Commission du Vieux Paris/6 octobre 1898

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Procès-verbal de la Commission du Vieux Paris, 6 octobre 1898
Commission du Vieux Paris

procès-verbal


La séance est ouverte à deux heures et demie sous la présidence de M. Alfred Lamouroux, vice-président.

Assistent à la séance : MM. Quentin-Bauchart, Louis Lucipia, Breuillé, Georges Villain, Levraud, Formigé, Charles Lucas, Edgar Mareuse, Georges Montorgueil, Jules Périn, Tourneux, Defrance, Le Roux, Le Vayer, Georges Cain.

Secrétaires : MM. Lucien Lambeau, Ch. Sellier, Tesson.

Excusés : MM. le Préfet de la Seine, le Préfet de Police, John Labusquière, Pierre Baudin, Sauton, Adrien Veber, Blondel, Chassaigne Goyon, Froment-Meurice, Bruman, Arsène Alexandre, Augé de Lassus, Bunel, Jules Claretie, Léopold Delisle, Édouard Detaille, Gosselin-Lenôtre, Jules Guiffrey, Laugier, Longnon, Charles Normand, Victorien Sardou, Viollet, Bouvard, Brown, Hyérard.

M. le Président soumet au vote de la Commission la rédaction du procès-verbal de la dernière séance.

Le procès-verbal est adopté.

M. le Président souhaite la bienvenue à M. Charles Blanc, préfet de Police, qui vientd’être nommé membre de la Commission du « Vieux Paris ». Il ajoute que sa place était tout indiquée dans une Commission qui s’efforce, avec autant de dévouement que de compétence, à conserver aux vrais Parisiens, c’est-à-dire à tous ceux qui sont attachés à la beauté de la ville et à son histoire, ses aspects si pittoresques et les glorieux témoignages de son passé.

M. le Président annonce que, depuis la dernière séance et sur le rapport de M. Charles Lucas au nom de la Commission spéciale, M. le Préfet a bien voulu faire retirer de la vente annoncée des boiseries ornées et des fragments de sculpture dépendant de deux immeubles expropriés rue de Varenne.

M. le Président annonce que pendant les vacances de la Commission il a reçu de M. Pierron, agent voyer en chef de la Ville, une série de photographies dont suit l’énumération :

Imposte en fer forgé, rue des Poitevins, 11 ;

Vieux puits situé dans la cour de la rue des Poitevins, n° 11 ;

Lucarne renaissance, située dans la cour de la place Saint-André-des-Arts ;

Une seconde lucarne située au même endroit ;

La façade renaissance située dans la même cour ;

Deux vues prises de la rue de Tolbiac montrant quelques usines sises aux bords de la Bièvre.

La Commission décide que ces intéressantes photographies seront envoyées au musée Carnavalet.

M. le Président rappelle à la Commission que, depuis l’envoi des photographies, la Ville a eu le malheur de perdre M. Pierron, l’un de ses plus dévoués serviteurs, décédé dans le courant du mois de septembre. Il croit être l’interprète de la Commission en envoyant à sa famille l’expression de toutes ses sympathies.

Appuyé.

M. le Président donne lecture de la correspondance.

Lettre, ci-après, de M. le Directeur des Beaux-arts, relative à l’envoi des catalogues des musées nationaux :

« Monsieur le Préfet,

Vous avez bien voulu me demander d’accorder à la Commission municipale du Vieux Paris les catalogues de nos musées nationaux ainsi que divers autres catalogues détaillés dans votre lettre du 6 juin dernier.

J’ai l’honneur de vous informer que les catalogues des musées du Louvre, de Versailles et de Saint-Germain sont la propriété d’un éditeur qui les a publiés à ses frais, risques et périls, à l’exception du catalogue de la chalcographie qui vous est adressé en même temps que cette lettre.

Le catalogue du musée de Cluny est la propriété particulière de Mme veuve du Sommerard ; celui du Trocadéro est épuisé.

Il ne m’est possible de donner satisfaction au désir que vous m’avez transmis qu’en concédant l’Inventaire des richesses d’art de la France. Les volumes parus de cette publication sont joints également à cette lettre.

Je vous serai très obligé de faire parvenir ces divers volumes à la Commission du Vieux Paris, en lui exprimant mon regret de ne pouvoir donner plus complète satisfaction à ses vœux.

Agréez, Monsieur le Préfet, l’assurance de ma considération très distinguée.

Le Ministre de l’Instruction publique
et des Beaux-arts.

Pour le ministre et par autorisation :

Le directeur des Beaux-arts,
H. Roujon. »

M. le Président propose d’adresser à M. le Directeur des Beaux-arts les remerciements de la Commission pour son gracieux envoi. Il estime cependant qu’il est regrettable que l’État n’ait pas conservé la propriété des catalogues des musées nationaux.

M. Jules Périn ajoute que c’est probablement la raison pour laquelle ces catalogues se vendent toujours très cher.

M. Charles Lucas appuie les regrets formulés par M. le Président et constate qu’en Angleterre et à l’étranger les catalogues des musées se vendent à des prix beaucoup plus minimes qu’en France, et ils sont illustrés. Il se demande si au moins l’État a passé des traités avec les éditeurs, aux termes desquels les musées ne doivent jamais être démunis de catalogues, ce qui arrive cependant pour le musée du Trocadéro.

M. Formigé explique qu’un nouveau catalogue du musée du Trocadéro est en préparation. L’on a dû renoncer à l’ancien qui contenait, au sujet des morceaux d’architecture du moyen âge, un texte ayant donné lieu à des critiques particulières. Le catalogue à l’étude sera un ouvrage considérable qui demandera aux archéologues qui l’ont entrepris beaucoup de temps et de travail.

M. Alfred Lamouroux, résumant le sentiment de la Commission du Vieux Paris, exprime le regret de voir l’État abandonner à des particuliers la publication du catalogue de nos musées nationaux.

Il ajoute que les catalogues envoyés par M. le Directeur des Beaux-arts, ainsi que l’Inventaire des richesses d’art de la France, ont été transmis à M. Tesson, secrétaire de la 1re Commission, chargé d’en faire le dépouillement au point de vue des objets intéressant la Ville de Paris.

La Commission décide que des remerciements seront adressés à M. le Directeur des Beaux-arts.

M. le Président annonce qu’il a reçu une lettre relative à la transformation en jardin public du parc de Trétaigne situé rue Ordener et rue Marcadet, sur le versant nord de la butte Montmartre. Cette lettre, qui émane d’un comité d’initiative, demande l’appui de la Commission du Vieux-Paris.

M. Ch. Lucas demande si la Ville n’a pas déjà étudié la création d’un square à Montmartre.

M. Breuillé répond qu’en effet, à la suite de diverses propositions de M. Fournière, alors conseiller municipal du quartier, des pourparlers avaient été engagés entre le Conseil municipal et l’Administration. Il appartiendra au successeur de M. Fournière d’en suivre la réalisation.

M. le Président pense qu’en ce qui concerne le parc de Trétaigne la Commission du Vieux Paris n’a aucune qualité pour intervenir ; l’affaire regarde le Conseil municipal, auquel il propose de renvoyer la lettre en question.

Adopté.

M. le Président propose de remercier M. le directeur des services municipaux d’Architecture pour le gracieux envoi fait aux membres de la Commission du dernier volume de la nomenclature des rues de Paris. Il ajoute qu’il serait heureux que les autres services administratifs voulussent bien imiter la Direction d’architecture en envoyant également leurs publications intéressant la ville de Paris.

Adopté.

M. Edgar Mareuse estime, à ce sujet, qu’il serait également désirable que la bibliothèque de la Ville reçut aussi toutes les publications émanant des différents services de la Préfecture. Beaucoup ne sont pas envoyés, il cite, entre autres, les plans d’expropriations dont cette bibliothèque est pour ainsi dire dépourvue.

M. Le Vayer répond qu’il ne manquera pas d’en faire le rappel aux services.

M. Edgar Mareuse formule ainsi sa proposition :

« La Commission émet le vœu que MM. les directeurs des diverses administrations municipales tiennent la main à ce que les documents de toute nature, plans, etc., publiés par leurs services soient, tous, sans exception, envoyés, en double exemplaire, à la bibliothèque de la Ville (hôtel Saint-Fargeau), dans la huitaine qui suit leur publication. »

Adopté.

Au sujet du numérotage des maisons, M. Tesson fait connaître les difficultés que l’on rencontre pour identifier des maisons dont le numérotage a été changé. Il arrive, en effet, que le numérotage ne consiste pas toujours à régulariser, par une suite ininterrompue de chiffres, les lacunes ou les numéros multiples. Dans certaines voies, les rues de la Mare et des Cascades notamment, où des recherches ont eu lieu récemment, le numérotage a changé de sens, en sorte que les numéros pairs passent du côté des impairs. Dans ces conditions, les personnes qui, pour des causes diverses, ont besoin de retrouver telle ou telle maison, éprouvent les plus grandes difficultés. Il faut bien reconnaître que l’attribution d’un numéro d’ordre à une propriété constitue une sorte d’état civil que l’on ne doit modifier qu’avec prudence et alors que l’on a pris toutes précautions pour retrouver les indications primitives.

La réglementation administrative du numérotage ne date pas d’un siècle et l’on rencontre déjà des difficultés considérables pour se reconnaître après des changements récents : il serait utile de provoquer des moyens permettant dans l’avenir de retrouver facilement les maisons dont les numéros ont été changés.

M. Edgar Mareuse dit qu’il avait déjà signalé cette situation autrefois et qu’il a été heureux de voir mentionner dans la Nomenclature des voies publiques et privées les arrêtés modifiant les numérotages. L’identification des maisons peut se faire en consultant à l’Hôtel de Ville les arrêtés préfectoraux dont les listes sont maintenant publiées.

M. le Président propose d’émettre un vœu demandant l’insertion in-extenso de ces arrêtés dans le Bulletin municipal officiel et, pour les arrêtés passés, la publication d’un recueil donnant tous les détails de concordance des numéros anciens avec les nouveaux.

Cette proposition est adoptée. Elle sera transmise à l’Administration.

M. Charles Sellier estime que ce qui vient d’être dit au sujet du numérotage des rues peut aussi bien s’appliquer à leurs anciens noms qui rappellent, pour la plupart, un souvenir topographique intéressant à conserver, sinon un fait ou un personnage de l’histoire parisienne. À ce propos, il lui semble que la nouvelle appellation de boulevard de la Bastille, qui vient de remplacer celle de boulevard de la Contrescarpe, n’est pas suffisamment justifiée. En effet, le nom de « boulevard de la Contrescarpe », que portait dès le xviiie siècle cette voie qui couronnait jadis la contrescarpe du long fossé joignant le bastion de la Bastille à celui de l’Arsenal, se trouvait ici bien à sa place. Depuis lors, ledit fossé a fait place au grand fossé de l’Arsenal qui fait suite au canal Saint-Martin, et l’ancienne rue de la Contrescarpe est devenue le boulevard du même nom, qui vient d’être débaptisé pour s’appeler désormais « boulevard de la Bastille », alors qu’il existe déjà à proximité une place et une rue dites aussi « de la Bastille » et dont la commune dénomination suffit bien pour garder la mémoire de la célèbre prison d’État. En conséquence, M. Charles Sellier demande s’il ne conviendrait pas, à l’avenir, de consulter la Commission du Vieux Paris lorsqu’il sera question de changer un nom de rue, et qu’il soit fait une proposition dans ce sens à l’Administration.

M. Edgar Mareuse déclare être du même avis, mais il ajoute que, dans la circonstance évoquée par M. Sellier, le changement de nom de la rue en question a été fait à la demande même de ses habitants et que l’Administration n’en est pas seule responsable.

La proposition de M. Sellier est adoptée.

M. le Président donne lecture de la lettre suivante adressée à M. Charles Lucas :

« Paris, le 6 octobre 1898.

Cher Monsieur,

Par une véritable malchance, la Commission du Vieux Paris coïncide avec la Commission du Métropolitain convoquée pour raison de la grève des terrassiers, et à laquelle je ne peux me dispenser d’assister.

À mon grand regret, je constata que mes occupations au Conseil municipal m’obligent à renoncer à l’honneur de présider la 2e Sous-commission.

J’avais été très touché de la marque d’estime que m’avaient donnée mes collègues ; je leur en suis profondément reconnaissant et je suis véritablement désolé d’avoir aussi mal répondu à leur attente.

Je resterai membre de la 2e Sous-commission et m’efforcerai de suivre ses travaux avec le plus d’assiduité possible ; mais je vous serai obligé de vouloir bien convoquer une réunion des membres de la Sons-commission pour désigner un président en mon lieu et place.

Veuillez agréer, cher Monsieur, avec mes remerciements, l’assurance de mes meilleurs sentiments.

Signé : Santon. »

M. le Président propose de renvoyer la lettre de M. Santon à la 2e Sons-commission et regrette vivement, au nom de la Commission tout entière, sa résolution de quitter les fonctions de président de la Commission des fouilles.

La lettre de M. Santon est renvoyée à la 2e Sous-commission.

M. le Président donne connaissance de l’exécution des décisions prises au cours de la dernière séance :

Des ordres ont été donnés pour que le tirage des procès-verbaux de la Commission soit porté de 500 exemplaires à 1,000.

M. le Président informe la Commission qu’en ce qui concerne le projet de vente des procès-verbaux, le bureau du Conseil municipal a émis l’avis que la remise gratuite en soit faite aux personnes qui s’intéressent particulièrement aux choses du Vieux Paris. Il se fait l’interprète de la Commission pour remercier le bureau du Conseil municipal de sa gracieuseté.

M. Jules Périn demande si le service des procès-verbaux ne pourrait pas être fait à la presse.

M. Laden Lambeau répond que tous les journaux reçoivent le Bulletin municipal qui donne, en supplément, les procès-verbaux de la Commission.

M. Sellier propose que ces procès-verbaux soient envoyés à un certain nombre de sociétés archéologiques parisiennes.

La proposition de M. Sellier est renvoyée à la Commission de permanence.

Suite de l’exécution des décisions :

Des remerciements ont été adressés à M. Delalande pour sa communication sur les vitraux anciens de Notre-Dame,

Le service des procès-verbaux sera fait, à la Société d’archéologie de Bruxelles et une demande d’échange avec les fascicules de ses annales lui sera adressée,

Notification a été faite à M. le directeur du Personnel du vœu, tendant à l’établissement d’un gardiennage d« la tour de Jean sans Peur.

Notification a été faite à M. le directeur des services municipaux d’Architecture de la décision relative à la restauration de la verrière de Saint-Médard.

Des remerciements ont été envoyés à M. Maillavin pour son hommage de photographies de l’hôtel du peintre Lebrun.

Des remerciements ont été envoyés à M. Ch. Duprez pour ses communications relatives à l’ancienne École de médecine.

Notification a été faite à M. le directeur des services municipaux d’Architecture de la décision relative à la réédification de l’escalier en fer forgé de la caserne des Célestins.

Transmission à la Commission des monuments historiques du vœu tendant au classement de l’hôtel de la chancellerie d’Orléans.

Des remerciements ont été envoyés à MM. Magne et Lecestre pour l’envoi de photographies.

Notification a été faite à M. le chef du Cabinet de la décision tendant à envoyer à M. Alfred Lamouroux, pendant les vacances, toutes les communications de la Commission.

Notification a été faite à M. G. Cain, conservateur du musée Carnavalet, des reproductions à faire exécuter et de tout ce qui concerne son service.

M. Georges Cain donne lecture de l’exécution par le musée Carnavalet des délibérations prises par la Commission du Vieux Paris dans sa séance du 7 juillet 1898 :

1° Les fragments de sculpture et d’architecture provenant des réparations de Notre-Dame, désignés par MM. Selmersheim, Lucas et Georges Cain, ont été transportés à Carnavalet, savoir : 1 gargouille, 1 fleuron de pinacle, 1 petit gâble, 1 fragment de corniche feuillagée, 2 chapiteaux, 1 faisceau de moulures de chambranle, 1 corbeau orné d’une statuette, 1 fragment de tympan de fenêtre, la pierre tombale de M. de Juigné, 1 colonnette avec base et chapiteau, 1 crochet en volute, 1 fragment de colonnette avec son chapiteau, 1 groupe de chapiteaux, 1 pierre tumulaire datée de 1562, 5 fragments de bandeaux à dents de scie ;

2° Les deux lucarnes Renaissance de la place Saint-André-des-Arts, n° 11, ont été démontées et transportées à Carnavalet ;

3° La pierre tombale provenant des Billettes et signalée par M. Le Vayer a été également transportée à Carnavalet ;

4° Les boiseries du n° 7 de la rue de Varenne ont été aussi transportées à Carnavalet ;

5° Les fragments d’architecture et le fronton armorié du n° 11 de la rue de Varenne ne sont pas encore démontés, par suite de la grève des démolisseurs et des terrassiers ;

6° Une porte de cellule de la prison Mazas a été envoyée à Carnavalet ;

7° M. Cain a fait sur place un choix d’objets provenant de Sainte-Pélagie, à destination de Carnavalet ;

8° Aspect des quais et photographies désignées, en cours d’exécution.

M. Georges Cain propose d’adresser à M. le directeur de la prison de Sainte-Pélagie les remerciements de la Commission pour l’empressement avec lequel il a fait transporter au musée Carnavalet les objets ci-dessus désignés.

Adopté.

M. Tesson informe la Commission qu’au cours d’une visite faite au cloître des Carmes Billettes en compagnie de MM. Breuillé et Lambeau, il a été montré une très curieuse plaque gravée indiquant l’emplacement de la sépulture du sieur Mandat, doyen des conseillers du roy. Cette inscription est curieuse par sa forme et sa petite dimension ; elle faisait vraisemblablement partie d’un dallage.

M. le Président prie M. Cain de faire enlever au plus tôt cette pierre pour la faire déposer au musée Carnavalet.

M. le Président soumet à la Commission la question relative aux mesures à prendre pour l’aménagement d’un magasin destiné à recevoir provisoirement les objets réservés provenant des expropriations. Il rappelle qu’à la dernière séance la Commission a adopté deux propositions de M. Lucien Lambeau tendant :

1° À la réédification dans une construction à élever par la Ville de la rampe en fer forgé située dans la caserne des Célestins ;

2° À la conservation des boiseries sculptées provenant d’un hôtel exproprié de la rue de Varenne.

La Commission, en adoptant ces propositions, a compris quel intérêt il y avait pour la Ville de conserver dans son domaine municipal ces spécimens de l’industrie parisienne du fer et du bois, il ajoute que d’autres objets susceptibles d’être ainsi réédifiés peuvent encore être retenus par la Ville ; un magasin d’assez grande dimension sera donc nécessaire pour le remisage de ces objets avant leur utilisation.

M. Lucien Lambeau répond qu’il croit savoir que la Direction d’Architecture et le service des Beaux-arts seraient disposés à céder une partie de la cour des magasins d’Auteuil, cour dans laquelle il serait peut-être possible d’élever un hangar.

M. le Président estime qu’il devra être bien entendu que le magasin en question sera à l’entière disposition de la Commission du Vieux Paris. Il propose de saisir l’Administration de la question, avec prière de rechercher soit un magasin tout aménagé, soit d’étudier le projet de construction d’un hangar dans la cour du magasin d’Auteuil.

Cette proposition est adoptée.

M. Charles Sellier ajoute que la question de l’aménagement d’un nouveau local, destiné à recevoir provisoirement les objets réservés dans les démolitions exécutées après expropriation, s’impose d’autant plus que les magasins de Carnavalet n’y peuvent plus suffire. Après y avoir déposé les pierres du fronton de l’hôtel du Luart de la rue de Varenne, qui est en cours de démolition, il ne restera plus le moindre coin disponible. Que fera-t-on à l’avenir de ces intéressantes épaves des siècles passés que chaque jour le Paris moderne repousse si dédaigneusement ? Où logera-t-on, par exemple, le poteau cornier si remarquable du coin de la rue Saint-Denis et de la rue des Prêcheurs, en attendant que l’architecte appelé à construire les annexes de Carnavalet puisse l’y utiliser ? La maison qu’il décore actuellement doit être expropriée incessamment, si elle ne l’est déjà, et sa démolition est imminente.

De toutes les maisons qui restent du vieux Paris, cette maison est certainement une des plus curieuses, non pas au point de vue des souvenirs, nous ne lui en connaissons pas qui intéressent l’histoire générale ou particulière de Paris ; non pas davantage au point de vue architectural, mais par sa décoration : un arbre de Jessé sculpté en bois sur une encoignure, motif de décoration autrefois fréquemment employé, et dont celui-ci est le dernier vestige, au moins à Paris. On voit encore des poteaux corniers de ce genre, bien travaillés, dans certaines maisons de Rouen, de Chartres, de Beauvais, de Sens, de Reims, d’Angers, d’Orléans.

La maison de la rue Saint-Denis est relativement moderne, mais elle a conservé son arbre de Jessé, qui lui donne un cachet d’originalité incontestable. Le sujet de cette ornementation, qui a été souvent reproduit dans les verrières des cathédrales et dans les églises, représente l’ascendance de Jésus-Christ, à partir de Jessé, père du roi David. Pour dresser cet arbre généalogique, on a imaginé une souche qui semble prendre sa racine dans le sein de Jessé et dont les branches portent, comme fleurs ou fruits, les autres ascendants du Christ. Le sommet est occupé par la Vierge portant l’enfant Jésus.

Si mutilé par les injures du temps et la main des hommes que paraisse à présent ce vénérable spécimen de charpenterie décorative à la fin du xve siècle, il n’en est pas moins resté digne de la sollicitude des archéologues. Aussi M. Lamouroux a-t-il bien fait, en appelant, il y a déjà deux ans, l’attention du Conseil municipal en faveur de sa conservation. En prévision de l’expropriation dont la maison était menacée pour les besoins de la voirie et de la circulation, il fut alors décidé de faire prendre au moment de sa démolition toutes les mesures de précautions utiles, afin d’assurer la sauvegarde de cet arbre de Jessé, dont le musée Carnavalet doit désormais assurer l’abri.

M. Charles Sellier vient donc rappeler cette décision qu’il est temps de mettre à profit, en invitant le service compétent à prescrire toutes réserves et conditions nécessaires au cahier des charges de l’adjudication de démolition dont la maison en question va être incessamment l’objet.

Cette proposition est adoptée.




M. Tesson. — La Commission du Vieux Paris a été amenée déjà à s’occuper du régime des anciennes eaux de Paris, et plus particulièrement de l’aqueduc de Belleville et des regards qui le desservaient. L’on a été vivement surpris en constatant la destruction et l’abandon de plusieurs parties de ces remarquables travaux. Au moment où l’on signalait les traces d’un ancien regard, retrouvées rue des Couronnes, l’on apprenait la suppression du regard Beaufils et la cession à des propriétaires riverains de portions de l’aqueduc. Aujourd’hui, l’on demande à la Commission du Vieux Paris de donner un avis sur un projet tendant à raser ou tout au moins à déplacer le regard Saint-Martin afin de faciliter une insignifiante opération de voirie.

Ce dernier fait, soumis à la Commission de permanence, a semblé assez important pour qu’une délégation fût désignée afin de se rendre d’urgence sur place et de constater l’état de tout ce qui reste encore de l’aqueduc de Belleville et de ses dépendances.

La visite a eu lieu le mercredi 5 courant sous la conduite de M. Dariès, conducteur du service, qui a mis une obligeance parfaite à guider la délégation et qui a fourni tous les détails techniques nécessaires.

M. l’Ingénieur en chef Humblot a droit aux remerciements de la Commission pour l’empressement qu’il a mis à faciliter la visite de cette curieuse partie de son service. Il y a lieu de faire précéder les constatations sur place d’un exposé destiné à rendre plus commode la lecture du plan annexé à ce rapport.

La butte de Belleville est, à sa surface, formée géologiquement d’une façon homogène et à peu près uniforme. Le sol immédiat est sablonneux et recouvre à peu de profondeur une masse de marnes vertes imperméables ; cette disposition fait que les eaux répandues à la surface sont rapidement parvenues, après infiltration, à la couche de marne sur laquelle elles glissent et forment une nappe dont l’importance varie suivant l’humidité de l’atmosphère et l’abondance des pluies.

Les deux revers de la butte ont été drainés par des pierrées destinées à recevoir et à diriger ces eaux d’infiltration aussitôt leur arrivée sur la marne. Le revers qui regarde la ville constitue le système des eaux de Belle-ville et de Savies. L’autre revers porte le système des eaux du Pré-Saint-Gervais. Ces dernières, qui n’ont pas été aussi profondément contrariées que celles de Belleville, sont moins dures et sont encore propres à divers usages domestiques ; il en sera question plus loin.

Les eaux de Belleville se divisaient en trois groupes, autrefois isolés l’un de l’autre :

L’eau de la Ville ;

L’eau de l’hôpital Saint-Louis ;

L’eau de Savies ou du prieuré de Saint-Martin.

L’eau de la Ville et celle de Savies paraissent avoir été réunies en 1733 ; en 1740, le prieuré de Saint-Martin abandonne ce qui lui reste, c’est-à-dire le regard et le château d’eau de sa fontaine du Vert-Bois moyennant une concession d’eau de rivière.

En 1737, lors de la construction en pierre de l’égout de Turgot, la presque totalité de ces eaux se déversait dans le réservoir du Calvaire et servait au nettoyage de l’égout.

Mais, lorsqu’en 1773, le Conseil général des hospices eut à pourvoir à l’hospitalisation des malades que l’Hôtel-Dieu ne pouvait plus recevoir, après le grand incendie du 30 décembre 1772, et que l’hôpital Saint-Louis, autrefois hôpital temporaire réservé aux épidémies de peste, eût été désigné préférablement à la maison de Sainte-Anne pour devenir hôpital définitif, toutes les eaux venant de Belleville furent réunies dans le regard de la Roulette, rue Saint-Maur, et dirigées sur l’hôpital Saint-Louis où l’on construisit pour les recevoir le réservoir actuel, maintenant alimenté d’eau d’Ourcq.

Aujourd’hui, toute l’eau de Belleville va à l’égout le plus proche de chaque regard. La quantité n’en est pas grande ; elle est évaluée à 40 mètres cubes par jour en moyenne.

Le régime complet de ces anciennes eaux est connu. Jusque dans ces dernières années il était intact. Mais l’établissement du chemin de fer de Ceinture qui passe en tunnel au milieu des pierrées, le percement de la rue des Pyrénées qui a entraîné la disparition de la presque totalité du système de captage des eaux de Savies, enfin la construction de nombreuses maisons dont les fondations ont asséché les pierrées, sont autant de causes qui en ont fait détruire ou abandonner plusieurs portions.

Il faut aussi constater, avec regret, que certains ouvrages, regards et aqueducs même, ont été cédés à des particuliers. Or l’on a fait remarquer à ce sujet qu’il arrivait fréquemment que des servitudes cédées devaient, pour des causes multiples, être rachetées plus tard par la Ville elle-même dans des conditions financières défavorables. Aussi, la Commission a-t-elle pensé qu’il serait bon pour l’avenir de renoncer aux cessions de servitudes.


Aqueduc de Belleville.


La tête de l’aqueduc se trouve rue de Belle-ville, 231, dans le regard de la Lanterne ; après avoir fait un coude très prononcé au dessous de la rue Thierry, le tracé suit la rue de Belleville jusqu’au n° 169, puis il fait un angle droit et passe sous les propriétés du côté gauche de la rue Levert ; il coupe cette rue vers son extrémité, puis, passant par les Cascades, arrive à la rue de la Mare, qu’il suit à peu près exactement en passant sous les maisons du côté gauche. Il se termine à remplacement du regard de la Prise des eaux, à l’encoignure de la rue d’Eupatoria et de la rue de la Mare.

Ce grand aqueduc aux vastes dimensions forme l’artère principale : le fleuve en quelque sorte où viennent se jeter les filets d’eau captés sur le flanc de la colline. Ces nombreux filets sont amenés par les pierrées qui les conduisent soit dans des puisards, lorsque le sens de la déclivité oblige à passer sous des terrains défavorables à la stabilité de la nappe d’eau, soit dans des regards d’où l’eau recueillie peut continuer sa route en conduite forcée, lorsqu’il s’agit de traverser des pentes trop accentuées ou d’aller à la distribution.


EAUX DE LA VILLE.


REGARDS :

Sur l’aqueduc principal :

La Lanterne, rue de Belleville, 231.

Beaufils, rue de Belleville, 205.

Les Cascades, rue des Cascades, 84.

La Chambrette, rue de la Mare, 44.

La Planchette, rue de la Mare, 25.

La Prise des eaux, rue de la Mare, 1.


En affluents de l’aqueduc :


À droite :

Les Grandes-Rigoles, rue des Rigoles, 85.

La Roquette, rue de la Mare, 38 (ancien 67).

Les Messiers, rue des Cascades, 17 (ancien 64).


À gauche :

Les Envierges, rue de la Mare, 73 (ancien 20), où se versaient les eaux de :

Blanche-Bardou, rue de la Mare, 85 (ancien 8), qui venaient du groupe :

Du Chaudron, rue de Palestine, 2, formé lui-même des eaux :

Des Saussaies, 55, rue des Fêtes (ancienne rue de Beaune).

Des Marais, 41, rue des Solitaires (ancien 39).

Lecouteux, 15, rue des Fêtes.

Enfin, après le regard de la Prise des eaux, où s’effectuait la distribution entre les concessionnaires, la décharge du trop plein du château d’eau avait lieu par une conduite en fonte de 0 m. 216 qui aboutissait rue de Ménilmontant, n° 3, dans le regard Décadaire, d’où prenait une autre conduite qui se jetait dans le regard de la Roulette, rue Saint-Maur, n°104 environ.


EAUX DE SAVIES.


REGARDS :

De Saint-Martin, rue des Cascades, entre le 42 et le 44 (ancien 45).

Des Petites-Rigolcs, rue de l’Ermitage, 47.


EAUX DE SAINT-LOUIS.


Regard : Chambre du chirurgien, rue de Belleville, 189 (ancien).

Tableau du régime ancien de l'aqueduc et de ses dépendances, d’après un état « dressé et présenté par le conducteur. Belleville, le 12 septembre 1858, pour remplacer celui de 1855 qui a été perdu… »


Procès-verbal de la Commission Municipale du Vieux Paris, 1898, 7, tableau.jpg

Altitude des radiers :

La Lanterne, 106 m. 23 c.

Saint-Louis, 105 m. 64 c.

Cascades, 77 m. 89 c.

Saint-Martin, 85 m. 06 c.

Messiers, 90 m. 67 c.

Prise des eaux (Belleville), 61 m. 32 c.

Fontaine du Pré-Saint-Gervais, 69 m. 68 c.

Le tableau ci-dessus comprend l’ensemble des ouvrages anciens, relevés à une époque où l’exécution des grands travaux de voirie et la construction des égouts n’en avaient pas encore détruit ou fait supprimer des parties plus ou moins importantes.

Voici la liste des regards existant encore aujourd’hui :

La Lanterne, les Cascades (il ne reste que la partie inférieure dans laquelle on pénètre par une ouverture d’égout), la Roquette, les Messiers, le Chaudron, les Marais, Lecouleux, Saint-Martin.

L’aqueduc existe encore presque complètement ; une portion de 95 mètres a été détruite lors de la construction de l’égout de la rue de Belleville ; l’extrémité a été supprimée par la construction du chemin de fer de Ceinture et l’on en a cédé quelques fractions dans la rue de la Mare.

Voici quelques renseignements sur les travaux et ouvrages cédés, abandonnés ou détruits :

Le regard Beaufils a été démoli tout récemment ; il consistait en une simple descente de service dans le grand aqueduc.

La Chambrette et la Planchette étaient des entrées dans l’aqueduc, à proximité du passage des conduites des eaux de Savies.

Le regard de la Prise des eaux était au contraire un édifice rendu important par le château d’eau qui y effectuait la distribution des eaux entre les concessionnaires.

Une description du système de distribution sera donnée dans un instant, à propos de la fontaine du Pré-Saint-Gervais qui fonctionne en vertu du même principe.

Les Grandes-Rigoles paraissent abandonnées depuis assez peu de temps ; leur débit était minime depuis la construction de la rue des Pyrénées.

Les Envierges et Blanche-Bardou ont disparu par suite de l’établissement du chemin de fer de Ceinture.

Le regard des Saussaies n’appartient plus à la Ville de Paris depuis longtemps ; celui des Petites-Rigoles a été dérasé ; la servitude subsiste néanmoins, l’on y descend par une trappe.

Le regard Décadaire est disparu de lui-même quand la conduite de fonte est devenue inutile par suite de la mise à l’égout le plus proche du produit de chaque regard.

Le regard Saint-Louis ou Chambre du chirurgien n’existe plus qu’à l’état de substruction dans la cave d’une maison particulière. Il est intéressant de suivre pas à pas les modifications successives du service des eaux de l’hôpital Saint-Louis, dont l’adduction est d’une époque certaine et sur laquelle l’on possède beaucoup de renseignements.

L’hôpital Saint-Louis, construit en 1609, sous la direction de Claude Vellefaux, fut pourvu d’une minime concession d’eau du pré Saint-Gervais, prise à la fontaine des Récollets, faubourg Saint-Martin. La conduite aboutissait sur l’emplacement du jardin actuel de la communauté, là où un bassin avec jet d’eau fut installé ensuite.

Le filet d’eau ainsi accordé était insignifiant en raison des besoins ; aussi le bureau de l’Hôtel-Dieu décida-t-il de faire capter quelques-uns des ruisselets de la colline de Belleville. Claude Vellefaux fit les recherches nécessaires et l’emplacement actuel de la place des Fêtes (anciennement place Sainte-Geneviève) où se trouvaient des sources fut acquis des Célestins (1611). La source principale se trouve près de la rue Compans actuelle.

L’aqueduc absolument distinct de celui de la Ville amenait l’eau dans la Chambre du chirurgien, d’où une conduite en plomb la dirigeait par la rue de Belleville, la rue Rébeval (anciennement rue Saint-Laurent), la rue de Sambre-et-Meuse (anciennement rue de la Chopinette), jusqu’à l’hôpital Saint-Louis. Cette conduite recevait en chemin l’eau des Esmocouards sur laquelle l’on ne possède que de vagues données.

Le produit de ces sources étant insuffisant, la Ville accorde (1619) une concession de quatre lignes d’eau à prendre dans le grand aqueduc distant seulement de 8 mètres du regard Saint-Louis.

Les choses restent en l’état jusqu’en 1773 où, comme il est dit plus haut, l’hôpital Saint-Louis reçoit toutes les eaux de Belleville. Alors, la conduite de plomb qui partait du regard Saint-Louis est supprimée et l’eau qu’elle conduisait déversée dans le grand aqueduc où elle se confond avec l’eau de la Ville.

En 1832, une concession gratuite d’eau d’Ourcq est faite à l’hôpital Saint-Louis en échange de l’eau de Belleville qui lui appartenait en partie. L’administration des Hospices se défait alors de sa propriété de la place des Fêtes, qu’elle vend à la commune de Belleville le 18 mars 1836 ; cette administration demande en 1834 l’autorisation de céder un regard, ce qui occasionne un remarquable rapport signé Emery, adressé au Préfet de la Seine et disant en substance que si, en 1809, l’Administration avait cru devoir user d’un droit strictement légal en vendant un regard des eaux, il convenait de l’arrêter dans cette voie, afin d’empêcher l’aliénation de ces ouvrages d’art qu’il doit importer à la Ville de conserver.

Le regard vendu en 1809 est vraisemblablement celui des Esmocouards.

L’eau de Savies était amenée au prieuré de Saint-Martin et au Temple par une conduite en grès séparée de l’aqueduc de Belleville. Elle fut abandonnée lorsque les moines de Saint-Martin, ayant obtenu une concession d’eau de Seine, renoncèrent à l’eau de leur source, qui fut versée dans l’aqueduc à la jonction de la rue de la Mare avec la ruelle Saint-Martin (actuellement rue de Savies).

L’eau des aqueducs de Belleville et Saint-Louis se déverse à l’égout de la rue de Belleville aux emplacements des regards Beaufils et Saint-Louis. Le groupe du Chaudron, comprenant les Marais, Lecouteux, les importantes pierrées : Fessart, des Mignottes, de La Villette, Delouvain, des Saussaies, verse ses eaux dans l’égout à l’angle de la rue de Belleville et de celle des Pyrénées.

Il résulte de l’exposé qui précède que les eaux de Belleville ne servent plus à aucun usage domestique ni public ; néanmoins elles coulent toujours plus ou moins abondamment, de sorte qu’il est indispensable que la Ville veille à leur écoulement normal : d’où la nécessité absolue de conserver et d’entretenir très soigneusement les pierrées et les puisards. Les regards eux-mêmes ont l’avantage de permettre facilement la constatation du débit des pierrées qui y aboutissent et de faire retrouver rapidement les engorgements et les renards qui empêchent l’écoulement de l’eau.

Tous les travaux et ouvrages dépendant de l’aqueduc de Belleville sont, sans aucune restriction, la propriété absolue de la Ville de Paris, qui maintient son droit de servitude en percevant, suivant un rôle méthodiquement dressé, un droit annuel variant de 1 franc à 5 francs par parcelle de propriété. De cette façon, le droit réel de la Ville ne s’abolit pas et les propriétaires riverains, que la minime taxe perçue ne gêne pas, ne peuvent tenter de se soustraire aux obligations de précautions à prendre à l’égard des conduites souterraines.

La délégation qui s’est rendue à Belleville a visité absolument tout ce qui reste des ouvrages anciens ; elle a été frappée de la solidité et de l’arrangement de tous les détails du système d’adduction.

Tout d’abord, le regard Saint-Martin, situé rue des Cascades, entre les nos 42 et 44, a été l’objet d’une visite particulière motivée par la lettre suivante émanée du service de la Voie publique :


NOTE pour M. l’Inspecteur des Beaux-Arts de la Ville de Paris.


« Paris, le 10 septembre 1898.

« M. Berthaut, conseiller municipal, a demandé la pose d’une barrière au haut de la rue de Savies, pour éviter que les voitures venant de la rue des Cascades ne s’y engagent et ne soient entraînées par la rapidité de la pente ; or, outre ce travail qui sera fort utile, le soussigné estime qu’il y aurait lieu, en même temps, de reculer un ancien regard des eaux qui rétrécit le tournant de cette voie ; toutefois cet édicule, que le service des Eaux propose de raser, paraît avoir un caractère archéologique qu’il serait peut-être intéressant de conserver.

« Dans ces conditions, le soussigné a l’honneur de prier M. l’Inspecteur général des Beaux-arts de vouloir bien soumettre, au préalable, cette affaire à la Commission du Vieux Paris qui, semble-t-il, doit-être consultée sur la mesure qu’il convient de prendre à l’égard de cette construction.

« Ci-joint, à titre de renseignement, les rapports des services de la Voie publique et des Eaux.

« Pour le Directeur administratif de la Voie publique et des Eaux et égouts,
Le sous-chef du Bureau de la Voie publique,
Guerrier. »

En effet, le caractère archéologique du regard Saint-Martin est frappant. C’est le seul ouvrage de ce genre qui soit resté sur la voie publique ; il est le témoignage d’un effort très considérable accompli dans les siècles passés, à une époque où l’eau de source était un privilège si important que, seuls, les seigneurs les plus puissants et les communautés les plus riches pouvaient l’espérer. La date de la construction est inconnue ; une plaque intéressante placée extérieurement au-dessus de la porte d’entrée fait connaître la reconstruction du bâtiment, en 1633 d’abord, puis en 1722.

Cette plaque, de 0 m. 98 c. de hauteur et de O m. 78 c. de large, porte l’inscription suivante :


FONS
INTER MARTINIANOS CLUNIACENSES
ET VICINOS TEMPLARIOS COMMUNITER
FLUERE SUETUS, POST ANNOS XXX
NEGLETUS ET VELUTI CONTEMPTUS
COMMUNIBUS IMPENSIS AB IPSA
SCATURIGINE ET RIVULIS STUDIO-
SISSIME INDAGATUS ET REPETITUS :
TUNC DEMUM NOBIS IPSIS FORTITER
ET ANIMOSE TANTÆ MOLI
INSISTENTIBUS NOVUS ET
PLUSQUAM PRIMÆ ELEGANTIÆ AC
NITORI REDDITUS, PRISTINUM
REPETENS OFFICIUM, NON MINUS
HONORIFICE QUAM SUMMO NOSTRO
COMODO ITERUM MANARE CŒPIT
ANNO DNI 1633
IDEM LABORES ET SUMPTUS IN COMUNI
PARITER REPETITI SUNT UT SUPRA
ANNO DNI 1722

Traduction :

Fontaine coulant d’habitude pour l’usage commun des religieux de Saint-Martin de Cluny et de leurs voisins les Templiers. Après avoir été trente ans négligée et pour ainsi dire méprisée, elle a été recherchée et revendiquée à frais communs et avec grand soin, depuis la source et les petits filets d’eau. Maintenant enfin, insistant avec force et avec l’animation que donne une telle entreprise, nous l’avons remise à neuf et ramenée plus qu’à sa première élégance et splendeur. Reprenant son ancienne destination, elle a recommencé à couler l’an du Seigneur 1633, non moins à notre honneur que pour notre commodité. Les mêmes travaux et dépenses ont été recommencés en commun, comme il est dit ci-dessus, l’an du Seigneur 1722.

De chaque côté de la porte étaient placés deux écussons dont un seul subsiste ; il est très fruste ; pourtant, l’on peut y reconnaître un saint Martin déchirant son manteau. Une pierre de la façade, placée à hauteur d’homme, porte le millésime 1804, qui est peut-être une date de réparation.

La construction est massive et extrêmement solide. L’eau arrive par un aqueduc d’une pente très accentuée — d’environ 20 centimètres par mètre — qui est atténuée par des degrés. Le débit est de vingt litres par minute ; c’est de tous les ouvrages encore existants sur l’aqueduc de Belleville celui qui produit le plus. L’eau, d’une limpidité parfaite, tombe dans une bâche qui la déverse dans l’égout de la rue des Cascades à la sortie du regard.

De ce regard partaient et suivaient la rue de Savies une pierrée pour la jonction de l’aqueduc et une conduite qui servait à alimenter une fontaine en fonte, remplacée aujourd’hui par une borne à repoussoir, à l’endroit où la rue de la Mare fait un coude en joignant la rue de Savies.

Le regard Saint-Martin est un précieux monument qui a gardé dans leur état primitif des travaux que nous avons le devoir de conserver.

Le regard des Messiers, 17, rue des Cascades, a été visité ensuite. Cet édicule se trouve dans un jardin d’agrément, il ne reçoit qu’un minime filet d’eau déversé par une conduite en poterie dans l’égout de la rue Henri-Chevreau. L’on y remarque l’inscription suivante :

REGARD des MESSIERS a été
reconstruit en novembre 1811
étant monsieur le comte Frochot
préfet du département de
la Seine.

Ensuite l’on a vu le regard de la Roquette, situé au fond d’une propriété rue de la Mare, 38, dans un milieu tout à fait pittoresque. Ce regard, duquel les religieuses de la Roquette tiraient leur eau, est cité à l’occasion des recherches que l’on dut faire après les sécheresses exceptionnelles des années 1667, 1678 et 1669, pour faire revenir dans l’aqueduc de Belleville, alors presque sec, les eaux qui y coulaient auparavant. L’on découvrit que les dames de la Roquette avaient détourné à leur profit cent cinquante lignes d’eau alors qu’il n’en restait que trente-six à la Ville.

L’on ordonna que le conduit de la Roquette fut totalement supprimé. Cette mesure radicale ne fut probablement pas exécutée, car nous trouvons dans les Registres de la Ville que, les dames de la Roquette s’étant plaintes que l’eau qu’elles tiraient par bassinet du regard de la Roquette ne leur arrivait plus, « une visite faite par le Me des œuvres de la Ville dans ledit regard lui fit constater que l’on avait volé la cuvette de distribution desdites religieuses ainsi que plusieurs tuyaux en plomb ; en continuant sa visite dans d’autres regards, il trouva que l’on avait essayé de forcer sans pouvoir y parvenir la serrure du regard de Belleville où se fait la prise des eaux. » (12 juin 1691.)

Il n’est pas surprenant que les tentatives d’effraction aient échoué, car les serrures des regards sont, dans leur genre, de véritables monuments ; celle du regard de la Roquette est munie d’un secret commandant le mouvement d’une plaque de recouvrement de l’entrée. Cette serrure ferait bonne figure au musée Carnavalet avec son énorme clef.

Au-dessus de l’arrivée d’eau se trouve un écusson portant une croix cantonnée de quatre soleils d’ombre et entouré du collier de saint Michel. Cet écusson a dû être déplacé vraisemblablement à l’occasion de réparations, car le saint Michel qui se trouve habituellement à la partie inférieure du collier n’existe pas ici : une pierre absolument unie en occupe l’emplacement.

Il n’arrive qu’un mince filet d’eau, qui s’écoule dans l’égout de la rue de la Mare. L’on a trouvé au cours de la visite, dans un coin du regard, un tuyau de poterie très ancien, presque complètement obstrué par le dépôt de l’eau séléniteuse qui y passait.

Du regard de la Roquette, la délégation s’est rendue aux Cascades, dont l’entrée se trouve au droit du n° 84 de la rue des Cascades. L’édicule qui servait d’entrée autrefois a été dérasé ; la descente a lieu par une trappe d’égout placée à même le trottoir.

Il ne coule plus une goutte d’eau dans cet important ouvrage qui recevait autrefois le produit de tous les affluents de gauche de l’aqueduc, de beaucoup les plus productifs. Mais le travail de construction est des plus intéressants.

L’on voit une jolie cascade composée de douze degrés et d’une longueur de dix mètres, sur laquelle s’écoulait autrefois l’eau débouchant de pierrées et de conduites installées sur des pentes assez fortes qui lui donnaient une grande rapidité de course.

La cascade, la chambre intermédiaire et l’acqueduc sont dans un état parfait ; si la descente en était rendue plus abordable, cet ouvrage aurait certainement la visite des curieux et des amateurs des souvenirs intéressants de la ville de Paris. En l’état actuel, il n’y a besoin d’aucune réparation ; l’on ne peut que souhaiter la préservation de toute dégradation ou transformation voulue.

La visite a continué par les regards du groupe du Chaudron.

Le Chaudron, rue de Palestine, 2, est une construction robuste, d’un aspect des plus pittoresques au milieu d’un jardin dans lequel il est enclavé.

Sa face antérieure porte un écusson très fruste où l’on distingue à peine quelques vestiges permettant de croire que les armes de la Ville y étaient représentées.

L’on a pensé qu’un moulage soigneusement pris permettrait d’identifier cet ancien ouvrage.

Ce regard reçoit encore le mince filet d’eau des Marais. Ce dernier regard, situé rue des Solitaires n° 41, offre ceci de particulier qu’il est presque entièrement enfoui dans le sol, la toiture émergeant seule. Le système de couverture est différent de celui des autres regards, il est formé de larges dalles et son état est très bon.

La serrure de la porte d’entrée, semblable à celle des autres regards, ne fonctionne plus régulièrement, il y aurait lieu de la remplacer et de la déposer au musée Carnavalet.

Enfin le regard Lecouteux est enclavé dans les substructions d’un immeuble récemment construit. Il faut entrer dans les caves de la maison pour parvenir aux restes de l’ancien édicule, qui n’offre rien de particulier si ce n’est sa toiture en anse de panier d’un travail intéressant.

Enfin, la visite des regards s’est terminée à la Lanterne, rue de Belleville, 231. Il ne s’agit plus là d’un regard ordinaire, mais d’un véritable monument qui mérite que des soins particuliers de conservation lui soient appliqués. Autrefois placé au milieu d’un jardin, ce regard se trouve relégué dans le fond d’une vaste cour, enfermé par une vieille palissade de planches. Les mauvaises herbes croissent en liberté aux alentours, et les anneaux auxquels les échevins attachaient leurs montures à l’occasion des visites annuelles qu’ils étaient tenus de faire à l’aqueduc servent à retenir des cordes d’étendage de linge.

L’édifice est une sorte de puits surmonté d’une puissante coupole couronnée d’une lanterne. La hauteur entre le radier et la clef de voûte est de 8 m. 80 c., le diamètre est de 4 m. 70.

La coupole commence dès le sommet de la porte d’entrée ; celle-ci porte une inscription moderne indiquant le nom du regard. L’on descend par un élégant escalier à double rampe composé de vingt marches, contournant les parois de l’édifice pour venir aboutir à l’entrée de l’aqueduc et laissant la partie centrale occupée par un bassin circulaire dans lequel se fait l’écoulement monotone des trois pierrées de tête placées sur l’une des sources de l’ancien ruisseau de Ménilmontant.

Sous la porte d’entrée et entre les deux rampes se trouve l’inscription suivante gravée sur une plaque de marbre noir de 1 m. 32 c. de longueur sur 0 m. 80 c. de hauteur :


LAN 1613 Me Gaston de Griev Sr de St
Avlbin Concr dv Roy en sa covr de Parlemet
Prevost Nicolas Povssepin Sr de belair
Concr dv Roy au Chastelet Iehan Fontaine
me des œvvres des bastiments dv ROY, robert
Desprez Sr de Clamar Advocat en Parlement
Clavde Meraylt Sr de la Fossee Concr dv Roy
avditevr en la chambre des comptes esche-
vins. Ce grand Regard a ete paracheve
Leqvel fvt commance dv temps de Me
Estienne de Nevilly lors Prévost. Iehan
Povssepin, Denis Mamyneav, Antoine
Hvost, et Iehan Delvinez, Eschëvins
1583

Une autre inscription en pierre de liais de 0 m. 40 c. de largeur sur 0 m. 52 c. de hauteur, et qui est placée en face de la porte d’entrée, immédiatement au-dessus de la tête de l’aqueduc, porte la date de 1457. C’est la plus ancienne indication de l’origine de ces ouvrages :

entre les mois bien me remembre
de may et celui de novembre
cinquente sept mil quatre cens
qu estoit lors prevost des marchens
de paris honnorable homme
maist mahieu qui en somme
estait surnommé de Nanterre
et que galie maistre pierre
sire philippe aussi lalement
le bien publique fort amans
sire michel qui en seur nom
avait d’une granche le nom
et sire jacques de baqueville
le bien désirans de la ville
estoient dicelle estchevins
firent trop plus de iiiixx
et xvi toises de cette œuvre
refaire en brief temps et heure
car si briefment on ne leust faic
fontaine tarie estoit.

La première et la dernière lettre du 9e vers sont cachées par les pattes de fer qui fixent la plaque. Cette inscription a été inexactement reproduite par Corrozet et par Girard, qui ont rectifié l’orthographe et mis des majuscules en tête des vers.

Il est très certain, et la plaque de marbre noir de 1613 le fait aisément comprendre, que l’inscription de 1457, si curieuse et si documentaire, puisqu’elle est antérieure aux premiers registres des délibérations de la Ville, commencés seulement en 1499 — après le désastre du pont Notre-Dame, — a été mise à la place où elle se trouve actuellement au moment de la reconstruction monumentale du regard de la Lanterne ; elle était certainement placée antérieurement, soit dans l’aqueduc lui-même, soit dans l’édifice qui a précédé la Lanterne.

L’intérieur de ce regard est bien digne de l’importance que l’on voulait donner à l’ouvrage tout entier. L’apparence massive de la construction est atténuée par des ouvertures et fausses baies prises dans l’œuvre qui sont des modèles de stéréotomie. En sorte que cette énorme maçonnerie qui caractérise tous les autres regards prend à la Lanterne une allure élégante, où l’on sent la marque d’un artiste qui a produit un travail bien personnel n’ayant de comparable que la conception de certains jubés d’églises de la même époque.

L’aqueduc a été parcouru sur une longueur de plus de cent mètres. C’est une construction magnifique, dont les dimensions et le développement ne peuvent être expliqués que par l’intérêt utilitaire qu’on lui reconnaissait ; l’on peut le parcourir sans fatigue ; sa hauteur à l’entrée est de 1 m. 72 c, elle atteint 1 m. 92 c. dans la plus grande étendue ; la largeur moyenne est de 1 m. 18 c. Les parois latérales sont bâties de fortes murailles de 0 m. 80 c. à 1 mètre d’épaisseur. Le toit est formé par des dalles de 0 m. 20 c. à 0 m. 25 c. d’épaisseur ; le radier est également formé de dalles épaisses ; au milieu on a ménagé une minime rigole de 0 m. 5 c. de creux sur 0 m. 25 c. de large qui suffisait largement à l’écoulement de l’eau.

L’utilité de la conservation de l’aqueduc se démontre par le suintement continuel d’innombrables infiltrations qui seraient peut-être un désastre pour le quartier si le vaste drain que constitue l’aqueduc venait à être supprimé.

La délégation a été unanime à constater que le regard de la Lanterne, avec ses curieuses inscriptions, son admirable travail de construction et son aqueduc resté actif en raison du débit des trois pierrées de tête, est un ouvrage des plus intéressants et qui mérite le classement comme monument historique.

La visite des regards de Belleville étant terminée, la délégation a complété son excursion par une visite à la fontaine de la Prise des eaux, au Pré-Saint-Gervais.

Cet ouvrage, analogue à celui qui existait autrefois à l’extrémité de l’aqueduc de Belle-ville, et semblable quant au principe aux installations des anciennes fontaines de Paris, est actuellement le seul vestige du château-d’eau, dont le type, conçu par les Romains, a l’inconvénient d’exiger l’écoulement continu de l’eau, même au moment où la consommation est nulle ; ce système a été heureusement complété par l’usage des réservoirs.

Le château-d’eau consiste en trois bassins : le premier reçoit l’eau de la conduite d’arrivée ; le second étale l’eau de manière à rendre insensibles les variations du débit ; le troisième est divisé en compartiments sur le côté desquels se trouvent percées les ouvertures d’écoulement dont le diamètre correspond à l’importance de la concession.

Ce système a l’inconvénient de laisser écouler l’eau disponible après le service des concessions ; au Pré-Saint-Gervais, cet inconvénient n’est que relatif, car l’excédent s’écoule à robinet libre à l’extérieur et est laissé à la disposition du public.

Cette installation rudimentaire, et qui ne représente qu’une faible partie du service des eaux de la commune du Pré-Saint-Gervais, est néanmoins des plus intéressantes et elle forme le digne complément du système d’adduction d’eau par pierrées-aqueducs. Elle représente un souvenir précieux du travail des ingénieurs des temps passés. Deux concessionnaires prennent encore de l’eau dans cette fontaine ; il sera nécessaire, quand leurs privilèges s’éteindront, de veiller à la conservation du vieux château-d’eau qui la dessert aujourd’hui.

M. Daries a fait remarquer l’existence d’une conduite en plomb d’un travail exceptionnellement rare, puisque l’on n’en connaît qu’un autre exemplaire placé au musée de Milan : il s’agit d’un tuyau de 0 m. 135 confectionné suivant la méthode romaine avec une table de plomb roulée dont les bords sont rapprochés et réunis par une large soudure.

Cette fontaine, qui a remplacé l’ancien regard sur lequel l’on voyait au temps de Corrozet la Résurrection de saint Lazare, a été construite du temps de Louis XIV, comme le porte la plaque suivante dont la stabilité inspire des craintes :

ce Regard qvi reçoit les eavx de
tovtes le sovrces dv pfle st gervais
a este costrvict dv regne de lovis
Xiiii, Prevorte de M" Hierosme le
Feron Président avx Enqtes Eschevi
nege de mrs Pierre Hachette Coner
du Roy av Chlet Raymont Lescot
coner de Ville Clavde Bovcot Secm dv
Roy Simon de Seqveville bovcot secre
estas Mrs germain Piètre procr dv
roy et de la ville, Martin le Maire
greffier, Nicolas Bovcot Recbvr d’icelle

À la suite de cette intéressante visite sur place, la Commission présente les conclusions suivantes :

« 1° Le tuyau de poterie trouvé au regard de la Roquette sera transporté au musée Carnavalet, ainsi que la serrure du regard des Marais qu’il est nécessaire de remplacer ;

« 2° Il sera pris un moulage de l’écusson du Chaudron ;

« 3° L’on prendra des vues des regards encore existants, en photographie pour joindre au présent rapport, et à l’aquarelle pour conserver l’aspect actuel ;

« 4° L’Administration sera priée de ne plus céder à l’avenir aucune des servitudes résultant des travaux de captation des sources du nord ;

« 5° Tous les regards et l’aqueduc de Belle-ville seront intégralement conservés ;

« 6° L’entrée du regard des Cascades sera aménagée de façon à en rendre la visite plus facile ;

« 7° Le regard de la Lanterne et la portion d’aqueduc comprise entre ce regard et la rue de Belleville seront proposés pour le classement comme monuments historiques ;

« 8° Des mesures de conservation appropriées seront appliquées à la fontaine de la prise des eaux du Pré-Saint-Gervais ;

« 9° Des visites périodiques seront organisées par la 1re Sous-commission pour veiller à la conservation de tous ces précieux souvenirs des anciennes adductions d’eau ;

« 10° En ce qui concerne le regard Saint-Martin, la Commission propose de protester contre toute modification ou déplacement de cet édicule, qui témoigne de nombreux faits intéressant l’histoire de la ville de Paris ;

« 11° Établissement d’un relevé d’architecte donnant tous les détails d’installation et de fonctionnement du château-d’eau du Pré-Saint-Gervais. »

M. Alfred Lamouroux remercie, au nom de la Commission, M. Tesson de son remarquable rapport ; il ajoute qu’il est nécessaire de conserver le regard Saint-Martin et que l’on ne manque pas de moyens, soit en aménageant un terre-plein sur le carrefour formé par la partie haute de la rue de Savies et en mettant un escalier de quelques marches pour donner accès à la rue des Cascades, soit par l’établissement d’un pan coupé pris sur la propriété qui fait l’angle de la rue des Cascades avec le côté gauche de la rue de Savies.

M. Ch. Lucas dit que ce regard est situé dans un terrain appartenant à la Ville, qui n’est guère utilisable à cause de la forte pente des remblais dont il est formé, et qu’un petit bouquet d’acacias donne un aspect très pittoresque à la vieille construction. La ville de Paris n’offre que peu de ces aspects, il serait bon de conserver ceux que l’on a.

M. Ch. Lucas insiste sur le haut intérêt que présente le regard de la Lanterne au point de vue de la stéréotomie.

M. Alfred Lamouroux appelle l’attention sur la plaque de la fontaine du Pré-Saint-Gervais, qui est placée sans goût et qui n’est pas en sûreté.

M. Le Roux dit qu’il s’est déjà préoccupé de cette situation et qu'il avisera au nécessaire.

Les conclusions de la Commission sont adoptées. En conséquence sont renvoyés :

À l’Administration :

1° Le vœu tendant à ne plus céder aucune des servitudes résultant des travaux de captation des sources du nord ;

2° La protestation contre toute modification, déplacement ou dérasement du regard Saint-Martin.

À la 1re Sous-commission :

1° Le vœu concernant le classement du regard de la Lanterne ;

2° Le projet d’aménagement d’une descente pratique dans les Cascades ;

3° L’étude de moyens de conservation de la fontaine du Pré-Saint-Gervais,

4° L’organisation de visites périodiques dans les regards et dans l’aqueduc.

À la 3e Sous-commission :

1° La prise de vues en photographie et à l’aquarelle de tous les regards ;

2° L’établissement d’un relevé d’architecte donnant tous les détails du château d’eau de la fontaine du Pré-Saint-Gervais.

En outre, un plan indiquant les ouvrages existants et ceux qui ont été cédés, abandonnés ou détruits sera annexé au procès-verbal.

M. le Président donne communication d’un rapport de M. Gion, architecte de la 1re section, relatif au nettoyage des vitraux de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.


Rapport de l’architecte de la 1re section


Église Saint-Germain-l’Auxerrois.


Pour pouvoir nettoyer toutes les anciennes verrières du xvie siècle qui se trouvent dans le transept, il faudrait des échafaudages intérieurement et extérieurement ; l’ensemble de ce travail, compris le nettoyage, peut être évalué approximativement à la somme de 4,950 francs.

En ce moment, le soussigné a fait monter un échafaudage pour la restauration des parties menaçant ruine, en vue de la sécurité publique, sur la façade rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois ; il en a profité pour demander à un peintre-verrier expérimenté, M. Vantillard, 4, rue Daubigny, de lui nettoyer extérieurement seulement toute la rosace sur cette façade, ce qui permet de juger de ce que l’on pourrait faire aux autres vitraux.

En conséquence, le soussigné pense que M. le Directeur pourrait faire la communication ci-dessus à la Commission du Vieux Paris, pour qu’elle puisse suivre l’étude très intéressante qu’elle a entreprise.

Signé : Gion.

M. Ch. Lucas dit qu’il a visité la rose de cette église depuis son nettoyage et qu’elle est parfaitement visible, le nettoyage extérieur est, d’ailleurs, relativement facile, la pluie faisant à elle seule une grande partie de la besogne, mais il estime qu’en ce qui concerne le nettoyage intérieur, la difficulté est beaucoup plus grande.

Il propose, en conséquence, de saisir l’Administration de la question en la priant de faire tout son possible pour mener à bien cette très intéressante opération.

Adopté.

Des remerciements seront adressés à M. l’architecte Gion pour sa communication.

M. le Président donne lecture de la communication suivante relative à la direction du mur d’enceinte de Philippe-Auguste, adressée par M. le directeur des Affaires municipales :

« Paris, le 11 août 1898.

Monsieur le Vice-président,

Dans une de ses dernières séances, la Commission du Vieux Paris s’est préoccupée de la direction du mur d’enceinte de Philippe-Auguste.

Une partie de ce mur passait dans l’ancienne caserne de l’Ave Maria, démolie dans les dernières années du second Empire.

Les terrains sur lesquels avaient été édifiée cette caserne ont été mis aux enchères par l’État le 26 octobre 1868. Ils comprenaient onze lots et le cahier des charges rappelle que, « sur le côté Est des lots nos 3, 4, 5, 6 et 11 allant de la rue des Barrés (actuellement de l’Ave-Maria) à la rue Charlemagne existent des débris de l’ancien mur d’enceinte de Paris, élevé sous Philippe-Auguste, formant empâtements en dehors de l’aplomb du mur mitoyen avec les propriétés voisines en saillies sur lesdits lots ; ces saillies sont, ainsi que le sol sur lequel elles reposent, comprises dans la vente de ces lots. »

Au 5e lot se trouvait une saillie demi-circulaire formée par l’emplacement de l’une des tourelles de l’ancien mur ; au 11e lot, sur la rue Charlemagne, on voyait également une saillie en un quart de cercle, formant une autre tourelle.

On sait que la Ville de Paris s’est rendue adjudicataire de ces divers lots et qu’elle y a construit une annexe du lycée Charlemagne et une école communale.

J’ai l’honneur de vous adresser un calque du plan de contrat sur lequel sont figurés les emplacements de tourelles dont il s’agit.

Veuillez agréer, Monsieur le Vice-président, l’expression de mon respectueux dévouement.

Pour le directeur des Affaires municipales :

Le chef du bureau du Domaine,
Barras. »

Sur la proposition de M. le Président, des remerciements sont adressés à M. le Directeur des Affaires municipales et à M. Barras pour l’intéressante communication qui vient d’être lue. La Commission décide, en outre, que le plan annexé, après avoir été réduit, sera publié à la suite du procès-verbal.

M. Georges Villain demande s’il ne serait pas possible d’indiquer par un large trait sur la chaussée, à l’aide d’un pavage différent, les endroits où passait l’enceinte de Philippe-Auguste, ainsi que la chose a été faite pour l’emplacement de la Bastille. Il ajoute que, le tracé de cette enceinte étant parfaitement connu et repéré, la chose ne lui parait pas présenter de bien grandes difficultés ; elle viendrait, en outre, compléter les plaques relatives à ce sujet déjà apposées sur différents points de Paris.

M. Edgar Mareuse répond que le Comité des inscriptions parisiennes s’est déjà occupé de la question.

Il a demandé qu’un tracé de cette enceinte fût gravé sur une plaque à placer dans la cour du Mont-de-piété, contre la tour encore debout ; il a demandé également que le passage de l’enceinte de Charles V fût indiqué par un trait pavé dans la cour du Carrousel, cela depuis 15 ans au moins.

Le projet de vœu de M. Villain est adopté et renvoyé à l’Administration.

M. Charles Lucas donne lecture de la proposition suivante :


Proposition de M. Charles Lucas relative à deux plaques commémoratives à poser, par les soins du Comité des Inscriptions parisiennes, l’une, sur la maison où est mort François Blondel, l’autre, sur la maison où est mort Charles Garnier.
« Messieurs,

L’ordre du jour de la séance si chargée du 7 juillet 1898 a fait remettre à cette séance de rentrée une proposition que j’avais eu l’honneur de soumettre à la Commission de permanence, qui l’avait bien voulu prendre en considération. Cette proposition avait pour but de faire poser, par les soins du Comité des inscriptions parisiennes, une plaque commémorative sur la maison située à l’angle de la rue Saint-Benoit et de la rue Jacob, dernière rue où elle porte le n° 33, et maison où est mort, le 21 janvier 1686, l’illustre architecte qui eut nom François Blondel.

Ce n’est pas dans une Commission composée d’administrateurs, de savants et d’artistes, tous épris des monuments et des souvenirs qui font la haute valeur historique et le charme pénétrant de Paris, qu’il peut être nécessaire de développer tous les titres de François Blondel au nouvel honneur que beaucoup d’architectes réclament avec moi pour lui.

Dans plusieurs réunions savantes et notamment dans les congrès tenus à la Sorbonne sous les auspices du Ministère de l’Instruction publique, j’ai successivement établi, depuis dix ans, que François Blondel, né à Ribemont (Aisne), le 15 juillet 1618, fut successivement ingénieur militaire et maritime, maréchal de camp dans l’armée de terre et commissaire général dans la marine, cartographe aux îles Antilles, chargé de missions diplomatiques en Danemark, en Prusse et à Constantinophe, conseiller du Roi en ses conseils, littérateur, savant et collectionneur émérite, professeur de mathématiques du dauphin, lecteur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, premier directeur et professeur à l’Académie royale d’architecture, enfin l’auteur de monuments imposants, de plans de villes et de remarquables ouvrages traitant des matières les plus diverses.

Il suffira de rappeler ici que François Blondel fit, en 1673, élever à Paris la porte Saint-Denis et que, en 1676, il fit dresser, sous sa direction, par Pierre Bullet, son élève, le plan de Paris donnant le tracé et l’amorce des grands boulevards, aujourd’hui boulevards intérieurs, qui conduisent de la place de la Bastille à cette même porte Saint-Denis.

Quant à Charles Garnier, dont tous les architectes se préparent à honorer la mémoire et pour lequel est demandée une plaque commémorative comme pour François Blondel, il serait superflu de redire ici que Charles Garnier, né à Paris rue Mouffetard, 264, le 6 novembre 1825, consacra quinze années de sa vie à faire édifier, à la suite d’un brillant concours, le nouvel Opéra de Paris et que, plus que tout autre artiste peut-être et notamment à la Société des amis des monuments parisiens, il fit preuve d’affection pour les beautés de Paris et s’éleva toujours avec indignation contre toutes les tentatives, entre autres l’abus des affiches, qui pourraient altérer cette beauté.

Malheureusement il est plus que probable — comme nous avons pu nous en assurer avec notre confrère M. Charles Sellier, l’un des secrétaires de la Commission du Vieux Paris — que la maison portant en 1825 le n° 264 de la rue Mouffetard et que l’on peut identifier, comme emplacement, avec la maison portant actuellement le n° 32 de l’avenue des Gobelins, n’est plus celle où naquit Charles Garnier ; aussi proposons-nous de placer une plaque commémorative de ce grand architecte sur la maison boulevard Saint-Germain, n° 90, maison qu’il habita pendant plus de trente années et où il est mort le 3 août 1898.

Si la Commission veut bien prendre en considération la double proposition que nous avons l’honneur de lui soumettre, nous la prierons de la renvoyer, avec avis favorable et par les soins de son bureau, au Comité des inscriptions parisiennes qui, seul, a qualité pour prendre une décision conforme et en assurer l’exécution.

Paris, le 6 octobre 1898.

Charles Lucas. »

M. Quentin-Bauchart appuie la proposition de M. Ch. Lucas et son renvoi au Comité des inscriptions parisiennes, mais il demande que la plaque porte le lieu de naissance de Blondel, qui est Ribemont, dans le département de l’Aisne.

M. Edgar Mareuse appuie également la proposition de M. Ch. Lucas et aussi celle de M. Quentin-Bauchart. Il croit devoir faire remarquer, cependant, que le Comité n’est pas d’avis de faire graver sur les plaques les lieux de naissance des personnes qui ne sont pas nées à Paris, de même qu’il ne décide la pose d’une inscription commémorative que cinq ans au moins après la mort.

La proposition de M. Ch. Lucas est renvoyée au Comité des inscriptions parisiennes.


Premier Congrès international de l’art public, à Bruxelles, en septembre 1898.


M. Charles Lucas, délégué de la Commission du Vieux Paris au premier Congrès international de l’art public qui s’est tenu à Bruxelles dans les derniers jours du mois de septembre, demande à remettre à la prochaine séance le compte rendu qu’il doit faire de ce congrès, se bornant aujourd’hui à annoncer que, sur la proposition de M. Lampué, vice-président du Conseil municipal de Paris et l’un des délégués de ce Conseil, proposition appuyée par M. Aug. Beernaert, ministre d’État de Belgique, président du Congrès, et reprise en assemblée générale de clôture par M. Léon Bourgeois, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts de France, le deuxième Congrès international de l’art public aura lieu à Paris pendant l’Exposition universelle internationale de 1900.

Les questions d’intervention des pouvoirs publics en matière d’art public, d’enseignement, de développement et de vulgarisation de notions d’art ainsi que de respect des monuments du passé, questions qui ont occupé de laborieuses séances de sections et d’assemblées générales, ne sauraient être rappelées sans être appuyées des vœux formulés par le Congrès et dont l’éminent président, M. Aug. Beernaert, et le dévoué secrétaire, M. Eugène Broerman, préparent la rédaction définitive et la publication.

M. Ch. Lucas veut seulement aujourd’hui remercier ses collègues de la Commission du Vieux Paris de l’accueil plus que bienveillant que lui a valu, de la part de tous, membres du gouvernement belge et ministre de France à Bruxelles, ainsi que des congressistes de divers pays, la délégation que lui avait donnée la Commission et que M. le Préfet de la Seine avait notifiée au président du Congrès.

M. le Président donne lecture d’une lettre de la Société d’archéologie de Bruxelles annonçant l’envoi de volumes de ses annales et demandant la remise de procès-verbaux de la Commission du Vieux Paris.

Satisfaction sera donnée à cette société et des remerciements lui seront envoyés pour son gracieux envoi.

M. le Président donne lecture d’une lettre de M. Zawiski, artiste peintre, soumettant à la Commission un tableau dont il est l’auteur représentant la rue Cortot, à Montmartre.

M. Georges Villain demande le renvoi à la 3e Sous-commission.

Le renvoi est prononcé.


Église de Plaisance.


M. le Président. — Dans sa séance du 6 juillet dernier, le Conseil municipal en approuvant le principe du transfert de l’église actuelle de Plaisance, située rue du Texel, 9, dans un local nouveau rue Vercingétorix, 59, chargeait la Commission du Vieux Paris de se rendre à la vieille église avant sa démolition pour en faire enlever auparavant tout ce qui pourrait avoir un caractère artistique ou archéologique.

Une délégation a visité l’église de la rue du Texel.

Elle a constaté que l’édifice actuel, présentant trois pignons sur la rue, est insignifiant et n’offre aucun intérêt. C’est une construction en bois éclairée par des fenêtres à tabatière de la sorte la plus banale.

L’on n’y rencontre aucun objet d’art de valeur appréciable. Il a été remarqué qu’un morceau de sculpture en bois doré datant du xviie siècle, qui se trouve mentionné dans l’inventaire des œuvres d’art appartenant à la Ville de Paris (Édifices religieux, vol. 3) n’a pas été retrouvé et que le curé, qui est en fonctions depuis 14 ans dans cette église, a dit n’avoir jamais connu.

L’église possède depuis 1859 une cloche provenant de Sébastopol ; comme le bâtiment ne comporte aucun clocher et que la solidité de la toiture ne permettait pas de lui suspendre une cloche d’assez belle dimension, l’on a construit dans une petite cour derrière la chapelle du catéchisme un fort bâti en charpente surmonté d’un simulacre de clocheton qui a permis une installation tout à fait pittoresque.

Cette église ne fut d’abord qu’une chapelle de secours dépendant de l’église Saint-Lambert, de Vaugirard. À peine était-elle ouverte que l’on étudiait les moyens d’établir un plus vaste monument pour la remplacer : les archives de la fabrique contiennent un grand nombre de pièces concernant les projets les plus divers.

La Commission propose :

« 1° De prendre une vue photographique de la façade de l’église ; cette vue devrait embrasser tous les numéros impairs de la rue du Texel ;

2° De faire une aquarelle de l’installation de la cloche de Sébastopol ;

3° De publier une description détaillée de ce bronze, qui pourrait se trouver détérioré ou détruit au cours des travaux de déplacement ;

4° De provoquer les moyens de suivre les objets mentionnés dans les inventaires d’œuvres d’art appartenant à la Ville de Paris pour en empêcher la perte. »

M. Charles Lucas dit qu’il connaît un édifice religieux dans les caveaux duquel on a relégué il y a environ trente ans un ensemble de laves émaillées d’un grand intérêt et ayant coûté plus de 30,000 francs à la Ville de Paris.

M. Le Roux expose que les récolements d’inventaires sont difficiles à opérer, mais que, si l’on actionnait les trésoriers de fabrique personnellement responsables, l’on arriverait promptement à préserver les œuvres d’art des dangers de perte ou de détérioration.

Les propositions de la Commission sont approuvées.

Les projets de vues à prendre et la description de la cloche sont renvoyés à la 3e Sous-commission.

L’étude des moyens de suivre les inventaires d’œuvres d’art est renvoyée à la 1re Sous-commission.

M. Charles Sellier donne lecture du rapport suivant :


Rapport présenté par M. Charles Sellier, au nom de la 2e Sous-commission, relativement aux découvertes faites dans les fouilles exécutées dans Paris pendant les mois de juillet, août et septembre 1898.

Messieurs,

Les fouilles exécutées, rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, dans le cours de la deuxième quinzaine de juillet, pour la construction de plusieurs branchements d’égout, ont amené quelques découvertes analogues à celles déjà faites en février dernier. Ainsi, on a d’abord trouvé, au long des maisons portant les nos 11 et 17, plusieurs cercueils de plâtre, assez bien orientés, mais entièrement brisés, du même genre et de la même époque que ceux mentionnés, pour le même point, au procès-verbal de la séance du 3 mars 1898. On n’a pu en conserver aucun fragment intéressant. Ils ont été rencontrés à environ 1 m. 50 de profondeur dans le sol.

Puis, vis-à-vis le n° 21, les terrassiers ont mis à jour, à la même profondeur, deux cercueils en pierre, de forme trapézoïdale en plan comme les précédents, mesurant chacun en moyenne 2 m. 04 c. de long sur une largeur de 0 m. 80 c. en tête et de 0 m. 38 c. en pied, avec une épaisseur de parois d’environ 0 m. 08 c, mais tous deux sensiblement plus élevés à la tête, où ils ont 0 m. 74 de haut, qu’au pied, où ils n’ont que 0 m. 48 c. Les couvercles qui devaient les fermer en avaient presque entièrement disparu, et les informes fragments qui en subsistent ne nous ont pas permis d’en reconstituer une figure exacte. La nature de la pierre où ces cercueils ont été creusés est assez tendre et n’est autre qu’une sorte de lambourde provenant des carrières de notre bassin parisien. Leur taille, irrégulière et grossière, qui paraît avoir été faite avec le marteau taillant sans dents, analogue à celui dont on se sert encore aujourd’hui, appartient assurément à une basse époque. Par leur style et leur forme particulière, ces cercueils sont à peu près semblables à ceux d’époque mérovingienne qu’on a trouvés il y a quelques années dans l’ancien cimetière Saint-Marcel et qui sont depuis conservés au musée Carnavalet. Leur antiquité est absolument incontestable, car le cimetière où ils reposaient, et qui longeait jadis le côté méridional de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, avait de bonne heure cessé d’exister. Depuis longtemps, sans aucun doute, la paroisse du lieu envoyait ses morts au cimetière des Innocents ; en effet, dès la fin du xiiie siècle, le joyeux Dict des rues de Paris, de Guillot, mentionne en cet endroit une voie de communication qu’il appelle rue sus la rivière. Au commencement du siècle suivant, ainsi qu’il appert du Rôle de la taille de Philippe-le-Bel, cette rue portait le nom de l’Encloître, et, comme elle était en grande partie habitée par le clergé de l’église voisine, elle a fini par prendre le long vocable de rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois.

Quoi qu’il en soit, les deux cercueils en question ont été trouvés béants et remplis de terre, où quelques fragments de leurs couvercles se trouvaient enfouis. Ces cercueils ont été vidés en notre présence, et la terre qui les emplissait a été examinée attentivement par nous à chaque pelletée ; on n’y a, enfin, rencontré que des débris d’ossements humains provenant des squelettes rompus qui gisaient dans le fond ; aucun autre objet n’y a été trouvé. Ces deux cercueils ont été transportés à Carnavalet.

Place de l’École-de-Médecine, vers l’entrée de la Clinique, les fouilles en souterrain exécutées pour la déviation du collecteur de Bièvre ont rencontré pendant la première quinzaine de juillet un certain nombre de débris assez menus de pierres tombales avec inscriptions provenant de l’ancien cloître du couvent des Cordeliers, qui se trouvait autrefois en ce point. La plupart des inscriptions sont en lettres gothiques du xve siècle ; mais les textes en sont tellement tronqués et mutilés qu’il est impossible de les identifier. Sur l’un de ces débris, on lit cependant en lettres romaines capitales : …MOYSEL… ETTE… AME DE Gï… COURT… T… LAQUELLE DÉCÉDA… L’AN 1566… PRIEZ… Nous avons consulté l’Épitaphier du vieux Paris de M. Raunié, mais nous n’y avons rien trouvé se rapportant à cette inscription Ces débris tumulaires ont été néanmoins transportés à Carnavalet.

Le 13 août, à l’angle des rues Saint-Jacques et Malebranche, on a rencontré, dans les fouilles exécutées pour la construction d’un égout, la rigole connue sous le nom d’aqueduc romain d’Arcueil, qui conduisait, au temps de l’empereur Julien, les eaux de Rungis au palais des Thermes, et dont le musée Carnavalet possède un intéressant fragment comme échantillon. Cette rigole est formée de trois plans droits, l’intérieur horizontal et les deux autres verticaux ; elle a, au point qui nous occupe, 0 m. 48 c. d’ouverture et 0 m. 70 c. de profondeur ; l’épaisseur de ses côtés est de 0 m. 40 c, et celle de son fond 0 m. 23. Elle est construite en béton composé de mortier de chaux et de cailloux mêlés de débris de moellons. Ses parois intérieures sont enduites d’un ciment de tuileaux, facile à reconnaître à sa couleur rose, qui s’étend jusque pardessus ses bords arrondis. Elle n’était pas couverte de dalles de pierre, et par conséquent l’eau y devait couler à découvert. L’ancien sol romain, que nous avons relevé ici à la cote 54,97, est donc au niveau du dessus des bords de la rigole, qui était construite à fleur du sol. Les terres situées actuellement au-dessus sont des remblais, sur 3 m. 45 c. de hauteur, compris l’épaisseur du pavé dont le dessus est, par conséquent, ici, à la cote 58,42. La profondeur de la rigole étant, avons-nous dit, de 0 m. 70 c, la cote du radier serait donc à la cote 54,27.

La rigole ainsi découverte a été reconnue par nous, en présence de M. le docteur Lamouroux et de M. Lassalle, conducteur des travaux, sur 3 m. 50 c. de long ; elle suit à peu près, comme direction, l’ancien alignement de la rue Saint-Jacques, du côté des numéros pairs.

Il n’y avait, du reste, pas bien longtemps que la rigole romaine avait déjà été signalée dans ces parages. En effet, au mois de décembre 1897, en fouillant aussi le sol pour la construction d’un égout, à l’angle des rues Saint-Jacques et Royer-Collard, c’est-à-dire à environ 65 mètres de la rue Malebranche, elle fut mise à jour sur 3 mètres de long, et le niveau de son radier fut relevé à la cote 54,33.

Or, d’après le profil en long de la rigole romaine dressé par l’ingénieur Belgrand et contenu dans son ouvrage intitulé : Les anciennes eaux de Paris, nous avons pu constater que les cotes trouvées rue Royer-Collard et rue Malebranche concordent assez exactement, comme pente, avec celles indiquées par ce profil à l’angle des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac et près de l’emplacement de l’ancienne église Saint-Benoît, c’est-à-dire aux deux derniers points où cette rigole avait été repérée jusqu’à présent. Les deux repères nouveaux de la rue Royer-Collard et de la rue Malebranche permettent donc de combler en partie le long intervalle de 590 mètres qui sépare les deux anciens repères de la rue Gay-Lussac et de l’église Saint-Benoît indiqués par Belgrand.

C’est du côté de l’ancienne porte Saint-Jacques que fut d’ailleurs rencontrée, en 1544, la même rigole romaine dont parle Gilles Corrozet dans ses Antiquités de Paris, à propos de la construction des remparts et bastions que l’on entreprit cette année là en prévision d’une invasion des armées de Charles-Quint. Mais ce repère n’est plus visible aujourd’hui et l’on ne connaît plus guère de trace de cet aqueduc jusqu’au palais des Thermes.

La construction d’un autre égout, rue Lhomond, pendant le mois d’août dernier, nous faisait espérer quelque nouvelle découverte intéressante ; mais là on n’a trouvé rien autre qu’un fragment de hache polie en granit vert foncé, trouvé à 4 m. 50 c. de profondeur, vis-à-vis de la maison portant le numéro 14. Nous avons pu cependant constater que, en cet endroit, l’ancien sol romain se trouve à 3 mètres au-dessous du sol actuel.

Nous devons aussi parler des fouilles exécutées, place du Petit-Pont, au nom de la 2° Sous-commission.

Lors du remaniement de l’égout de la rue du Petit-Pont pour sa jonction avec le nouveau collecteur qui passe sous les rues de la Bûcherie et de la Huchette, l’aspect tourbeux et noirâtre des déblais qui sortaient du puits de service avait attiré notre attention ainsi que celle de plusieurs archéologues, notamment de M. Rollain, membre de la Société d’anthropologie, qui tout le premier s’en préoccupa. Parmi ces déblais on avait remarqué la présence de quelques débris de poteries très grossières, paraissant dater des temps les plus reculés, puis de nombreux morceaux de cuir très minces, des bouts de pieux en chêne, etc. En face d’un cas tout aussi particulier où, pour éclairer nos investigations, les textes et les parchemins n’auraient peut-être pu nous suffire, nous pensâmes qu’il devenait plus prudent de nous en prendre au sein même des choses pour en mieux pénétrer les énigmes. Aussi fut-il décidé, sur l’initiative de M. le docteur Lamouroux, d’utiliser le puits de service de la place du Petit-Pont pour faire percer une petite galerie de recherche d’environ 3 mètres de long sur 2 mètres de haut et 1 m. 40 c. de large, dans la direction Est, c’est-à-dire vers le point d’où les susdits déblais remarqués avaient été extraits une première fois. Ceci fut exécuté vers la fin du mois de juillet par les soins empressés de M. le conducteur Hénault.

La galerie fut ainsi pratiquée suivant le niveau inférieur de la fouille du puits, à 6 m. 22 c. en contre-bas, du dessus du pavé actuel de la place, c’est-à-dire à la cote 29, 52. On s’arrêta à 3 mètres du point de départ : on ne pouvait aller plus loin, car on avait atteint l’égout de la rue du Petit-Pont.

Nous avons, avant tout, remarqué que le sol inférieur de cette galerie consistait en une couche d’argile fluviale un peu sableuse, bien connue à Paris sous l’appellation de terre à poisson, parce qu’elle sert aux pécheurs à la la ligne à faire des boulettes d’amorce. Cette couche présente ici et dans les environs une épaisseur de 3 m. à 3 m. 50c. et repose sur un fonds de sable, qui est celui-là même sur lequel la Seine s’écoule.

En relevant avec soin les hauteurs des couches de terre traversées, nous avons constaté que, à partir du fond de la fouille, on avait d’abord rencontré, sur une épaisseur de 0 m. 55 c, une première couche de terre noirâtre, en partie formée de végétaux en décomposition. Immédiatement au-dessus, sur 0 m. 35 c. d’épaisseur, venait une deuxième couche de cette pseudo-tourbe, contenant cette fois des déchets de peaux ou de menus cuirs en très grande abondance. Un petit banc de sable et de gravier de 0 m. 15 c. d’épaisseur apparaissait ensuite. Enfin, au-dessus de ce sable et sur 0 m. 60 de hauteur se trouvait une autre couche de terre, noirâtre et vaseuse, se confondant avec des remblais de même teinte. À partir de cette dernière couche jusqu’au sol actuel, il n’y avait plus que des remblais et des gravois modernes.

Le 3 août, visite de cette fouille fut faite en notre présence par MM. le docteur Lamouroux et Charles Lucas, accompagnés de MM. le docteur Capitan, Salmon, d’Ault du Mesnil et Rollain, membres de la Société d’anthropologie. M. d’Ault du Mesnil, avec sa compétence toute spéciale, nous donna sur place des renseignements fort intéressants, d’un ordre scientifique tout à fait particulier, dont il voulut bien nous promettre d’adresser un résumé écrit à la Commission du Vieux Paris.

À l’issue de cette visite, sur la proposition de MM. le docteur Lamouroux et Charles Lucas, il fut décidé de poursuivre nos recherches en faisant pratiquer une deuxième galerie de 3 mètres de long en retour d’équerre sur la première, c’est-à-dire vers le nord, en longeant l’égout venant de la rue du Petit-Pont. Ce qui fut également fait et donna, comme dispositions et natures de terres traversées, les mêmes résultats que dans la première galerie.

Parmi les objets trouvés dans ces fouilles, il faut mentionner :

1° Quelques fragments de tuiles gallo-romaines de couleur blanchâtre rencontrés, dans le bas de la couche inférieure, avec des débris d’amphore, de poteries diverses, les unes rouges et vernissées, dites poteries samiennes, et les autres de couleur blanc-gris, assez minces ;

2° Un peu plus haut, dans la même couche, quelques fragments de tuiles rouges ;

3° Dans la partie supérieure de cette couche, un amas de déchets de peaux paraissant avoir été découpés avec un instrument très tranchant. Ces déchets ne sont autres que des bords de peaux ordinairement non employés ; rencontrés dans la première galerie, ils cessent de paraître à environ 0 m. 60 de l’entrée de la deuxième ;

4° Dans le bas des deux galeries, on a trouvé des bouts de pieux en chêne et en sapin, ainsi que des morceaux de planches ouvrées ;

5° Des ossements d’animaux divers, tels que cheval, bœuf, mouton, porc ou sanglier, ont été enfin recueillis dans les couches du bas, comme dans celles du haut.

Enfin, nous avons fait remplir en notre présence quatre sacs étiquetés et numérotés des échantillons des diverses natures de terres fouillées, afin de les soumettre au besoin à l’examen et à l’analyse de spécialistes compétents, savoir :

Un sac (n° 1) pour la terre du bas de la première galerie ; un sac (n° 2) pour la terre argileuse, dite terre à poisson, prise dans la deuxième galerie ; un sac (n° 3) pour la couche de sable prise aussi dans la deuxième galerie : un sac (n° 4) pour la terre noire du haut de la couche située immédiatement au-dessous du petit banc de sable, et qui contient des déchets de peaux. Ces quatre sacs, ainsi que les objets trouvés dans les galeries, ont été provisoirement déposés à Carnavalet.

D’après les renseignements que nous avons pris sur place, auprès des employés qui ont surveillé les différentes fouilles de ces parages, la terre tourbeuse rencontrée place du Petit-Pont paraît être accidentelle, car on n’en a point, jusqu’à présent, signalé la présence nulle part aux environs. Quant au banc de sable trouvé dans la première galerie, nous avons pu constater qu’il disparaissait au fond de la deuxième galerie. D’où l’on pourrait conclure que la Seine formait en ce point, aux temps gallo-romains, une sorte d’anse où des vases se sont accumulées et que, par l’effet d’un remous des eaux, d’abondants déchets de peaux, provenant sans doute de tanneries ou peausseries voisines, ont achevé de combler jusqu’à ce que, à une époque postérieure, une hausse stationnaire du fleuve y vint déposer le sable, dont nous avons mentionné la petite épaisseur de 0 m. 15.

Vous venons enfin de recevoir une note collective, signée de MM. le docteur Capitan et d’Ault du Mesnil, résumant les explications verbales données sur place lors de la visite du 3 août ; je vous demanderai donc, Messieurs, l’autorisation de vous en donner lecture et de l’insérer à la suite du présent rapport.


Malgré l’importance des fouilles, tant en souterrain qu’en tranchées, exécutées actuellement pour le transfert de la gare d’Orléans au quai d’Orsay, nous sommes obligés de déclarer qu’elles n’ont offert, pendant ces trois derniers mois, qu’un médiocre intérêt au point de vue archéologique : quelques vulgaires vases de formes et dimensions diverses, comme d’époque très moderne, sont les seuls objets qui y ont été recueillis. Signalons néanmoins la rencontre récente du reste d’une des culées de l’ancien pont suspendu de Constantine. Un plan de cette découverte nous sera très prochainement remis.


Il nous reste à parler présentement des fouilles nouvelles en cours d’exécution sur la rive droite, en vue de la construction du Métropolitain.

D’après une notice descriptive que M. Legouez, ingénieur adjoint à l’ingénieur en chef de ces travaux, a eu l’extrême bienveillance de nous adresser en communication, la Ville de Paris doit exécuter, pour être mise en service pendant l’Exposition de 1900, la ligne de Métropolitain qui doit relier la porte de Vincennes à la porte Dauphine et à la porte Maillot, avec deux tronçons de ligne sous les avenues Kléber et de la Grande-Armée.

Cette entreprise exige l’exécution préalable de différents travaux souterrains, dont la plupart, actuellement en cours, ont nécessité l’ouverture sur la voie publique, d’un bout à l’autre de la ligne projetée, des nombreux puits de service qu’on y rencontre.

Ces travaux comprennent : 1° des galeries spéciales, dites de décharge, reliant à la Seine la rue de Rivoli et les Champs-Élysées, pour assurer par le fleuve le transport des déblais du souterrain et l’apport des matériaux ; 2° les déviations d’égouts et de conduites d’eau nécessaires pour faire place au Métropolitain.

Les galeries de décharge, au nombre de quatre, doivent permettre l’exécution des travaux du Métropolitain sans l’ouverture de puits de service sur la voie publique. Celle que l’on construit sous la rue Lobau reliera la rue de Rivoli à l’estacade en cours d’exécution sur le port aux Pommes, en traversant l’égout collecteur du quai de l’Hôtel-de-Ville. Rue du Louvre, une deuxième galerie relie également la rue de Rivoli à la Seine où elle aboutit à une nouvelle estacade après avoir traversé le collecteur du quai du Louvre. La troisième galerie, qui est établie sous la place de la Concorde, à l’entrée du cours la Reine, débouche à la Seine sur une autre estacade et se soude à une ancienne galerie d’égout qui sera utilisée comme décharge sur une longueur de 142 mètres. Enfin, sous l’avenue d’Antin, une quatrième galerie, partant du rond-point des Champs-Elysées, aboutit à l’estacade établie pour le service de l’Exposition, à l’amont du pont des Invalides. La section de ces galeries est de 3 mètres de largeur aux naissances et de 2 m. 50 c. de hauteur sous clef. On se rendra compte de leur importance si l’on considère qu’elles serviront à l’évacuation de 270,000 mètres cubes de déblais et à l’apport de 80,000 mètres cubes de matériaux.

Le remaniement apporté aux égouts et aux conduites d’eau est surtout considérable dans la section du centre comprise entre la Bastille et la section de l’Alma. Sur l’est, c’est-à-dire entre l’origine de la ligne et la Bastille, les modifications, relativement moins importantes, comprennent, en dehors de quelques transformations d’égouts existants :

1° Sur le cours de Vincennes, la construction d’égouts élémentaires sur toute la longueur du côté impair et sur une partie du côté pair ;

2° Sur le boulevard Diderot, la construction d’un égout élémentaire sur toute la longueur du côté pair comprise entre la rue Crozatier et la rue de Picpus ;

3° Sur l’avenue Ledru-Rollin, la construction d’un collecteur à voie ferrée entre le quai de la Râpée et la rue de Lyon.

Le collecteur de la rue de Rivoli, qui joue, dans le réseau actuel des collecteurs de Paris, un rôle très important, doit disparaître entre la rue du Bourg-Tibourg et la place de la Concorde. Coupé en deux tronçons par le collecteur Sébastopol, il amène, dans ce dernier et le collecteur d’Asnières, une partie des eaux du 11e arrondissement, celles du 4e arrondissement dans la partie située au nord de la voie, et une grande partie des eaux du 1er arrondissement. Il sera remplacé par trois nouveaux collecteurs :

Le premier, construit du côté pair de la voie et le long des façades, se déversera dans le collecteur Sébastopol ; le deuxième, partant du collecteur Sébastopol, suivra les rues de Rivoli, des Halles et Saint-Honoré, la place du Théâtre-Français et l’avenue de l’Opéra, pour aboutir au collecteur des Petits-Champs ; le troisième aura son origine à la rue des Pyramides et suivra le côté pair de la rue de Rivoli jusqu’à la place de la Concorde, où il se raccordera à un tronçon du collecteur actuel conservé et débouchant dans le collecteur d’Asnières.

Le drainage des immeubles du côté impair de la rue de Rivoli, isolé des collecteurs nouveaux par le Métropolitain, sera assuré par la construction d’égouts élémentaires qui évacueront leurs eaux dans le collecteur des quais de la rive droite par la place Baudoyer, la rue de la Tacherie et la rue du Pont-Neuf.

Enfin, le drainage de la rue de Rivoli sera complété par la construction, du côté pair, d’une nouvelle galerie élémentaire entre la rue des Halles et la rue des Pyramides.

Le collecteur d’Asnières, qui est jusqu’à présent, au moyen du siphon de la Concorde, l’émissaire principal des eaux de la rive droite et d’une partie de la rive gauche, ne sera pas touché par le Métropolitain, qui le franchira par dessous à la place de la Concorde.

Dans les Champs-Élysées, le réseau sera modifié par la construction de galeries élémentaires le long de l’avenue et transversalement au droit du restaurant Ledoyen. D’autre part, le collecteur Montaigne, coupé au rond-point des Champs-Élysées, sera remanié et ses eaux de la partie nord renvoyées dans le collecteur d’Asnières par la construction d’un nouveau collecteur sous l’avenue Gabriel, à partir de la rue du Cirque.

Au delà de la place de l’Étoile, les travaux comprennent la construction d’égouts neufs sous la place Victor-Hugo, et des deux côtés de l’avenue Bugeaud, dont les eaux seront reçues par un nouveau collecteur qui, établi à une grande profondeur, sous la rue de la Pompe, pour passer sous le Métropolitain, aboutira dans l’égout de la rue Duret, transformé lui-même en collecteur jusqu’au collecteur Péreire qu’il rejoint à l’avenue de la Grande-Armée.

Ces diverses modifications d’égouts entraînent, comme conséquence, des travaux importants pour le rétablissement normal des conduites d’eau de distribution, qui seront entrepris au fur et à mesure de l’achèvement des égouts.

Tel est, suivant la notice de M. Legouez, l’exposé sommaire des travaux préliminaires du Métropolitain.


Jusqu’à présent, les découvertes archéologiques faites au cours de ces travaux préliminaires sont loin d’être en rapport avec l’importance de ceux-ci.

On a rencontré, quai de Gesvres, à l’angle de la rue de la Tacherie, sur environ 9 mètres de long, une ancienne galerie en pierre de taille voûtée en plein-cintre, de 6 m. 75 c. de haut sur 1 m. 80 c. de large. Cette galerie dont nous ignorons la destination primitive a été utilisée pour l’égout actuellement en construction sous la rue de la Tâcherie, qui doit déboucher dans le collecteur de Gesvres.

Du puits de service situé vers le numéro 57 de la rue de Rivoli, on a remonté un cul-de-lampe d’angle en pierre ayant assurément servi de retombée à l’une des nervures d’une voûte d’arête. Cet objet parait dater du xive siècle.

D’un autre puits, situé vers le numéro 128 de la même rue de Rivoli, parmi de nombreuses pierres provenant de vieilles substructions assez importantes, on a extrait un fragment de chapiteau feuillagé de l’époque de la transition architecturale, c’est-à-dire du xiiie siècle.

Nous n’avons pu, au moyen de la comparaison des plans anciens avec les plans modernes, identifier la provenance primitive de ces deux objets, égarés parmi les substructions qui firent partie des constructions que la percée de la rue de Rivoli a jadis emportées. Ils ont été envoyés à Carnavalet.

Rue du Louvre, dans les fouilles exécutées pour la construction de la galerie de décharge qui relie la rue de Rivoli à la Seine, on a trouvé un certain nombre de poteries plus ou moins brisées, datant de la Renaissance et des temps modernes, mais dépourvues de caractère et d’intérêt, puis quelques fragments de colonnes privées de chapiteaux et d’ornements, ainsi que des débris de balustres en pierre du xvie siècle. Quelques menues monnaies anciennes, rencontrées aussi parmi ces déblais, nous ont été remises par les terrassiers, à qui nous avons fait distribuer les rémunérations nécessaires. Parmi ces monnaies, la plupart très frustes, nous pouvons signaler : un moneron, ou pièce fiduciaire du temps de la Révolution émise par les frères Moneron ; une pièce de cinq centimes de la République française (époque de la Révolution), B (Strasbourg) ; un liard de Louis XIV, G (Poitiers) ; un autre liard de Louis XIV, D (Lyon) ; un double tournois de Louis XIII, A (Paris), 1620 ; deux deniers tournois de Gaston d’Orléans, 1649, principauté de Dombes ; une pièce de quatre sols, argent, de Louis XIV. 1675, D (Lyon) ; un double sol, billon de Louis XV, À (Paris), 173… ; un jeton de Louis XIV, date illisible ; un sol de Louis XVI, date illisible ; une pièce du moyen âge à identifier ; un jeton de Saint-Benoît du xviie siècle ; un jeton de Nurenberg du xviie siècle ; un double tournois de Henri III, date illisible.

À l’angle ouest de la place des Pyramides et de la rue de Rivoli les fouilles souterraines ont rencontré, parmi d’anciennes substructions, un puits en pierre de taille de 2 mètres de diamètre et de 0 m. 50 c. d’épaisseur de muraillement. En se reportant aux plans de la fin du xviiie siècle, on constate qu’on se trouve en présence des substructions des anciennes écuries du Roi, lesquelles dataient de Catherine de Médicis et avaient été construites par Philibert Delorme ; elles ont été démolies en vertu d’un décret du 17 vendémiaire an X, signé par le premier consul pour la création de la place des Pyramides. Le puits des écuries du Roi figure sur les plans de Jaillot et de Verniquet. Non loin de là, à l’angle ouest des façades de la même place, on a traversé une ancienne galerie abandonnée, en pierre de taille de 1 m. 30 c. de largeur avec des murs ayant une épaisseur peu normale de 1 m. 90 c. Nous ignorons encore la destination de cette galerie.

Malgré le peu d’importance de ces découvertes, nous espérons que, munis par la suite des attachements relevés par MM. les conducteurs de la Ville, nous pourrons identifier quelques-unes des constructions souterraines rencontrées au cours des travaux, et fixer ainsi quelques nouveaux repères du vieux Paris disparu.

Charles Sellier.

M. le Président croit être l’interprète de la Commission pour adresser des remerciements à M. l’ingénieur Legouez pour les documents qui ont servi à l’établissement du rapport de M. Charles Sellier.

M. Charles Sellier donne ensuite communication de la note suivante, rédigée par MM. le docteur Capitan et d’Ault du Mesnil, relativement aux fouilles de la place du Petit-Pont :

L’existence d’un dépôt de terre tourbeuse (mis à jour par les travaux de l’égout au coin de la rue du Petit-Pont et de la rue de la Bûcherie) a été signalée par M. Rollain. Les observations multiples que nous avons pu faire sur place, l’étude des objets recueillis par M. Rollain, nous permettent de formuler les conclusions suivantes.

Au niveau du coude que formait jadis la Seine en ce point et sur sa rive gauche, il existait, dès l’époque gauloise et jusqu’à l’époque mérovingienne, des habitations dont les rejets nombreux, mélangés à de très abondants débris végétaux (bois et roseaux), ont contribué à former un dépôt de terre tourbeux d’une épaisseur de 1 m. 80 c. à 2 mètres environ, séparé par une mince couche de sable en deux zones de même composition, mais dont le contenu diffère. Le tout repose sur une argile blanche fluviatile sans âge. La zone inférieure de la terre tourbeuse a une épaisseur de 1 m. 25 c. environ ; elle renferme exclusivement des débris de poteries grossières gris-brun et des fragments de poterie plus fine noirâtre. Ces poteries peuvent très vraisemblablement être considérées comme gauloises. La zone supérieure, d’une épaisseur de 55 à 70 centimètres environ, renferme dans ses parties inférieure et moyenne des tessons de poteries noires, fines, souvent ornées de traits entrecroisés mats sur fond brillant, des fragments de poteries grises, blanches et même rouges (terres pseudo-samiennes de fabrication romaine) et de débris d’amphores. Cette couche est donc gallo-romaine. À la partie supérieure, on rencontre des tessons mérovingiens avec le petit quadrillage caractéristique.

Il y a donc là trois époques nettement indiquées par la céramique cantonnée exactement dans chaque couche : gauloise, gallo-romaine et mérovingienne.

Avec ces débris de poteries, on a rencontré de nombreux fragments de roseaux et de divers végétaux, des morceaux de bois souvent ouvrés (planches, piquets) : les essences seront déterminées ultérieurement ; puis des débris osseux, en grand nombre, appartenant au bœuf, au cheval, au mouton, au sus. Plusieurs fragments de poteries présentent des traces de substances qui y étaient renfermées. Un fond d’amphore contenait une matière cireuse. Enfin, la présence de nombreux débris de cuir (surtout abondants dans les fouilles pratiquées par la Commission du Vieux Paris) donne un intérêt encore plus grand à ces découvertes. Ce cuir avait été tanné, et ce qu’on rencontrait n’était qu’un amas de rognures découpées sur le bord des peaux le plus souvent. C’est là un fait très rarement observé, ces cuirs étant de façon certaine d’époque gallo-romaine,

Dr Capitan et d’Ault du Mesnil. »

M. le Président pense que la Commission s’associera à lui pour adresser des remerciements à MM. le docteur Capitan et d’Ault du Mesnil pour leur intéressant rapport et félicite M. Charles Sellier pour le travail si complet dont il vient de donner lecture.

Adopté.

M. Charles Lucas constate, après cette lecture, que les fouilles ont produit peu de chose ; mais il croit savoir que certains objets ont été vendus, et il pense qu’une surveillance plus active devrait être organisée sur les lieux des fouilles.

M. Georges Villain félicite la Commission du résultat des fouilles très importantes du Petit-Pont. Il ajoute qu’il est utile de chercher à reconstituer le niveau du sol de l’ancien Paris. On devra profiter des travaux du Métropolitain et du chemin de fer d’Orléans pour faire une étude sérieuse du sous-sol ancien. Les observations de M. le docteur Capitan prouvent que l’on a trouvé des poteries gauloises sur la rive gauche, il est bien probable que l’on en trouverait également sur la rive droite, car la Grève était un port factice où les nautes remisaient leurs bateaux. Il pense qu’il serait peut-être intéressant de charger quelqu’un de suivre les fouilles pour la Commission du Vieux Paris.

M. le Président ajoute que M. Ch. Sellier, inspecteur des fouilles de la Ville de Paris, a été récemment désigné à cet effet par arrêté préfectoral. Il est, de plus, secrétaire de la 2e Sous-commission du Vieux Paris, chargée des fouilles et des démolitions :

M. Georges Villain demande alors quelle sera la personne chargée d’indiquer sur le plan de Paris les nouveaux repères du sol ancien ainsi que les découvertes archéologiques.

M. le Président répond que M. Ch. Sellier est chargé de ce travail.

M. Charles Lucas pense qu’il faudra tenir compte des différences de hauteur du sol et comparer la rive droite avec la rive gauche.

M. le Président dit que le fait intéressant des fouilles du Petit-Pont est l’existence d’une couche de sable de 15 centimètres entre deux masses tourbeuses. Il ajoute que ce fait ne doit pas résulter d’une inondation, mais probablement du passage d’un cours d’eau.

M. Georges Villain demande s’il ne serait pas possible de faire en amont et en aval des sondages pour déterminer l’étendue des dépôts de peaux cités dans le rapport. Il ajoute que des teinturiers en peaux existaient à cet endroit. On trouve, en effet, dans les délibérations de l’Hôtel-Dieu, la trace d’un scandale causé par deux religieuses de l’hôpital et un jeune ouvrier teinturier.


Création au musée Carnavalet d’un portefeuille de la sculpture décorative des anciennes maisons de Paris.

M. Lucien Lambeau donne lecture du rapport suivant fait au nom de la 3e Sous-commission :

« Messieurs, au cours de la séance du 2 juin 1898, nous avons déposé une proposition tendant à la création, au musée Carnavalet, d’un portefeuille de la sculpture décorative des anciennes maisons de Paris.

« Nous disions combien sont nombreux et variés les spécimens de la sculpture décorative et ornementale appliquée à la construction du vieux logis parisien ; nous rappelions ces têtes délicieuses de jeunes femmes formant clef de portes ou de fenêtres, ces mascarons curieusement sculptés en une diversitée presque infinie, ces supports ou consoles de balcons affectant les fantaisies les plus diverses, ces encadrements de fenêtres au dessin si délicat et si léger ; et encore les portes cochères, les boiseries intérieures, les rampes d’escalier, les appuis de croisées ».

Nous faisions remarquer combien il serait intéressant de créer une section spéciale qui viendrait s’ajouter aux autres sections formant le département des estampes du musée Carnavalet et qui contiendrait le plus grand nombre possible de reproductions de ces spécimens appliqués à la construction de la maison.

Notre proposition fut renvoyée pour examen à la 3e Sous-commission et accueillie favorablement par elle. Nous fûmes chargés de présenter un rapport conforme avec cette réserve, cependant, de rechercher si le porte-feuille proposé ne ferait pas double emploi avec certains ouvrages spéciaux donnant des reproductions semblables et aussi avec la collection des estampes du musée Carnavalet.

À la bibliothèque de la Ville, la plus qualifiée évidemment pour contenir les ouvrages spéciaux susceptibles de renfermer la reproduction des motifs de la sculpture ornementale parisienne, nous avons trouvé peu de chose :

La Statistique monumentale de Paris d’Albert Lenoir (1867), ne donne que les grands monuments tels que les églises et les palais.

L’Encyclopédie d’architecture (revue d’architecture), quoique des plus intéressantes, étant un ouvrage général, ne peut faire une large place aux maisons parisiennes.

L’Art architectural en France, par Eugène Rouyer (1866), ne renferme que fort peu de planches se rapportant à Paris, trente environ ; quelques-unes, il est vrai, rentrent parfaitement dans les données de notre programme, nous citerons : les salons de l’hôtel de Sully, le cabinet de Sully à l’Arsenal, le plafond de l’ancien hôtel Tubeuf, les appartements de l’hôtel de Lauzun, un salon de l’hôtel d’Ormesson, le plafond de l’ancien hôtel Dangeau, les boiseries de l’hôtel de Soubise, un salon de l’ancien hôtel Roquelaure, un salon de l’hôtel de Bouffiers, les boiseries de l’hôtel de Tessé (hôtel Vigier), etc.

On le voit, aucun motif de sculpture extérieure. Ces planches, qui sont des gravures en taille douce d’environ 0 m. 40c. sur 0 m. 30c., sont d’ailleurs d’une parfaite exécution.

Les Motifs historiques d’architecture et de sculpture d’ornement (choix de fragments empruntés à des monuments français), par César Daly (1869).

Cet ouvrage est certainement, de tous ceux que nous avons vus, celui qui aurait peut-être le plus de similitude avec la création que nous rêvons si le nombre de ses planches était plus considérable, mais il n’en contient, se rapportant à Paris, qu’une cinquantaine environ.

Que sont cinquante dessins, si bien choisis soient-ils, auprès des centaines et des centaines de reproductions qu’il y aurait à faire dans Paris pour meubler le portefeuille que nous préconisons ? Les seuls motifs du xviiie siècle qui décorent nos vieilles maisons sont, à eux seuls, aussi innombrables que variés.

Nous avons dit que l’ouvrage de M. César Daly contenait environ cinquante planches relatives à Paris ; ces planches, superbes d’ailleurs, gravées en taille douce, sont du format in-folio. Elles sont classées par style, depuis Henri II jusqu’à Louis XVI.

Nous citerons au hasard : l’arcade de Nazareth ; la porte de la Reine-Blanche ; les croisées de l’hôtel des Grands-Augustins ; les mascarons du Pont-Neuf ; le pavillon du roi place Royale ; une lucarne quai des Orfèvres ; les consoles d’un balcon quai de Béthune, 20 ; le couronnement de l’hôtel de Sully, rue Saint-Antoine ; une porte, 20, rue Poulletier ; la menuiserie de la porte du temple protestant de la rue Saint-Antoine ; une porte, 26, rue Geoffroy-l’Asnier ; la façade de l’hôtel d’Aumont, rue de Jouy ; l’hôtel de Bizeuil, rue Vieille-du-Temple ; l’hôtel de Lauzun ; une lucarne, quai de la Tournelle ; la porte de l’hôtel de Beauvais, rue Saint-Antoine ; une porte, impasse des Bourdonnais ; des mascarons, place Vendôme ; la porte d’un hôtel, rue Saint-Louis-en-l’Ile, 51 ; la porte d’une maison, rue Saint-Guillaume ; la porte d’un hôtel, rue du Bac ; une porte, rue des Billettes, 7 ; un balcon, rue Saint-André-des-Arts, 27 ; des croisées d’entresol, rue du Cherche-Midi, 86 ; un œil-de-bœuf, rue Saint-Guillaume, 22 ; l’entrée du passage du Dragon ; l’hôtel Saint-Chaumont, rue Saint-Denis, 374 ; une console, rue Cassette, 36 ; une lucarne du lycée Henri IV ; la maison Louis XV de la rue de la Parcheminerie ; une porte, rue Saint-André-des-Arts, 47 ; un hôtel, rue du Cherche-Midi, 59.

Continuant l’exposé de nos recherches, nous citerons encore :

Les Plans, coupes et élévations des plus belles maisons et hôtels de Paris, par Krafft et Ransonnette, Cet album contient une centaine de planches représentant les principaux hôtels parisiens construits à la fin du xviiie siècle, mais, en raison de la réduction de l’échelle, aucun détail d’architecture n’apparaît.

La publication l’Art pour tous, que nous regrettons de n’avoir pas trouvée à la bibliothèque de la Ville, renferme, il est vrai, une quantité de reproductions se rapportant à tous les arts, mais les motifs d’architectures reproduits ne sauraient, en raison de leur petite dimension, convenir au but rigoureusement documentaire que nous poursuivons.

Pour terminer cette nomenclature, nous citerons enfin un ouvrage récemment paru : l’Art décoratif dans le vieux Paris, par M. de Champeaux, qui donne d’intéressantes reproductions de motifs d’architecture intérieure et extérieure, mais dans des proportions beaucoup trop restreintes au point de vue du nombre.

Aucun double emploi n’est donc à redouter entre les diverses publications existantes et le portefeuille qui est le but de ce rapport.

Il restait à examiner les cartons d’estampes du musée Carnavalet et à voir ce qu’ils pouvaient contenir au point de vue particulier qui nous occupe.

Le département des estampes du Musée municipal est divisé en plusieurs sections, dont la plus importante est celle qui renferme la réunion des vues diverses d’un même quartier.

Les autres sections sont les suivantes :

Les portraits.

Les modes.

La caricature.

Les faits historiques.

Les portraits d’acteurs et d’actrices.

Les mœurs.

Les cris de la rue.

Les jeux.

Les arts et métiers.

Les menus et invitations.

Les costumes.

Les voitures et chevaux.

Le carnaval et le bœuf gras.

Le mobilier.

Les affiches parisiennes.

En ce qui concerne la première section, la section par quartier, celle dans laquelle nous avions mandat de rechercher si, elle aussi, ne ferait pas double emploi avec la nouvelle section projetée, nous y avons constaté l’absence presque complète des documents en question. Examinant, par exemple, le carton affecté au quartier du Marais, le plus riche assurément de Paris en souvenirs architecturaux, celui qui devrait, par conséquent, renfermer le plus de reproductions du genre de celles qui nous occupent, nous n’y avons trouvé représentés que les monuments de grande importance, tels l’hôtel de Soubise, l’hôtel Salé, la tourelle Barbette, le Temple, la place Royale, qui y figurent pour trente ou quarante reproductions chacun, en gravures, lithographies, dessins, découpures de journaux illustrés, etc. ; mais on y chercherait vainement quelques-uns de ces innombrables motifs d’architecture des xviie et xviiie siècles qui foisonnent encore heureusement dans le quartier ; clefs de portes, clefs de fenêtres, consoles de balcons, appuis de fenêtres en fer forgé, portes cochères, et qui, quoique moins importants que les grands monuments cités plus haut, n’en présentent pas moins un intérêt considérable au point de vue de la décoration et de l’arrangement des maisons, en ces temps de bon goût, et aussi au point de vue du procédé dans les industries de la pierre, du fer et du bois.

Donc, de ce côté également, aucun double emploi possible, puisque rien ou presque rien n’existe encore.

Nous ajouterons que le moment serait peut-être particulièrement bien choisi pour la création de ce portefeuille, à l’instant où le Conseil municipal, apportant sa quote-part à cette idée qui s’éveille d’un art public dans la rue, vient de créer une haute récompense pour les architectes et les entrepreneurs qui dessineront et qui construiront les maisons les plus artistiques et les mieux décorées. N’y aurait-il pas là comme une source copieuse où les jeunes architectes pourraient puiser dans la décoration du passé l’inspiration nécessaire à la décoration de l’avenir ?

Le département des estampes du musée Carnavalet doit, selon nous, prendre le plus d’extension possible ; le chercheur doit y trouver, outre la reproduction de tout ce qui a disparu, celle de tout ce qui, au point de vue artistique et historique, est encore debout à Paris. Et, puisqu’il faut s’incliner devant les nécessités, nous allons dire les exigences de la construction nouvelle, il est juste que les choses du passé nous soient au moins conservées sous la forme modeste de dessin. Le musée Carnavalet, qui est à présent le musée le plus parisien et le plus délicat de Paris, doit donner à son cabinet des estampes toute l’importance qu’il mérite et qu’attendent les nombreux travailleurs qui tous les jours en franchissent le seuil afin de compléter par la vue de l’image le texte lu ailleurs.

L’estampe n’est-elle pas le rayon de soleil qui éclaire le livre et fixe un fait dans l’esprit mieux que la plus savante ou la plus pittoresque des descriptions ?

Pour toutes ces considérations, au nom de la 3e Sous-commission, nous vous prions, Messieurs, d’adopter le vœu suivant :

Il sera créé au musée Carnavalet, en dehors des reproductions diverses d’aspects ordonnées par la Commission du Vieux Paris, un portefeuille de la sculpture ornementale des anciennes maisons de Paris.

Ce portefeuille comprendra la reproduction par le dessin ou par la photographie de toutes les parties jugées intéressantes et en général de tous les ouvrages sculptés, menuisés, forgés des anciennes maisons et hôtels particuliers de Paris, tels que clefs de fenêtres, de portes, balcons, consoles, mascarons, rampes d’escalier en bois ou en fer forgé, appuis de fenêtre, portes cochères, boiseries intérieures, etc.

Signé : Lucien Lambeau. »

M. Lucien Lambeau dit qu’il serait heureux d’avoir, au sujet de son rapport, l’avis de M. Georges Cain, conservateur du musée Carnavalet.

M. Georges Cain répond qu’il est entièrement favorable à son adoption. En ce qui concerne l’exécution, il assure la Commission qu’il fera son possible pour mener à bien la création de cette nouvelle section, qui présente en effet un réel intérêt.

M. Le Roux demande si, pour garnir le portefeuille en question, on prendra des estampes déjà classées dans les cartons du musée Carnavalet, ou bien si cette création commencera avec les reproductions décidées par la Commission du Vieux Paris.

M. le Président répond qu’il est bien entendu que la nouvelle section partira de la création de la Commission du Vieux Paris.

M. Lucien Lambeau ajoute qu’il ne pourrait guère en être autrement, les cartons du musée Carnavalet ne possèdent pour ainsi dire aucune des reproductions qui motivent son rapport.

Ce rapport est adopté et des félicitations sont adressées à son auteur.

M. le Président rappelle à la Commission que la question de l’isolement du musée de Cluny est à l’ordre du jour de la prochaine séance du Conseil municipal, il estime qu’il est du devoir de la Commission du Vieux Paris d’émettre un vœu tendant à l’aménagement des bords de ce musée par la création d’un square. Il ajoute que le Conseil municipal, en ce moment saisi de la question, fera certainement son possible pour la mise en valeur de cet admirable souvenir du passé.

Le vœu tendant à l’isolement du musée de Cluny est adopté et transmission en sera faite au Conseil municipal.

M. Jules Périn verse au dossier de la question de l’isolement du musée de Cluny des numéros du journal le Bâtiment, du 1er septembre 1898, où il n’hésitait pas à engager à recourir à la mesure de l’expropriation pour cause d’utilité publique, afin d’assurer le résultat désiré par tous de l’isolement du musée de Cluny, en démontrant juridiquement qu’en pareil cas la déclaration d’utilité publique ne saurait être contestée par les propriétaires du terrain se trouvant situé entre l’hôtel de Cluny et la Sorbonne.

M. Le Vayer signale la disparition des derniers vestiges de l’ancien moulin de la Pointe qui s’élevait, dès le xviie siècle, à l’extrême limite de la censive de Sainte-Geneviève-du-Mont, à l’angle du chemin de Paris à Vaugirard et du chemin de Vanves (actuellement rues de Vaugirard et des Fourneaux).

Trois constructions portant les nos 133, 135 et 137 de la rue de Vaugirard, vont occuper l’emplacement de ce moulin, dont les substructions, mises au jour lors des fouilles entreprises en juin dernier, accusaient très visiblement les petits éperons ou contreforts qu’on voit figurés sur le plan dressé en 1753 par le colonel baron de Molina. En 1731, Roussel représente également le moulin de la Pointe sur son plan de Paris et des environs.

Il convient de noter que les anciens bâtiments qui viennent de disparaître étaient occupés naguère par un marchand grainetier dont l’industrie n’est pas sans rapports avec l’industrie meunière exercée en ce lieu durant un siècle et demi.

M. Tesson propose à la Commission de vouloir bien adopter l’exécution des reproductions suivantes :

Extrémité gauche de la rue de Bagnolet qui sera démolie pour le percement de la rue Belgrand.

Rue de la Py, qui va être élargie.

Rue et sentier des Montibœufs.

Renvoyée à la 3e Commission.

M. Georges Cain soumet à la Commission les aquarelles dont suit la désignation, exécutées par M. Delafontaine :

Vue de la rue Taillepain.

Vue de la maison rue de la Parcheminerie, 29.

Vue d’un escalier rue Pierre-au-Lard, 10.

Vue de la rue Brisemiche.

Une autre vue de la rue Taillepain.

Vue de la rue des Carmes.

La Commission décide l’acquisition de ces aquarelles, qui seront déposées au musée Carnavalet.

M. Georges Cain soumet les photographies ci-après exécutées en vertu de décisions de la Commission :

Rampe d’escalier, rue Pierre-au-Lard, 12.

Pavillon au fond de la cour, rue du Grenier-Saint-Lazare, 5.

Maison de Nicolas Flamel, rue de Montmorency, 51.

Rampe d’escalier, rue Simon-le-Franc, 20.

Maison rue du Grenier-Saint-Lazare, 5.

Rampe d’escalier, rue du Grenier-Saint-Lazare, 5.

Impasse Beaubourg.

Rue Beaubourg.

Une porte cochère, nie du Grenier-Saint-Lazare, 4.

Ces photographies seront déposées au musée Carnavalet.

M. le Président, après avoir demandé si quelque membre n’a pas de proposition à présenter, déclare l’ordre du jour épuisé.

La séance est levée à cinq heures et demie.
CMVP 1898 7 p33 Lotissement Caserne Ave Maria.jpg
CMVP 1898 7 p35 Fouilles rue Malebranche.jpg
CMVP 1898 7 p37 Fouilles place du Petit Pont.jpg
CMVP 1898 7 p39 Fouilles rue Saint-Jacques.jpg
Plan des eaux de Belleville.jpg
Eaux de Belleville. — Regard de la Lanterne (vue intérieure).
Pierres provenant de la restauration exécutée à l’église Notre-Dame par Viollet-le-Duc
Pierres provenant de la restauration exécutée à l’église Notre-Dame par Viollet-le-Duc