sous-commission.


M. Tesson. — Les travaux de couverture de la Bièvre vont entraîner la disparition des tanneries établies sur les bords de cette minuscule rivière et causer par conséquent la transformation radicale des aspects de tout un quartier de Paris.

Les portions déjà recouvertes ont métamorphosé d’une façon saisissante non seulement les voies publiques et les propriétés riveraines, mais aussi le caractère des habitations avoisinantes.

Le travail s’exécute rapidement, et dans un petit nombre d’années toutes les tanneries auront disparu ; il sera alors difficile de reconstituer l’aspect si spécialement pittoresque des ruelles, des impasses tortueuses tracées dans les méandres des divers bras de la Bièvre, si l’on n’a pas eu la précaution d’établir dés vues caractérisées par la préoccupation documentaire.

Certains coins, comme ceux situés derrière les jardins de la manufacture des Gobelins, se prêtent à d’artistiques reproductions ; les biefs du boulevard de Port-Royal; la très curieuse tannerie de la rue Corvisart, 54 ; le passage Moret, offrent des vues dont il importe de conserver jusqu’aux moindres détails.

Mais ce qui domine le tout, en caractère archéologique, en importance et en grandeur, c’est l’immense construction ancienne désignée sous l’appellation, assez commune dans ces parages, de Maison de la reine Blanche, dans laquelle est installée la tannerie de MM. Seignobos et Cie, rue des Gobelins, 17. Ce vaste établissement est remarquable à tous égards ; les anciennes salles de dimensions énormes, dans lesquelles tournent actuellement les machines puissantes, retiennent aussi bien l’attention que les escaliers tournants à noyaux moulurés, les portes à cintres surbaissés, les baies en pleine ogive et les vieilles toitures mansardées.

Des procédés de reproduction appropriés spécialement devront évidemment être employés pour conserver de cette intéressante construction un souvenir bien vivant.

Il semble qu’il y aurait lieu de faire exécuter une maquette par un décorateur de théâtre.

Tout à côté, au no 19, la maison voisine a gardé également des vestiges d’ancienne splendeur ; l’on y trouve un bâtiment en forme de tour carrée dont la porte est surmontée d’une accolade intéressante ; les fenêtres à meneaux ont été conservées.

Le pittoresque est partout dans ce quartier Croulebarbe ; lorsque l’on sort de la vieille tannerie, juchée sur un revers de talus bordant la Bièvre, rue Corvisart, 54, l’on rencontre au milieu d’une végétation luxuriante d’herbes folles un ancien pavillon, presque abandonné, entouré de masures en ruines de l’aspect le plus singulier.

Ce pavillon, appelé maison du Clos Payen, a été construit en 1762 par Peyre.

Il y aurait lieu de prendre une vue photographique de cette maison, dont l’entrée se trouve boulevard d’Italie, 68.

La Sous-commission a été conduite dans cette excursion par M. Guiffrey ; M. Lemaître, conducteur des travaux, avec beaucoup d’amabilité, a facilité l’accès des divers tronçons de la Bièvre, séparés sans cesse par les voies publiques.

L’on a visité ensuite la vieille maison du no 3 de la rue des Gobelins, très réparée, — trop peut-être au gré des amis des anciens souvenirs ; — l’on y remarque un joli couronnement de porte d’entrée, un escalier Louis XV, très bien traité, avec balustres en bois et départ sculpté en plein bois ; une ancienne galerie, dont les colonnes et les piliers sont encore visibles, atteste l’importance que devait avoir l’édifice.

Dans la ruelle des Gobelins, no 7, existe un curieux pavillon de l’époque de la Régence, dont la destination ancienne n’est pas connue, il présente de très jolis couronnements de portes dont la pureté de dessin a été remarquée.

Sous les indications de M. J. Périn, la Sous-commission s’est rendue derrière l’église Saint-Médard, sur l’emplacement de la sépulture du diacre Pâris, si célèbre par le mouvement populaire qu’occasionnèrent les convulsionnaires.

Le lieu précis de cette sépulture a été indiqué par M. Périn, dans la petite cour donnant rue Candolle, dans l’axe même du chevet de l’église Saint-Médard.

La porte du petit cimetière de Saint-Médard, sur la rue Daubenton, 41, est d’une architecture très particulière, dont il serait bon de conserver une vue. Il n’existe plus aucune trace du cimetière ancien.

Enfin, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 5, l’ancien pavillon de surveillance du Marché aux chevaux, actuellement occupé par un commissariat de police et qui est d’une architecture intéressante, a été trouvé en parfait état de conservation et d’entretien.


M. Guiffrey donne connaissance de la note suivante qu’il a préparée au sujet de la Maison dite de la Reine-Blanche :

« L’immeuble connu sous le nom de Maison de la Reine-Blanche et situé rue des Gobelins, autrefois rue de Bièvre, forme aujourd’hui deux immeubles distincts qui ont reçu les nos 17 et 19. Il est évident qu’ils étaient réunis jadis ; les constructions anciennes sont de la même date : fin du xve ou commencement du xvie siècle.

Au no 19, un corps de bâtiment donnant sur la rue avec hautes et larges fenêtres coupées de croisillons en pierre à moulures accentuées. La porte elle-même a conservé des saillies extérieures très prononcées. Au corps de bâtiment principal est appliqué par derrière un escalier à vis, en pierre, formant tourelle, dont la porte est surmontée d’une fausse arcature de style flamboyant ; cet escalier donne accès aux caves. Il existe encore deux étages superposés de caves assez spacieuses, d’une construction très solide, offrant certaines particularités notables, il nous a été assuré que sous les d’eux étages des caves actuelles en existait jadis une troisième, aujourd’hui, comblée. Le sol inférieur se trouvait donc bien au-dessous du lit de la Bièvre.

Au no 17, qui n’a maintenant qu’une entrée très étroite sur la rue des Gobelins, s’étend un terrain considérable, de 7,000 mètres au moins, appartenant au même propriétaire que le no 3 de la même rue. C’est ce qui lui a inspiré sans doute l’idée de mettre son terrain en valeur en y perçant une rue allant de la ruelle des Gobelins à la rue des Gobelins, tout près de son débouché sur l’avenue.

Sur ce terrain s’élèvent diverses constructions d’époques très différentes. La plus ancienne, la seule dont nous nous occupons, est certainement de la même date que la maison du no 19. Ce bâtiment est en forme de parallélogramme de 40 à 50 mètres de long sur 8 ou 10 de large ; il est divisé en trois étages. Contre les deux pignons, et aux deux extrémités opposées, sont appliquées deux tourelles contenant chacune un escalier à vis dont le noyau central servant de rampe est formé d’un seul morceau de bois de 8 à 10 mètres de long, creusé de moulures profondes et d’un dessin très caractéristique. Ces escaliers remontent, comme la maison donnant sur la rue, à la fin du xve siècle ou au début du xvie.

Le corps de bâtiment compris entre ces deux escaliers forme trois vastes salles, une à chaque étage, éclairées par des fenêtres qui ne paraissent avoir jamais reçu de meneaux. Les murs ne portent aucune trace de division intérieure. Les pièces auraient donc toujours servi de magasins ou d’ateliers et n’auraient pas été destinées à recevoir des habitants.

Il ne faut pas oublier que sous un autre bâtiment voisin du précédent, naguère en bordure de la Bièvre et aujourd’hui en façade sur la ruelle des Gobelins, a été creusée une immense citerne que nous n’avons pu visiter parce qu’elle est constamment remplie d’eau ; il nous a été assuré qu’elle mesure une quarantaine de mètres de long sur 7 ou 8 de large et 5 ou 6 de profondeur. Évidemment une pareille excavation a été pratiquée pour les besoins d’une industrie exigeant beaucoup d’eau et non simplement pour fournir les eaux ménagères d’une habitation privée.

Sans avoir eu le temps de pousser bien loin mes recherches, j’ai consulté quelques anciens historiens de Paris et particulièrement la série des plans de Carnavalet, et j’ai constaté avec surprise que cet immeuble, de la fin du xve siècle, n’était pas indiqué sur la plupart des plans. Verniquet lui-même ne porte à cet endroit qu’un terrain vague. Peut-être cette omission doit-elle s’expliquer par la situation excentrique de l’immeuble. En 1791, là porte qui fermait le faubourg Saint-Marcel se trouvait avant l’entrée de la manufacture, rue Mouffetard.

Mais on sait que la famille Gobelin a eu sur les bords de la Bièvre, à cette place même, une teinturerie importante.

On supposait que cette industrie avait disparu pour faire place à la manufacture des Gobelins. Or, rien ne prouve que les deux établissements n’ont pas coexisté l’un à côté de l’autre au dix-septième et au dix-huitième siècle. La tradition veut que M. de Julienne, le célèbre amateur, l’ami de Watteau, ait habité ce pavillon de chasse tout voisin des Gobelins qui disparaîtra bientôt. On n’ignore pas que M. de Julienne était inspecteur des manufactures et avait les teintureries dans ses attributions.

Il y a donc de sérieuses présomptions pour que cette maison dite de la reine Blanche, qui ne remonte pas au delà de la fin du xve siècle, soit tout simplement la construction que de vieux historiens appellent la folie Gobelin et que nous ayons ainsi sous les yeux l’atelier où la famille des marchands teinturiers en écarlate a érigé sa fortune et sa réputation.

Certes, cette hypothèse a besoin de confirmation ; mais, si des preuves positives venaient la corroborer, le berceau de la famille et du quartier des Gobelins ne mériterait-il pas que la Ville ou l’État se préoccupât de conserver un édifice d’un aussi’ grand intérêt historique ?

Je dois ajouter que la Commission des monuments historiques se préoccupe en ce moment même de la question. Elle a chargé un jeune architecte attaché à ses travaux de faire un relevé des anciens édifices de la rue des Gobelins. Cela ne nous paraît pas suffisant. La Ville de Paris n’est pas si riche en édifices de cette époque pour qu’on ne tente pas d’assurer la conservation de ceux dont nous venons de parler, surtout quand il s’y attache de pareils souvenirs.

Je demande donc, pour conclure, à M. le Préfet de la Seine et aux membres de la Commission du Vieux Paris de vouloir bien recommander l’examen de la question à la sollicitude du Conseil municipal.

Jules Guiffrey. »


M. le Président, au nom de la Commission, remercie M. Guiffrey de son intéressante étude.


M. Alfred Lamouroux propose de demander le classement de l’intéressante construction dont il vient d’être question et appelle l’attention de la 3e Sous-commission pour une reproduction spécialement appropriée.


MM. Detaille et Cain proposent de faire établir une maquette par M. Jambon, peintre-décorateur.

Approuvé.


M. Alfred Lamouroux dit qu’avant de procéder aux commandes de reproduction des aspects des bords de la Bièvre, il est nécessaire de demander à M. Bechmann communication des photographies que son service a prises avant et pendant l’exécution des travaux.

Adopté.


La proposition de reproduction de la maison rue Daubenton, no 41, est renvoyée à la 3e Sous-commission.


M. le Président résume les différents avis émis en ce qui concerne la maison dite de la Reine-Blanche :

1° Par M. Guiffrey, qui a proposé le classement par la Commission des monuments historiques ;

2° Par d’autres membres de la Commission, qui ont demandé que la Ville conserve ce vieux souvenir.

La Commission émet un avis favorable à ces.deux solutions, qui tendent à la conservation de la maison.

L’incident est clos.


Reproduction du plan de Verniquet.

M. Gosselin-Lenôtre demande qu’il soit mis à l’usage des membres de la Commission des reproductions du plan de Verniquet dressé à l’échelle des plans de l’Album des vingt arrondissements de Paris.

MM. Mareuse et Sellier disent que ces plans existent en deux états : l’un sur papier fort, l’autre sur papier parchemin ; ce dernier facilite les recherches et les travaux par la Commodité de superposition sur les plans modernes.

M. Mareuse propose que des exemplaires de Ces plans, dans les deux états, soient mis a la disposition des membres qui ne les possèdent pas encore.

Cette proposition est adoptée.


2e Sous-commission.

M. Alfred Lamouroux donne lecture du rapport de M. l’architecte Sauvageot sur le projet de restauration de l’église Saint-Pierre de Montmartre :


« Rapport de l’architecte sur le projet, de restauration de l’église Saint-Pierre de Montmartre.

Dès les premiers siècles de l’ère chrétienne d’importants édifices religieux ont été érigés sur la butte Montmartre. Aux temples païens de l’époque gallo-romaine ont succédé diverses chapelles bâties successivement sur l’emplacement même occupé aujourd’hui par l’église Saint-Pierre.

D’après la tradition, la première de ces églises aurait été édifiée au viie siècle et placée sous le vocable de Saint-Denis. Détruite par un ouragan, elle aurait été refaite entièrement vers le milieu du xe siècle. De ces édifices antérieurs il ne subsiste rien aujourd’hui, sauf les colonnes en marbre et les chapiteaux gallo-romains, déjà utilisés probablement dans les premiers monuments chrétiens et réemployés de nouveau dans la construction de l’église rebâtie au cours de la première moitié du xiie siècle.

C’est à cette dernière reconstruction qu’appartiennent les parties principales de l’église actuelle. Deux faits cités par l’abbé Lebeuf permettent de fixer exactement l’époque de cette réédification, que les fouilles récentes et sondages opérés récemment ont montré avoir été totale. En 1133 les moines du prieuré de Saint-Martin-des-Champs cédaient au roi Louis-le-Gros les terrains et l’église de Montmartre, et, en 1134, ledit roi dotait richement le nouveau monastère, dont les religieuses bénédictines firent alors rebâtir l’église pour leur usage en même temps que le service de la paroisse. En 1147, la consécration solennelle de la nouvelle église fut faite par le pape Eugène III, assisté de saint Bernard et de Pierre le Vénérable, abbés de Clair vaux et de Cluny.

C’est donc entre les années 1135 et 1147 qu’eut lieu la reconstruction dont il s’agit ; ce qui est d’ailleurs bien en rapport avec le caractère archaïque des parties subsistantes de l’église rebâtie en ce moment.

Or, comme je l’ai démontré dans ma noté sur les fouilles et sondages opérés en mars 1898, il est à remarquer que cette église était entièrement voûtée à son origine : les bas côtés et les transepts en voûtes d’arêtes, le chœur et la nef en voûtes à nervures d’ogives croisées, dont une travée existe encore dans le chœur.

Si l’on rappelle ici que les plus anciennes voûtes connues, établies sur arcs diagonaux indépendants, remontent à 1120 et 1125 (à Morienval et à Marolles-en-Brie) et que les voûtes à nervure du pourtour du chœur de l’église abbatiale de Saint-Denis ont été bâties de 1137 à 1140, on voit que la voûte à croisées d’ogives conservée dans l’église Saint-Pierre de Montmartre est une des premières qui aient été faites en France. À cet égard cette voûte présente donc un intérêt tout particulier pour l’histoire de la construction dans notre pays. On peut y étudier, en effet, un très curieux exemple des tâtonnements qui ont précédé les développements si féconds du principe initial de notre architecture nationale.

Cette travée de voûtes primitives à arcs ogives est la seule qui subsiste à l’église Saint-Pierre.

Toutefois, la disposition sur plan diagonal des bases des colonnes flanquant les piliers anciens et aussi les traces évidentes des chapiteaux-bûchés sur les colonnes d’arêtiers, suffiraient à montrer que toute la grande nef a été voûtée de même. Sous l’enduit du mur j’ai du reste découvert les amorces de cette voûte encore en place dans la travée de la nef la plus rapprochée du chœur. La voûte ancienne de la nef était sensiblement plus élevée que la voûte du chœur. Cette dernière porte sur d’épais murs pleins et sa situation entre le clocher latéral et la chapelle absidale sud, qui l’épaulaient assez fortement, contribuaient aussi à sa stabilité.

Dans la nef, au contraire, la grande voûte reposait sur des piliers isolés, reliés en tête par des murs assez minces. Les contreforts extérieurs de la nef, en porte à faux prononcé sur les arcs doubleaux des bas côtés, étaient insuffisants pour maintenir la poussée d’une lourde voûte bombée à aussi grande portée.

Aussi cette voûte de la nef n’a-t-elle pas eu une longue durée, car, si elle ne s’est pas écroulée, elle a dû être démontée dès la seconde moitié du XIIe siècle. Ce qui rend vraisemblable l’effondrement des grandes voûtes primitives, c’est d’abord le déversement accentué des anciens piliers conservés et surtout la réfection complète des trois premières travées de la nef, qui avaient peut-être plus souffert que les autres de la catastrophe, Il est à remarquer, cependant, que le mur primitif du bas côté nord subsiste encore, dans la première travée, près du pignon. Un accident analogue s’était-il produit aussi au chevet de l’abside principale ? On ne saurait l’affirmer. Toujours est-il que ce chevet a également été reconstruit en même temps que les trois premières travées de la nef. En comparant les profils et la sculpture des parties refaites alors à l’église Saint-Pierre avec les éléments similaires de plusieurs églises des environs de Paris, on peut admettre que cette réfection aurait eu lieu de 1170 à 1180.

À l’église de Domont, près d’Écouen, où se remarquent des arcs-boutants datant évidemment de la fin du xiie siècle, on voit une corniche et des chapiteaux sculptés identiques à ceux des parties refaites à Montmartre.

Faute de ressources suffisantes, sans doute, les voûtes de la nef et des bas côtés de l’église Saint-Pierre n’ont pas été rétablies à cette époque. Mais la section des nouveaux piliers est tracée en vue des voûtes à construire ultérieurement, et les chapiteaux devant porter les arcs doubleaux et les arêtiers ont été sculptés prêts à les recevoir.

Dans les bas côtés nord et sud, les arcs formerets existent le long des murs latéraux.

Dans l’attente de ces voûtes ajournées, la grande nef et les bas côtés ont été alors fermés par un plafond en bois apparent ; c’est ce que montre clairement l’examen de la charpente actuelle du comble supérieur, en grande partie très ancienne. Cette charpente est à chevrons portant ferme avec entrait au droit de chaque chevron.

Les planches du plafond étaient clouées en travers de ces nombreux entraits espacés seulement de 0m66 d’axe en axe[5]. Au-dessous de ce plafond les murs latéraux de la nef étaient peints en ton d’ocre jaune, avec appareil tracé en blanc, dont quelques parties, déjà signalées en 1850 sur les dessins de M. Garrez[6], sont encore assez visibles dans le comble.

Cependant le nouveau chevet de l’abside principale fut refait avec une voûte sur nervure d’arêtiers. Mais, rendu prudent par les accidents antérieurs, le nouvel architecte fit cette voûte en remplissages très minces, 0 m. 10 c. d’épaisseur, composés de petits éclats de pierre noyés dans le plâtre, avec tracé d’appareil gravé sur la surface interne. Bien que, dans ces conditions, cette voûte n’eût pour ainsi dire pas de poussée, le nouveau chevet fut néanmoins épaulé par quatre puissants éperons un peu bien exagérés ict.

Comme toujours, l’état des choses établi provisoirement eut une longue durée : c’est, en effet, seulement vers l’année 1560 que la voûte de la grande nef fut rétablie ; les remplissages de cette voûte à nervures du xvie siècle sont faits en moellons appareillés, n’ayant que 0 m. 18 c. à 0 m. 20 c. d’épaisseur, et posés en plâtre ainsi que les arcs doubleaux, diagonaux et formerets. En même temps que Cette voûte, assez légère était faite, de nombreux tirants en fer ont été passés en travers de la nef, au-dessus de l’extrados des voûtes, pour empêcher l’écartement des murs latéraux. Les bas côtés sont restés plafonnés et le sont encore aujourd’hui.

Dans son Histoire du diocèse de Paris, publiée en 1750, l’abbé Lebeuf signale le portail occidental de l’église Saint-Pierre comme datant du xiiie siècle.

Il s’agit évidemment de la façade du pignon refaite en même temps que les premières travées de la nef et recouvertes, sous Louis XVI, par le placage actuel d’ordonnance classique.

À l’intérieur de ce pignon on voit encore les arcs formerets anciens et l’ébrasement d’une grande fenêtre ogivale occupant le milieu de la nef principale. Le mur extérieur du bas côté nord a été refait aussi sous Louis XVI, sauf la première travée, où le mur du commencement du xiie siècle a été conservé avec sa fenêtre primitive placée dans l’axe de la grande arcade de la nef.

L’abbé Lebeuf indique aussi comme étant moderne la tour placée à gauche du portail occidental. Cette tour informe, démolie tout récemment, avait été construite pour remplacer le clocher du xiie siècle situé à la gauche du chœur, que son état de ruine avait obligé à démonter vers la fin du xviie siècle.

L’ancien clocher roman est encore figuré à côté du chœur, sur le plan de Paris à vol d’oiseau dressé par Vassalieu, dit Nicolay, en 1609.

Il était nécessaire de résumer brièvement ici l’historique de la construction de l’église Saint-Pierre, afin de délimiter exactement les parties de l’édifice érigées ou rebâties à diverses époques. Cet exposé succinct facilitera, d’ailleurs, l’appréciation, en connaissance de cause, du caractère des travaux proposés aujourd’hui. Pour compléter ces notes préliminaires, je mentionnerai la construction de la tour ronde montée en 1795 sur l’abside pour l’installation du télégraphe à signaux des frères Chappe, et enfin la réfection du mur du bas côté sud vers 1845, ainsi que le rétablissement tout récent du transept sud, effectué en 1874.

On conçoit facilement qu’après avoir traversé tant de vicissitudes, l’église Saint-Pierre de Montmartre soit aujourd’hui en assez mauvaise situation. Ce qui n’a pas peu contribué aux dégradations de l’édifice, c’est le défaut prolongé de l’entretien de la nef, et particulièrement l’abandon complet dans lequel tout le chœur a été laissé depuis près d’un siècle. Aussi les travaux à faire pour restaurer cet intéressant monument auraient-ils nécessairement une assez grande importance, augmentée encore par le rétablissement de parties détruites, indispensables à l’exercice du culte. Ainsi l’église est aujourd’hui dépourvue d’emplacement pour l’installation des cloches.

En dernier lieu, celles-ci étaient suspendues sur un pilône en charpente établi auprès de l’église.

La reconstruction, très modeste, du clocher du xiie siècle à son emplacement primitif me semble donc s’imposer. D’autre part, le pignon actuel du transept nord, de construction moderne en moellons plâtrés, et informe d’ailleurs, ne peut guère être conservé à cause de son mauvais état.

La reconstruction forcée du clocher avec sa tourelle d’escalier, dont le soubassement ancien vient d’être mis à jour, implique, du reste, il me semble ; le rétablissement du transept nord sur.ses anciennes fondations retrouvées dans les fouilles récentes.

Le pignon, moderne aussi, du transept sud, mais construit en pierres de taille, est en assez bon état de solidité. Les petites lézardes qui s’y sont produites ne paraissent pas avoir de gravité et pourraient être reprises facilement.

C’est pourquoi, bien que le caractère archéologique de ce transept laisse à désirer, je crois devoir en proposer la conservation.

Pour le chœur, tous les éléments anciens existent à l’exception de la partie haute du clocher.

La restauration de cette partie du monument comporte seulement les reprises et réfections partielles nécessaires pour sa remise en bon état de conservation.

Dans la nef, il y a lieu, évidemment, de conserver les voûtes hautes du xvie siècle, où il suffira de raccorder des crevasses peu importantes.

Les plafonds en bois plâtré couvrant les bas, côtés nord et sud sont en très mauvais état par suite d’infiltrations prolongées d’eaux pluviales. Je pense qu’il conviendrait de remplacer ces plafonds par les voûtes d’arêtes détruites, dont le rétablissement compléterait ainsi le voûtage général en maçonnerie des diverses parties de l’église. Comme conséquence, il faudrait pour cela rétablir un certain nombre de piles à colonnes adossées autrefois au mur extérieur du bas côté nord et refaire aussi en cet endroit les arcs formerets détruits au xviiie siècle.

La sacristie actuelle serait, bien entendu, conservée en y faisant les réparations utiles. Je ne verrais pas d’inconvénient à laisser subsister aussi les fenêtres actuelles et les éperons en bon état du bas côté nord, refaits sous Louis XVI. Tout au contraire, j’estime qu’il conviendrait de supprimer la chapelle informe dite des fonts baptismaux, formant une verrue sur la première travée, afin de rouvrir la seule fenêtre romane des bas côtés encore existante et qui détermine l’ordonnance ancienne de leur façade extérieure.

Le mur du bas côté sud a été refait il y a environ cinquante ans, en moellons ; un peu minée comme épaisseur, il pourrait cependant être conservé à la condition de renforcer les contreforts actuels, insuffisants pour maintenir les voûtes à rétablir dans ce bas côté.

Quant à la façade occidentale, j’ai déjà dit plus haut qu’il ne restait rien de son ancien parement extérieur de la fin du xiie siècle. Le mieux, je crois, serait de la conserver telle quelle, avec son ordonnance de l’époque de Louis XVI, en y faisant seulement les réparations et les reprises nécessaires.

En résumé,, les divers travaux de restauration proposés tendraient à un double but :

1° Remettre en état de solidité l’ensemble des constructions de l’église Saint-Pierre, en conservant aux différentes parties de l’édifice le caractère particulier de leur époque respective ;

2° Restreindre le plus possible les dépenses devant résulter de la restauration de ce vieux monument, contenant des exemples

extrêmement. intéressants de. l’architecture parisienne à l’époque gallo-romaine et aux premiers temps du moyen âge.

C’est dans cet esprit qu’est dressé le projet joint au présent rapport. Les dessins de ce projet donnent le plan général de l’état actuel de l’église, indiquant par des teintes différentes les époques diverses de sa construction.

Un plan annexé montre le chœur restauré et débarrassé de ses murs et cloisons modernes avec ses branchements de baies percées après coup, ainsi que le rétablissement de la tourelle d’escalier du clocher appuyée contre le pignon du transept nord remis à son ancien alignement. Une autre feuille donne les coupes de l’état actuel de la nef. Enfin, un dessin de la façade latérale nord figure l’aspect d’ensemble qu’aurait celle-ci après la reconstruction du clocher et du transept détruits.

En ce qui touche la question financière, le devis estimatif détaillé de la restauration du chœur, basé sur les prix de la série des travaux de la Ville de Paris (année 1882) annonce pour cette partie de l’édifice une dépense s’élevant à 119,219 francs, comprenant un dixième pour ouvrages imprévus et les honoraires de l’architecte.

Ce devis comporte la reconstruction du clocher, avec son escalier en tourelle, montés jusqu’au niveau de la corniche du chœur.

Pour les réparations importantes à faire ultérieurement dans la nef, ainsi que pour le complément du clocher et la reconstruction du pignon du transept nord, j’estime que la dépense atteindrait une somme de 190,000 francs, ce qui produirait une dépense totale d’environ 300,000 francs pour la restauration complète de l’église Saint-Pierre de Montmartre.

Sauvageot. »


M. Alfred Lamouroux dit que l’église Saint-Pierre de Montmartre est un des monument des plus intéressants, tant pour l’histoire proprement dite que pour l’histoire de l’art. Ce monument constitue un document de premier ordre. Il demande que les conclusions savantes et pratiques du rapport de M. Sauvageot, qu’il a la bonne fortune de présenter à la Commission soient appuyées auprès du Conseil municipal par un vote favorable de la Commission. Il pense aussi être l’interprète de tous ses collègues en adressant à M. Sauvageot toutes les félicitations et les remerciements de la Commission pour son projet, de restauration, ainsi que pour le rapport qui l’accompagne.

Adopté.


M. Charles Sellier donne lecture du rapport suivant :

« Rapport présenté par M. Charles Sellier, au nom de la 2e Sous-commission, relativement aux découvertes faites dans les fouilles exécutées par le service de la Voie publique et le chemin de fer d’Orléans depuis le 1er mai 1898.
Messieurs,

Le 14 mai dernier, lors des fouilles exécutées rue Saint-Martin pour l’établissement d’une conduite de gaz, on a mis à découvert, vis-à-vis le no 90 de cette rue, un ancien puits de 0 m. 60 c. de diamètre, dont le centre se trouve situé à 1 m. 30 c. de l’alignement des maisons et à autant de distance de l’axe de la mitoyenneté des nos 90 et 92. Ce puits accédait à des caves qui dépendaient du no 90 et qui s’avançaient jusque sous la rue, où elles sont à présent remblayées. Ce n’était donc pas un puits à eau, mais bien plutôt une sorte de regard desservant ces caves. Son orifice était recouvert d’une dalle et se trouvait à 0 m. 90 c. au-dessous du sol actuel.

Au no 86, nous avons pu constater que les caves s’avançaient encore en partie sous la rue, et cela sur deux étages. Vers le no 84 on a trouvé dans les remblais, juste au-dessous du pavage, quelques débris de pierres moulurées, dont l’une porte encore quelques traces de feuillage sculpté dans le style du xve siècle. Ces débris sont tellement informes et mutilés qu’ils semblent ne plus présenter aucun intérêt. Néanmoins, ils ont été envoyés au musée Carnavalet. Ils proviennent probablement de quelques travaux de réparation exécutés à l’église Saint-Merri, qui est à proximité. Ces découvertes ont été signalées à M. le Conservateur du musée Carnavalet par M. Saint-Paul, conducteur des travaux.

Par lettre du 26 mai, M. Masson, conducteur des travaux du même service, a informé M. le docteur Alfred Lamouroux qu’en avril dernier, au cours des fouilles faites pour la construction de resserres souterraines, place du Théâtre-Français, entre l’une des fontaines monumentales et la Compagnie générale des Petites-Voitures, on a trouvé une médaille en cuivre, que M. Masson a joint à sa lettre.

Cette médaille, de 0 m. 027 m. de module, présente, sur l’une de ses faces, les armes royales de France entourées de cette exergue : Timor Domini initium sapientioe ; sur l’autre face on devine plutôt qu’on ne distingue un démon terrassé par un ange avec ces mots : Vehem ignitium eloquium tuum. Cette médaille n’est autre chose qu’une sorte de jeton banal du règne de Charles IX.

Le 31 mai, en exécutant la tranchée nécessaire à l’établissement d’un égout rue Caron, a rencontré, entre les nos 7 et 8 de cette rue, un puits de 1 m. 20 c. de diamètre en pierres de taille, où, transversalement par rapport à la rue, aboutissent deux galeries, aussi en pierres de taille, voûtées de 0 m. 85 c. de largeur, lesquelles se trouvent murées à l’aplomb des façades desdits nos 7 et 8. Le puits, recouvert d’une grosse pierre, était muni d’une poulie en fer qui a été déposée au bureau de M. Geng, le conducteur des travaux. Après examen rapide, on reconnut facilement que la construction du puits et des galeries datent du xviie siècle. Ils faisaient assurément partie des parties souterraines des bâtiments conventuels du prieuré de Sainte-Catherine. En 1767, les chanoines de ce monastère, sous l’administration de leur prieur Jarente, ayant été s’installer dans l’ancienne maison professe des Jésuites de la rue Saint-Antoine, leur ancien couvent fut abandonné, puis démoli en 1782. Sur son emplacement on ouvrit ensuite les rues Caron, de Jarente, d’Ormesson et Necker, et l’on construisit le petit marché Sainte-Catherine, dont les petites bâtisses subsistent encore. L’architecte Caron, l’auteur de la petite fontaine qu’on voit encore tout près de là, au fond de l’impasse de la Poissonnerie, fut l’ordonnateur de cette transformation.

En descendant la rue Caron, à quelques mètres avant d’arriver à la rue d’Ormesson, on a rencontré quelques ossements humains, dont on a rempli deux sacs à ciment pour être transportés aux Catacombes. Quelques traces de cercueils en plâtre et des débris de vases funéraires à flammules rouges ont été trouvés au même point. Les vases contenaient encore quelques restes de charbon et portaient des traces de fumée. Il nous parait certain que ces vestiges remontent au xiiie siècle, époque de la fondation du monastère de Sainte-Catherine.

Les fouilles en souterrain exécutées jusqu’à ce jour pour le transfert de la gare d’Orléans, de la place Valhubert au quai d’Orsay, n’ont encore amené que peu de résultats comme découvertes archéologiques. Il faut cependant signaler la rencontre, vers l’axe prolongé de la chaussée du pont de Sully, d’une galerie voûtée, assez vaste, de 3 m. 35 c. d’ouverture et de 2 m. 30 c. d’épaisseur de piédroits, en pierre de taille appareillée avec soin, et se dirigeant du sud au nord, c’est-à-dire vers la Seine. Cette galerie, dont nous n’avons encore pu déterminer la destination, est limitée au sud par l’ancien collecteur bas des quais ; au nord, elle vient buter contre la culée du pont de Sully, après avoir franchi un petit égout abandonné.

Un peu plus loin, à environ 50 mètres de l’axe de cette galerie, sur le côté gauche du souterrain, on a atteint une série de murs, au nombre de six, d’épaisseurs diverses, variant entre 2 m. 80 c, 2 mètres, 2 m. 20 c, 2 m. 60 c, 3 m. 50 c. et 1 m. 40 c, et inégalement distants de 6 m. 40 c, 4 m. 30 c, 6 m. 40 c, 3 m. 40 c et 7 m. 45 c ; le dernier mur, celui de 1 m. 40 c. d’épaisseur, se trouve juste à hauteur de l’axe de mitoyenneté des nos 1 et 3 du quai de la Tournelle. Sur le côté gauche du souterrain on a franchi un long massif d’environ 12 mètres de longueur aboutissant au droit dudit mur de 1 m. 40 c. Tous ces murs et massifs sont en moellons avec parements en pierre de taille de grand appareil. Ils constituent en partie, sans aucun doute, les substructions de l’ancienne porte Saint-Bernard, reconstruite par l’architecte Blondel en 1670 et détruite dans les dernières années du règne de Louis XVI. Lorsqu’on déblaiera le Strauss, c’est-à-dire la partie médiane du souterrain, on découvrira certainement les vestiges complémentaires de ces substructions. Actuellement les galeries latérales d’attaque, poussées jusqu’à hauteur de la rue de Pontoise, n’ont encore mis à découvert, du côté gauche, qu’un mur d’environ 50 mètres de long, qui pourrait bien être la partie basse de l’enceinte du couvent des bernardins du côté de la Seine.

Quant aux fouilles exécutées pour le remaniement des égouts de la rive gauche, elles n’ont amené, depuis la dernière séance de la Commission du Vieux Paris, aucune découverte intéressant l’histoire et l’archéologie parisienne.


M. Lucien Lambeau dépose la proposition-suivante, pour laquelle il demande le renvoi à la 3e Sous-commission :


« Proposition tendant à fixer une méthode pour la réglementation des reproductions d’aspects de Paris.


La Commission,

Considérant qu’il y a nécessité absolue d’établir la réglementation des reproductions ordonnées par la Commission du Vieux Paris ;

Considérant que cette réglementation aura pour première conséquence d’éviter les doublés emplois et les répétitions, et de ménager ainsi le crédit mis à la disposition de la Commission,


Décide :

Toute proposition de reproduction émanant d’un membre de la Commission, en dehors de celles formulées et adoptées au cours des séances de la 3e Sous-commission, devra être écrite et signée.

Si elle émane d’une Sous-commission, soit à la suite d’une discussion, soit à la suite d’une excursion, elle devra être signée par le président de cette. Sous-commission.

Elle contiendra l’indication sommaire du point ou de l’objet à reproduire.

Cette proposition sera toujours renvoyée à la 3e Sous-commission, qui fera rechercher dans les cartons du musée Carnavalet si une reproduction n’existe pas déjà du point indiqué.

Dans l’affirmative, la Sous-commission appréciera si la reproduction ainsi trouvée est suffisante.

Si elle est reconnue insuffisante ou si elle n’existe pas, la Sous-commission statuera sur le mode d’exécution et en proposera la ratification à la Commission plénière.

Toute demande de reproduction émanant de particuliers sera également renvoyée à la 3e Sous-commission et soumise à la même réglementation.

En cas d’extrême urgence, la Commission de permanence aura qualité pour décider l’exécution de reproductions signalées.

Dans ce cas, la ratification par la Commission plénière aura lieu dans sa plus prochaine séance. »

Cette proposition est renvoyée à la 3e Sous-commission.


M. Lucien Lambeau explique son idée en disant que, s’il demande une proposition écrite et signée, c’est afin de discuter, au sein de la 3e Sous-commission, sur quelque chose de tangible et de précis. Le membre de la Commission qui, en quelques mots, rédigera une proposition de reproduction d’un point quelconque, tirera bien souvent d’embarras l’artiste ou le photographe, en lui indiquant de quel endroit la vue devra être prise.

La proposition écrite a encore pour but de permettre au service du musée Carnavalet de rechercher efficacement, ayant des indications précises, si une reproduction n’est pas déjà dans ses cartons.

M. Guiffrey appuie la proposition de M. Lucien Lambeau ; il estime qu’il est absolument indispensable d’indiquer le plus exactement possible le point à reproduire ; cette indication ne peut être bien donnée que par la personne qui propose.

M. Formigé dit que l’on ne s’explique pas très bien le mode employé pour les reproductions ordonnées par la Commission. Pourquoi telle vue est-elle plutôt peinte que photographiée ? et telle autre plutôt dessinée qu’aquarellée ?

Il pense également qu’il ne faudrait entrer que discrètement dans la voie de la peinture à l’huile, car il redoute l’encombrement qui ne manquera pas de se produire quand la Commission sera à la tête de deux ou trois cents toiles.

M. Édouard Detaille dit que la Ville ne manque pas de place pour les exposer.

M. Formigé répond que, au contraire, la Ville est très pauvre en fait de surfaces à garnir de tableaux. Il estime d’ailleurs que tous les documents recueillis par la Commission du Vieux Paris doivent être réunis au musée Carnavalet.

Il cite comme exemple de reproductions documentaires les travaux de la Commission des monuments historiques, qui ne fait faire que des reproductions susceptibles d’être mises dans des cartons.

M. Édouard Detaille dit que la 3e Sous-commission est encore dans sa période d’essais ; elle examine et étudie les divers procédés qu’il y aura lieu d’employer pour la reproduction des sites parisiens. Il ajoute qu’elle est toute disposée à examiner avec soin les desiderata exprimés par M. Formigé. Il affirme en outre que, en ce qui le concerne, il est entièrement favorable à l’adoption d’une méthode pour la réglementation des divers systèmes de reproduction.

Les observations de M. Formigé sont renvoyées à la 3e Sous-commission.

M. Édouard Detaille présente à la ratification de la Commission les quatre études peintes suivantes :

1° Vue de l’abside de Saint-Germain-des-Prés ;

2° Ancien parc de Montsouris ;

3° Le jardin de l’église des Carmes, par M. Paul Schmitt ;

4° L’hôtel dit du peintre Lebrun, par M. Cugnet.

Le même membre présente ensuite lesaquarelles ci-après :

1° Rampe d’escalier en bois, rue Dupin, 12 ;

2° La cour de l’ancien couvent des Bons-hommes, de Chaillot;

3° Le portail de l’ancienne chapelle du couvent des Bonshommes de Chaillot ;

4° Une autre vue du même couvent.

Ces quatre aquarelles sont de M. Delafontaine.

Sont également présentées à la Commission les photographies ci-après :

1° Le charnier du cimetière de Saint-Paul, dont il est question plus haut ;

2° L’hôtel du Luart, rue de Varenne ;

3° La cour du même hôtel ;

4° Cour des échaudoirs. — Abattoir de Grenelle ;

5° Vue extérieure. — Abattoir de Grenelle ;

6° Bouverie. — Abattoir de Grenelle ;

7° Cour d’un hôtel, rue de Varenne, 7 ;

8° Séchoir à l’abattoir de Grenelle ;

9° Cour à l’abattoir de Grenelle ;

10° Vue extérieure. — Abattoir de Villejuif ;

11° Cour à l’abattoir de Villejuif ;

12° L’escalier de l’hôtel du Luart, rue de Varenne ;

13° L’échaudoir de l’abattoir de Grenelle.

M. André. Laugier propose la reproduction des maisons ci-après, qui doivent être prochainement démolies, l’adjudication des travaux de démolition ayant été fixée au 11 juin :

Rue Taillepain, nos 1, 3, 5 et 9 ;

Rue Brisemiche, no 9 ;

Rue Saint-Merri, nos 29, 31, 35 et 37.

Cette proposition est renvoyée à la 3e Sous-commission.


M. Alfred Lamouroux dépose un porte-feuille intitulé Repaire de Gueux, contenant 6 eaux-fortes, de MM. Xavier Lesueur et Fortuné Séguin, ainsi que 6 aquarelles de vues de Paris, par M. Fortuné Séguin.

Il en demande le renvoi à la 3e Sous-commission.

Adopté.


M. Édouard Detaille dit qu’il serait utile de remettre une carte d’identité aux artistes chargés de travailler pour la Commission.

Cette carte aurait pour but de les mettre à l’abri des ennuis de toutes sortes qui peuvent leur arriver au cours de leurs travaux.

M. le Président répond que la délivrance de ces autorisations dépend du service de M. Bouvard.


M. Edgar Mareuse donne à la Commission communication de la note suivante :


« L’ancien rendez-vous de chasse du duc du Maine. — Un souvenir historique. — Le village de Plaisance.


On a vendu hier au Palais, pour la somme de 512,000 francs, l’ancien rendez-vous de chasse que le duc du Maine avait fait construire au xviiie siècle, dans la plaine de Montrouge. M. Marius Butet a, dans le tome 1er de la Correspondance historique et archéologique, décrit ce petit pavillon « dont l’emplacement aurait été, selon lui, suggéré au duc du Maine, prince légitimé et vivant fastueusement, par le souvenir des promenades de son enfance attristée, lorsqu’il vivait sous la surveillance de Mme de Maintenon, dans l’hôtel formant le coin de la rue de Vaugirard et du boulevard du Montparnasse. »

Le 30 décembre 1842, le château du Maine était acquis par M. Alexandre-Marie Couesnon, qui ne tardait pas à le louer à M. Sanis, pour y installer une institution. Il transformait la pelouse centrale en un immense géorama représentant le relief de la France ; c’est là l’origine de la rue du Géorama, devenue plus tard rue de Montyon, puis rue Mouton-Duvernet. Il ne faut pas confondre ce géorama avec celui qui fut construit bien des années plus tard, en 1867, rue Nansouty, à côté du parc de Montsouris.

L’institution, puis le géorama disparaissaient successivement, M. Couesnon s’éteignait au château du Maine, le 28 décembre 1857, et son fils, Louis-Victor Couesnon, en devenait le propriétaire. Architecte et spéculateur, il s’associait avec Chauvelot pour créer autour de sa propriété le village de Plaisance, qui ne tarda pas à se développer au milieu de la plaine de Montrouge avant d’être absorbé par la grande ville.

Le 12 novembre 1872, Louis-Victor Couesnon mourait à son tour à Nice; ses deux filles, Mmes Alice et Eugénie Couesnon, qui, avec leur père, avaient servi de parrain et de marraines à des rues voisines, devenaient propriétaires de l’ancien château. »


M. Le Vayer demande qu’une reproduction soit faite de cet ancien rendez-vous de chasse, situé exactement rue du Château, 142.

Cette proposition est renvoyée à la 3e Sous-commission.


M. J. Périn signale que M. Ch. Magne possède une pierre gravée en caractères gothiques provenant du rendez-vous de chasse du duc du Maine.

M. Jules Périn offre à la Commission, au nom de M. Charles Magne, secrétaire général de « La Montagne Sainte-Geneviève », une nouvelle étude, intitulée : Le Culte de Bacchus sur le mont « Lucotitius », statue et statuette de Bacchus enfant.

« L’existence d’un autel à Bacchus, disait Dulaure (t. I, p. 142), n’est fondée que sur une conjecture ; mais cette conjecture est très vraisemblable. Près des vignobles qui garnissaient, au nord et à l’est, le penchant de la colline de Sainte-Geneviève, à l’endroit où est aujourd’hui située l’église Saint-Benoît, on a, à ce qu’il paraît, pendant longtemps, rendu un culte à un saint Bacchus, nommé en français saint Bacch. »

La conjecture est devenue une certitude en présence des découvertes faites en ces dernières années, découvertes dont M. Ch. Magne rend compte, avec des appréciations d’une critique archéologique très autorisée.

La Commission décide que des remerciements seront adressés à M. Ch. Magne.

M. Lucien Lambeau soumet à la Commission la proposition suivante, dont il demande le renvoi à la 3e Sous-commission :


« Proposition tendant à la création, au musée Carnavalet, d’un portefeuille de la sculpture décorative des anciennes maisons de Paris.


On sait combien sont nombreux et variés les spécimens de la sculpture décorative et ornementale appliquée à la construction du vieux logis parisien.

C’est pour ainsi dire à chaque pas que l’on peut en admirer toutes les manifestations.

Ce sont, pour la pierre, ces têtes délicieuses de jeûnes femmes formant clef de portes ou de fenêtres, ces mascarons curieusement sculptés en une diversité presque infinie, ces supports ou consoles de balcons affectant les fantaisies les plus diverses, ces encadrements de fenêtres au dessin si délicat et si léger.

Pour la menuiserie, les portes cochères et les boiseries intérieures ;

Pour la ferronnerie, les rampes d’escalier et les appuis de croisées en fer forgé.

Pour quelques-unes de ces merveilles dont la reproduction existe dans les cartons des musées et des bibliothèques de Paris ou dans un certain nombre d’ouvrages spéciaux, combien ne sont pas reproduites et disparaîtront dans un temps plus ou moins long, enlevées pour les nécessités de la construction moderne ! Quelle source inépuisable pour ceux, si nombreux, des dessinateurs, peintres, architectes, écrivains, amateurs, qui s’occupent et s’intéressent des siècles passes au point de vue de l’art décoratif appliqué à la construction ! De quel secours leur serait une collection spéciale de ces reproductions, soit simplement photographique pour être rigoureusement documentaire, soit dessinée dans un caractère de sévère exactitude, pour le cas où la photographie ne pourrait être utilisée !

Il nous a semblé, qu’il était du devoir de la Commission du Vieux Paris de combler cette lacune et de doter le Musée municipal d’une série d’images tirée de la vieille construction parisienne.

C’est, pour cette raison que nous lui demandons de prendre la décision suivante :

« Il sera créé au musée Carnavalet, en dehors des reproductions diverses d’aspects ordonnées par la Commission du Vieux Paris, un portefeuille de la sculpture ornementale des anciennes maisons de Paris.

Ce portefeuille comprendra la reproduction par la photographie ou par le dessin de toutes les parties jugées intéressantes et en général de tous les ouvrages sculptés, menuises, forgés, des anciennes maisons et hôtels particuliers de la ville. »

Le renvoi à la 3e Sous-commission est prononcé.


M. Le Vayer signale, comme rentrant dans les données de la proposition de M. Lucien Lamheau, l’immeuble no 8, rue Vivienne, qui, avec le no 10, fut acquis en 1666 par Colbert, des héritiers Bautru de Serrant, pour y transférer la bibliothèque du roi. L’arrière-corps de bâtiment de cet immeuble, qui échut à J.-B. Colbert, archevêque de Rouen, neveu du ministre, renferme au premier étage deux salons de l’époque de la Régence dont les boiseries, parfaitement conservées, sont un spécimen admirable de la décoration de cette époque. L’appartement dont ils font partie est actuellement occupé par M. G. Gaillard, fabricant de dentelles. Les fenêtres donnant sur les anciens jardins sont ornées de balcons en fer forgé avec médaillon au monogramme de J.-B. Colbert.

Cette communication est renvoyée aux 1re et 3e Sous-commissions.


M. Alfred Lamouroux signale à l’attention de la 1re Sous-commission un hôtel situé rue du Faubourg-Saint-Martin, no 59, dans lequel fut installée l’Église française en 1848.

Il signale également une intéressante maison située au no 76 du même faubourg, qui possède encore des bronzes décoratifs de Gouthières.

Cette communication est renvoyée aux 1re et 3e Sous-commissions.

M. Augé de Lassus propose qu’une vue soit conservée de l’ancien couvent des Dames de l’Assomption, situé rue Cambon, qui va être détruit pour la reconstruction de la Cour des comptes.

Renvoyée à la 3e Sous-commission.


M. Charles Normand dit qu’il y a urgence à prendre des photographies de la transformation du chemin de fer de Ceinture entre la porte du bois et la porte de Neuilly (doublement des voies très caractéristique en ce moment).

Renvoyée à la 3e Sous-commission.


La séance est levée à cinq heures et demie.
MAISON DITE « DE LA REINE BLANCHE »
Rue des Gobelins nos 17 et 19.
(Fin du xve siècle ou commencement du xvie)
Plan du cours de la Seine dans la traversée de Paris relatif aux observations faites par Philippe Buache sur l’étendue et la hauteur de l’inondation du mois de décembre 1740
Église Saint-Pierre à Montmatre
Coupes sur la première travée de la nef
Église Saint-Pierre de Montmatre
Plan de l’état actuel

  1. Voy. Procès-verbaux de la Commission du Vieux Paris, n° 4, p. 9-10.
  2. La municipalité d’Odessa a publié, à l’occasion de son centenaire, un recueil dont elle nous a offert un exemplaire
  3. Erratum. — Dans le Procès-verbal n° 4, contenant la première partie de ce Rapport (page 10), lire :

    « La deuxième de spécifier » (et non spécifié).

  4. D’après l’ouvrage Les curiosités de Paris et des environs, Paris, 1742 (tome 1er, page 285), l’hospice des Enfants-Rouges aurait été fondé en 1533.
  5. Cette charpente, combinée en vue du plafond qu’elle devait soutenir, est nécessairement antérieure aux voûtes du xvie siècle par lesquelles le plafond en bois a été remplacé. Je croirais. volontiers que cette charpente si naïve remonte à l’époque même de la reconstruction des trois premières travées de la nef, c’est-à-dire à la fin du xiie siècle.
  6. Dessins faisant partie des archives des Monuments historiques.