Concours des animaux gras tenu au Puy, le 9 avril 1878

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RAPPORT de M. Nicolas, directeur de la Ferme école.

Le 9 avril dernier, le nouveau Comice agricole entrait en fonctions par le concours d’animaux gras fixé au mardi qui suit le dimanche de la Passion. Son organisation, retardée par des difficultés de détail, l’avait empêché d’avertir les éleveurs de la montagne aussitôt qu’il l’aurait désiré et qu’il eût été nécessaire de le faire ; aussi éprouvait-il quelques craintes sur le résultat. Les faits ont dépassé ses espérances. Si le nombre des animaux de la race bovine était un peu moins considérable que les années précédentes, la qualité était assez remarquable pour nécessiter, de la part du jury, un examen très-délicat ; 25 bœufs au-dessus de cinq ans, 16 au-dessous de cet âge et 27 vaches formaient une réunion qu’on ne rencontre pas toujours dans des concours d’un ordre beaucoup plus élevé. Il ressort surtout pour nous de cet ensemble un fait d’une haute importance : 16 animaux de quatre ans ont concouru, un seul appartenait à la race d’Aubrac, tous les autres étaient de la race du Mezenc. Les conclusions de cette composition sont faites pour donner au Comice la satisfaction la plus complète. Les éleveurs de nos montagnes ont compris qu’il y avait pour eux un avantage incontestable à engraisser des animaux jeunes ; ces animaux ont été choisis dans leurs propres étables, parmi leurs élèves, et ils ont réussi. Ainsi se trouve résolu le problème de la production rapide et économique de la viande de boucherie, une des grandes questions sociales du moment.

Malheureusement c’est le contraire qui a lieu pour la catégorie des bœufs au-dessus de cinq ans : 22 de ces animaux sont de la race d’Aubrac ; deux sont montferrandais ; un, limousin. Nos éleveurs vont acheter au dehors, pour les engraisser, les bœufs hors d’âge et produisent ainsi de la viande avec beaucoup de temps, beaucoup de fourrages et un prix d’acquisition toujours assez considérable. Le jour où nous aurons obtenu que les habitants de nos montagnes produisent un plus grand nombre d’élèves de la race du Mezenc, de manière à utiliser les immenses ressources fourragères du pays, et livrent à la boucherie des animaux jeunes et aptes à l’engraissement en réservant pour le travail les animaux plus robustes et mieux conformés, nous aurons, je crois, beaucoup amélioré la situation.

Encourageons donc dans cette voie nos intelligents éleveurs, et qu’à l’exemple de Michel, ils n’aient plus dans leurs étables que des animaux du Mezenc, rapidement et économiquement engraissés.

Bon concours de moutons malgré les désastres qui ont, cet hiver, frappé nos montagnes. On ne se serait pas douté, à voir ces bêtes si grasses, en si bon état, que la cachexie aqueuse avait sévi sur la plupart des troupeaux, et les cent vingt animaux, présentés au concours, étaient la meilleure preuve que la maladie avait complètement disparu.

Excellente exhibition de la race porcine. Les races croisées tendent de plus en plus à s’implanter dans le pays et nous sommes bien loin aujourd’hui de ces animaux à longues jambes, à croupes avalées, bien taillés pour courir, mais d’un engraissement long, difficile et coûteux. Toutefois nous engageons les éleveurs à ne pas pousser trop loin les croisements et à chercher à améliorer nos races locales par le choix de meilleurs reproducteurs pris dans la race même. Ils doivent chercher à conserver les bonnes qualités du lard et de la chair de nos animaux, tout en leur donnant une conformation plus en raport avec la production de la graisse.

Nous pouvons, en somme, résumer en deux mots nos conseils aux éleveurs de toutes les races : faire de la viande et de la graisse vite et économiquement. La sélection des races est le seul moyen d’y réussir.

Le concours s’est terminé par la distribution des récompenses. L’assemblée nombreuse a entendu avec plaisir proclamer tous les noms auxquels elle est habituée depuis longtemps et au milieu d’eux quelques noms nouveaux : Michel, Eyraud, Chanal, Jouffre, Rochette, Descours, pour la race bovine ; Meynier qui soutient à Bains la réputation de son troupeau ; Barthélemy, Pays, qui tendent à améliorer la race porcine.

Le Comice agricole est fier de tous ces noms et il espère que, l’année prochaine, les éleveurs reviendront plus nombreux parce qu’ils auront été prévenus à temps, et conduiront des animaux qui augmenteront encore les difficultés du choix et le travail du jury.

J. Nicolas,
Directeur de la ferme-école.


Au rapport si complet au point de vue technique de notre confrère M. Nicolas, nous ajouterons quelques renseignements sur l’organisation générale du concours d’animaux gras.

Dans la séance du 23 mars 1878, les membres du Comice nommèrent le jury suivant, chargé de distribuer les primes aux exposants :

MM. 
E. Mauras, président du Comice agricole.
  
Couderchet, vice-Président, id.
  
Chorand, à Talobre, id.
  
Nicolas, directeur de la ferme-école.
  
Vérot, propriétaire à Saint-Marcel.
  
Médard, vétérinaire.
  
Moullade, pharmacien.
  
Gimbert, propriétaire à Vals.
  
Giraud, boucher au Puy.

Le mardi 9 avril, à dix heures précises, M. le Préfet, M. le Maire de la ville, les bureaux de la Société des amis des sciences et du Comice agricole, se rendirent sur l’emplacement du concours. Les membres du jury commencèrent aussitôt leurs opérations qu’ils ne terminèrent qu’à une heure de l’après-midi.

Le même jour, à deux heures, eut lieu la distribution des prix dans la salle de l’Alcazar. M. le Préfet présida la séance à laquelle assistèrent MM. les sénateurs du département de la Haute-Loire, MM. les membres du Conseil général ayant à leur tête M. le Général de Chabron, sénateur et président du Conseil général, M. le Maire et M. les membres du Conseil municipal du Puy au grand complet, M. le Président de la Société des amis des sciences, ainsi que d’autres notabilités de notre ville.

Après un brillant discours de M. le Préfet, après les paroles de bienvenue adressées par M. le Président du Comice agricole à tous nos agriculteurs exposants, M. E. Mauras proclama le nom des lauréats qui reçurent aussitôt des mains de M. le Trésorier du Comice, les primes auxquelles ils avaient droit et qui furent proclamées dans l’ordre suivant :

espèce bovine.
Bœufs nés avant le 1er janvier 1874.
1. Prix.  
Eyraud Louis, des Estables 
 130
2.  —   
Rochette Etienne, du Béage 
 100
3.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles 
 80
4.  —   
Jouffre Cyprien, du Cros de Jorant (Ardèche) 
 50
5.  —   
Pons Antoine, de Saint-Georges d’Aurat 
 30
6.  —   
Sabarot Charles, de Brives 
 20


Bœufs nés depuis le 1er janvier 1874.
1. Prix.  
Michel Régis, des Estables 
 120
2.  —   
Jouffre Cyprien, du Cros de Jorant 
 90
3.  —   
Descours Alexandre, des Estables 
 70
2.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles 
 40


Vaches et génisses.
1. Prix.  
Rochette Étienne, du Béage 
 90
2.  —   
Jouffre Cyprien, du Cros de Jorant 
 75
3.  —   
Eyraud Louis, des Estables 
 60
4.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles 
 50
5.  —   
Descours Alexandre, des Estables 
 40
6.  —   
Bernard Auguste, de Vals 
 30
7.  —   
Michel Régis, des Estables 
 20


Prix de bandes de cinq animaux.
1. Prix.  
Eyraud Louis, des Estables 
 150
2.  —   
Rochette, du Béage 
 120
3.  —   
Jouffre Cyprien 
 70
4.  —   
Chanal Pierre 
 50


espèce ovine.
Lots de cinq bêtes.
1. Prix.  
André Meynier, de Bains 
 40
2.  —   
Fortuné Nègre, du Puy 
 35
3.  —   
Plantin Pierre, de Bains 
 30
4.  —   
Laurent Etienne, de Bains 
 20
espèce porcine.
1. Prix.  
Barthélemy Baptiste, de Bains 
 50
2.  —   
Pays Jean-André, du Puy 
 40
3.  —   
Roland Joseph, d’Espaly 
 30
4.  —   
Orphelinat 
 25
5.  —   
Baptiste Gravejal, de Saint-Privat-d’Allier 
 20
6.  —   
Liotard Antoine, de Saint Germain-Laprade 
 15
7.  —   
Raymond Jean, d’Aiguilhe 
 10


Le Secrétaire du Comice,
A. Jacotin.