Considérations hygiéniques et médicales sur le transport par mer des animaux domestiques

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CONSIDÉRATIONS HYGIÉNIQUES
ET MÉDICALES
SUR LE TRANSPORT PAR MER
DES
ANIMAUX DOMESTIQUES
Par Ernest CAVALIN
Médecin-Vétérinaire

TOULOUSE
IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE LOUIS LUPIAC
Rue des Balances, 43
1874



ÉCOLES IMPÉRIALES VÉTÉRINAIRES



Inspecteur général.
M. H. BOULEY, O. ❄, Membre de l’Institut de France, de l’Académie de Médecine, etc.



ÉCOLE DE TOULOUSE



Directeur.

M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des Sciences de Toulouse, etc.

Professeurs.

MM. LAVOCAT ❄ Tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄ Pathologie spéciale.
Police sanitaire.
Jurisprudence.
Clinique et consultations.
LARROQUE Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES Pathologie et Thérapeutique générales.
Pathologie chirurgicale.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des Exercices pratiques.
ARLOING Anatomie générale.
Anatomie descriptive.
Extérieur des animaux domestiques.
Zoologie.
Physiologie.

Chefs de Service.
 
MM. MAURI Clinique et Chirurgie.
BIDAUD Physique, Chimie et Pharmacie.
N. Anatomie, Physiologie et Extérieur.




JURY D’EXAMEN

MM. BOULEY, O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
MAURI, Chefs de service.
BIDAUD,


――✾oo✾――


PROGRAMME D’EXAMEN

Instruction ministérielle
du 12 octobre 1866.


THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie et de Physiologie.
Épreuves
orales
Pathologie spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.



À LA MÉMOIRE DE MON PÈRE ET DE MA MÈRE
Regrets éternels !

À MON ONCLE, À MA TANTE
FAIBLE TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE ET D’AFFECTION

À MES FRÈRES, À MA SŒUR
Attachement sincère.

À MA FAMILLE





À MES PROFESSEURS

À MES AMIS





PRÉFACE




Habitant un port de mer, j’ai vu embarquer un très grand nombre d’animaux, de solipèdes surtout, pour les Antilles, la Réunion, Maurice et les autres colonies ; et j’ai eu trop fréquemment l’occasion de remarquer que ces embarquements, et par suite ces transports, se font dans des conditions mauvaises à divers titres.

Des observations que j’ai faites, est né le désir de tenter d’améliorer le sort de ces émigrants involontaires pendant la traversée, afin de les conduire à destination. L’intérêt de cette question n’échappera, du reste, à personne, vu les capitaux considérables qui sont engagés dans le commerce auquel elle s’applique.

Pour m’éclairer complètement sur ce sujet, j’ai recueilli des renseignements verbaux auprès des capitaines qui ont fait ce genre de transport ; j’ai compulsé les rapports spéciaux de vétérinaires militaires qui ont accompagné la cavalerie dans des expéditions d’outre-mer, et j’ai eu ainsi de précieux documents pour former la base de cet opuscule.

Désirant traiter la question d’une manière utile pour tout le monde, j’ai divisé mon travail en cinq parties, savoir :

1° Mesures à prendre avant et pendant l’embarquement des animaux ;

2° Causes d’insalubrité des navires-écuries, moyens de les combattre ;

3° Règles d’hygiène applicables aux animaux embarqués ;

4° Maladies qui atteignent les animaux à bord ;

5° Médicaments et instruments dont doivent être munis les capitaines ; description du manuel de quelques opérations de petite chirurgie.

Je serais très-heureux si, par les considérations auxquelles je vais me livrer, quelqu’incomplètes qu’elles soient, je pouvais contribuer à améliorer un peu le sort des animaux embarqués, et faire conduire à bon port des capitaux si importants.

Maintenant que mes lecteurs se pénètrent bien de ceci : c’est que je n’écris pas pour ceux qui savent ; mais pour ceux qui, étrangers à la profession de vétérinaire, sont appelés dans la circonstance à soigner les animaux.

E.C.




PREMIÈRE PARTIE

PRÉCAUTIONS À PRENDRE AVANT ET PENDANT L’EMBARQUEMENT

Importance d’une visite sévère des animaux qui doivent être embarqués


À bord, les animaux sont exposés à des causes morbifiques, susceptibles d’engendrer les maladies les plus variées ; ceux qui y sont soumis bien portants peuvent résister ; mais ceux dont l’économie est déjà affectée, se trouvent dans les plus mauvaises conditions possibles. Je conseille donc aux capitaines de navire de faire visiter leur cargaison vivante, avec un soin extrême, au moment le plus rapproché de l’embarquement ; nul sujet rien sera exempté. On laissera à terre :

1° Ceux qui seront. atteints de maladies internes anciennes ;

2° Les vieux animaux sujets aux coliques ;

3° Ceux qui seront plus ou moins grièvement blessés ;

4° Ceux qui seront affectés d’un jetage qui pourrait faire soupçonner la gourme ou la morve ;

5° Les sujets qui offriront des engorgements ganglionnaires dans l’auge sans causes apparentes bien déterminées ;

6° Ceux qui présenteront des boutons, des cordes, des engorgements indolents, plus ou moins volumineux.


Du régime


Chez les animaux, le passage trop brusque d’un régime à un autre, concernant la nourriture, l’habitation ou le travail, est toujours une source d’inconvénients, qu’on peut éviter en les accoutumant progressivement à leur nouveau genre de vie. Les animaux qui devront être embarqués, seront préalablement soumis à un régime préparatoire, destiné à les familiariser avec les conditions et les habitudes du bord. La stabulation permanente, le défaut de surexcitation extérieure, la langueur de la digestion résultant du repos prolongé, auquel ils seront condamnés et par suite, les pertes insignifiantes qu’ils subiront, recommandent cette préparation d’une manière toute particulière. Pour l’alimentation, on emploiera, trois à quatre jours avant celui de l’embarquement, une nourriture moins tonique que celle à laquelle ils étaient habitués ; elle sera plutôt rafraîchissante que réparatrice ; on diminuera la quantité de grain et de fourrage et on leur substituera des barbottages à la farine d’orge plutôt qu’au son. Ce régime réparera suffisamment les forces des animaux, sans développer en eux un excès de chaleur ; et il n’imprimera, d’une manière générale, aux organes et aux grandes fonctions, que des changements peu appréciables.


De l’exercice.


Comme complément indispensable du régime alimentaire préparatoire, on diminuera successivement le travail et l’exercice. Ainsi, huit ou dix jours avant l’embarquement, les animaux seront promenés au pas pendant trois ou quatre heures par jour ; puis on diminuera peu à peu cet exercice, et les deux ou trois derniers jours qui précéderont l’embarquement, on les laissera complètement au repos. Ce repos de quelques jours préparera avantageusement les animaux, et l’immobilité qu’ils auront sur le bateau leur sera moins étrange et surtout moins nuisible.


Doit-on pratiquer sur les animaux à embarquer une saignée préventive ? Non.


Pendant quelques temps on a eu l’habitude de saigner tous les animaux qu’on allait embarquer. C’était un abus ; la saignée ne devant se pratiquer comme mesure hygiénique que dans des limites très-faciles à dépasser, il est plus prudent de s’abstenir. Soustraire du sang à un animal en santé, appelé à vivre dans un milieu défavorable, c’est priver l’économie du stimulus qui lui fournit sa chaleur propre, ainsi que la force de résister aux influences morbifiques du bord. Les animaux ne doivent donc pas être saignés ; les conséquences de cette opération étant plus nuisibles qu’utiles, sans compter que l’opération elle-munie peut entraîner des accidents, si la plaie n’est pas cicatrisée avant l’embarquement.


Les solipèdes doivent-ils être embarqués ferrés ou déferrés ?


On n’est pas d’accord sur cette question. Les uns pensent qu’il faut déferrer les animaux, d’autres opinant pour le contraire. Les partisans de la première opinion ne s’appuient pas sur des raisons bien sérieuses ; on craint, dit-on, les coups de pied ; mais sur un bâtiment, les animaux étant serrés les uns contre les autres, les coups de pied sont bien moins à redouter que dans une écurie. Ils ajoutent aussi que le cheval déferré est plus à son aise. Ces assertions sont combattues par les praticiens vraiement éclairés, et les observations les plus sérieuses concluent en faveur de la conservation de la ferrure. Si je ne craignais pas de trop m’étendre, je pourrais citer les remarques judicieuses faites par M. Liguistin et autres vétérinaires militaires, sur la ferrure conservée aux chevaux pendant des traversées assez longues. Je me bornerai à rappeler que les animaux ferrés sont moins aptes à contracter ces nombreux accidents, tels que bleimes, fourchettes pourries, crevasses du paturon, fourbure et engorgements, etc., et que, dès-lors, il vaut mieux conserver la ferrure aux chevaux et mulets embarqués.


Modifications à apporter à la sangle servant à l’embarquement


L’embarquement, dont je ne dirais que deux mots, s’effectue différemment comme on sait, ou comme il est facile de prévoir, suivant que le navire destiné à recevoir les animaux est amarré à quai, ou mouillé à distance du rivage, et suivant la partie du bâteau qui leur est affectée. L’embarquement à quai est facile ; si le bâtiment est au niveau de la chaussée, on le réunit à cette dernière par un pont volant, sur lequel passent les animaux ; quand le bâtiment est plus élevé que le quai, on enlève les animaux à l’aide d’une grue.

Si le navire est au mouillage, l’emploi de la grue est indispensable pour hisser les animaux du chaland à bord du navire. Pour cela, on entoure le corps de l’animal d’un appareil spécial, qui consiste en une ceinture de toile marine, mesurant habituellement 1 mètre 20 de longueur sur 0 mètre 80 de largeur. À ses côtés, cette toile est roulée sur deux morceaux de bois cylindriques, plus larges que le corps de la ceinture ; deux câbles réunis en forme d’anse, flottent à la partie libre des cylindres. Cet appareil enveloppe la poitrine de l’animal de dessous en dessus à l’aide des deux anses on forme un nœud coulant qui vient se croiser sur le dos, et dans ce nœud est introduit le croc de la chaîne de la grue. Cet appareil est souvent complété encore par deux lanières, dont l’une, fixée en avant sur la partie droite, permet d’embrasser le poitrail de l’animal, et va s’attacher sur le côté opposé de la sangle ; à gauche et en arrière, est placée l’autre lanière qui sert d’avaloire. L’emploi de ces lanières est blâmable, car en se cordant, elles pincent la peau et déterminent par le frottement continu, des excoriations, de petites plaies linéaires au poitrail et aux fesses. Ces derniers accidents sont certainement écartés en substituant à ces lanières des tresses de chanvre, semblables à celles des plate-longes, qui offrent l’avantage de glisser sur la peau sans l’entamer.

Ces tresses donnent aux animaux des points de contact plus fixes et plus étendus sur l’appareil, et prêtent plus de solidité à la sangle. La largeur de ces tresses est de 0 mètre 07. On doit condamner également le nœud coulant de la sangle à suspension, parce qu’il blesse souvent les animaux ; en effet, sa grande mobilité fait avancer ou reculer l’appareil, qui cède aux mouvements désordonnés du sujet, lesquels sont dangereux pour les hommes de service. Le nœud de corde peut être remplacé par un crochet porte-mousqueton, semblable à celui du porte-lacs, dont on se sert pour abattre les animaux. Les avantages de cette modification sont évidents : il en résulte des blessures plus rares au tronc, une répartition plus régulière du poids du corps sur l’appareil de suspension, et l’opération est rendue plus prompte et plus sûre.


Comment faut-il placer les animaux dans les navires-écuries ?


Tous les auteurs qui ont écrit sur cette matière, ont recommandé de placer la tête des animaux du côté de l’intérieur du bâtiment, et la croupe face aux parois. Cependant, il semble évident que, sur les transports-écuries de l’état, l’animal dont la tête est tournée du côté des sabords, respire un air plus abondant, plus oxygéné que celui qui est placé dans le sens contraire.

En effet, l’air venant du dehors prend la température du milieu dans lequel il passe, il s’échauffe lui-même avant d’être aspiré par les poumons ; de sorte que, le cheval dont la tête est tournée vers l’intérieur, le reçoit au moins tiède, tandis que celui dont les naseaux sont en quelque sorte à l’orifice des sabords, reçoit directement l’air extérieur à peu près dans les mêmes conditions que si lui-même était à l’air libre.

M. Liguistin, pendant sa traversée d’Alger à la Vera-Cruz, a essayé comparativement ces deux positions, et il a pu voir que les chevaux qui avaient la tête tournée vers les sabords, se portaient mieux ; que leur transpiration était bien moins abondante, et que les glissades sous l’influence du roulis, étaient aussi bien moins fréquentes chez ces derniers, que chez ceux qui avaient la tête tournée vers l’intérieur du navire.

On a objecté contre cette méthode de placer les animaux, que les hommes seraient plus exposés aux coups de pied ; mais il serait facile d’éviter ces accidents, en élevant depuis le sol jusqu’à la hauteur des jarrets une cloison convenablement rembourrée. On a parlé aussi de la fatigue plus grande des chevaux ainsi placés, qui seraient sur un plan d’arrière en avant ; mais il serait facile d’y rémédier.

Il sera donc préférable sur les navires-écuries, munis de sabords ou de hublots, de placer ainsi les animaux ; mais comme la marine du commerce n’a pas pour ce genre de transport, de navires spéciaux, et que ceux employés n’ont pour toute ouverture que les panneaux, les animaux seront encore mieux sur ces derniers, en ayant la tête tournée vers l’intérieur ; car alors, ils recevront l’air plus directement.




DEUXIÈME PARTIE

CAUSES D’INSALUBRITÉ DES NAVIRES-ÉCURIES ; MOYENS DE LES COMBATTRE.

Influence de la respiration.


La composition normale de l’air atmosphérique, quant aux éléments essentiels, en poids, est de 23,013 d’oxygène, de 76,87 d’azote. On y trouve normalement encore de 0,0003 à 0,0006 d’acide carbonique et une certaine quantité de vapeur d’eau, ainsi que des traces d’ammoniaque et d’iode, etc. Celle de l’air expiré est représentée à très peu près par azote 75,20, oxygène 17,00, acide carbonique 5,9, vapeur d’eau 19.

Dans l’acte de la respiration l’air perd donc de son oxygène et de l’azote et acquiert de la vapeur d’eau et une quantité notable d’acide carbonique.

En comparant ces chiffres il est facile de comprendre que l’atmosphère d’un espace restreint, comme l’entrepont d’un navire, dans lequel respirent un grand nombre d’animaux, devienne promptement viciée et souvent même irrespirable ; aussi une énergique ventilation est-elle indispensable à bord des navires-écuries.


De la température.


L’atmosphère des entreponts possède toujours une température plus élevée que celle de l’air extérieur, elle atteint une moyenne de + 25°. Une chaleur aussi continue provoque l’expansion des fluides, la dilatation et le relâchement des solides. Dans de telles conditions, la perspiration cutanée devient si abondante que le repos même est accompagné d’une sueur générale : de là nonchalance et faiblesse extrême. La respiration est plus fréquente ; l’air dilaté et humide contenant, relativement à son volume, moins d’oxygène, les inspirations sont plus rapides, comme cela a lieu dans l’air raréfié.

Le corps des animaux, ainsi baigné de sueur, est prédisposé aux refroidissements qui engendrent fréquemment des maladies de poitrine et des voies aériennes.


De l’humidité.


L’humidité n’est pas une des moindres causes de la perturbation de la santé à bord des navires. En effet, l’air chaud et humide de l’entrepont perd de sa pesanteur ; les effets qu’il exerce sur l’économie animale dépendent de l’action combinée de la chaleur, de la vapeur d’eau et de la raréfaction de l’air. Ces effets-là sont débilitants et même relâchants ; les organes, dépourvus d’énergie, exécutent leurs fonctions avec lenteur ; tous les tissus acquièrent une mollesse remarquable, leur action languit ; la surface du corps est dans un état de gonflement dû à la force expansive de la chaleur et à l’action de la vapeur d’eau.

Une sueur abondante, résultant de cette double cause, inonde le corps ; l’appétit est presque nul.


De l’encombrement.


L’encombrement est, sans contredit, la plus puissante et la plus terrible des causes d’insalubrité à bord ; elle engendre principalement des maladies infectieuses ou de l’appareil digestif. L’encombrement a deux conséquences inévitables : la disette d’air et le méphitisme, lesquels déterminent soit une asphyxie, soit un empoisonnement. L’air atmosphérique est comme le régulateur de la santé des animaux à bord ; chaque animal est entouré d’émanations vaporeuses et gazeuses formées par le rejet hors de son organisme, de certains matériaux impropres à la nutrition. Si le renouvellement de l’air est incessant, ou si l’encombrement n’est pas considérable, ces miasmes n’acquièrent point une proportion dangereuse, du moins immédiatement ; dans le cas contraire leur action toxique peut se manifester d’une manière violente. En résumé, plus on entasse les animaux dans un bâtiment, plus on diminue la quantité d’air répartie à chaque animal, et plus, par conséquent, on s’expose à de fortes pertes.


Moyens d’assainissement des navires-écuries.
Espace nécessaire à chaque animal.


Les bâtiments doivent être aménagés de manière à laisser à chaque animal une place suffisante, sinon une stalle spéciale pour qu’il jouisse d’une aération convenable. On peut rembourrer les parois du navire et le devant des mangeoires avec du foin recouvert de toile à voile pour empêcher les animaux de se blesser. Les mangeoires sont goudronnées, elles se conservent longtemps et ne sont pas rongées par les animaux. L’entrepont doit toujours avoir de 2 mètres 25 à 2 mètres 50 de hauteur, suivant la taille des animaux ; ceux-ci doivent posséder en largeur un espace de 80 à 90 centimètres pour le cheval, 60 à 70 pour le mulet.

On doit accorder une grande largeur aux vaches, pour qu’elles puissent se coucher, leur constitution ne leur permettant pas de rester très longtemps debout.

Les chevaux, les vaches ensuite, doivent occuper les places les plus avantageuses, c’est-à-dire celles qui réunissent le mieux les conditions hygiéniques d’air et de lumière, auprès des panneaux, par exemple.

Quant aux mules, dont les poumons supportent un air beaucoup moins pur, et qui sont moins incommodées par la chaleur, on les place dans les endroits les plus éloignés des panneaux.


Appareils spécialement destinés au renouvellement de l’air.


En premier lieu, on trouve les panneaux, qui sont les seuls appareils naturels d’aération à bord des navires de commerce ; l’air s’y introduit de haut en bas, les voiles qui forment aux vents des plans inclinés, réfléchissent ceux-ci avec une force proportionnée à leur impulsion. Mais c’est là un mode d’aération sur lequel on ne peut pas toujours compter ; car quelquefois le salut du navire exige la fermeture des panneaux, et il faut alors de toute nécessité demander à une ventilation artificielle l’air qui ne pénètre plus par ses voies pour ainsi dire naturelles. La ventilation artificielle a donc pour but de renouveler, dans un lieu donné, l’atmosphère qui s’y trouve confinée ; on n’arrive à ce résultat, dans un espace clos, qu’à la condition que l’air circulant oscille entre deux ouvertures antagonistes, dont l’une fait appel par rapport à l’autre qui sert d’issue. Les appareils dont on se sert pour obtenir cette ventilation sont la manche à vent et le tarare. La manche à vent est un procédé imparfait, qui ne fait qu’atténuer, sans la faire disparaître, l’impureté d’une atmosphère confinée.

Le tarare produit la ventilation par aspiration, c’est-à-dire que l’air pur s’introduit à la faveur d’un vide que le ventilateur tend à produire en aspirant l’air vicié. Cet appareil produit un renouvellement rapide et assez complet de l’air ; comme il est d’une grande simplicité, tant sous le rapport de la construction que sous celui de la manipulation, on est vraiment étonné de le voir si peu employé à bord des navires qui font le transport des animaux. La marine de l’État, plus soucieuse des intérêts généraux que celle du commerce, a mis à l’étude des projets d’aération plus active. M. Bertin, médecin de la marine, a, dit-on, résolu la question de la manière la plus avantageuse. Son procédé consiste à provoquer par un foyer ou par la chaleur de la machine à vapeur, un appel d’air dans des tuyaux qui débouchent dans l’entrepont, à peu de distance du plancher. Cet habile officier est parvenu, à ce qu’il paraît, à fournir 150 mètres cubes d’air par animal et par heure.



TROISIÈME PARTIE

DES RÈGLES APPLICABLES AUX ANIMAUX EMBARQUÉS

Nature de la ration, quantité, ordre de distribution.


L’animal embarqué vit dans un air dont la viciation est démontrée par trop de faits pour qu’il soit nécessaire d’y insister longuement. II est privé des stimulants extérieurs, nécessaires à toute bonne digestion ; et, non-seulement il lui manque un bon air, mais encore la lumière lui fait défaut. Les pertes matérielles qu’il éprouve, sauf celles qui ont lieu par la peau, sont insignifiantes. La nourriture doit donc avoir pour objet unique d’entretenir ses forces dans un état satisfaisant, sans le pousser vers l’engraissement, qui pourrait lui être funeste. Partant de ce principe, l’alimentation doit comprendre des matières de facile digestion, non échauffantes, un peu relâchantes même, pour prévenir la constipation toujours dangereuse à bord, les fourbures et les congestions cérébrales auxquelles sont trop prédisposés les animaux embarqués.

Les rations, faibles pendant les premiers jours de la traversée, doivent être augmentées progressivement suivant l’appétit des animaux et la marche de leur acclimatement nautique. Pour éviter les désordres qui pourraient provenir du repos ou de l’alimentation, il est bon de leur administrer tous les quatre ou cinq jours, suivant les cas, une décoction légère de graine de lin.

Cette substance relâche légèrement les animaux et exerce une action adoucissante sur les voies urinaires. On peut encore faire dissoudre dans leurs boissons 50 à 100 grammes de sulfate de soude par tête, ou même y mélanger un peu d’eau de mer.

Voici quelle doit être la ration complète des chevaux de taille moyenne, avec l’ordre de la distribution :

Le matin, au jour, 1 kilog. de foin ;

À 9 heures, 6 litres d’eau, 1 kilog. 1/2 d’avoine ou d’orge ;

À midi, 1 kilog. de foin ;

À 4 heures, 6 litres d’eau, 1 kilog. 1/2 d’avoine ou 2 kilog. de farine d’orge en barbottages ;

À 7 heures et demie du soir, 1 kilog. de foin.

Je suis convaincu que, si on remplaçait l’avoine qui, renfermant une certaine quantité de principes résineux, jouit de propriétés stimulantes et échauffantes connues de tout le monde, par l’orge qui, au contraire, possède des propriétés rafraîchissantes, on fournirait aux animaux une nourriture plus en rapport avec leur état à bord. L’usage du son en mer doit être rejeté, parce qu’il est impossible de le conserver dans un bon état d’intégrité, la plus légère humidité altérant ses propriétés ; puis, parce qu’il est lourd et difficile à digérer. La farine d’orge s’altère promptement aussi dans une atmosphère chaude et humide, comme l’intérieur d’un bâtiment ; aussi doit-on avoir à bord un petit moulin portatif, pour convertir en farine l’orge, qui, avec quelques précautions, peut être conservé dans le meilleur état. Ainsi donc, le foin, l’avoine ou l’orge et la farine d’orge sont les denrées qui doivent former la hase de l’alimentation, des chevaux en mer. Quant aux mulets, ils aiment, comme on dit vulgairement, le foin comme le pain et le préfèrent au grain.

Le fourrage doit donc, associé aux barbottages faits avec de la farine d’orge, former la base de la nourriture du mulet, comme le grain doit constituer celle du cheval. Les mulets réclament une ration d’eau plus considérable que celle que nous avons indiquée pour le cheval. Les vaches, comme les mulets, exigent aussi une plus forte ration de fourrage et d’eau que les chevaux.


Importance de l’usage de l’eau pure et naturelle.


L’air et l’eau, a-t-on dit avec vérité, sont les deux éléments indispensables à tous les êtres vivants. L’eau, en effet, est une boisson complexe dont les composants ont chacun leur rôle utile dans la nutrition. L’importance des eaux salubres pour le maintien de la santé, a été mise en relief par l’origine de trop d’épidémies, pour qu’on ne puisse pas la considérer comme parfaitement démontrée.

L’eau sert à régulariser les fonctions de l’économie et à neutraliser quelques pertes. Les principaux émonctoires par lesquels se dissipent les fluides animaux, sont la transpiration cutanée, la perspiration pulmonaire, les sécrétions intestinales et urinaires ; cette déperdition continuelle de liquide amènerait des conséquences variables suivant sa durée, si le besoin de boire, qui en est la suite la plus immédiate, n’était pas satisfait. L’eau étanche la soif, qui est un sentiment d’ardeur et de sécheresse des membranes muqueuses, qui revêtent les premières voies digestives ; ce besoin physiologique est produit par les pertes continuelles qu’occasionnent les diverses sécrétions et exhalations. Dans ce rôle, l’eau pure ne peut être remplacée par un autre liquide. L’eau a, de plus, la propriété de délayer les aliments solides et d’en dissoudre quelques uns ; dès lors, elle favorise l’action de l’estomac et de l’intestin, facilité l’absorption des principes assimilables, et concourt ainsi puissamment à la nutrition. Absorbée dans le canal digestif, l’eau se môle au sang, le délaie, et le rend moins excitant en en augmentant le volume. Mais, pour qu’elle produise ces effets salutaires, il faut qu’elle soit de bonne qualité et prise en quantité suffisante, conditions qu’il n’est pas toujours très facile d’observer à bord des navires.

Ainsi, sur beaucoup de transports-écuries, on donne aux animaux de l’eau distillée ; c’est une idée progressive dans l’hygiène navale mais, au point de vue de l’hygiène vétérinaire, elle n’est pas des meilleures. Le premier reproche qu’on peut lui adresser, c’est d’être trop pure : il ne faut pas perdre de vue que, pour bien remplir ses fonctions multiples, l’eau doit contenir de l’air et des substances salines, principes qui manquent complètement dans l’eau distillée. L’aération de l’eau obtenue par condensation de la vapeur est des plus faciles ; il suffit de l’exposer à l’air et de faciliter le mélange, ou plutôt la dissolution par une agitation mécanique. L’eau distillée est fade, lourde, elle ne satisfait pas la soif et ne stimule pas l’estomac.

La quantité d’eau qu’on distribue est presque toujours trop faible ; quand on réfléchit qu’à bord des bâtiments les animaux sont constamment en transpiration, que l’air qu’ils respirent est souvent à une température plus élevée que celle de leur sang et que les oscillations perpétuelles du bâtiment les tiennent dans un état fébrile qui augmente la soif, ou est forcé de convenir que les doses de 25 litres pour le mulet et 14 à 16 litres pour le cheval sont insuffisantes pour réparer les pertes subies par l’économie, calmer la soif, faciliter la digestion des aliments solides, etc.


Du pansage.


Le pansage des animaux à bord des transports-écuries est réellement indiqué, car ils sont constamment en transpiration ; de plus, connue ils sont serrés les uns contre les autres, ils se salissent au moment où ils prennent leurs repas. Malgré l’utilité du pansage, il est très difficile à bord des navires de le faire d’une manière soignée ; car, sur les bateaux de commerce, outre la difficulté provenant du placement des animaux, il n’y a, le plus souvent, qu’un seul homme pour soigner toute la cargaison, Il y a donc impossibilité de pratiquer un pansage complet ; on doit, par conséquent, se contenter de laver chaque jour les yeux, les narines, les parties génitales, les jambes. On procure ainsi aux animaux un peu de bien-être et on prévient certaines affections.


Désinfection et lavage des navires-écuries.


L’encombrement à bord des navires chargés d’animaux ne vicie pas seulement l’atmosphère dans laquelle ils sont obligés de vivre, en lui enlevant de l’oxygène et lui cédant de l’acide carbonique, mais encore et surtout en produisant des miasmes organiques qui peuvent provenir de sources diverses. Si la ventilation nautique pouvait être toujours pratiquée d’une manière aussi large qu’elle serait nécessaire, la désinfection chimique y deviendrait moins indispensable ; les émanations miasmatiques seraient entraînées et, ne pouvant s’accumuler, elles seraient moins pernicieuses.

Malheureusement, on est encore loin d’être arrivé au degré de perfection dont le point est susceptible ; et, du reste, il est des moments où il est impossible de ventiler, même très peu : aussi les désinfectants sont-ils d’une nécessité absolue.

Les substances désinfectantes détruisent ou neutralisent les matières étrangères qui vicient le milieu atmosphérique. Le chlorure de chaux est celui dont l’usage est le plus répandu ; on l’emploie en dissolution ou sec.

À bord des navires de commerce, où il y a peu de bras disponibles, on doit laver les écuries au moins deux fois par semaine ; ce lavage doit être suivi de lotions, d’aspersions d’eau chlorurée qu’on obtient en délayant avec soin 200 grammes de chlorure de chaux dans 10 litres d’eau. Cette pratique n’a rien d’absolu et doit être subordonnée à diverses influences, dont la prise en considération s’impose d’elle-même aux intelligences les moins prévenues.

Si on ne peut pas employer le chlorure de chaux à l’état de solution, on en répand en poudre sur le plancher, surtout derrière les animaux pour éviter le plus possible l’action irritante du chlore sur les voies respiratoires.

Une autre substance désinfectante, dont les propriétés sont aujourd’hui bien connues, c’est l’acide phénique qui s’emploie en dissolution, à la dose de cinq grammes pour un litre d’eau. On emploie l’eau phéniquée comme l’eau chlorurée en lotions, aspersions. Cette subtance peut donc remplacer le chlorure de chaux, mais il est préférable d’employer ces deux agents alternativement.

Après ces lavages désinfectants, il est nécessaire de pratiquer, par tous les moyens dont on dispose, une ventilation énergique, afin de remplacer par de l’air nouveau l’air confiné et chargé des gaz dangereux de l’intérieur du navire. Il faut donc, vu cette indication de ventiler après la désinfection, bien choisir le moment et le temps pour l’opérer.




QUATRIÈME PARTIE

MALADIES QUI AFFECTENT LE PLUS SOUVENT LES ANIMAUX PENDANT LES TRAVERSÉES.

Mal de mer.


L’ivresse nautique, ou mal de mer, est caractérisée chez les grands animaux par de la tristesse, des baillements et un engourdissement général. L’animal cesse de manger, bave, appuie avec force la tête sur la mangeoire et son facies exprime la lassitude, l’accablement.

Cette indisposition, ordinairement de peu de durée, reparaît par le gros temps ou un fort roulis.

La tolérance de la mer s’opère plus rapidement chez le mulet que chez les autres animaux.

Traitement. — On expose, autant qu’on le peut, à l’air les animaux affectés, on diminue la ration ordinaire. On leur donne abondamment des barbottages acidulés avec quelques cuillerées de bon vinaigre ou un peu d’acide sulfurique et on leur administre des lavements à l’eau de mer en même temps qu’on arrose la tête avec de l’eau froide.


Plaies de la bouche et de la langue.


Ces accidents assez fréquents sont souvent produits avant l’embarquement, lors de l’achat ou pendant le voyage du lieu de provenance au port. Ils sont causés par des pressions brusques du mors ou de la longe qu’on a passée dans la bouche pour les faire trotter. On s’en aperçoit à la difficulté qu’éprouvent les animaux pour prendre et mâcher leurs aliments ; en outre, les lèvres sont quelquefois gonflées, la muqueuse de la bouche rouge et épaissie, chaude, douloureuse et la salivation abondante.

En ouvrant la bouche de l’animal on voit presque toujours de petites plaies sur la langue ou les barres[1].

Traitement. — Il faut débarrasser avec les doigts les petites plaies des débris d’aliments qui y adhèrent, puis donner de fréquents gargarismes avec de l’eau d’orge miellée et vinaigrée ou alunée. Les gargarismes s’administrent avec une seringue, une éponge ou un morceau de linge fixé à un bout de bois et trempé dans la préparation. Si la bouche exhale une odeur fétide, on emploie des gargarismes d’eau chlorurée. On nourrit les animaux avec des aliments tendres, des barbottages farineux, de la paille hachée et trempée pendant vingt-quatre heures dans l’eau.


Inappétence.


Quelquefois les animaux semblent jouir de tous les attributs de la santé, et cependant l’instinct de la nutrition est assoupi chez eux. L’appétit est tout à fait irrégulier ; tantôt les aliments sont pris avec avidité ; tantôt la ration ordinaire n’est qu’en partie consommée, elle peut même être complétement refusée. La soif est aussi très capricieuse.

Traitement. — Rien de mieux à faire que de rapprocher, s’il est possible, les animaux indisposés des panneaux, de leur administrer une bonne douche générale d’eau de mer, qui sera suivie d’un actif bouchonnement, et on ne les remettra à leur place ordinaire que quelques jours après la reprise de l’appétit. Si on ne peut changer les animaux de place, ou si, après avoir fait le traitement indiqué, l’appétit n’a pas reparu, on donnera un électuaire avec poudre de gentiane 32 gr., nitre 32 gr. et miel quantité suffisante.


Coliques.


Les coliques sont des douleurs abdominales qui se décèlent par des mouvements plus ou moins désordonnés ; leur manifestation est assez variable, mais les causes le sont plus encore.

Elles surviennent quelquefois pendant ou plus ou moins longtemps après un repas. Celles qui surviennent pendant que l’animal consomme sa ration, sont principalement dues à l’oscillation du navire, au repos, à l’usage d’aliments plus ou moins avariés, et à l’eau distillée qui leur sert de boisson. Elles n’ont pas de phénomènes précurseurs : les animaux cessent tout à coup de manger, tiennent la tête basse, souvent appuyée sur la mangeoire ; ils baillent, grattent le sol avec leurs pieds de devant, s’agitent, cherchent à se coucher et font des efforts pour évacuer. Si leurs efforts sont suivis de résultats, les coliques cessent mais souvent pour reprendre quelques heures après ou le lendemain.

Traitement. — Il faut administrer des lavements à l’eau tiède pure ou salée ; faire, s’il est possible, des frictions sèches sous le ventre et administrer aux animaux un ou deux litres d’infusion de thé ou de café, additionnée d’un peu de vin ou d’eau-de-vie.

Les infusions de thé ou de café peuvent être remplacées par celles de camomille, mélisse, sauge, cannelle, muscade et autres excitants aromatiques. Si les coliques persistent, on doit administrer un quart de litre d’huile d’olives ou de ricin, dans laquelle on met vingt à trente gouttes d’huile de croton.

Si malgré ce traitement, elles ne cèdent pas, il est probable qu’alors on a affaire aux coliques de sang ou coliques rouges, causées par une congestion vive de l’estomac ou de l’intestin.

Les symptômes décrits ci-dessus, acquièrent plus d’intensité : l’animal se tourmente beaucoup, sa respiration est fort agitée, etc. On combat ces coliques par de larges saignées, l’administration de breuvages calmants, et l’emploi de dérivatifs énergiques sur les membres.

On pratique d’abord une saignée de 4 à 5 livres suivant la force de l’animal, et on la réitère quelques heures après, si les coliques conservent leur violence. Parmi les calmants, le plus efficace est le laudanum, dont la dose est de 12 à 14 grammes pour les grands animaux, dose qu’on peut réitérer deux et même trois fois en six ou huit heures ; on l’administre dans un liquide froid, telle qu’une infusion de tilleul. On pourrait aussi donner le remède suivant composé de camphre et d’assa-fætida parties égales, 15 grammes.

On pulvérise les deux substances, on les fait dissoudre dans un litre d’eau, et on administre. On fera bien d’avoir dans le coffre à médicaments quelques paquets de ce mélange qui est employé avec succès à l’école d’Alfort et par beaucoup de vétérinaires militaires. Des lavements froids donnés fréquemment complètent la médication intérieure qui, si elle échoue, doit-être remplacée par de vigoureuses frictions d’essence de térébenthine sur les quatre membres, jusqu’à ce que l’animal s’agite violemment. L’essence de lavande, l’eau bouillante, le vinaigre chaud, la farine de moutarde noire délayée dans de l’eau à peine tiède, peuvent remplacer l’essence de térébenthine. Il est bien rare que ces divers moyens, employés dès le début, n’amènent pas une prompte guérison. On soumet ensuite les animaux à une diète sévère, puis on leur donne pendant quelques jours des barbotages émollients à la graine de lin et à la farine d’orge, et on ne les remet que progressivement à leur régime habituel.[2]


Dyssenterie.


Cette maladie ne diffère de la précédente que par une plus grande intensité ; elle est due aux mêmes causes et surtout à l’encombrement dont l’influence est plus marquée chez les bêtes bovines. On observe chez les animaux malades des frissons, du dégoût, une soif vive ; ils évacuent des matières excrémentielles qui parfois filantes, associées à du sang liquide ou coagulé, ressemblent assez à de la lavure de chair. Ces matières sont lancées à distance avec accompagnement de vents. La queue est agitée, le fondement se renverse et offre une couleur noirâtre ou violacée.

Traitement. — Il faut donner en boisson, de la tisane d’orge additionnée de quatre grammes de laudanum par litre, envelopper chaudement le ventre et soumettre les malades à une diète sévère. De fortes frictions sur les membres avec de la farine de moutarde délayée dans l’eau, opèrent souvent une dérivation salutaire.


Inflammation de la vessie.


Cette maladie est désignée vulgairement sous le nom de rétention d’urine ou encore de pissement de sang, à cause de la coloration rouge que prennent les urines, lorsque cette affection atteint un haut degré d’intensité. Elle s’accuse par des coliques, des envies fréquentes d’uriner ; l’animal trépigne des membres postérieurs, se tord les reins et la queue, la verge est pendante chez le mâle, la vulve de la femelle s’entr’ouvre et se ferme à chaque instant ; le sujet se campe fréquemment pour uriner, et rejette avec souffrance un peu d’urine fortement colorée ou sanguinolente.

Traitement. — On doit d’abord pratiquer des saignées légères et réitérées, puis donner des breuvages et des lavements de décoction de graine de lin et de pavot, des fumigations émollientes sous le ventre et des cataplasmes de même nature sur les reins, produisent ordinairement de bons effets. Cette maladie se déclare quelquefois à la suite d’une large application de vésicatoire ; on doit alors supprimer ce dernier et donner à l’animal de la tisane de graine de lin additionnée de deux à trois grammes de camphre pulvérisé par litre. Si la rétention persiste on administre des lavements camphré.


Épistaxis ou saignement du nez.


Cette indisposition est attribuée à une congestion sanguine vers la tête, elle est quelquefois provoquée par la température élevée de l’intérieur du navire. Son caractère spécial est l’écoulement d’un sang noir goutte à goutte et ordinairement par une seule narine.

Traitement. — On donne aux animaux les places les plus airées, on leur fait des lotions avec de l’eau de mer sur le front, le chanfrein et même sur les testicules ou les mamelles.


Gourme.


Cette maladie particulière aux jeunes animaux, se caractérise le plus souvent par un jetage purulent et des abcès dans l’auge ; elle n’est qu’exceptionnellement mortelle. Elle s’annonce souvent par une sorte de courbature et des engorgements œdèmateux siégeant surtout aux membres postérieurs. L’appétit diminue, la robe perd son luisant, les muqueuses de la bouche et de l’œil reflètent une teinte jaunâtre, les urines deviennent rares et la constipation se prononce. Au bout de deux à trois jours, les yeux deviennent le siége d’une sécrétion puriforme abondante : les naseaux laissent écouler un liquide d’abord limpide, puis épais et revêtant le caractère du pus. Le jetage peut devenir très abondant et avoir lieu des deux côtés ; souvent il est mêlé de parcelles de matières alimentaires. L’engorgement ganglionnaire peut envahir entièrement l’auge où se montrent des abcès ; les glandes situées à la base des oreilles peuvent s’abcéder aussi. La toux est pénible et grasse, la déglutition difficile et souvent accompagnée du rejet de liquides par le nez.

Traitement. — Il faut soumettre les malades au régime de la paille et aux barbottages de farine d’orge, faire matin et soir des fumigations avec des décoctions de son ou de mauves, pratiquer sur les engorgements de l’auge et de la base de l’oreille des onctions avec de l’onguent populéum, et les recouvrir d’un bandage formé d’une toile matelassée avec des étoupes, ou mieux d’une peau de mouton avec sa laine en dedans. On donne aussi plusieurs fois par jour des gargarismes avec de l’eau d’orge ou de mauves légèrement miellée et vinaigrée. Si les animaux toussent fréquemment, on peut faire bouillir six ou huit têtes de pavots dans six litres d’eau, et on donne cette décoction en barbottages avec de la farine d’orge moitié le matin, moitié le soir. S’il y a constipation on administre des lavements d’eau de graine de lin. Les engorgements précités ne tardent pas à se ramollir, ils se perforent en donnant issue au pus ; on les panse alors avec de l’onguent basilicum. Il faut remettre graduellement les animaux à leur régime ordinaire quand la toux et le jetage diminuent. On peut hâter l’issue du pus des abcès un peu mûrs, en les ponctionnant avec le bistouri ou mieux avec un cautère en pointe chauffée à blanc. Quand les engorgements des glandes languissent et tendent à durcir plutôt qu’à suppurer, on place alors un séton au poitrail et l’on frictionne les glandes avec de l’onguent vésicatoire.

D’après quelques vétérinaires, la gourme serait contagieuse ; mais, bien que cette opinion ne soit pas admise par tous les praticiens, il est bon cependant d’isoler les sujets malades.


Fluxion de poitrine.


Cette maladie grave est due à diverses causes, elle se reconnaît aux symptômes suivants :

Frissons, extrémités alternativement chaudes et froides, tristesse, abattement, tête basse, souvent appuyée sur la mangeoire ; toux faible non suivie d’ébrouement ; naseaux dilatés, flanc agité et cordé, muqueuses des paupières et des cavités nasales rouges, quelquefois un peu jaunâtres ; bouche chaude et sèche, diminution ou perte de l’appétit, reins raides, excréments durs, urine claire.

Traitement. — On met l’animal à la diète, on ne lui donne qu’un peu de paille et des barbottages tièdes avec de la farine d’orge, dans lesquels on ajoute 12 grammes par jour d’émétique[3]. On fait des frictions sinapisées sur les membres et la poitrine qu’on recouvre ensuite de bandes et de couvertures ; on leur donne quatre lavements par jour avec de l’eau salée ou une solution de sulfate de soude. On ne doit pratiquer la saignée que lorsque l’artère, à la pression des doigts, laisse percevoir des chocs forts et répétés. Si huit ou dix heures après ce traitement il n’y a pas d’amélioration, si le flanc est aussi agité, on renouvelle la friction sinapisée sur les membres et la poitrine ; et, en outre, sur cette dernière, on met un sinapisme, qu’on prépare en étendant sur une toile, en forme de bandage de grandeur convenable, une couche de farine de moutarde préalablement délayée avec de l’eau à peine tiède. On continue l’émétique et les lavements salins.

Si vingt-quatre heures après l’application de ce sinapisme le mieux ne se manifeste pas, on s’empresse de placer un ou deux sétons au poitrail, et on remplace le sinapisme par une friction de vésicatoire camphré[4]. On entretient ensuite la plaie produite par le vésicatoire avec un mélange à parties égales de basilicum et d’essence de térébenthine ; cette dernière substance sert aussi pour animer les sétons. On doit continuer ce traitement jusqu’à ce que le ralentissement de la circulation de la respiration et le retour de l’appétit annoncent le rétablissement de la santé. On supprime alors l’émétique, les lavements alcalins, et on cesse d’entretenir la plaie de la poitrine en suppuration ; on se contente d’en nettoyer les bords avec de la pommade soufrée ou de peuplier, et de saupoudrer la plaie elle-même avec de la poudre de charbon de bois. Comme pour la gourme, on ne remet que progressivement les animaux à leur régime ordinaire.


Asphyxie.


On donne ce nom à la mort réelle ou apparente occasionnée par la suspension de la respiration que produit le défaut d’air ou l’inspiration de gaz délétères. L’animal tombe comme frappé de la foudre, il présente de la stupeur, de l’engourdissement, des sueurs abondantes, l’immobilité des yeux, l’insensibilité du corps, les naseaux très ouverts, des battements désordonnés du flanc, l’intérieur de la bouche est bleuâtre. La mort ne tarde pas à mettre fin à cet état.

Quelquefois les symptômes marchent moins rapidement, les animaux s’agitent, se couvrent d’une sueur froide, la respiration est oppressée, on constate un mouvement anormal du flanc. Dans ce cas, il y a quelque chance de guérison.

On doit alors se hâter de rapprocher l’animal de la partie la plus aérée de l’entrepont ou même, s’il est possible, le hisser sur le pont ; on lui éponge les narines, la bouche, les yeux, avec de l’eau légèrement vinaigrée ; on place sur la nuque une éponge qu’on maintient constamment humectée d’eau froide, et l’on pratique des frictions très rudes sur les membres avec de l’essence de térébenthine.

Si l’animal revient, on lui donne la place la plus aérée, car il est reconnu que les animaux qui ont été atteints conservent une prédisposition particulière à la récidive.


Morve.


La morve est une maladie contagieuse redoutable, commune au cheval, à l’âne et au mulet, et pouvant se transmettre à l’homme. Les symptômes caractéristiques de cette maladie sont les suivants :

1° Le glandage ou la présence sous la ganache de tumeurs dures irrégulièrement bosselées à leur surface et adhérentes à l’os maxillaire de l’un ou des deux côtés ; ces glandes sont habituellement indolentes ;

2° Les chancres ou ulcères des cavités nasales, isolés ou réunis, qui sont le plus souvent étroits, circulaires, à bords taillés à pic, d’une teinte grisâtre, sans auréole ;

3° Le jetage ou l’écoulement, quelquefois intermittent, par une seule ou les deux narines, d’une matière purulente, grumeleuse, d’une teinte jaune-verdâtre, qui adhère aux ailes du nez. La morve est dite confirmée lorsque ces trois symptômes existent ; mais lorsqu’on voit seulement deux de ces symptômes ou même un seul, s’il est manifeste, on peut néanmoins considérer l’animal comme morveux.

La morve pourrait être confondue avec la gourme, mais, ayant donné les caractères de cette dernière maladie, il sera facile de les distinguer ; du reste, la gourme n’atteint guère les animaux que pendant la période de trois à cinq ans, tandis que la morve atteint les animaux quel que soit leur âge. La morve, étant incurable et contagieuse, on doit, aussitôt qu’un animal est reconnu suspect, en faire le sacrifice et le jeter à la mer. Mieux vaut agir ainsi que de s’exposer à perdre toute une cargaison, car il est impossible à bord d’un navire de pratiquer l’isolement.

On aura ensuite le soin de laver la place qu’il occupait avec de l’eau chlorurée ou phéniquée ; on devra aussi examiner chaque jour très sérieusement les voisins de l’animal sacrifié, afin de voir s’il ne se déclare pas chez eux quelques symptômes de morve.


Farcin.


Cette maladie a d’étroites liaisons avec la morve, car, comme cette dernière, elle peut affecter le cheval, l’une et le mulet et se transmettre à l’homme. Cette maladie se caractérise par de petites tumeurs ou boutons gros comme des noisettes, des noix ou beaucoup plus considérables ; ils sont isolés ou reliés les uns aux autres et aux ganglions lymphatiques par des vaisseaux lymphatiques tuméfiés, qui forment sous la peau un relief uni ou noueux à sa surface, d’où l’apparence de cordes ou de chapelets. Ces abcès, d’abord durs et indolents, peuvent passer ensuite à l’état de ramollissement ; ils peuvent se montrer sur toutes les régions du corps.

Les cordes plus particulières à certaines régions, comme les joues, la gouttière de la jugulaire, la face interne des membres, le trajet de la veine de l’éperon, forment des sortes de cylindres ou de chapelets plus ou moins gros, durs, résistants, à peu près indolents. Si, à cette période de la maladie, elle n’est pas reconnue et qu’elle suive son cours, les boutons, les tumeurs farcineuses, finissent par se ramollir, et ce ramollissement se fait du centre à la périphérie.

Dans les cordes, mêmes phénomènes, mais par places multipliées.

Le pus qui finit par se faire jour au-dehors, ressemble à une huile épaissie, d’un jaune terne (huile de lin cuite) et s’étale en longues traînées sur la peau. Une fois ouverts, les abcès ne se cicatrisent pas, les bords de l’ouverture se renversent et se couvrent de végétations fongueuses, mollasses. Quoique le farcin soit quelquefois curable, on doit toujours, vu sa nature contagieuse, aussitôt qu’un animal est reconnu suspect, le sacrifier et agir ensuite comme il a été indiqué pour la morve.


Fourbure.


Cette maladie reconnaît pour cause la station forcée à laquelle les animaux sont condamnés ; elle est fréquente chez les chevaux et les mulets, elle se montre parfois aussi chez les bœufs et les moutons.

Symptômes. — Chaleur considérable d’un ou de plusieurs pieds ; sensibilité exagérée qui force l’animal à s’appuyer d’avantage sur les pieds sains pour soulager celui ou ceux qui sont malades.

On constate des tremblements partiels des muscles des membres, la face trahit la souffrance, et on remarque que les pieds atteints sont portés en avant et que l’appui se fait surtout en talons. La vache fourbue, outre les symptômes que nous venons de citer, se couche, son appétit est presque nul, et si la maladie dure un peu de temps, elle cesse complétement de manger et peut mourir.

Traitement. — Diète, forte saignée, entourer le sabot avec des étoupes qu’on tient constamment imbibées d’eau froide ; administrer un purgatif[5] ou des lavements salins[6]. Par ces moyens en quelques jours on obtient généralement la guérison.


Œdème.


La station permanente est aussi la cause de cette affection. L’œdème est une sorte de tumeur diffuse, ordinairement indolente, sans chaleur ni tension ; quand on y appuie les doigts elle en conserve l’empreinte pendant quelques instants. L’œdème affecte particulièrement les parties déclives, le ventre, le fourreau, les membres.

Traitement. — Quelqu’en soit le siége, il est toujours bon de donner à l’animal 25 à 30 grammes de sel de nitre par jour en électuaire ou dans les barbottages, d’augmenter un peu la ration de grain et de diminuer la ration d’eau. Si l’œdème existe sous le ventre on fait de petites ouvertures au moyen de la flamme ou du bistouri. Si on se sert du bistouri, on saisit la lame entre le pouce et l’index, à un centimètre au plus de la pointe et, on ponctionne dans plusieurs points ; des pressions faites en convergeant vers les ouvertures, aident la sortie d’un liquide roussâtre ; on frictionne ensuite avec du vinaigre chaud, de l’eau-de-vie camphrée ou un mélange composé d’une partie d’ammoniaque et de deux parties d’huile d’olive ; on renouvelle ces frictions jusqu’à l’apparition de petites vésicules. Lorsque l’œdème siége aux membres on emploie les mêmes frictions.

Dans le cas d’œdème du fourreau, on nettoie celui-ci au moyen d’une éponge imbibée d’eau tiède et de savon noir ; quelquefois le fourreau est tellement gonflé qu’il faut le soutenir à l’aide d’un bandage en toile qui va s’attacher sur les reins.


Maladies des yeux.


Ces maladies sont très variées et nécessitent pour leur étude des connaissances anatomiques approfondies ; aussi je ne ferai qu’indiquer le traitement général des maladies les plus fréquentes. Elles ont surtout pour causes des coups, des frottements, des morsures, ou bien l’introduction sous les paupières de corps étrangers, comme des brins de fourrage, échardes, épines, poils, insectes, etc.

Symptômes. — Les paupières sont rapprochées, gonflées, humectées de larmes ; si on vient à les relever on voit que la muqueuse est rouge, infiltrée et que la vitre de l’œil est quelquefois trouble.

Traitement. — Il faut d’abord s’assurer s’il n’y a pas de corps étranger engagé sous les paupières, puis, suivant l’acuité du mal, on bassine les yeux avec une solution de sulfate de zinc, qui se prépare en ajoutant par litre d’eau 1 à 2 grammes de sulfate de zinc. Si le mal persiste, on emploie celle de nitrate d’argent dans les proportions de 1 gramme pour 200 ou 300 grammes d’eau.

Lorsqu’à la suite de ce traitement il reste sur la vitre de l’œil des tâches blanches, on les cautérise très légèrement avec le crayon de nitrate d’argent, et on fait ensuite des lotions d’eau fraîche.


Maladies de la peau.


Les maladies de la peau sont communes à bord ; les mules y sent surtout sujettes.

Si les animaux se grattent sans qu’il y ait dépilation, on leur nettoie la peau et on les frictionne ensuite avec de la pommade d’Helmérich, qui calme les démangeaisons et peut agir en même temps contre la gale ; on peut encore employer un mélange à parties égales d’huile d’olives et d’huile de pétrole. Ce traitement simple est applicable à toutes les maladies cutanées qui ont assez d’analogie entre elles.


Ébullition.


L’ébullition ou échauboulure est occasionnée par le repos et la haute température des entreponts. Elle consiste en une éruption partielle ou générale de boutons de la grosseur d’un pois, d’une noisette, consistants, écrasables par la pression, ne produisant pas de démangeaison ; cette éruption, quand elle est partielle, affectionne particulièrement le tronc et ne demande pas de médication proprement dite. Quelquefois, cependant, pour combattre la prédisposition, on a recours à la saignée, et on soumet les animaux, pendant quelques jours, à une demi-diète et aux barbottages à la farine d’orge, avec addition de 30 à 40 grammes de sel de nitre par jour.


Plaies.


Les plaies sont des solutions de continuité des parties molles, produites par une cause mécanique, chutes, coups, etc.

Les plaies qu’on peut avoir à traiter à bord sont presque toujours superficielles ou simples.

Traitement. — Sur toutes les plaies récentes, mais surtout sur celles des membres, on fait de fréquentes applications d’un mélange composé de miel et vinaigre, parties égales, et suie de cheminée tamisée, quantité suffisante pour obtenir une pâte molle.

Si les plaies sont très superficielles, on les touche avec de la teinture d’aloès, et on les recouvre ensuite avec de la poudre de charbon de bois. Quand, au contraire, les plaies sont profondes, elles exigent un traitement plus sérieux, plus circonspect ; on soumet l’animal à une demi-diète pour diminuer la fièvre ; on nettoie les plaies avec un grand soin et on les panse très régulièrement.

Pour prévenir la gangrène on doit panser à l’eau-de-vie camphrée, avec une solution de chlorure de chaux ou d’acide phénique. Quand, pendant la cicatrisation, la chair bourgeonne trop vite et forme une exubérance d’un rouge vif, on réprime en saupoudrant avec de la poudre d’alun calciné.

Pour arrêter le sang qui coule parfois des plaies profondes, on ferme l’ouverture avec de l’étoupe imbibée d’eau additionnée d’un poids égal de perchlorure de fer, et l’on recouvre par un bandage solidement fixé.


Contusions.


Les contusions sont des lésions déterminées par le choc ou la pression d’un corps obtus ou d’une masse pesante. Elles peuvent consister en un simple froissement, ou dans l’attrition, la déchirure des tissus ; elles diffèrent des plaies, parce qu’il n’y a pas de solution de continuité à la peau. Le traitement consiste à calmer la douleur et à combattre l’inflammation.

On emploie, à cet effet, des lotions à l’eau salée ou vinaigrée froide, ou mieux, saturnée[7], ou bien on applique des compresses imprégnées de ces divers liquides. Si la contusion est ancienne, accompagnée de chaleur et de douleur, on applique des cataplasmes de farine de lin et on fait des onctions d’onguent populeum ou de pommade de laurier. Il est une contusion fréquente à bord des navires, qui est désignée sous le nom d’avant-cœur. Cette contusion cède facilement a l’emploi de lotions émollientes, d’onctions d’onguent populeum et de frictions d’eau-de-vie camphrée. Si elle persiste, il faut appliquer une couche d’onguent vésicatoire, ou placer un séton que l’on anime avec un onguent suppuratif (Basilicum). Dans tous les cas, il faut supprimer la cause en matelassant, comme je l’ai déjà indiqué, le devant des mangeoires avec du foin ou des étoupes recouvertes de toile.


Fourchette échauffée.


On découvre cette maladie, lorsqu’on lève les pieds des animaux pour les laver ; on aperçoit alors un suintement gris noirâtre, fétide dans les replis de la fourchette.

Traitement. — On dégage la fourchette avec une renette, on lave avec une solution de chlorure de chaux et avec une spatule en bois, on introduit ensuite du goudron dans les parties affectées. Si le mieux ne survient pas promptement, on se sert d’un mélange à parties égales de goudron et d’onguent Egyptiac.


Crevasses.


Les crevasses sont des plaies transversales des couches superficielles de la peau, dans le pli des articulations ; elles siégent fréquemment aux paturons et en arrière des genoux.

Traitement. — On nettoie la partie malade au moyen d’huile battue avec de l’eau saturnée, ou si les croûtes adhèrent trop fortement, on applique un cataplasme de farine de lin délavée avec de l’eau blanche, puis on la badigeonne avec du goudron de bois ou de houille, de l’huile de cade, ou bien encore avec de la suie de cheminée délayée dans l’eau et le vinaigre.


CINQUIÈME PARTIE


Liste des médicaments et des instruments dont doivent être munis les capitaines de navires. — Instruction sur la manière de pratiquer quelques opérations de petite chirurgie.
Liste des médicaments dont doivent être munis les capitaines.
1 Ammoniaque. 21 Onguent basilicum (suppuratif).
2 Acide phénique. 22 Onguent Égyptiac.
3 Alun calciné. 23 Onguent vésicatoire.
4 Camomille. 24 Paquets de camphre et d’assa-fœtida[8]
5 Camphre (poudre). 25 Perchlorure de fer.
6 Chlorure de chaux. 26 Pommade de peuplier (Populéum).
7 Eau-de-vie camphrée. 27 Pommade de laurier.
8 Émétique. 28 Poudre de charbon de bois tamisée.
9 Essence de térébenthine. 29 Poudre de gentiane.
10 Extrait de saturne. 30 Poudre de réglisse.
11 Farine de moutarde. 31 Sel de nitre.
12 Farine de lin. 32 Savon vert.
13 Graine de lin. 33 Suie de cheminée.
14 Huile de croton — tiglium. 34 Sulfate de soude.
15 Huile de pétrole. 35 Sulfate de zinc.
16 Huile de ricin. 36 Teinture d’aloès.
17 Laudanum de Sydenham. 37 Têtes de pavot.
18 Mauves (feuilles). 38 Tilleul.
19 Miel.
20 Nitrate d’argent fondu (pierre infernale).


Des instruments de chirurgie.


Quelques instruments sont indispensables et d’un usage presque journalier pendant une traversée. Voici les principaux :

1° Deux aiguilles à séton d’une longueur de 25 à 30 centimètres, dont la tige, large d’environ 1 centimètre, percée d’une ouverture à chaque extrémité, est formée de deux ou trois pièces qui se vissent bout à bout pour l’opération.

2° Trois bistouris à coulant, dont deux droits et un convexe.

3° Deux cautères en pointe (Pointes de feu).

4° Deux paires de ciseaux courbes, dont une plus fine pour les opérations.

5° Un cure-pied.

6° Deux jeux de flammes à lames assorties.

7° Deux ou trois renettes qui servent à enlever les éclats de corne, les décollements et à dégager les fourchettes échauffées.

8° Deux seringues au moins, dont une grande pour lavements et une petite pour injecter de l’essence de térébenthine dans le trajet des sétons etc., etc.

9° De la ligature pour sétons.

10° Des étoupes pour les pansements.

11° Quelques couvertures pour les animaux malades.

12° Des baquets ovales pouvant se placer dans la mangeoire pour administrer les barbottages.

13° Quelques instruments de pansage, comme éponges, brosses, étrilles, peignes.


De l’ouverture des abcès.


Pour ouvrir les abcès on emploie la flamme, le bistouri ou une pointe de feu. Quel que soit l’instrument employé, on doit toujours chercher le point le plus fluctuant, c’est-à-dire, l’endroit où la peau est la plus molle et prête à s’ouvrir spontanément. Il est préférable de se servir de la pointe de feu chauffée à blanc, on la fait pénétrer par le point le plus mûr en passant et en exécutant à la fois un mouvement de rotation jusqu’à ce que l’on sente qu’on est dans la cavité. Si un seul cautère ne suffit pas pour arriver au foyer, on en emploie un second, un troisième en procédant de la même manière. On évite ainsi les échappées, on risque moins d’entamer les gros vaisseaux et on arrête immédiatement les hémorrhagies capillaires qui peuvent survenir ; enfin, la chaleur du cautère communique aux parties une excitation propre à améliorer la marche de la maladie et à hâter la guérison.


De la saignée.


On peut pratiquer la saignée à un assez grand nombre de veines différentes toutefois, soit pour la commodité de l’opération, soit pour la quantité de sang qu’elles peuvent fournir, les seules veines sur lesquelles la saignée soit usuelle, sont les jugulaires ou grosses veines du cou. On saigne les animaux avec une flamme ou une lancette suivant, l’espèce et le volume du vaisseau, à ouvrir. (Pour la jugulaire on se sert de la flamme). Pour saigner avec la flamme, on tient la lame de l’instrument entre le pouce et l’index ; puis, avec les autres doigts de la main, on prend un point d’appui sur le vaisseau, dont on opère la compression ; et, approchant la pointe de la flamme très près du point où l’on veut faire la blessure, avec un bâtonnet on frappe un coup sec sur la flamme. Il existe des flammes à ressort qui dispensent du petit bâton. Une fois la veine ouverte, on la comprime avec les doigts en dessous de la saignée, pour faire écouler le sang et pour empêcher la pénétration de l’air dans le système circulatoire.

Quand on a laissé s’écouler la quantité de sang voulue, on ferme la saignée avec une épingle, passée à travers les deux lèvres de la plaie et autour de laquelle on passe deux ou trois fois quelques bouts de fil ou de crin qu’on fixe par un nœud simple.

À moins d’extrême urgence, la saignée ne doit être pratiquée sur les animaux que lorsqu’ils sont à jeun ou plusieurs heures après leur repas. Elle pourrait être mortelle si elle était pratiquée pendant que l’estomac est encore rempli d’aliments. On évitera de la pratiquer lorsqu’il y aura prostration des forces ou lors des crises opérées par la nature. On tire à un cheval de 1 à 3 litres de sang, à une vache adulte de 2 à 3 litres, à un bœuf de 3 à 5 litres. Quelquefois, après la saignée, si les animaux se sont grattés ou par d’autres causes, la petite plaie s’enflamme, il se développe à son pourtour une tumeur appelée thrumbus. Cet accident, assez rare et assez peu dangereux, ne tarde pas à disparaître par quelques irrigations d’eau froide ou quelques onctions d’onguent populéum.


De l’application des sétons.


Le poitrail est la région la plus favorable pour l’application de cet exutoire ; l’opération y est facile, le tissu cellulaire, abondant dans cette région, favorise la suppuration ; ensuite, le séton, en ce point, n’occasionne aucune gêne, il est facile à entretenir propre et ne laisse pas ordinairement de traces sensibles. On peut placer au poitrail un ou deux sétons ; si on n’en place qu’un, on le met sur la ligne médiane, à une hauteur convenable pour que l’aiguille suive un trajet rectiligne ; quand on en applique deux, on les place un de chaque côté de cette même ligne. Pour introduire l’aiguille, on fait ordinairement l’ouverture d’avance avec un bistouri, en incisant au pli fait à la peau pincée entre le pouce et l’index ; l’instrument ayant franchi cette première ouverture, est conduit parallèlement à la face inférieure du poitrail, en avant soin de soulever la peau devant la pointe de l’aiguille jusqu’à l’endroit où l’on veut la faire sortir ; puis, dans l’ouverture de la pointe de l’aiguille on passe la mèche et on retire l’aiguille. On humecte ensuite la mèche avec de l’essence de térébenthine et l’on fait à chacune de ses extrémités un bourdonnet.

Dès que le séton est placé, il faut le presser avec soin pour faire sortir le sang contenu dans le trajet et on attend la suppuration. On presse alors deux fois par jour le trajet du séton pour donner issue au pus, mais sans faire saigner ; avec de l’axonge ou de la pommade soufrée on nettoie bien les ouvertures, mais on doit bien se garder de les laver.

Pour le supprimer on coupe la mèche, on presse bien le trajet pendant plusieurs jours et on nettoie jusqu’à ce qu’il ne s’écoule plus de pus.


De l’administration des breuvages.


On soulève la tête de l’animal et l’on introduit le goulot de la bouteille dans l’espace interdentaire ; puis on incline celle-ci graduellement de manière à ce que le breuvage soit avalé par petites portions et très doucement. Quand l’animal tousse, il faut de suite lui laisser baisser la tête, et ne recommencer l’administration que lorsque la toux aura disparu. Il ne faut jamais faire boire de force les animaux atteints de fluxion de poitrine, car le liquide pourrait pénétrer dans les voies respiratoires et provoquer des quintes de toux qui aggraveraient le mal.

La bouteille destinée aux breuvages doit être en verre épais et avoir le goulot garni d’une forte couche d’étoupes ou de linge pour ne pas blesser la bouche de l’animal.


Toulouse. — Imprimerie L. LUPIAC, rue des Balances, 43.

  1. Espaces dépourvus de dents sur lesquels repose le mors.
  2. Diarrhée. — Cette maladie provient de l’humidité du bord et d’aliments peu nourrissants ou avariés par leur long séjour à la mer, etc. Des excréments devenus
  3. Si l’animal refuse de prendre l’émétique sous cette forme, on l’administre par les dernières voies à la dose de 24 grammes par jour pour quatre lavements, et on donne, au lieu d’émétique, 32 grammes par jour de sel de nitre dans les barbottages. On doit supprimer les lavements émétisés dès qu’on constate une irritation manifeste du fondement.
  4. Pour camphrer le vésicatoire, on y ajoute, au moment, de l’employer, une partie de camphre en poudre pour cinq d’onguent vésicatoire.
  5. Comme purgatif on emploie le sulfate de soude à la dose de 500 à 1.000 grammes par animal ; on le donne dissous dans l’eau ou en électuaire, c’est-à-dire additionné de poudre de réglisse, 32 grammes, et incorporé à une quantité suffisante de miel.
  6. Si on préfère administrer des lavements, on se sert encore du sulfate de soude à la dose de 250 à 300 grammes, pour quatre lavements par jour.
  7. L’eau blanche ou saturnée se prépare en ajoutant 10 grammes d’extrait de saturne par litre d’eau.
  8. Chaque paquet se composera de 15 grammes de chacune de ces substances finement pulvérisées.